‹ Théophile Gautier et l'EspagneChapitre 12 sur 79 · LA CHARRETTE BASQUE A ROUES PLEINES DONT LE BRUIT EFFRAYA GAUTIER · texte numérisé non relu

LA CHARRETTE BASQUE A ROUES PLEINES DONT LE BRUIT EFFRAYA GAUTIER

Cf. p. 85. — LA HALTE 4 URRUGNE. LE CIMETIÈRE ANGIEN PT LES STÈLES DISCOÏDALES DES TOMBES

E CARNET DE ROUTE Si

pauvre, laide et fiévreuse: Pas de poisson comme dans tous les ports de mer. Servi une queue de truite saumonnée pour huit et des soles de la grandeur de punaises ordinaires.

Ces quelques notes donnent dans le Voyage 15 lignes; c’est peu pour Bayonne, qui a enchanté au contraire tous les voyageurs qui y sont passés à l’époque de Gautier.

Mesonero (1) la déclare une ville agréable et bien bâtie. Willkomm s’attarde en une description élogieuse ; Swinburne à la dernière page de son livre a un mot aimable. Vaysse de Villiers admire la cathédrale.

Mais Gautier avait mal mangé, les soles étaient trop petites, et il est de mauvaise humeur.

Les tours de la cathédrale étaient restées inachevées ; elles furent finies en 1878-1880; elles figurent telles que les a vues Gautier dans une lithographie de Morel (2).

Théo admire les allées dont il ne reste de nos jours qu’un faible vestige : les Allées marines; il trouve la brise carabinée — il faisait décidément mauvais temps —, ne dit qu'un mot du port. Dans le Voyage il le trouve « peu rempli » (3). Ce n’était plus en effet le temps prospère; en 1835 le gouvernement avait supprimé l’arsenal maritime; le port abritait beaucoup de voiliers, mais les dangers de la Barre de l’Adour étaient grands, et ce n’est qu’en 1841, un an après le passage de Gautier, qu’apparaît l’invention décisive du remorqueur à vapeur Adour qui libère les vaisseaux à voile du danger de venir s’échouer à la côte par vent d’ouest (4).

La couleur jaune serin, qui choque Gautier à la cathédrale, le poursuivra partout. Il s’en plaindra en Espagne, il s’en plaindra en Belgique (5); cependant, lorsque ce ton jaune est naturel, il l’admire au contraire : ainsi à Baylen (6), où il trouve que la pierre et le marbre ont pris des tons roux « d’une chaleur el d’une vigueur extraordinaires ».

(1) Mesonero, Viage, p. 47.

(2) Morel, Vues historiques, Bayonne, 1836.

(3) Gautier, Voyage, p. 16.

(4) Du Croizier, Le port de Bayonne.

(5) Gautier, Caprices el Zigzags, p. 75.

(6) Gautier, Voyage, p. 228.

Victor Hugo dans « Alpes et Pyrénées » écrira : «La cathédrale de Bayonne est une assez belle église du XIV° siècle couleur amadou. »

Ce badigeon existait en effet. Un rapport cité par Dubarrat

et Darranatz dit : « la cathédrale, badigeonnée en jaune, en bleu et violet foncé à l’intérieur ». Quant à l'extérieur, il fut badigeonné en 1802, quand la cathédrale fut rendue au culte. Or en 1847 un rapport du conseil de fabrique dit qu'il importe de faire disparaître du bel édifice de la cathédrale « l’ignoble badigeon dont elle est couverte (1) ».

Gautier n’a pas su voir la cathédrale de Bayonne, ou plutôt il ne l’a pas bien regardée : elle est belle, et les autres voyageurs de son époque ne s’y sont pas trompés. Taine admirera sa façade (2); Vaysse de Villiers la trouve « élégante », et Willkomm « d’un très beau style gothique ».

La peinture étant ce qui préoccupe toujours le plus Gautier, voyons ce qu'il dit des tableaux de l’intérieur. Il cite les tableaux de Lépicié et autres, et rappelle Van Loo. Dans le Voyage il écrit : « Quelques tableaux de Lépicié et autres dans le goûl de Van Loo. » Joseph Vernet, au XVII[° siècle, séjourna à Bayonne pour peindre des toiles du port. Désireux d’embellir sa cathédrale, Monseigneur d’Arche lui écrivit; l’artiste désigna au prélat quatre membres connus de l’Académie de peinture dont le premier était le plus réputé : Lépicié. Les œuvres de ce peintre abondant sont citées pas Chavignerie et Lauvray (3). On y retrouve l'indication des tableaux de Bayonne. Le Van Loo dont parle Gautier est Carlo Van Loo (1705-1765). La plupart de ces tableaux ont disparu; il en subsiste trois fort intéressants : un dans la chapelle des chanoïnes, deux dans la sacristie; celui de Lépicié est vraisemblablement la Présentalion. Le Louvre possède un estimable tableau de ce peintre : La cour de Ferme, où se révèlent les mêmes qualités de correction et de sûreté de métier.

(1) Dubarrat-Darranatz, Recherches sur l’église et la ville de Bayonne. (2) Taïne, Voyage aux Pyrénées.

(3) Chavignerie et Lauvray, Diction. des artistes français.

LE PAYS BASQUE FRANÇAIS (recto de la couverture)

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