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PARTICULARITÉS ET CONDITIONS DE VIE

Avant d'étudier les gestes de ces Espagnols qui nous occupent, disons un mot du cadre dans lequel Gautier les a vus

(x) Fontaney, Revue des Deux Mondes, 1832, p. 285. (2) Militona, p. 20.

vivre. Nous sommes toujours influencés par le décor de notre existence. Nous l'avons dit, le « climat » espagnol, pour employer un mot à la mode — mot très expressif d’ailleurs —, est un climat plus particulier que tout autre.

Gautier a rencontré des Espagnols dans les campagnes solitaires de Castille, et sur les routes peuplées d’Andalousie. A-til pensé à noter quelques rapports entre ces paysages et les gens qui les habitent?

Un des premiers faits qui l’étonnent, c’est la dépopulation des campagnes :

« La dépopulation de l'Espagne est effrayante; du temps des Mores

elle comptait 32 millions d'habitants; maintenant elle en possède tout au plus 10 où 11 (1). »

Vingt-quatre ans plus tard il le dira encore :

« Le pays était d’une nudité solennelle et grandiose; aussi loin que la vue pouvait porter, on n'apercevail aucun village, aucun hameau, aucune ferme, pas même une cabane isolée (2). »

Cet abandon des campagnes, il l’expliquera par le caractère des habitants et, comme Paul de Saint-Victor, par l’histoire :

« L’expulsion des Juifs et des Mores a enlevé à l'Espagne 4 millions d'habitants; l'Amérique lui en a pris 30 millions; l'Espagne périt faute d'Espagnols (3). »

Mais il l'explique surtout par la nature du sol. En Castille, en Manche, en Estramadure, si les campagnes ne sont guère peuplées, c’est qu’elles se prêtent peu à la vie de nombreux villages. En traversant la Manche il écrit :

« C’est le comble de l’aridité et de la désolation. Celte misère est

d'autant plus navrante que l'éclat d’un ciel implacable en fait ressortir toutes les pauvretés (4). »

Vers Madrid, il lui semble que les abords de la capitale vont se révéler par des champs cultivés, des potagers, une vie maraichère; il n’en est rien; toute manifestation d'existence paraît s'être réfugiée dans la ville :

« Le désert ne s’arrête qu'aux portes de la ville. D'où les Madrilènes

(x) Voyage, p. 43.

(2) Quand on voyage, p. 269.

(3) Paul de Saint- Victor, Hommes et dieux, p. 220. (4) Voyage, pp. 217, 218.

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tirent-ils leur nourriture? se dit l'étranger non sans quelque inquiétude en face de cette aridité absolue (1). »

Tout voyageur se pose encore cette question; la campagne autour de Madrid, brûlée et sèche paraît inhabitée.

Les montagnes de fruits et de légumes qui s’entassent jusqu'à deux heures de l’après-midi sur certaines rues et places madrilènes paraissent le fait d’un miracle. Cette étonnante merveille est rendue de nos jours possible par le chemin de fer; mais du temps de Gautier comment arrivaient ces provisions? elles venaient de très loin : de la vega de Tolède ou de la campagne valencianne,

Aujourd’hui encore, si le voyageur ose se lever à cinq heures du matin — heure étrange pour se lever à Madrid, puisqu'on vient de se coucher —, il verra des paysans maigres, brûlés et magnifiques, assis sur les bords des trottoirs qui bordent la Puerta del Sol. Ils sont très pittoresques avec leurs grands chapeaux et leurs corbeilles pleines de fruits et de légumes posées à côté d’eux. Une heure plus tard ils ont disparu, mais c’est pendant un moment la vieille Espagne qui vit encore. Ce sont eux qui formaient cette population « errante qui apporte de dix lieues au marché trois pommes vertes et une botte de piments (2) », et que regarde passer Juancho. Dix lieues d'Espagne, c’est une longue route; il a fallu traverser cette campagne madrilène dont la sécheresse n’est pas sans grandeur (3) et dont l’âpreté est à la mesure de certaines manifestations du caractère espa- . gnol :

« La gaieté s’y éteindrait, mais au moins le désespoir ne s’y sent raillé par rien (4). »

Le préjugé espagnol s'oppose invinciblement aux plantations, dit Blanqui, aussi la terre est nue comme la main. Ce manque d’arbres est une caractéristique des immenses paysages castillans. Comment pourrait naître une poésie douce et idyllique, sans l’ombrage sous lequel peut s’asseoir le berger avec son cha-

(1) Quand on voyage, p. 275.

(2) et (4) Militona, pp. 45 ct r44.

(3) Voyage, p. 147.

lumeau? Quel aimable sourire pourrait détendre des lèvres qui n’ont jamais à chanter la grâce d’une fleur? Il n’y a en Castille que des chardons d’or. Mais d’un or si tenace que, des années après avoir été coupée, l'étrange fleur dorée irradie encore un peu de la lumière.

Ce sourire manque aussi à l’âme du paysan castillan.

Quant à l’absence d’arbres, voici comment Gautier croit devoir l'expliquer :

« L'arbre dans cette partie de l'Espagne est une rareté; les paysans.

prétendent qu'ils sont nuisibles et servent de refuge aux petits oiseaux qui mangent la semence dans les sillons (1). »

Cette sécheresse de la nature lui paraît à juste titre brûler le cerveau des hommes : « Rien, dit-il, ne rafraîchit l’imagination (2). » |

N'y a-t-il pas d’ailleurs un proverbe castillan qui dit « Campos sin poblaciôn es mi pasiôn : Les campagnes sans villages sont ma passion » ? 1

La température extrême agit sur les conditions de vie du peuple castillan. Tantôt c’est la chaleur qui est accablante. Vers Illescas Gautier rencontre une charrette; la chaleur a endormi le bouvier et engourdi les bêtes.

Ailleurs c’est le froid qui est atroce, et il comprend ce que veut dire « {tomar el sol » en voyant les Castillans se chauffer contre les murailles (3).

Cette vie est si rude et si âpre, que l’œil s'étonne de rencontrer parfois, comme une anomalie, un petit groupement humain. Ainsi dans la campagne vers Avila :

« Quelques fermes, quelques pueblos de peu d'importance s’y des-

sinent à côté de bouquets d'arbres : il y en a juste assez pour animer le paysage sans nuire à la solitude grandiose d’un site (4). »

Cette stérilité vient de la sécheresse de la terre. Les rivières n’ont pas assez d’eau, et les paysans ont oublié, sauf en Andalousie, et dans la « Huerta », la science de l’hydraulique que possédaient les Mores. Déjà en 1664, l’abbé Bertaut se plai-

(x) Loin de Paris, p. 148.

(2) Voyage, p. 210.

{3) Ibid., p. 70.

(4) Quand on voyage, p. 318.

gnait que les Castillans ne sachent plus creuser les seguias qui, au temps des califes, entretenaient partout la fraîcheur bienfaisante. Ce même abbé Bertaud explique par des raisons humaines cet abandon des campagnes : d’abord le manque d'hommes, un trop grand nombre étant au loin. Puis cette espèce de paresse orgueilleuse qui vient, dit-il, de l’habitude qu'ont prise les Castillans de faire, après la Reconquête, travailler les Mores à leur place. Enfin les trop grands impôts qui accablent le peuple des campagnes. |

Le gouvernement espagnol a essayé de lutter contre cette désertion des champs, et Gautier l’a noté.

Si les Castilles, la Manche, l’Estramadure, sont stériles, l’Andalousie est à leur porte : ce jardin magnifique dont les Arabes avaient fait un inépuisable verger, sous

« un climat où la nature est plus puissante que l’homme et peut se passer de lui (1) ».

C'est dans cette riche Andalousie que le gouvernement essaya de créer des colonies agricoles qui ont intéressé Gautier, notre voyageur ne laissant échapper aucune manifestation de la vie espagnole.

C'était un grand dommage en effet que cette terre d’Andalousie, si gonflée de sève, se dépeuplât elle aussi sans les raisons impérieuses qui font la Castille solitaire. Antonio Ponz, un siècle avant Gautier, le déplorait (2).

C’est dans cette riche terre, un peu abandonnée, que furent fondées ces colonies dont nous parlent bien des voyageurs et Gautier lui-même.

La première qu’il voit est la Carolina :

« La Carolina, espèce de village modèle, de phalañstère agricole,

élevée autrefois par le comte de Florida-Blanca et peuplée par lui d’Allemands et de Suisses amenés à grands frais (3). »

Plus tard il passe à la Carlotta, qui était devenue à cette époque à

«un hameau sans importance; l'auberge occupe un ancien couvent métamorphosé d’abord en caserne (4) ».

(1) Voyage, p. 225.

(2) Ponz, &. XVIII.

(3) et'(4) Voyage, pp. 277, 348.

Puis c’est la Luisiana,

« où toute la population est étendue devant les portes et ronfle à la belle étoile (1) ».

Encore une influence du climat sur les mœurs.

Ces colonies avaient intéressé Jorge Borrow, toujours porté aux études sociales, et Swinburne, qui les avait admirées en 1770, au temps de leur prospérité. Elles étaient bien déchues en 18/40 quand Gautier y passa (2).

Si les campagnards, dans leur conditions de vie difficile, ont intéressé notre voyageur, que dire des citadins?

Gautier, certes, aime la nature; mais la vie des hommes l’attire davantage, contrairement à ce qui a été dit. Le cadre de cette vie urbaine quel est-il? et que va nous dire Gautier des villes, des rues, des maisons espagnoles?

Gautier, comme tous les voyageurs de cette époque, est étonné du silence ét du vide des villes d’Espagne. Il y a eu dépopulation des cités comme des champs. Déjà les Cortes de 1619 avaient poussé un cri d’alarme : « Encore un siècle, l'Es- | pagne s'éteint. » (

La misère qui a suivi en Espagne la période fabuleuse de l’or du Nouveau-Monde est pour beaucoup dans cet état de choses. Le déplacement de la vie officielle aussi : par exemple pour Valladolid, l'abandon de la Cour; la chute des Universités espagnoles qui diminua le nombre des étudiants : ainsi à Salamanque ou Ségovie. Mais surtout la guerre civile de 1832 avait causé bien des ruines.

(1) Voyage, p.364.

(2) J.-F. de Bourgoing, État présent de l'Espagne, t. III, p. 150, nous donne de curieux détails sur ces villages qu’il a vus vers 1780 :

Charles II les fit construire. Mais le véritable instigateur de leur fondation et de leur développement fut Don Pablo Olavidé; tant qu'il fut puissant, les colonies prospérèrent, mais attaqué par des rivaux habiles, Olavidé fut arrêté en 1776, emprisonné dans les cachots de l’Inquisition, et enfin exilé; sa disgrâce entraîna la chute de ces bourgades. Son successeur à l'intendance d’Andalousie fut Don Miguel Olcano, qui ne manquait de bonne volonté, mais avait moins de qualités et moins d'argent. D'ailleurs on se pressa trop de tirer des impôts de ces colonies; cela les ruina et découragea les colons. Mais Gautier en vit les restes et ne manque pas de signaler cette originalité de la vie paysanne en Espagne.

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Pour la plupart de ces villes tout a changé depuis Gautier; il faut faire effort pour nous replacer dans l'atmosphère de 1840.

Gautier insiste beaucoup sur l’ancienne splendeur disparue de l'Espagne; il est frappé par la grandeur et la magnificence de certaines petites villes qu’il traverse et qui lui paraissent presque abandonnées : ainsi Ernani, Villa-Franca, Vergara. Une remarque ici s'impose. Toutes ces villes sont des villes basques ; or les écussons n’y étaient pas signes de richesse; le plus pauvre habitant en possédait un sculpté sur sa demeure. C'était — surtout en Navarre — le signe de l’hérédité basque qui conférait par elle-même la noblesse.

Une grande ville basque qu'il a trouvée silencieuse et triste, c’est Vitoria.

À Tolosa, qu’il a vue réveillée un samedi par son marché célèbre, Gautier n’a pas eu la même impression d’engourdissement : il y admirera les nombreux ânes gris.

Pour Burgos, pour Valladolid, même impression d'abandon.

Notre voyageur trouve des capitales dont les rues sont désertes. Burgos et Valladolid furent en effet des capitales, mais la Cour les quitta tour à tour. Il fallut notre époque contemporaine pour qu’elles reprissent vie. Burgos, quand Gautier y passa, avait 15.000 habitants; elle en a 42.000 aujourd'hui. Valladolid, qui n’en avait que 20.000 en 1840, en a près de 80.000 maintenant.

Antonio Ponz avait déploré cette misère de Valladolid. Pourtant la Pisuerga fertilise tout le pays; mais les nobles avaient abandonné la ville à la suite de la Cour. Leur ruine entraîna la ruine de leurs palais. Ils ne pouvaient les réparer faute d’argent, et n’avaient pas le droit de les vendre sans une permission spéciale du roi. Il y avait à Valladolid 50 couvents et 20 églises dépeuplées par la Révolution, quand Gautier y passa: ne nous étonnons donc point qu’il ait pu écrire :

« Valladolid est une grande ville presque entièrement dépeuplée. »

Olmedo est bien plus triste encore :

« L'herbe pousse dans les places : comme dans ces villes maudites dont parle l’Écriture, il n’y aura bientôt plus à Olmedo-d’autres habitants que la vipère plate, le hibou myope (1). »

(1) Voyage, p.75.

A Cordoue, même impression, inévitable d’ailleurs. La ville des califes est une cité morte. Merveille dont le cœur seul bat encore, alors que les membres désagrégés depuis des siècles ont rejoint la poussière des émirs triomphants :

« Ce n’est plus maintenant qu'un squelette blanchi et calciné », dit-il (x).

Grenade, quoique n’ayant plus la population qu’elle eut au temps des Mores, ne lui donne pas cette impression de tristesse : +

« Grenade est gaie, riante, animée, quoique bien déchue de son

ancienne splendeur; les habitants se multiplient et jouent à merveille une nombreuse population (2). »

Et puis voici Tolède : la ville unique, ‘inoubliable et magique. Qui n’a pas vu Tolède ne connaît pas un des plus vrais visages du monde; c’est la ville philosophique par excellence, où l’on apprend plus en un jour qu’en des mois ailleurs. Ne parlons pas de son histoire; elle serait pourtant la plus vieille ville de la terre, puisque la tradition — qui est la sagesse des hommes — veut qu’elle ait été fondée par Tubal, petit-fils d’Adam; mais je pense à tout ce qu'y ont inscrit en science, en magie, en bravoure, en folie et en foi, les diverses races qui s’y sont succédé et qui ont laissé leur impérissable et divers visage sur les chaudes et lumineuses pierres. L'âme espagnole est là. Et Gautier y salue cette vie particulière dans un cadre si rare.

Ces rues étroites si curieuses, il en donne tout de suite une explication rationnelle, en rapport avec la vie des habitants :

« Rien n’est plus raisonnable que des rues étroites sous un climat torride; au fond de ces minces coupures faites à propos aux pâtés et aux îles des maisons, l’on jouit d’une ombre et d’une fraîcheur déli-

cieuses; l’on circule à couvert dans les ramifications et les porosités de ce polypier humain qu’on appelle une ville (3). »

Ces rues que, vingt-quatre ans plus tard, il comparera à des lits de torrents et à des tubes capillaires de madrépores (4), il

(x) (2) (3) Voyage, pp. 353, 239, 167.

(4) Quand on voyage, p. 303.

Cf. p. 248

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en sent le charme et la vie mystérieuse qu’elles communiquent à la ville (1).

Il y a la silencieuse et mystérieuse Tolède; il y a aussi Madrid, aux larges rues, aux opulentes promenades, et les Madrilènes.

Voyons ce qu’en dit Gautier.

Allons d’abord au cœur de Madrid, à cette Puerta del Sol qui ne ressemble à rien au monde. L'étranger y peut, du matin au soir et du soir au matin, voir défiler toute la vie madrilène. Le mouvement et le bruit de cet incomparable théâtre ne se peuvent oublier.

Voici ce qu’écrit Gautier en 1864 :

« La façade de l’église qui formait le fond de la place entre les rues d’'Alcala et de San Geronimo a disparu. Un grand hôtel dans le genre

du Louvre s’est substitué au portail de style jésuite, orné de volutes contournées et d’un cadran à rayons d’or figurant un soleil (2). »

Au-dessus de l’assourdissant tintamare s'élève le cri lancinant des vendeurs de billets de loterie. Jusqu'à minuit ils crient ::« Para mañana ». À deux heures du matin ils recommencent à crier : « Para hoy », avec ce bizarre accent madrilène qui relève la-finale et prononce « hoï ».

Si l’on ferme à demi les yeux, on voit se dessiner incessamment et à uue vitesse effrayante, sur le ciel, les formes d’un énorme lion, enseigne lumineuse d’un cirage! Cet à incisif, ce lion rutilant, inscrivent entre eux tout le cocasse magnifique de cette place célèbre.

Paul Morand, dans Papiers d’idenlilé, a parfaitement traduit cetle impression dans une page où, sans commentaire, il ne reproduit que les réclames et les noms des magasins.

On voit s’entrecroiser les jets d’eau, les bras des agents de police qui, s’ils vous facilitent le passage, interrompent un peu

(1) Voici l'explication historique qu’en donne Antonio Ponz (t. I, p. 18) :

« Las calles cast todas son estrechas, torcidas y monluosas, cuya forma, piensan bien los que han escrito de esta ciudad, habersela dado los Mores, cuando fueron señores de ella :

« Les rues sont presque toutes étroites, tortueuses et montueuses ; ceux qui ont écrit sur cette ville pensent avec raison que cette forme leur a été donnée par les Maures quand ils en étaient maîtres. »

(2) Il y a encore un hôtel à cette place.

trop pour vous la circulation, les brosses des cireurs, les éventails des femmes, les journaux, les éventaires de toutes sortes auxquels on se heurte à chaque pas, et le défilé ininterrompu, sans fin croirait-on, de milliers d'Espagnols souriants. Pourtant certains jours des auto-mitrailleuses étaient postées çà et là; mais les soldats riaient et les officiers souriaient. Heureuse Puerta del Sol!

Elle n’avait sans doute pas, du temps de Gautier, cette physionomie d’un si particulier modernisme, mais c'était déjà le cœur de la ville :

« mansiôn nalural de todo desocupado », dit Mesonero, « el punto

central del reino. Esto, indudablemente, no tanto por su situaciôn topograäfica como por su animaciôn y movimiento (1). »

C'est non seulement le cœur de Madrid, mais celui du monde :

« Lo mejor del mundo es Europa (cosa clara); la mejor de las naciones es España (g quien lo duda?); el pueblo mejor de España es Madrid (de veras); el sitio principal de Madrid es la Puerta del Sol... ergo la Puerta del Sol es el sitio privilegiado del globo (2). »

Ceci est écrit à l’époque de Gautier; quels Espagnols notre voyageur y a-t-il vus?

Tous les oisifs de la ville, dit-il, il doit y en avoir beaucoup, car la foule est compacte dès neuf heures du matin (3).

En 1864 il regrette tous ces familiers de la place célèbre :

« Nous n'avons pas retrouvé ces longues files de graves personnages, qui, embossés dans leur manteau et ne laissant sortir que leurs cigarettes entre le pouce et l'index, se tenaient immobiles pendant des heures occupés à ne rien faire (4). »

Mais de Îa Puerta del Sol partent toutes les grandes rues de

(1) Mesonero, Panorama Matritense. p. 361 : « C’est le point central du royaume, et cela, sans aucun doute, non tant par sa situation topographique, que par son animation et son mouvement. »

(2) Mesonoro : « Ce qu’il y a de mieux au monde c’est l’Europe, c'est clair ; la meilleure des nations d'Europe c’est l'Espagne, qui en doute? la meilleure ville d'Espagne c’est Madrid, n’est-ce point vrai? l'endroit principal de Madrid est la Puerta del Sol, ergo la Puerta del Sol est l’endroit privilégié du monde. » Cette citation de Mesonero rappelle le passage de Cyrano de Bergerac dans le Pédant Due

(3) Voyage, p. 120.

(4) Quand on voyage, p. 277

Madrid. Gautier les a parcourues dans tous les sens, s’intéressant à tout ce qu'il y voit, à tout ce qui s’y passe.

Il est amusé par le nombre des plaques d'assurances contre l'incendie dans un pays, dit-il, où il n'y a pas de cheminée et où on ne fait pas de feu. On allumait pourtant des braseros. Ces plaques étaient et sont encore multiples. Mesonero nous dit qu’un des plaisirs des Madrilènes est d’avoir « una casila asegurada de incendios ». Si c'était une fierté, il n’est pas étonnant qu'il y en eût beaucoup.

Gautier cherchera les vieilles rues du quartier de Lavapies, curieuses; mais Madrid n’est pas une ville ancienne, et si quelques coins ont diverti notre voyageur, il admirera sans réserve la belle rue d’Alcala, artère principale de la ville (1).

Cette vie de la rue intéresse vivement Gautier; il parcourt le Rastro et s'arrête aux boutiques de marchands d’antiquités douteuses: il s’assied à la porte de tous les cafés, dont le prin- cipal, £l café del principe, était très célèbre : « no hay otro cafë del principe en el mundo », dit Mesonero; Gautier sait bien que c’est le rendez-vous habituel des artistes et des littérateurs.

Il allume sa cigarette aux charbons enflammés que portent les gamins qui courent dans les rues, car Madrid à autant besoin de feu que d’eau (2).

S'il ne nous dit rien de l’homme qui vend dans les cafés des herbes aromatiques — un des charmes étranges de Madrid —, il parle longuement des vendeurs d’eau, qui sont encore, en plusieurs villes d’Espagne, un sujet d’un étonnement pour le voyageur. Celui-ci croise, à Bilbao par exemple, une charrette que traîne pacifiquement un de ces jolis ânes gris des Provinces qui ont tant amusé Gautier à Tolosa. Sur cette charrette il y a un tonneau, mais que recouvrent entièrement des brassées de fougères parfumées. C’est l’eau fraîche de la mon-

‘tagne qu'un gamin ou une bonne vieille vous vend au verre pour deux sous.

« Boire de l’eau, dit Gautier, est une volupté que je n'ai connue qu’en Espagne (3). »

(1) Militona, p. 12.

(2) 1bid., pp. 115 et 172.

(3) Quand on voyage, p. 281.

À Madrid il y a encore des vendeurs d’eau; on pouvait voir, il y a quelques années, sur le Prado un petit éventaire fait de quatre planches: sur la plus large il y avait trois alcarazas qui suaient au soleil leurs gouttelettes fines. Au dessus un écriteau : « Se prohibe beber : Défense de boire »; le vieux marchand, connaissant la soif de Madrid, mais aussi son honnêteté, accrochait l’écriteau au-dessus de ses cruches quand il s’éloignait.

Du temps de Gautier ce petit et délicieux commerce était bien plus important. Le verre d’eau se vendait alors un cuarto, ce qui équivalait à deux liards, à peu près à un demi-sou; il y avait des vendeurs d’eau et aussi des vendeuses. Ce sont les aguadoras qu’il retrouvera en 1864 installées sur les marches du musée (1). Ces verres d’eau sont parfois une illusion insuffisante pour calmer un affamé, comme il arriva au buffet de Miranda. Mais Gautier reconnaît toute la santé qu’ils donnent à la race espagnole, qui, au lieu de boire « des canons de bleu et des pelils verres d’eau-de-vie », se rafraîchit avec une boisson glacée. Et il constate avec joie l’absence d’ivrognerie en Espa-

gne (2).

Enfin au bout de toutes de ces rues de Madrid il y a le Prado. Là encore arrêtons-nous un peu avec Gautier pour voir passer les Madrilènes.

Ce Prado fut, est encore, l’orgueil des Madrilènes. Gautier les a peut-être un peu vexés en ne le louant pas assez; pourtant, qui n’a eu une déception en arrivant la première fois sur cet endroit célèbre? Notre regard français, plein des splendeurs des Champs-Élysées, s'étonne devant cette promenade monotone et, somme toute, peu ombragée. Il y'a tant à aämirer en Espagne que nos amis d’outre-Monts peuvent nous pardonner cette légère indifférence.

Pour comprendre l’enthousiasme des Éediol de l’é époque | romantique, il faut nous replacer dans l’atmosphère de cette époque, et surtout savoir que cette promenade avait été tirée du néant.

(1) Quand on voyage, p. 281.

Pedro de Medina, parlant du Prado du XVI° siècle, qui n’était alors qu’une partie des terrains du couvent de San Hieronimo, décrit un endroit à peu près sauvage, montueux, planté au hasard, où les champs alternaient avec des petits étangs : songeons que c’est de tout ce désordre que les Madrilènes ont créé une promenade plane, bien ornée de massifs, régulière.

Mesonero, à l’époque de Gautier, en admirant le Prado, se demande ce que pourrait dire Pedro de Medina s’il voyait « ce bosquet enchanteur qui honore la mémoire des artistes espagnols (1) ».

À cette époque, si certaines villes françaises avaient été parées d’une grâce sévère et noble par la perfection de l’art du XVIII siècle, l’urbanisme n'était guère développé, et un effort tel que le percément du Prado pouvait et devait être un objet d’admiration, ce que constatent J.-Fr.de Bourgoing (2), Mme d’Aulnoy, Antonio Ponz et bien d’autres. Les réserves de-Gautier allaient donc être fâcheuses S'il n’admire point complètement le Prado dont il trouve les arbres « écimés et trapus », il reconnaît que les Madrilènes y apportent, par leur affluence, une telle animation que cette promenade devient par cela même une des plus belles du monde (3). Ce qui intéresse surtout Gautier, c’est la foule qu’il regarde avec attention et -dont il note les caractéristiques. La foule est si grande, dit-il, « dans le salon » que l’on a peine à prendre son mouchoir dans sa poche (4); et dans Militona il parle d’une rivière vivante avec ses remous et ses tourbillons (5).

Tous ces gens, en 1865 il veut les présenter à ses amis; il court au Prado : hélas! la foule est mobile et la promenade est devenue déserte; il n’y a plus les équipages qui se suivaient à la file et que d’ailleurs Gautier ne trouvait pas béaux. Il n’y a plus les beaux chevaux de selle andalous sur lesquels se pavanaient les « merveilleux de Madrid », et les centaines d'Espagnoles toutes jolies, avec leurs éventails, dont il admirait tant la manœuvre.

(1) Mesonero, Panorama Matr., pp. 77 et sq.

(2) Bourgoing, t. II; Mme d’Aulnoy, p. 304.

(3) Voyage, p. 107.

(4) 1bid., p.109.

(5) Mililona, p: 85,

Chaque fois d’ailleurs que, dans une ville d’Espagne, il visite la promenade à la mode, s’il n’a garde d'oublier de la décrire, il évoque devant nous les passants et leurs originalités.

Sur les promenades de Grenade, à la Carrerra del Darro, au Zacatin, à la place Neuve, s’il déplore la rencontre d’Andalous en redingote, il aime à jouir de toute la pétulance grenadine qui donne, dit-il, aux rues :

«un mouvement et une vie inconnus aux graves promeneurs castillans (1) ».

A Séville, à Las Delicias, sur l’Alameda del Duque à la Cristina, ce qu’il regarde surtout ce sont les Andalouses allant

« par petits groupes de trois ou quatre accompagnées de leurs galants en exercice ou en expectative (a) ».

Ces villes, ces rues, dont Mesonero exalte la lumière en l’opposant à la tristesse brumeuse des villes du Nord, Gautier les a donc parcourues longuement, coudoyant leurs habitants, les observant sans cesse. |

Mais parfois les Espagnols rentrent chez eux; après tout il leur faut bien des maisons; Gautier y est-il entré à leur suite? Qu'en. pense-t-il? Et que dit-il de la vie des Espagnols dans leur cadre intime? L'a-t-il vu tel qu'il était?

Il nous faut faire, en parlant des maisons espagnoles, une distinction que n’a pas négligée Gautier : maisons du Nord et du Centre, maisons du Sud. Maisons castillanes et maisons andalouses. L’extérieur et l’intérieur des maisons.

Nous avons vu qu'en pays basque il avait admiré la richesse des façades, les blasons sculptés, les serrureries compliquées, les grilles et les balcons aux dessins touffus (3). En Castille aussi il s'arrête devant ces maisons aux portes « étoilées de gros clous » qui ont, gravé sur leur linteau, de sévères légendes castillanes parlant d'honneur, de foi et de fierté (4).

Si cette opulence est rompue par les tristes huttes de Castille, taudis sans fenêtres (5), il la retrouve à Tolède où les

(1) (2) Voyage, p. 371.

(3) Histoire du romantisme, p. 105.

(4) Ibid., p. 120.

(5) Voyage, p. 71.

maisons ont un aspect austère et imposant avec leurs piliers de granit et leurs portes constellées de clous (1).

Quand il reverra ces demeures en 1864, si les peintures se sont un peu effacées, si les amours et les guirlandes que le X VIII siècle avait ajoutés à leurs façades ont pâli, leur originalité est toujours là (2).

À Madrid les maisons ont moins de grave opulence, mais elles sont curieuses aussi; ce qui amusa Gautier et ce que nous ne voyons guère plus, ce sont les peintures aux couleurs fanlasques, dit-il, qui ornent les murs et encadrent d’ornements rococos, comme lors de son premier passage à Tolède, les fenétres, les portes, les saillies des balcons et des miradores (3).

L'intérieur l'intrigue; va-t-il le voir? Si les portes s’entrebâillent, dit-il, on ne pénètre pas pour cela le secret de ces intérieurs, le regard rencontre un mur, car on entre par une porte latérale (4).

Mais il y a les patios, qui devaient faire la joie de notre voyageur, Ce cadre poétique et charmant où les fleurs, les eaux et le soleil jouent à toute heure d’adorables symphonies sous le ciel libre, a enchanté l’âme artiste et voluptueuse de Gautier.

Il a aimé la vie qui se déroulait dans cette ambiance si différente de celle des maisons du Nord; on est chez soi et pourtant dehors.

Il a visité des patios à Tolède et pendant son voyage vers Grenade, à travers l’Andalousie : |

« Le patio est une charmante invention; on y jouit de plus de fraîcheur et d'espace que dans sa chambre, on peut s'y promener, y lire, être seul ou avec les autres; c’est un terrain neutre où on se rencon-

tre; où, sans passer par l'ennui des visites formelles et des présentations, on finit par se connaître et se lier (5). »

Arrivé à Grenade, ce qui le charme dans sa demeure c’est le patio. Comme il resta longtemps à Grenade, il eut le temps de connaître les Grenadins; beaucoup l’invitèrent à ces agréa-

(x) Voyage, p.168.

(2) Quand on voyage, p. 304.

(3) Voyage, p. 108.

(4) Quand on voyage, p. 304.

(5) Voyage, p.212.

bles tertulias où tout était simplicité et grâce; on sent qu'il a passé dans ces patios de longues heures charmantes à écouter le murmure de l’eau et des paroles, à étudier ses hôtes tout en respirant l’air embaumé. Aussi lorsqu'il voudra en décrire un, c’est à Grenade qu'il le placera dans Mililona à la fin, quand Don Andres et sa femme ont trouvé le bonheur :

« Ce patio était entouré de sveltes colonnes de marbre blanc d’un seul morceau, de la plus gracieuse proportion, dont les chapiteaux d’un corinthien capricieux portaient entremêlées à leurs volutes des inscriptions en lettres arabes fleuries où brillaient encore quelques restes de dorures; au milieu, dans un bassin bordé de vases de fleurs et de caisses d’arbustes, grésillait un mince jet d’eau qui couvrait de perles les feuilles lustrées et semblait chuchoter de sa voix de cristal quelque amoureux secret à l'oreille des myrtes et des lauriersroses (1). »

Le charme poétique des fontaines est une des parures de l’Andalousie :

«En la vega de Granada, en espacio de siete legquas contamos 36 fuen-

tes, y en el campo de Xeres que es cerca de Badajoz nacen mas fuentes que hay dias en el año (2).»

L'amour de Gautier pour ces patios arabes fut très grand, si grand qu’il voulut vivre dans le plus beau qui soit : dans l’Alhambra.

Il nous raconte que, protégé par des amis, il en obtint l’autorisation :

« Je passais là, dit-il, les instants les plus délicieux de ma vie. »

Il aurait volontiers dit avec le proverbe espagnol : « À quien Dios quiso bien, à Granada le dio de vivir : Celui que Dieu aime bien, il lui permet de vivre à Grenade. »

Gautier coucha donc dans l’Alhambra; le fait, pour étrange qu'il soit, n’est pas sans précédent. Jorge Borrow nous raconte qu'un ingénieur de ses amis, n'ayant pu se loger immédiate-

(x) Militona.

(2) Lucio Marineo Siculos, De las cosas memorables de España, livre I, folio vi : « Dans la vega de Grenade en un espace de sept lieues nous comptons 36 sources, et dans la campagne de Jeres qui est FE de Badajoz il naît plus de fontaines qu'il î "y a de jours dans l’année.

ment dans Grenade, avait obtenu la permission de rester quelques jours dans l’Alhambra avec sa femme et ses enfants. Washington Irving y avait couché aussi. C’est pendant les nuits grenadines que le célèbre voyageur américain a dû voir surgir les fantômes qui lui ont dicté les contes de l’Alhambra. Gautier y dormit d’un sommeil tout aussi romantique et chargé de poésie « sous les rayons blancs de la lune ».

Quand il se réveillait, ses yeux cherchaient la perspective de ces merveilleux jardins où se plaît l’âme andalouse et qui complètent le charme des patios.

Gautier les a aimés; il décrit ainsi un jardin à Grenade :

« Une vraie forêt vierge de myrtes, d’orangers, de grenadiers, de lauriers-roses, de jasmins d'Espagne, de pistachiers, de sycomores, de térébinthes dominés par quelques cyprès séculaires s’élevant silen-

cieusement dans le bleu du ciel comme une pensée de mélancolie au milieu de la joie (1). »

Mais enfin, quel que soit l’enchantement des patios et des jardins, il faut bien rentrer quelquefois, et Gautier a poussé plus avant.

Il s’est bien rendu compte que les Espagnols n’attachent pas une très grande importance à la vie matérielle, aussi le confort des maisons leur est-il à peu près indifférent. Du moins au temps de Gautier. Ils simplifient leur vie et s’étonnent des mille besoins dont nous compliquons la nôtre. Tous ces raffinements indispensables à l’homme du Nord ne font que les gêner.

D'ailleurs, dans le Midi de l'Espagne, ils n’ont pas à se défendre contre les rigueurs du climat et, dit Gautier,

« les jouissances du home anglais ne leur inspirent aucune envie (2) ».

Si l’intérieur des maisons n’est pas raffiné, il est tout de même « vaste et commode, les plafonds sont élevés et l’espace n’est ménagé nulle part... Vous traversez de longues enfilades de pièces avant

d'arriver à la partie réellement habitée, car toutes ces pièces sont meublées seulement d’un crépi à la chaux (3) ».

(x) Militona, p. 163.

(2) Ibid.

(3) Voyage, p, 283.

Les chambres l’étonnent par leur nudité; il trouve les lits durs, les traversins manquent; mais il aime la propreté des murs blanchis à la chaux sur lesquels ne tranche guère que le vert des palmes remplaçant notre buis des Rameaux ; il n’a rencontré de parquet nulle part, toutes lés pièces étaient et sont encore carrelées avec ce carreau rouge si facile à entretenir et que recouvrent, suivant la saison, les fraîches nattes ou les chauds tapis.

Les maisons sont très peu meublées, nous dit Gautier; nous avons vu à propos de la chambre de Militona ce que contient une habitation pauvre; celles des riches ne sont pas surchargées d'objets inutiles.

Un très intéressant article de Mesonero, que nous trouvons reproduit dans le Panorama Matrilense, nous apprend exactement ce que contenaient les maisons espagnoles à cette époque : Dans le grand salon :

« Un sofd, una docena de sillas, cuatro cuchertias en las rinconeras,

seis vistas de la Suiza en sendos marcos de caoba, una rmodesta lämpara pendiente del techo y un velador colocado debajo (1). »

Gautier a vu les tableaux « enfumés et noirâtres », mais la plupart sans cadres; il a vu les « canapés et les chaises de paille ou de jong meublant les galeries », et même le piano dont ne parle pas Mesonero.

Dans ces maisons les Espagnols vivent une vie simple et heureuse, dit-il. Peut-être Gautier voit-il tout en beau.

En tout cas, nous ne pouvons lui reprocher d’avoir négligé d'étudier le cadre où vivent ses hôtes.

Quant aux mœurs, il dit lui-même qu'il n’espère pas les connaître après six semaines de séjour à Madrid; aussi ne s’en est-il pas tenu à ce séjour pour nous donner ses appréciations.

Ces coutumes, Mesonero, tout Espagnol qu’il soit, n’est pas indulgent pour elles :

« Costumbres indecisas, ni originales del todo, ni del todo traduci-

(r) Mesonero, Panorama Matr., p. 92 : « Un canapé, une douzaine de chaises, quelques bibelots sur des meubles d'encoignure, six vues de Suisse, chacune dans son cadre d’acajou, une modeste lampe pendant du toit et un guéridon placé au dessous. »

das, ni viejas ni nuevas, ni buenas ni malas, ni serias ni burlescas : esta mezcla de nuestros propios guslos con los gustos aprendidos en el exlranjero; este refinamiento de lujo, al lado de la mds españtosa miseria, esta inconstancia de ideas que nos hace abandonar hoy el proyecto de ayer, y deshacer lo hecho sola porque existe... (1) »

Cette sévérité, l'étranger ne peut l'avoir, car tout lui apparaît nouveau, intéressant, original.

Nous allons chercher les jugements de Gautier.

Voyons d’abord ce qu’il pense du caractère espagnol.

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