‹ Théophile Gautier et l'EspagneChapitre 5 sur 79 · LA PLACE QUE TIENT L'ESPAGNE DANS L'OEUVRE DE GAUTIER · texte numérisé non relu

LA PLACE QUE TIENT L'ESPAGNE DANS L'OEUVRE DE GAUTIER

qu'ils n'y fussent forcés par de sérieux motifs de position, d'intrigues ou de diplomatie (1). »

Ce noir tableau est fortement exagéré, et nous verrons, en étudiant les voyages, même celui de 1840, que Gautier n’a point rencontré de telles difficultés; cependant il est bien vrai que le voyage en Espagne n'était pas un voyage facile.

Mais rien ne rebutait le poète, épris de nouveauté et de pittoresque, qu’attirait ce pays, symbole de l'imagination, de la générosité chevaleresque; domaine inexploré de la couleur locale. Mais surtout, l'Espagne sera pour Gautier le pays où va-se matérialiser la pensée; ne disons pas seulement sa pensée romantique, car, l’âge avançant, Gautier rejettera, et facilement, les concepts des romantiques : son amour pour l’Espagne ne faiblira pas.

Une vieille légende — née on ne sait où, c’est le sort des légendes — dit qu’un pays merveilleux existe entre la mer et le ciel, à l'endroit où ils semblent se joindre. Personne n’a vu ce pays et n’a abordé les côtes fabuleuses. Le navire qui appareilla pour y parvenir voit jour par jour en reculer les bords. Là se matérialisent les rêves. Là se précisent les ébauches des songes qui nous quittent avant d’avoir été réalisés. Là nous attendent, lumineux et véritables, nos espoirs morts

avant d’avoir vécu. C’est peut-être l’Ultima Thulé des anciens mages; c’est en tout cas le pays consolant dont l'attente angoissée et voluptueuse nous permet l'exil sur cette terre. Las d'espérer le jour de l’abordage, nous essayons de remplacer ce paradis par un pays moins chimérique et plus accessible.

L'Espagne fut et demeura pour Gautier cette terre heureuse; il lui resta reconnaissant, et son œuvre entière vibre de chants à sa louange.

L'importance qu'ont l'Espagne et les coutumes espagnoles dans ses livres est la meilleure preuve de son amour.

Les ouvrages où Gautier parle de l'Espagne

Quatre ouvrages principaux, qui nous occuperont tout le long de notre travail, sont consacrés à l'Espagne :

(1) Le Musée du Louvre, p. 252.

l°) Le fameux Voyage en Espagne entrepris avec Eugène Piol en 1840 et dont la première édition sous le nom de : TRA LOS MONTES, fit sourire les Espagnols qui ne s’arrêtèrent d'abord qu’à la faute grammaticale contenue dans le titre; l’ouvrage avait en partie paru en feuilletons dans la Revue des Deux Mondes et précédemment dans la Presse sous le titre : Lettres d'un feuilletonisle, à mesure que Gautier les envoyait d’Espagne.

La deuxième édition en 1845 portait le titre définitif : Voyage en Espagne.

C’est la nouvelle édition Laplace-Sanchez que nous avons utilisée ; celle-ci porte pour titre : Voyage en Espagne, et en sous-titre le premier titre corrigé : Tras los montes ; la page de garde ne porte plus que : Tras los montes; toutes les citations de mon travail portent les indications de cette édition.

Il°) Le roman Müilitona. Bien des détails de mœurs que l’on cherche dans le Voyage se trouvent groupés ici, et j'y puiserai largement; l'édition qui a servi à mon travail est l’édition de 1857 publiée chez Hachette (l'édition originale est de 1847).

IIl°) Le Voyage en 1846. À cette époque Gautier avait été envoyé par le journal /a Presse aux fêtes des mariages royaux espagnols : la reine Isabel IT épousait son cousin François d’Assise, et l’infante Louise-Fernande épousait un prince français, le duc de Montpensier. La relation du voyage parut dans la Presse en 1846. Elle fait maintenant partie du livre iutitulé Loin de Paris; c’est le passage nommé : en Espagne, qui va de la page 14r à la page 227 de l'édition Michel-Lévy 1865.

IV°) Toute une grande partie du livre ayant pour titre : Quand on voyage. Deux chapitres de ce livre : le premier, intitulé Course de taureaux à Saint-Esprit, est le récit d’une de ces fugues dont nous parlait Maxime du Camp tout à l’heure: il va de la page 85 à la page 110; le second chapitre, intitulé El Ferro-Carril, est encore un voyage officiel de reportage à l’occasion de l’inauguration du chemin de fer du nord de l’Espagne; il va de la page 239 à la page 336, Gautier nous dit que ce voyage fut fait 27 ans après le premier; or, il fait partie, comme nous l’avons dit, du livre appelé Quand on voyage,

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