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CHAPITRE V

Opinions de Gautier sur la sculpture espagnole

La sculpture espagnole sur pierre — et surtout sur bois — est une manifestation de l’art assez peu étudiée. Contentonsnous pour l'heure de savoir si Gautier l’a rencontrée et s’il a su l’apprécier.

Les mêmes raisons qui, dans un paysage, lui font préférer les couleurs aux formes, en matière d’art l’attirent plus vers la peinture que vers la sculpture.

Au sujet de la sculpture espagnole, nous ne trouverons aucun article spécial, et c’est incidemment qu'il en parlera le long de ses trois relations de voyage.

: Cependant, lorsqu'il l’admire, si puissante et si parfaite dans l’ensemble des lignes comme dans la richesse des détails, il a, pour la décrire, les justes mots que lui dicte son intelligente compréhension.

Nous devons distinguer deux parties dans son étude de la sculpture espagnole; la sculpture sur pierre et la sculpture sur bois.

La sculpture sur pierre

Pendant son premier voyage, les sculptures qui retiennent les premières son attention sont celles de la cathédrale de Bordeaux. Le portail, dit-il, renferme des statues d’évêques de grandeur naturelle; il en trouve l’exécution « vraie et étudiée », moins sacrifiée à l'architecture que dans la plupart des monuments gothiques. Il ne paraît pas avoir vu les plus belles statues de la cathédrale Saint-André, qui sont celles du portail Royal. Mais celui-ci était encore à l’époque de Gautier caché en partie par une sacristie. Les statues dont il parle sont celles du portail nord. En les disant moins sacrifiées à l’architecture, il ne se trompe pas. car on les croit, en effet, postérieures au

portail lui-même. Elles sont froides « mais témoignent d’un art très perfectionné », dit Brutails (1). Ce portail, bâti au XIV: siècle et parachevé au XV°, passe pour « un des plus brillants de cette époque (2) ».

À Bordeaux encore, il va voir le portail de Sainte-Croix el parle de la multitude de groupes qui exécutent assez effrontément le précepte : « Crescite et multiplicamini ». Ce sont, nous dit Havard (3), des broderies incroyables, d’impossibles oiseaux, des personnages bizarres, des montres, des signes du zodiaque; Gautier trouve à ce portail un aspect byzantin; Brutails en dit le dessein « copié sur quelque ivoire de provenance orientale ». R

Notre voyageur vit Sainte-Croix avant les réparations de l'architecte Durand, en 1842-1847; mais nous possédons heureusement une eau-forte de Léo Drouyn représentant l’église avant les réparations (4).

Mais le voilà vite en Espagne.

Le premier point à noter, c’est qu’il parlera surtout de la sculpture religieuse : la sculpture espagnole, en effet, peuple les cathédrales; la sculpture civile est rare; Gautier n’ignore

(x) Brutaïils, Vieilles églises de la Gironde.

(2) Au sujet de la cathédrale de Bordeaux, notons ceci : elle fut consacrée par Urbain II le 1‘* mai 1096, elle était donc déjà construite avant l'occupation anglaise et ce n’est point comme dit Gautier (Voyage, p. 10) les Anglais qui l’ont d’abord construite. Le legs du roi d'Angleterre de 1243 vise la reconstruction et les améliorations; les travaux, il est vrai, se continuèrent pendant des siècles. L'ancien beffroi dont il parle ensuite, « la Grosse Cloche » a été, lui, réellement construit L per les Anglais.

: (3) Havard, La France monumentale.

(4) Guide illustré de Bordeaux, Gounouilhou, imprimeur.

Une reproduction de Sainte-Croix avant les réparations existe aussi dans l'Histoire de Bordeaux, de Camille Jullian.

Le carnet ne faisait pas mention de Sainte-Croix, bééndant Gautier paraît bien avoir rédigé ses notes bordelaises sur l’heure; elles sont d’ailleurs exactes au sujet de Sainte-Croix; l’hospice des vieillards dont il parle (Voyage, p.13) existait encore il y a cinquante ou soixante ans: M. Beck, organiste de Sainte- Croix, l’a vu dans son enfance; ce bâtiment a aujourd'hui fait place à la maison Descas, on peut encore en voir la chapelle, dont le porche donne rue Jean-Descas tandis que l’abside se trouve rue de Tauziats; détail curieux : cet hospice était si près de l’église que les cloches fatiguaient les vieillards, et que Abadie, en 1860, construisit un second clocher à l'opposé.

L'ARF h47

point cette dernière, mais ne peut lui donner dans sa critique que la place qu'elle occupe en réalité dans l’art espagnol; c'est-à-dire une place restreinte.

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