LES REPROCHES DE MESONERO
Dans ses Recuerdos de Viaje, Mesonero fait le procès des voyageurs français en Espagne et de leurs relations. Il pense à Gautier, n’en doutons pas; ce voyageur, dit-il, court la poste, pour chercher des impressions nouvelles à vendre à son éditeur : ce fut toute sa vie le métier de Théo.
Ce voyageur, dit encore Mesonero, va « daguerreotipando »; nous savons quel rôle joua dans le Voyage de 1840 le fameux daguerréotype de Gautier.
El Curioso Parlante blâme le voyageur français d’avoir écrit sur les duègnes et les amours espagnoles des histoires invraisemblables : par exemple, un soir une femme amène chez elle ce voyageur et lui découvre sa vie, très intéressante et très romanesque... mais ces récits d’amours à l’espagnole, ces descriptions tendancieuses des nuits de Grenade, c’est Dumas qui en est l’auteur dans Paris à Cadix et non Gautier.
Ce promeneur, dit encore Mesonero, ne comprend pas le castillan, il ne l’apprend pas; il commet erreur sur erreur; allusion évidemment, dira-t-on, au « {ra los montes ». Non point, puisqu’au moment où Mesonero entreprend son voyage en France, le livre de Gautier n’a pas encore paru (1840); mais la relation des Recuerdos est postérieure à 1840; nous pouvons donc admettre l’allusion. Par ailleurs, nous savons que Gautier n’a guère fait de fautes en castillan, et qu'il connaissait cette langue mieux que l’on ne le croit généralement, et qu'il ne voulait l’avouer lui-même.
Autre grief de Mesonero : le jugement sur les courses de taureaux : n’y voyons certainement pas, même dans la pensée du Curioso Parlante, une allusion à Gautier; c’est lui qui le mena à Madrid aux corridas (1); il put assister à son joyeux
(1) Mesonero, Tipos, grupos y Bocelos, p. 243.
et compréhensif enthousiasme. Mesonero parle d’un voyageur qui aurait décrit une course où seraient morts 14 hommes et 5o chevaux. Nous savons que Gautier n’a jamais écrit pareille sottise; le blâme viserait plus justement Custine ou Castil- Blaze. La question de la navaja à la jarretière des femmes a tellement vexé les Espagnols que leur rancune n’est pas encore éteinte; elle est imputable à Dumas; Théo, dans les Voyages, n’en parle point, et dans Mililona il écrit :
« Elle n'avait pas le moindre stylet à la jarretière (1) ».
Mais Gautier était connu en Espagne comme poète romantique ; les Espagnols craignaient les exagérations des romantiques, qui masquaient, pensaient-ils, la vraie physionomie de leur pays. Lors de son premier voyage, notre voyageur était dans toute la fougue, au moins extérieure, de l’école. À Grenade, son habit éclatant et ses longs cheveux le ridiculisèrent un peu. On en souriait encore, lorsque, quelque temps après, Challamel passa dans la capitale andalouse (2).
À Madrid sans doute, Théo ne s'était pas fait beaucoup aimer si nous en croyons un article du Semanario de 1841. Le Voyage n’avait encore paru que partiellement, en feuilletons; mais, ces feuilletons, on les attendait à Madrid avec impatience, ils déçurent.
L'article en question, de Mesonero, vise certainement Gautier, car nous y retrouvons des allusions très nettes à des passages de ces feuilletons.
Que reproche donc Mesonero dans ces lignes de 1841?
D'abord l’histoire du zagal; on ne comprend guère pourquoi. Gautier n’a rien inventé, tous les autres voyageurs notent les mêmes détails. En plus, Gautier ne met dans sa description ni moquerie ni blâme; c’est un tableau pittoresque et élogieux qui naît sous sa plume.
Mesonero raille sa difficulté à se faire comprendre, reproche bien enfantin, puisqu'il s’adresse à un étranger.
Il se moque ensuite de l’érudition dont fait preuve Gautier à propos de la cathédrale de Burgos. En quoi cette érudition
(x) Militona, p. 6.
(2) Challamel, Un élé en Espagne, p. 139.
peut-elle blesser un Espagnol ? Gautier n’est que louange compréhensive et, de l’avis même d’un savant de Burgos, don Eloy Garcia de Quevedo, ce qu’il dit sur la cathédrale est exact à quelques petits détails près.
Notre Curioso Parlante reproche ensuite au voyageur d'avoir représenté les femmes espagnoles comme des êtres romanesques, et uniquement préoccupés d'amour; si nous ouyrons les Carlas españolas de 1832, nous trouvons sous la plume même de Mesonero une opinion autrement sévère sur les femmes de Madrid!
Ce voyageur français se plaint trop des auberges, paraît-il ; nous renvoyons le lecteur, surtout le lecteur espagnol, à notre chapitre sur Gautier et les auberges espagnoles; rien de tel que de se reporter aux textes; les citations que nous avons données nous ont déjà prouvé que Théo est le moins sévère des voyageurs, tant français qu’espagnols.
Quant à l’allusion au jugement sur Madrid, c’est évidemment un point sensible. Le Mansanares, le Prado, la Puerta del Sol, aux yeux d’un Espagnol de cette époque étaient choses sacro-saintes. L'Espagne d’alors n’a pas pardonné à Gautier ses jugements restrictifs.
La critique de Mesonero est tenace; les étrangers, et surtout les Français, écrit-il dans le Panorama Malrilense ont décrit une Espagne qu’ils souhaitaient voir, mais qui n'existe plus; or, tout ce que Mesonero reproche aux Français de peindre, c’est tout ce qui faisait le charme de l'Espagne et ce qui heureusement le fait encore : un air de guitare qui vient accompagner le bruit de la fontaine, sous les jasmins, le merveilleux regard des femmes brillant d'une spirituelle audace, les danses à la fois chastes et passionnées, graves et rituelles, qui rythment les rêves nobles et enfiévrés d’un peuple plein de force et de naturel génie, l’indolence hautaine qui ne veut accepter du travail que l'indispensable résultat.
Si Gautier a peint tout cela c’est tant mieux pour nous et pour l’Espagne; mais les Espagnols de cette époque n'étaient pas justes pour eux-mêmes; ils cachaient leur qualités et se fâchaient si on les découvrait. k
Quant aux défauts — quel peuple n’en a pas? — Mesonero, et par sa bouche l'opinion espagnole, n’admet pas que le
voyageur français, Gautier dans la pensée de Mesonero, les remarque et les note. Et pourtant El Curioso Parlante n’est pas tendre pour ses compatriotes, ni pour les inconvénients de la vie en Espagne. Gautier est loin d’être aussi sévère que lui.
Mesonero reproche à Théo d’avoir dit que les Espagnols imitaient notre littérature et jouaient dans leurs théâtres des pièces françaises : Gautier vit à Valladolid une imitation d’Hernani et à Jaën, le Sonneur de Saint-Paul de Bouchardy: il n’invente rien, et d’ailleurs, que dit Mesonero? nos auteurs espagnols se targuent de si bien savoir le français que, lorsqu'ils écri- : vent, ils oublient le castillan, et un auteur français a pu aflirmer que les Espagnols imitaient les littérateurs d’outremonts.
Si Gautier regrette que les Espagnols abandonnent les beaux costumes nationaux pour se vêlir à la française, cela ne peut que flatter la vanité nationale espagnole. D'ailleurs, cet abandon est si vrai et si déplorable que Mesonero rencontrera dans les rues de Madrid « des dames attifées à la française avec des chapeaux et des plumes ». Il le constate et le regrette; pourquoi donc reprocher à Gautier d’avoir fait la même constatation, et d’avoir eu le même regret? Si Gautier rit un peu des bourgeois de Grenade qui se promènent en redingote, Mesonero est très dur pour ceux qui font de même à Madrid.
Gautier n’a pas, paraît-il, assez loué Madrid; pourquoi donc Mesonero fait-il à la capitale un procès si sévère? se fâchant après les cris, les odeurs, les eaux sales, la poussière, les pelures d’oranges, le charbon et la farine qui volent dans l'air; contre les mendiants, les vendeurs qui vous empêchent de marcher, les voitures qui vont dans tous les sens, les bousculades des enfants qui, sortant en troupes de l’école, transforment la rue en plaza de loros.
Pourquoi se plaint-il des moustiques auxquels Gautier ne fait qu’une brève allusion, alors que lui, Mesonero, parle d’une plaie qui envahit nos visages?
De ces inconvénients de Madrid nous n’avons guère entendu Gautier se plaindre; les chaleurs de juillet dont Breton est excédé dans Me voy à Madrid gênent si peu Gautier qu'il écrit : « Il faut voir l'Espagne en plein été. » Mesonero blâme l'étroitesse des logements, Gautier les a trouvés vastes et bien
aérés. Le manger est mauvais, dit El Curioso Parlante, il en résulte des coliques; Gautier ne s’est jamais mieux porté.
Toutes ces critiques à l'adresse de Gautier visent l'écrivain romantique bien plus que le voyageur; elles sont, pour la plupart, temporaires; c’est l’époque, c’est cette société espagnole du milieu du XIX° siècle qui les ont formulées, sans vouloir se donner la peine d’être justes et de distinguer Gautier des autres pèlerins.
Mais il faut dire, à la décharge de cette critique acerbe, qu'elle ne.s’est exercée que sur la relation du premier voyage, et pour cause. Deux raisons vont faire évoluer l'opinion espagnole sur Gautier : le mouvement des idées qui débarrasse l'Espagne de la phobie de l'étranger, et les relations des autres voyages de Gautier, qui ajouteront à la première un complément d’information, un jugement que l’âge rendra plus perspicace et plus sûr. À ces relations viendront s'adjoindre les études critiques de Gautier sur la peinture espagnole.
C’est après la lecture de ces divers ouvrages que nos amis espagnols devraient tous juger Gautier; ce serait une joie pour nous, Français, que les lecteurs d’outre-monts fissent cet effort de pénétration.
Le deuxième reproche a été fait par des Espagnols avertis, loyaux; essayons de rassembler quelques-unes de leurs opinions, et de saisir la vraie pensée espagnole, débarrassée des influences du temps, de la mode, et d’une rancune un peu injustifiée.
L'opinion d’Azorin est une des plus intéressantes. Le nom de Gautier, dit-il, doit être cher à tous les Espagnols qui aiment l'Espagne et les Lettres. Gautier, c’est la couleur, le resplendissant spectacle des cathédrales, la vision des vieilles cités. Mais il ajoute : tout n’est chez lui que paysages et descriptions de villes, son livre est subordonné à la vision du monde extérieur.
Si la première partie de cette assertion s'affirme vraie, nous savons que la seconde est erronée. Azorin, tout éclairé qu'il fût, s’est laissé influencer par l'opinion admise, en France comme en Espagne, hélas! Il n’y a, dit il, chez Gautier, rien sur l’histoire. Nous avons vu que Théo n’a pas ignoré les
grandes époques historiques de l'Espagne et a dit un mot sur chacune d'elles.
On ne trouve rien sur les mouvements des foules et les aspects de la vie humaine, dit encore Azorin; pourtant nous savons que, lorsqu'on se donne la peine de lire Gautier sans prévention, on voit dans ses pages vivre l'Espagnol.
Mais si Azorin reste un peu prévenu, il rend cependant à Gautier un juste hommage. C’est que le grand critique Menendez-Pelayo venait, dans son Histoire des Idées esthétiques, de déchirer le voile qui embrumait l’opinion espagnole et lui cachait la vérité.
A travers l’œuvre de Gautier, Menendez-Pelayo vit apparaître la vraie Espagne, celle dont la grandeur, l’opulence, les particularités étaient un peu oubliées par une génération d’écrivains à tendance trop « universelle ».
Ce n’est guère qu’à la fin du siècle dernier qu’un groupe d'auteurs espagnols, animés d’un profond amour pour la Patrie, la cherchèrent avidement partout où elle était vivante. Ils la trouvèrent dans le livre de Gautier, et ce même Azorin, dont nous parlions tout à l'heure, lui rend un bel hommage en disant qu'un écrivain français a produit ce bienfaisant et patriotique effet de développer chez les Espagnols l'amour de l'Espagne.
Des opinions erronées sur Cautié un grand écrivain espagnol, Emilia Pardo Bazan, fait justice : « Je ne sais pourquoi, écrit-elle en substance, on a répété que Gautier avait raconté des extravagances comme Dumas; au contraire, l’œuvre de Gautier n’est jamais emphatique, ni exagérée, ni déclamatoire: il ne commet aucune des erreurs qu’a commise par exemple Hugo; bien plus, il Les redresse, ses voyages en Espagne (notons le pluriel) ont conservé leur grâce et leur aménité, ils sont aussi délicieux aujourd’hui qu’à l’époque où ils ont été écrits.
Il nous à paru intéressant de joindre à ces opinions celles de contemporains. Que pense-t-on aujourd’hui de Gautier en Espagne, dans les milieux intellectuels : politiques, juridiques, scientifiques, littéraires, artistiques ?
Don Julio de Urquijo, auquel nous sommes redevables de
cas
tant de précieux renseignements sur l'Espagne, nous a dit qu'il trouvait Gautier un peu superficiel, mais que, pour le bien juger, il faudrait mieux le connaître. Si nous nous permettons de consigner ici cette restriction de don Julio de Urquijo, c’est pour en noter la loyauté. Que d’Espagnols ne l’ont pas, et jugent Gautier par ouï-dire, sans l’avoir lu; s'ils pouvaient, ou bien avoir la franchise de don Julio, ou bien réserver leur opinion jusqu’à une prochaine et plus attentive lecture !
Pour noter ici l’opinion de la magistrature espagnole, nous nous sommes adressé à l’un de ses plus autorisés représentants : Don Rogelio Robbles, de Grenade, dont la culture est si profonde qu'aucune des questions qu’on lui pose ne reste sans réponse. Je cite ce précieux jugement :
«Respecto à la opinion de los intelectuales españoles sobre Gautier, puede estar segura que no difiere de la de los Franceses; si bien los intelectuales entre siestan rara vez de acuerdo por que sus ideologias, temperamente, elementos de juicio, orientaciones son diferentes ; en cambio el pertenecer a distintos paises no afecta d sus opiniones si no en casos verdaderamente excepcionales. »
Mais l'opinion des intellectuels français est-elle toujours juste pour Gautier, surtout à propos de ses voyages d'Espagne?
Les hommes de science, tout en reconnaissant à Gautier un talent descriptif rare, tout en le louant d’avoir si bien vu l'Espagne, ses campagnes, ses villes, ses monuments, lui reprochent un peu de s’être laissé entraîner à des émotions passagères, sans en approfondir les raisons sociales ou nationales.
Don Ricardo de Apraiz, docteur en sciences historiques, relève une petite erreur chez Gautier à propos de l'inscription de « la maledicion de la madre » que Théo ne situe pas à sa vraie place, mais il aime la poésie et l’art qui se dégage des Voyages. Seulement Gautier, nous écrit-il, lorsqu'il décrit Vitoria par exemple, en donne une physionomie particulière, moins aimable que celle que donnent d’autres voyageurs, car il s’est laissé influencer par la saison à laquelle il a visité cette
ville.
Cette question des influences subies par Gautier est inquié-
tante pour les Espagnols; ils ont peur, quelquefois à raison, le plus souvent à tort, que Théo se laisse emporter par ses émotions et ne donne pas la vraie figure de ce qu'il écrit.
Un autre savant, le grand médecin don Emilio Caneja de Santander, se délecte à la lecture de Gautier; mais il le trouve trop artiste, et pas assez social; non qu’il tombe dans l'erreur de dire que Gautier n’a pas vu les Espagnols, mais il pense que notre voyageur ne pénètre pas d’une façon assez précise les éléments de l’âme et du caractère espagnol. IL lui oppose Jorge Borrow et sa Bible en Espagne; celui-ci, tout en étant plus sévère envers les Espagnols, les a jugés en meilleur sociologue.
Quant aux artistes et aux littérateurs, leur opinion s’accorde sur un point : Gautier a su peindre une Espagne qui disparaissait.
L'avis d’un artiste tel que Zuloaga ne pouvait que nous être précieux. Lorsque nous étudiions la peinture espagnole à propos de la critique de Gautier, nous eûmes le bonheur d’être reçue plusieurs fois par le peintre à Santiago-Echea, et voici le résumé de nos conversations avec Zuloaga :
Gautier fut un très grand artiste, et il a peint avec un art magistral l'Espagne romantique de son époque; il a eu la chance de traverser notre pays au moment le plus pittoresque de son histoire, il a su noter ce pittoresque et le rendre inoubliable.
Pour avoir l'opinion des littérateurs, nous nous sommes naturellement adressée à l’homme d’Espagne qui connaît le mieux l'époque romantique, à Don Pio Baroja; et voici son opinion :
sr à \ « Respeclo al viaje de Gautier como cosa de color y como de lo pinto-
resco està muy bien; la parte polilica y social no le interesaba y en ese aspecto su libro no creo que lenga gran interes. »
Le lyrisme de Gautier ne le fâche point; l’époque à laquelle Théo traversa l'Espagne était essentiellement lyrique avec Espronceda, Zorilla, Rivas et tant d’autres. La véracité des
descriptions de Gautier ne doit pas être mise en doute; il le loue de son enthousiasme pour la mosquée de Cordoue tout en regrettant qu’il parle avec dédain de la tour de la cathédrale.
Enfin, nous avons voulu avoir l'opinion d’un intellectuel de métier, s’il nous est permis d'employer cette expression, et cette fois nous avons interrogé un savant professeur de littérature : don Eloy Garcia de Quevedo, de Burgos; nous reproduisons intégralement sa réponse parce qu’elle nous paraît la plus étudiée et la plus juste :
« De todas las obras de Teofilo Gautier siempre sera para un español « El Viage à España » la mas interesante, y para un burgales, nada tendra el encanto que las paginas dedicadas à la « Ciudad del Cid ».
« Se ha censurado mucho à Gautier porque dejandose llevar de su imaginacion, acaso no fotografia las cosas como son, sino que las embellece con rasgos y matices que ellus no tienen.
« Dando por cierto esto, que en un literato, mejor diriamos en un poeta no es pecado grave, hay que agradecer al insigne escritor el entusiasmo amoroso que pone muchas veces para hablar de nuestros monumentos. Asi las paginas dedicas a nuestra catedral y a nuestra Cartuja revelan la honda emocion que en Gautier produjeron. Cuando tras describir nuestro maravilloso Crucero « gigantesco como una piramide «y delicado como un pendiente de mujer, sin que pueda comprenderse « que semejante filigrana pueda sostenerse siglos en el aire », piensa que es inulil trabajar; que las mayores fuerzas humanas no podran llegar mas allà de donde llegaron los divinos artistas cuyos nombres ignora; y, considerando que toda su vida se ha reducido à rimar diez o doce mil versos ; a escribir seis o siele pobres volumenes y tres o cuatro cientos malos articulos periodisticos, labor con la cual ya se encuentra fatigado, siente verguenza de si y de su epoca por producir tan poca cosa con tan grandes esfuerzos, hace el gran escritor frances la mas justa y admirable ponderacion que acaso se haya hecho nunca de esa Joya unica que es nuestro maravilloso Crucero.
« Habremos de agradecer siempre à Gaulier su vision romantica de 1840, cuando España acababa de sufrir una total revolucion y sangrientas guerras que lenian convertidas en escombros muchas de las. viejas obras de arte que él pudo ver todavia medio arruinadas, y ya no existen y las describe unas veces con colores brillantes, y otras à la luz sombria del crepusculo o entre las tinieblas de la noche.
« Admirables son tambien los trazos ligeros con que dibuja los tipos populares, tan distintos de los de ahora : los mendigos envueltos en sus capas, noblemente, como un emperador romano en su purpura, tal cual él los vio en nuestra plaza Mayor paseando al sol bajo la estatua de Carlos III. ;
h90 THÉOPHILE GAUTIER ET L'ESPAGNE
« Los españoles, los burgaleses en especial tendremos siempre que agradecer a Teofilo Gautier estos cuadros de viaje, del primer viaje, acaso, hecho por un literato extranjero que deja su patria para recoger las impresiones recibidas por los caminos y en las ciudades de la nues-
tra. »
Voilà je crois la vérité : Gautier a fixé dans l'éternité du livre une Espagne merveilleuse que les révolutions allaient changer; il l’a fixée dans ses paysages et dans ses personnages, avec une plume et une sensibilité d'artiste.
BRIKETENEA, GUÉTHARY.
Saint-Silvestre 1934.