LA PLACE QUE TIENT LH ESPAGNE DANS L'ŒUVRE DE GAUTIER
de cactus et ses tanières de troglodytes que nous avons suivis tant de fois (1). »
Il supprime les distances et veut partout se croire en Espagne. C’est en Espagnol qu'il s’est fait peindre dans le tableau que Gérard de Nerval racheta après la dispersion du Doyenné.
S'il veut parler de la grande allure de Petrus Borel, il le compare à un grand d’Espagne (2).
La vie intime même se ressent de cet amour. Il faut voir dans Ménagerie intime les chats maigres et efflanqués qu’amenaient avec eux les chats noirs de Gautier et qui le font penser au chien Siele-Aguas des posadas espagnoles (3).
Il transmettra cette fièvre de l'Espagne à son fils; un heureux hasard nous a mis en mains un petit opuscule très rare (4) de Théophile Gautier fils, et intitulé : Entre Biarrilz et Saint- Sébastien; Toros et Espadas; notes d’un touriste; il date de 1881; il sera parfois intéressant dans le cours de ce travail de confronter les jugements du père et ceux du fils exprimés à quarante ans de distance.
L'Espagne est donc partout dans l’œuvre de Gautier mœurs, histoire, paysages, œuvres d’art, tout est prétexte à rappeler la chère « Espagne ».
D'ailleurs il la fait venir à soi le plus possible, il la ferait entrer de force dans ses livres si elle n’y prenait place naturellement. Il parsème même son style, sans que cela en diminue en rien la clarté et la beauté, de quelques expressions, de quelques tournures de phrase espagnoles.
Nous tâcherons de voir, dans notre chapitre sur la langue de Gautier, quelle influence a exercée l'Espagne sur la langue de ses voyages dans ce pays.
Chère Espagne, elle tient à l’avance une si grande place dans la pensée de Gautier que nous trouvons tout naturel qu'il se soit mis en route à la première occasion.
(x) Abécédaire du Salon de 1865, p. 365.
(2) L'Hisioire du romantisme.
(3) Ménagerie intime; Don Pedro de Navarre.
(4) Cet opuscule m'a été très obligeamment prêté par M. Perrotin, professeur au lycée de Bordeaux.