‹ ThéophileChapitre 15 sur 48 · SUR LE MÊME SUJET, FAIT DANS LES LANDES DE CASTEL-JALOUX · texte numérisé non relu

SUR LE MÊME SUJET, FAIT DANS LES LANDES DE CASTEL-JALOUX

Je passe mon exil parmi de tristes lieux Où rien de plus courtois (ju'un loup nem'avoisine ; Où des arbres puants fourmillent d'écurieux *, Où tout le revenu n'est (ju'un peu de résine,

Où les maisons n'ont rien plus froidque la cuisine, Où le plus fortuné craint de devenir vieux, Où la stérilité fait mourir la lésine, Où tous les éléments sont mal-voulus des cieux,

Où le soleil contraint de plaire aux destinées. Pour étendre mes maux allonfçe ses journées, Et me fait plus durer le temps de la moitié.

Mais il peut bien changer le cours de sa lumière.

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Puisque le roi, perdant sa bonté coutumière, A détourné pour moi le cours de sa pitié.

SONNET

On n'avoit point posé les fondements de Rome, On n'avoit point parlé du sièffe d'IIion, La terre n'avoit point reçu Deucalion,

Les sœurs de Phaéton ne pleuroient point la ^onime ■ Les géants n'avoient point monté sur Pélion, Et celui qui causa notre rébellion N'avoit pas mis la dent sur la première pomme.

Cypre n'avoit point vu ses rives écumer De ce germe divin qui tomba dans la mer. Quand la mère d'Amour voulut sortir de l'onde.

Bref, nous ne savons point de siècles assez vieux. Depuis qu'on a connu l'origine du monde, De qui l'antiquité ne le cède à vos yeux.

ÂLÂGIES P.T SONNETS

SONNKT

Ministre du repos, sommeil, père des sonates, Poiinpioi t'a-t-on nommé limatje de la mort? Que ces Faiseurs de vers l'ont jadis tait de tort, De le persuader avecque leurs mensonges !

Faut-il pas conlcssercpi'en l'aise où lu nous plonges Nos esprits sont ravis par un si doux transport, Qu'au lieu de raccourcir à la fureur du sort 'Les plaisirs de nus jours, Sommeil, lu les allonges?

Dans ce petit moment, ù songes ravissants, }u'Amour vous a permis d'entretenir mes sens, J'ai tenu dans mon lit Elise toute nue.

Sommeil, ceux (jui l'ont fait l'image du trépas, Quand ils ont peint la mort, ils ne l'ont poinlconnue, Car vraiment son portrait ne lui ressemble pas.

SONNET

u moins ai-je songé que je vous ai baisée, I. Et, bien que tout l'amour ne s'en soit pas allé.

Ce feu, qui dans mes sens a doucement coulé, Rend en quelque façon ma flamme rapaisée.

Après ce doux effort, mon âme reposée Peut rire du plaisir qu'elle vous a vole, Et, de tant de refus à demi consolé, Je trouve désormais ma guérison aisée ,

Mes sens déjà remis commencent à dormir; Le sommeil, qui deux nuits m'a voit laissé gémir. Enfin dedans mes yeux vous fait quitter la place.

Et, quoiqu'il soit si froid au jugement de tous. Il a rompu pour moi son naturel de glace Et s'est montré plus chaud et plus humain que vous.

SONNET

D'un sommeil plus tranquille à mes amours rêvant, J'éveille avant le jour mes yeux et ma pensée, Et, cette longue nuit si durement passée. Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Demi désespéré, je jure en me levant D'arracher cet objet à mon âme insensée,

ÉLéOlKS ET SONNETS IO7

El sDiiiljun (lo ces vd'ux ma raison ollcnsée Se ilctlit ol me laisse aussi loi (|iie devant.

Je sais bien (jue la mort suit de près ma folie, Mais je vois tant d'appas en ma mélancolie (Jue mon esprit ne peut souffrir sa guérison.

Chacun à son plaisir doit gouverner son àmc ; Alitliridale autrefois a vécu de poison, Les Lestrigons de sang, et moi je vis de flamme.

I SONNET

Chère Isis, tes beautés ont trouble la nature, Tes yeux ont mis l'Amour dans son aveuglement. Et les Dieux, occupés après toi seulement. Laissent l'état du monde errer à l'aventure.

Voyant dans le soleil tes regards eu peinture. Ils en sentent leur cœur touché si vivement Que, s'ils û'étoient cloués si fort au firmament, Ils descendroient bientôt pour voir leur créature.

Croîs-moi qu'en cette humeur ils ont peu de souci Ou du bien ou du mal que nous faisons ici ; Et, tandis que le Ciel endure que tu m'aimes.

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Tu peux bien dans mon lit impunément coucher ; Isis,que craindrois-tu, puisque les Dieux eux-mêmes S'estimeroient heureux de te faire pécher?

SONNET

Sacrés murs du soleil où j'adorai Philis, Doux séjour où mon àme étoit jadis charmée, Qui n'est plus aujourd'hui sous mes toits démolis Que le sanglant butin d'une orgueilleuse armée;

Ornement de l'autel, qui n'êtes que fumée, Grand temple ruiné, mystères abolis, Effroyables objets d'une ville allumée, Palais, hommes, chevaux, ensemble ensevelis;

Fossés larges et creux tous comblés de murailles, Spectacle de frayeur, de cris, de funérailles. Fleuve par où le sang ne cesse de courir;

Charniers où les corbeaux et lesloupsvontrepaîlrc, Clérac, pour une fois que vous m'avez faitnaître, Hélas! combien de fois me faites-vous mourir !

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