‹ ThéophileChapitre 17 sur 48 · ODE II · texte numérisé non relu

ODE II

Un soir (jue les flots mariniers] Apprcloient leur molle litière Aux quatre rouges limonniers Oui sont au joug de la lumière,

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Je penchois mes yeux sur le bord D'un lit où la Naïade dort, Et, regardant pêcher Sylvie, Je voyois hattre les poissons A qui plutôt perdroit la vie En l'honneur de ses hameçons.

D'une main défendant le bruit, Et de l'autre jetant la line *, Elle fait qu'abordant la nuit, Le jour plus bellement décline.

Le soleil craignoit d'éclairer Et craignoit de se retirer; Les étoiles n'osoient paroître, Les flots n'osoient s'entrepousser, Le zéphire n'osoit passer, L'herbe se retenoit de croître *.

Ses yeux jetoient un feu dans l'eau; Ce feu choque l'eau sans la craindre.

Et l'eau trouve ce feu si beau Qu'elle ne l'oseroit éteindre.

Ces Eléments si furieux, Pour le respect de ses beaux yeux Interrompirent leur querelle, Et, de crainte de la fâcher, Se virent contraints de cacher . Leur inimitié naturelle.

Les Tritoiis, en la rcuanlaiil Au travers leurs vitres liquides, D'aliorc! à cet oI)jcl ardent Sentent (ju'ils ne sont plus humides, Kl d'un élonnenient soudain Chacun d'eux dans un corps de daim Cache sa forme dépouillée, S'étonne de se voir cornu Kt comment le poil est venu Dessus son écaille mouillée.

Soupirant du cruel affront (Jui de dieux les a iait des hètcs, Kt sous les cornes de leur front A courbé leurs honteuses Ictcs, Ils ont abandonné les eaux, Kt, dans la rive où les rameaux Leur ont fait un logis si sombre, Promenant leurs yeux ébahis, N'osent plus fier que leur ombre A l'étang qui les a trahis.

On dit que la sœur du Soleil Eut ce pouvoir sur la Nature Lorsque d'un changement pareil Actéon quitta sa figure.

Ce que fit sa divine main Pour punir dans un corps humain

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La curiosité profane S'est fait ici contre les dieux, Oui n'avoient approché leurs yeux Que des yeux de notre Diane.

Ces daims^ que la honte et la peur Chassent des murs et des allées, Maudissent le destin trompeur Des froideurs qu'il leur a volées.

Leur cœur, privé d'humidité, Ne peut qu'avec timidité Voir le ciel ni fouler la terre, Où Sylvie en ses promenoirs Jette l'éclat de ses yeux noirs.

Oui leur font encore la guerre.

Ils s'estiment heureux pourtant De prendre l'air qu'elle respire ; Leur destin n'est que trop content De voir le jour sous son empire.

La princesse, qui les charma Alors qu'elle les transforma, Les fit être blancs comme neige.

Et, pour consoler leur douleur, Ils reçurent le privilège De porter toujours sa couleur.

Lorsqu'à petits flocons liés

LA MAISON DK SYI.VIK

La neiîçe, fraîchement venue, Sur des grands tapis déliés |]panche l'amas de la mie; Lorsque, sur le chemin des cieux.

Ses "grains serrés et ii^racieux l\'ont trouvé ni veut ni tonnerre, Lt ([ue sur les premiers coupeaux *, Loin des hommes et des troupeaux, Ils ont peint le hois et la terre.

Quelque vigueur que nous ayons Contre les éclats qu'elle darde, ils nous blessent, et leurs rayons l]i)louissent (pii les regarde.

Tel dedans ce parc ond)rageux * Eclate le troupeau neigeux, Et, dans ces vêtements modestes.

Où le front de Sylvie est peint.

Fait briller l'éclat de son teint A l'envi des neiges célestes.

En la saison que le soleil.

Vaincu du froid et de l'orage.

Laisse tant d'heures au sommeil Et si peu de temps à l'ouvrage, La neige, voyant que ces daims La foulent avec des dédains, S'irrite de leurs bonds superbes.

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Et, pour affamer ce troupeau Par dépit sous un froid manteau, Cache et transit toutes les herbes.

Mais le parc pour ses nourrissons Tient assez de crèches couvertes, Que la neige ni les glaçons Ne trouveront jamais ouvertes.

Là, le plus rigoureux hiver Ne les sauroit jamais priver Ni de loge ni de pâture :

Ils y trouvent toujours du vert, Qu'un peu de soin met à couvert Des outrages de la nature ;

Là, les faisans et les perdrix Y fournissent leurs compagnies Mieux que les halles de Paris Ne les sauroient avoir fournies.

Avec elles voit-on manger Ce que l'air le plus étranger Nous peut faire venir de rare, Des oiseaux venus de si loin Qu'on y voit imiter le soin D'un grand roi qui n'est pas avare.

Les animaux les moins privés, Aussi bien que les moins sauvages,

i.A MAISON nn sYi.vii: iii)

Sont également captivés I >ans ces bois et dans ces rivages.

Le niaîlre d'un lieu si plaisant De l'hiver le plus nialfaisant Défie (ouïes les malices, A l'uljoudance de son bien Les éléments ne trouvent rien Pour lui relranclier ses délices.

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