‹ ThéophileChapitre 18 sur 48 · ODE III · texte numérisé non relu

ODE III

Dans ce parc un vallon secret, Tout voilé de ramages sombres.

Où le soleil est si discret Qu'il n'y torce jamais les ombres, Presse d'un cours si diligent Les tlots de deux ruisseaux d'argent, Et donne une fraîcheur si vive A tous les objets d'alentour, Que môme les martyrs d'amour Y trouvent leur douleur captive.

Un étang dort là tout auprès Où ces fontaines violentes Courent et font du bruit exprès Pour éveiller ses vagues lentes.

Lui, d'un maintien majestueux.

Reçoit l'abord impétueux De ces Naïades vagabondes Oui dedans ce large vaisseau Confondent leur petit ruisseau Et ne discernent plus ses ondes.

Là, Mélicerte, en un gazon, Près de l'étang qui l'environne, Fait aux cygnes une maison Qui lui sert aussi de couronne.

Si la vague qui bat ses bords Jamais avecque des trésors N'arrive à son petit empire, Au moins les vents et les rochers N'y font point crier les nochers Dont ils ont brisé la navire *.

Là les oiseaux font leurs petits, Et n'ont jamais vu leurs couvées Soûler les sanglants appétits Du serpent quilles a trouvées ; Là n'étend point ses plis mortels Ce monstre de qui tant d'autels Ont jadis adoré les charmes, Et qui, d'un gosier gémissant, Fait tomber l'àme du passant Dedans l'embûche de ses larmes.

Zéj)hyrc en chasse I«^s clialcurs.

RiiMi (|ue les cygues n'y repaissent ; On n'y trouve rien sous les tleurs Oue la Iraîclieur dont elles naissent; Le Efazon içarde quel([uet'ois Le bandeau, l'arc et le carquois De mille amours qui se dépouillent A l'ombrage de ces roseaux, Et dans l'humidilc des eaux Trempent leurs jeunes corps qui bouillent.

L'étang leur prête sa fraîcheur, La Naïade leur verse à boire ; Toute l'eau prend de leur blancheur L'échu tl'une couleur d'ivoire.

On voit lu ces nageurs ardents, Dans les ondes qu'ils vont tendants, Faire la guerre aux Néréides, Oui, devant leur teint mieux uni, Cachent leur visage terni Et leur front tout coupé de rides.

Or ensemble, ores dispersés.

Ils brillent dans ce crêpe sombre Et sous les flots qu'ils ont percés Laissent évanouir leur ombre.

Parfois dans une claire nuit, Oui du feu de leurs yeux reluit

Sans aucun ombrao'e de nues, Diane quitte son berger Et s'en va là-dedans nager Avecque ses étoiles nues.

Les ondes, qui leur font l'amour, Se refrisent sur leurs épaules, Et font danser tout à l'entour L'ombre des roseaux et des saules.

Le dieu de l'eau, tout furieux, Haussé pour regarder leurs yeux Et leur poil qui flotte sur l'onde, Du premier qu'il voit approcher Pense voir ce jeune cocher Oui fit jadis brûler le monde.

Et ce pauvre amant langoureux, Dont le feu toujours se rallume, Et de qui les soins amoureux Ont fait ainsi blanchir la plume, Ce beau cygne à qui Phaëton Laissa ce lamentable ton.

Témoin d'une amitié si sainte, Sur le dos son aile élevant.

Met ses voiles blanches au vent Pour chercher l'objet de sa plainte.

Ainsi, pour flatter son ennui,

Je dcmainU' an dieu Méliceric Si cliîUjiic dieu n'est pas celui Dont il soupire taut la perle, Et, contemplant de tous côtés La semltlance de leurs beautés, Il sent renouveler sa tlanune, Errant avec des faux plaisirs Sur les traces des vieux désirs Oue conserve encore son Ame.

Toujours ce furieux dessein Entretient ses blessures fraîches, Et fait venir contre son sein L'air brûlant et les ondes sèches.

Ces attraits, empreints là dedans Comme avec des tlambeaux ardents.

Lui rendent la peau toute noire.

Ainsi, dedans comme dehors, Il lui tient l'esprit et le corps, La voix, les yeux et la mémoire.

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