‹ ThéophileChapitre 20 sur 48 · ODE V · texte numérisé non relu

ODE V

Damon, dit-il, j'étais au lit, Goûtant ce que les nuits nous versent, Lors que le somme ensevelit Les soins du jour qui nous traversent.

Au milieu d'un profond repos Où nul regard ni nul propos N'abusoit de ma fantaisie.

Une froide et noire vapeur Me transit l'âme d'une peur Oui la tient encore saisie.

Jamais qu'alors notre amitié N'avoit mis mon cœur à la gêne ; Tu me fis lors plus de pitié Que Philis ne me fait de peine.

Cet effroyable souvenir Me vient encore entretenir, Et me redonne les alarmes Du spectacle plus ennemi Qui jamais d'un œil endormi A put faire couler des larmes.

Un grand fantôme souterrain, Sortant de l'infernale fosse,

LA MAISON DK SYI.VIK J 21)

Enroué connue de l'airain Où roulcroit Un carrosse, D'un iilniril (|ui nie nienaroit Kl d'un regard (|ui nie Messoit, Dressant vers moi ses |)as funèbres, Kier des commissions du Sort, Me dit trois fois : Damon est mort.

Puis se perdit dans les léuèbi'es.

Sans doute (jue leurs vérités, Plus puissantes (jue les mensonges.

Touchent plus fort nos facultés Kt nous impriment mieux les songes.

Je relins si bien ses accents.

Et son image dans mes sens Demeura tellement empreinte, Que ton corps mort entre mes bras !U ton sang versé dans mes draps Ne m'eussent pas fait plus de crainte.

Cherchant du soûlas * par mes yeux.

Je mets la tète à la fenêtre Et regarde un peu dans les cieux Le jour, qui ne faisoit que naître ; Et, combien que ce songe-là Dans mon sang, que la peur gela, Laissât encore ses images, Je me rassure et me rendors,

Croyant que les vapeurs du corps Avoient enfanté ces nuages.

Le sommeil fie m'eut pas repris Que, songeant encore à ta vie.

Tu vins rassurer mes esprits Qu'on ne te l'avoit point ravie.

Il est vrai, Thyrsis, me dis-tu, Qu'on en veut bien à ma vertu.

Là je te vis dans une émeute Avancer, l'épée à la main.

Vers un portail qui chut soudain Et qui t'accabla de sa chute.

De là, ce songe en mon cerveau Poursuivant toujours son idée.

Je te vis suivre en un tombeau Par une foule débordée.

Les juges y tenoient leur rang, L'un d'entre eux épancha du sang Qui me jaillit contre la face.

Là tout mon songe s'acheva, Et ton pauvre ami se leva Noyé d'une sueur de glace.

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