‹ ThéophileChapitre 21 sur 48 · ODI<] VI · texte numérisé non relu

ODI<] VI

NOUS étions dans un cabinet Enccinl tle fontaines et d'arljics; Son meuble est si clair et si net Que l'émail l'est moins ou les marbres. Celui (jui l'a lait si poli Semble avoir jadis démoli Le fi^rand |)alais de la lumière, Et, pillant son riche pourpris.

De tout ce glorieux débris Avoir là porté la matière.

Pour conserver son ornement, Le soleil le lave et l'essuie, Car c'est le soleil seulement Qui fait le beau temps et la pluie.

Flore y met tant de belles fleurs Que l'Aurore ne peut sans pleurs Voir leur éclat (pii la surmonte :

C'est à cause de cet alVront Qu'elle montre si peu son front Et qu'on la voit rougir de honte.

L'odeur de ces fleurs passeroit

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Le musc de Rome et de Caslillc, El la terre s'offenseroit Qu'on y brûlât de la pastille.

Le garçon qui se consuma Dans les ondes qu'il alluma Voit là tous ses appas renaître, Et, ravi d'un objet si beau.

Il admire que son tombeau Lui conserve encore son être.

La nymphe qui lui lait la cour Le voit là tous les ans revivre.

Car son opiniâtre amour La contraint encore à le suivre ; Là le ciel semble avoir pitié Des longs maux de son amitié.

Et permet parfois au Zéphyre De la mener à son amant, Qui respire insensiblement L'air des flammes qu'elle soupire.

Echo, dedans un si beau feu Jalouse que le ciel la voie.

Est invisible et parle peu.

De respect, de honte et de joie.

Ainsi mes esprits transportés, Se trouvent tous déconfortés Quand une beauté me regarde,

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l'^l mon discours le moins suspect Trouve toujours ou le respect Ou la honte qui le retarde.

Quand je vois partir les regards Des superbes yeux de Caliste, Uni sont autant de coups de dards Où nulle qu'elle ne résiste, Le témoin le plus assuré Qui de mon esprit égaré Montre la passion confuse, C'est que je ne saurois comment Le prier d'un mot seulement Que sa voix ne me le reiuse.

Je suivrois l'importun désir Qui m'en parle toujours dans l'âme, Et prendrois ici le loisir De parler un peu de ma flamme ; Mais l'entreprise du tableau.

Qui par un cabinet si beau Commence à pourmcner * la muse.

Me tient dans ce parc enchanté, Où le Printemps le plus hâté Toujours cinq ou six mois s'amuse.

Quand le Ciel, lassé d'endurer Les insolences de Borée,

L'a contraint de se retirer Loin de la campagne azurée ; Que les Zéphyres, rappelés, Des ruisseaux à demi gelés Ont rompu les écorces dures, Et, d'un souffle vif et serein, Du céleste palais d'airain Ont chassé toutes les ordures^

Les rayons du jour, égarés Parmi des ombres incertaines, Eparpillent leurs feux dorés Dessus l'azur de ces fontaines ; Son or, dedans l'eau confondu, Avecque ce cristal fondu Mêle son teint et sa nature.

Et sème son éclat mouvant.

Comme la branche, au gré du vent, Efface et marque sa peinture.

Zéphyre, jaloux du soleil.

Oui paroît si beau sur les ondes.

Traverse ainsi l'état vermeil De ces allées vagabondes.

Ainsi ces amoureux Zéphyrs, De leurs nerfs, qui sont leurs soupirs. Renforçant leurs secousses fraîches, Détournent toujours ce flambeau,

l''t, pour cacher !e fond de l'eau.

Jettent au moins des leuilles sèches.

L'eau, qui fuit en h>s res^anhint, Orijfueilleuse (h> h-ur (|uei'ello, l\it et s'échappe cependant Qu'ils sont à disputer pour elle.

Et pour prix de tous leurs efforts, Laissant les ànies sur les bords De celte fontaine superbe.

Dissipent toutes leurs chaleurs A conserver l'état des fleurs Et la molle fraîcheur de l'herbe.

C'est où se couche Palémon, Oui triomphe de leur maîtresse.

Et plein d'écume et de limon, Quand il veut reçoit sa caresse.

Ainsi naguère deux bers^ers Ont couru les sauglants daniçers Que l'honneur a mis à l'épée, Et par un malheur mutuel Laissent vain(|ueur de leur duel Un vilain qui plut à Napée.

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