‹ ThéophileChapitre 22 sur 48 · ODE VII · texte numérisé non relu

ODE VII

Le plus superbe ameublement Dont le séjour des rois éclate, L'or, semé prodigalement Sur la soie et sur l'écarlate.

N'eurent jamais rien de pareil Aux teintures dont le soleil Couvre les petits flots de verre.

'Quelle couleur peut plaire mieux Oue celle qui contraint les cieux De faire l'amour à la terre ?

Ce cabinet, toujours couvert D'une large et haute tentuVe, Prend son ameublement tout vert Des propres mains de la Nature, D'elle, de qui le juste soin Etend ses charités si loin.

Et dont la richesse féconde Paroît si claire en chaque lieu Oue la providence de Dieu L'établit pour nourrir le monde.

Tous les blés, elle les produit;

Le ce|) ne vient ([ue de sa force :

ICIIe en fait le pampre H le f'ruil, Va les racines cl l'ëcorce; Elle donne le mouvement Et le siège à charpie clément, Et, selon (pie Dieu l'autorise, Notre destin pend de ses mains, El l'influence des humains Ou leur nuit, ou les favorise.

Elle a mis toute sa bonté, El son savoir et sa richesse, Et les trésors de sa beauté.

Sur le duc et sur la duchesse ; Elle a fait les heureux accords Oui joiîfnent leur âme et leur corps.

Bref, c'est elle aussi cpii marie Les zéphyres avec nos fleurs, Et qui fait de tant de couleurs, Tous les ans, leur tapisserie.

Avec les naturels appas Dont ce beau cabinet se pare, La musique ne manque pas D'y fournir ce quelle a de rare.

Ces chantres si lût éveillés. Oui dorment toujours habillés, Ouand l'Aurore les vient semondre *

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Lui donnent un si doux salut Que Saint-Amant, avec son luth, Auroit peine de les confondre.

Quand la princesse y fait séjour, Ces oiseaux pensent que l'Aurore, A dessein d'y tenir sa cour, A quitté les rives du More.

Un saint désir de l'approcher Les anime et les fait pencher Des branches qui lui font ombrage, Et, devant ces divinités, Leurs innocentes libertés Ne craignent rien qui les outrage.

Leurs cœurs se laissent dérober, Insensiblement ils s'oublient, Et des rameaux qu'ils font courber Quelquefois leurs pieds se délient ; Leur petit corps précipité Se fie en la légèreté De la plume, qui les retarde; Ils planent sur leurs ailerons Et volètent aux environs De Sylvie, qui les regarde.

Quand elle écoute leurs chansons.

Leur vaine srloire s'étudie

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A rt'cilcr «luoliines I(N;niis hi' leur plus douce inclotlit;.

Chacun d'eux se trouve ravi ; Ils étalent tous à l'envi Leur trésor cache sous la plnmc.

Et ces remèdes si plaisants (Jui des soucis les plus cuisants Détrempent toute raiiierluine.

Comme les chantres quelquefois, D'une complaisance ignorante .Mii^iiardant et l'u'II cl la voix Devant les beaux yeux d'Amarante, Leur plaisir et leur vanité Fait qu'avec importunité Ils nous prodia;ucnt leurs merveilles, Et qu'ils chantent si lontifuement Oue leur concert le plus charmant Lasse l'esprit et les oreilles.

Ainsi l'entretien d'un rimeur, Knflé des arts et des sciences, Lorsqu'il se trouve en bonne humeur, Vient à bout de nos patiences.

Et, sans qu'on puisse rebuter Cet instinct de persécuter Oue leur inspire le ccénie.

Il faut, à force de parler,

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Que le poumon, las de souffler, Fasse paix à la compagnie.

Ainsi ces oiseaux, s'attachant Au dessein de plaire à Sylvie, Dans les lons^s efforts de leurs chants Semblent vouloir laisser la vie :

Leur jgosier sans cesse mouvant Etourdit les eaux et le vent.

Et, vaincu de sa violence, Quoi qu'il veuille se retenir, Il peut à peine revenir A la liberté du silence.

Comme ils tâchent à qui mieux mieux De faire agréer leur hommage, Leur zèle rend presque odieux Le tumulte de leur ramage ; Leur bruit est ce bruit de Paris Lorsqu'une voix de tant de cris Bénit le roi parmi les rues Qu'on le fâche en le bénissant.

Et l'air éclate d'un accent Oui semble avoir crevé les nues.

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Sur tous le rossignol outre, Dans son ùmc encore altérée, N'a jamais pu dire à son gré Les affronts (jue lui fit Tcrce.

Ses poumons, sans cesse enflammés, Sont ses vieux soupirs ranimés, Et ce peu d'esprit qui lui reste N'est qu'un souvenir éternel De maudire son criminel Et l'appeler toujours inceste.

Ce petit oiseau tout penché Où la princesse se présente Craint d'avoir le gosier bouché, Le bec clos, la langue pesante, Et, cependant qu'il peut jouir Du bonheur de se Faire ouïr.

Lui* raconte son aventure, Et gazouille soir et matin Sur les caprices du Destin, Oui lui fil changer de nature.

Il a lie si divers accès

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Dans le long récit de sa honte, Qu'on aura fini mon procès Quand il aura fini son conte.

Les morts gisants sous Pélion, Toutes les cendres d'Ilion, N'ont point donné tant de matière De faire des plaintes aux cieux Que cet oiseau malicieux En vomit sur son cimetière.

Ce plaisir reste à son malheur Que sa voix, qui daigne le suivre, Afin de venger sa douleur, La fait continuer de vivre.

Il ne fait pas bon irriter Celui qui sait si bien chanter, Car l'artifice de l'envie Ne sauroit trouver un tombeau D'où son esprit toujours plus beau Ne revienne encore à la vie.

La cendre de son monument, Malgré les traces ennemies, Fait revivre éternellement Son mérite et leurs infamies.

Les vers flatteurs et médisants Trouvent toujours des partisans Le pinceau d'un faiseur de rimes,.

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S'il est adroit aux fictions,

Aux plus sincères actions

Sait ilonner la couleur dos crimes.

Pieux! que c'est un eontentenienl IJien doux à la raison humaine Oue d'exhaler si doucement La douleur (juc nous fait la haine !

Un brutal (ju'on va poursuivant Dans des soupirs d'air et de vent Cherche une honteuse allégeance ; Mais la douleur des bons esprits, Oui laisse îles soupirs écrits.

Guérit avecque la vengeance.

Aujourd'hui, dans les durs soucis Du malheur qui me bal sans cesse, Si mes sens n'étoient adoucis Par le respect de la princesse, J'écrirois avecque du Hel Les adversités dont le Ciel Souftre que les méchants me troublent, Et, quand mes maux m'accabicroient, Mes injures redoubleroicnt Comme leurs cruautés redoublent.

Peut-être les sanglants auteurs De tant et de si longs outrages,

Ces infâmes persécuteurs, Verront mourir leurs vieilles rages ; Et si ma fortune, à son tour Permet que je me venge un jour, N'ai-je point une encre assez noire Et dans ma plume assez de traits Pour les peindre dans ces portraits Oui font horreur à la mémoire ?

Mais ici mes vers, glorieux D'un objet plus beau que les anges, Laissent ce soin injurieux Pour s'occuper à des louanges.

Puisque l'horreur de la prison Nous laisse encore la raison.

Muses, laissons passer l'orage ; Donnons plutôt notre entretien A louer qui nous fait du bien Qu'à maudire qui nous outrage.

Et mon esprit voluptueux Souvent pardonne par foiblesse.

Et comme font les vertueux.

Ne s'aigrit que quand on le blesse. Encore, dans ces lieux d'horreur.

Je ne sais quelle molle erreur Parmi tous ces objets funèbres Me tire toujours au plaisir.

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Kl mon d'il, i|ui suit mon désir, Voit Chantilly dans ces tcnrl)ros.

Au travers de ma noire tour Mon àme a des rayons qui percent Dans ce parc, que les yeux du jour Si difficilement traversent.

Mes sens en ont tout le tableau :

Je sens les Heurs au bord de l'eau ; Je prends le frais qui les humecte.

La princesse s'y vient asseoir.

Je vois, comme elle y va le soir, Que le jour fuit et la respecte.

Les oiseaux n'y font plus de bruit.

Le seul roi de leur harmonie, Oui touche un luth en pleine nuit.

Demeure en notre compaiçnie, Et, laissant ses vieilles douleurs Dans la lumière et les chaleurs Oue la fuite du jour emporte, Il concerte si sagement Qu'il semble «jue le jugement Lui forme des airs de la sorte.

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