‹ ThéophileChapitre 23 sur 48 · ODE IX · texte numérisé non relu

ODE IX

Moi qui chante soir et matin Dans le cabinet de l'Aurore, Où je vois ce riche butin Qu'elle prend au rivage more, L'or, les perles et les rubis. Dont ses flammes et ses habits Ont jadis marqué la cigale.

Et tout ce superbe appareil Qu'elle déroboit au soleil Pour se faire aimer à Céphale,

Tous les jours la reine des bois Devant mes yeux passe et repasse, Et souvent, pour ouïr ma voix, Se détourne un peu de la chasse.

Souvent qu'elle se va baigner, Où rien ne l'ose accompagner Que ses Dryades vagabondes.

J'ai tout seul cette privauté De voir l'éclat de sa beauté Dans l'habit de l'air et de l'onde.

Mais j'atteste l'air et les cieux,

l.A M VISON DE SYLVIE 1^7

Dont je lions la voix et la vie, Oiic mon jugement et mes yeux Aiment mieux mille fois Sylvie, l'n (le SCS regards seulement, Oui partent si nonchalanunent, Donne à mes chansons tant d'amorce Et de si douces vanités, Oue les autres divinités N'en jouissent plus que de force.

Si mes airs cent fois récités.

Comme l'ambition me presse.

Mêlent tant de diversités Aux chansons que je vous adresse, C'est que ma voix cherche des traits Pour un chacun de vos attraits.

Mais c'est en vain qu'elle se pique De satisfaire à tous mes vœux, Car le moindre de vos cheveux Peut tarir toute ma musique.

Quand ma voix, qui peut tout ravir, Rcussiroit à vous complaire, Le soin que j'ai do vous servir TAche en vain de me satisfaire.

Je crois que mes airs innocents, Au lieu d'avoir flatté vos sens.

Leur ont donné de la tristesse,

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Et que mes accents enroués.

Au lieu de les avoir loués.

Ont choqué leur délicatesse.

Quand la nuit vous ôte d'ici, Et que ses ombres coulumières Laissent ce cabinet noirci De l'absence de vos lumières.

Aussitôt j'oy * que le Zéphyr Me demande avec un soupir Ce que vous êtes devenue, Et l'eau me dit en murmurant Que je ne suis qu'un ignorant De vous avoir si peu tenue.

O Zéphyres ! ô chères eaux !

Ne m'en imputez point l'injure :

J'ai chanté tous les airs nouveaux Que m'apprit autrefois Mercure.

Mais que ma voix dorénavant N'approche ni ruisseau ni vent, Que l'air ne porte plus mes ailes, Si, dans le printemps à venir, Je n'ai de quoi l'entretenir De dix mille chansons nouvelles.

Ainsi finit ces tons charmeurs L'oiseau dont le gosier mobile

LA MAISON DE SYLVIE l '\t)

Soiiftlo toujours à nos humeurs

De ([uoi faire mourir la Itile,

Lit, brûlant après son dessein,

11 ramasse dedans son sein

Le doux eliarnie des voix humaines,

La musique des iuslrumenls

Kl les paisii)les roulements

Du beau cristal de nos lontaincs.

Comme en la terre et par le ciel Des petites mouches errantes Mêlent, pour composer leur miel.

Mille matières diiïérentes.

Formant ses airs, qui sont ses fruits, L'oiseau digère mille bruits En une seule mélodie, Et, selon le temps de sa voix, Tous les ans le parc une fois Le re(;oit et le congédie.

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