‹ ThéophileChapitre 4 sur 48 · SUR UNE TEMPETE · texte numérisé non relu

SUR UNE TEMPETE

I s'éleva COMME IL ÉtOIT PKKT DE s'eMBAROUER POUR ALLER EN ANGLETERRE

Parmi ces promenoirs sauvai^es J'oy* bruire les vents et les flots, Attendant (juo les matelots

M'emportent hors de ces rivages.

Ici les rochers blanchissants, Du choc des vagues gémissants, Hérissent leurs masses cornues Contre la colère des airs, Et présentent leurs têtes nues A la menace des éclairs.

J'oy * sans peur l'orage qui gronde, Et, fût-ce l'heure de ma mort.

Je suis prêt à quitter le port En dépit du ciel et de l'onde.

Je meurs d'ennui dans ce loisir :

Car un impatient désir De revoir les pompes du Louvre Travaille tant mon souvenir, Que je brûle d'aller à Douvre, Tant j'ai hâte d'en revenir.

Dieu de l'onde, un peu de silence !

Un Dieu fait mal de s'émouvoir.

Fais-moi paroître ton pouvoir A corriger ta violence.

Mais à quoi sert de te parler, Esclave du vent et de l'air.

Monstre confus qui, de nature Vide de rage et de pitié, Ne montre que par aventure

ODKS ET STANCES 33

Ta haine ni ton amilii';?

iNooliers *|iii, par un loni;!," usage, \'oyez les vajçues sans effroi, Kl qui conuoisscz mieux que moi I^eur bon et leur mauvais visage, nites-moi, ce ciel foudroyant, Ce Ilot de lenipèle aboyant, Les flancs île ces montagnes grosses Sont-ils mortels à nos vaisseaux, Kt sans aplanir tant de bosses Pourrai-je l)ien courir les eaux?

Allons, pilote, où la fortune Pousse mon généreux dessein ; Je porte un Dieu dedans le sein Mille fois plus grand (pie Neptune :

Amour me force de partir.

Et, diU Tliétis, pour m'engloutir, Ou\Tir mieux ses moites entrailles, Cloris m'a su trop enflammer Pour craindre que mes funérailles Se puissent faire dans la mer.

0 mon ange ! ù ma destinée 1 Qu'ai-je fait à cet élément, (Ju'il tienne §i cruellement Contre moi sa rage obstinée ? Ma Cloris, ouvre ici tes yeux.

3/j THÉOPHILE

Tire un de tes regards aux cieux :

Ils dissiperont leurs nuages.

Et, pour l'amour de ta beauté,

Neptune n'aura plus de rages, ,

Que pour punir sa cruauté. l

Déjà ces montagnes s'abaissent, i

Tous les sentiers sont aplanis, |

Et sur ces flots si bien unis Je vois des alcyons qui naissent.

Cloris, que ton pouvoir est grand !

La fureur de l'onde se rend A la faveur que tu m'as faite.

Oue je vais passer doucement.

Et que la peur de la tempête Me donne peu de pensement !

L'ancre est levée, et le zéphire, Avec un mouvement léger.

Enfle la voile et fait nager Le lourd fardeau de la navire *.

Mais quoi ! le temps n'est plus si beau, La tourmente revient dans l'eau !

Dieu ! que la mer est infidèle !

Chère Cloris, si ton amour N'avoit plus de constance qu'elle, ,

Je mourrois avant mon retour. î

ODKS KT STANCES

Heureux, tandis qu'il est vivant, Celui qui va toujours suivant Le grand maître de la nature, Dont il se croit la créature !

Il n'enviera jamais autrui, Ouand tous les plus heureux que lui Se moqueroient de sa misère; Le rire est toute sa colère.

Celui-là ne s'éveille point Aussitôt que l'aurore point Pour venir des soucis du monde Importuner la terre et l'onde; Il est toujours plein de loisir; La justice est tout son plaisir, Et, permettant à son envie Les douceurs d'une sainte vie.

Il borne son contentement Par la raison tant seulement; L'espoir du gain ne l'importune, En son esprit est la fortune; L'éclat des cabinets dorés Où les princes sont adorés Lui plaît moins que la face nue De la campagne ou de la nue ; La sottise d'un courtisan,

La peine qu'un amant soupire,

Lui donne également à rire ;

Il n'a jamais trop affecté I

Ni les biens ni la pauvreté,

Il n'est ni serviteur ni maître ;

Il n'est rien que ce qu'il veut être,

Jésus-Christ est sa seule foi ;

Tels seront mes amis et moi.

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