‹ Theophilus anglicanusChapitre 4 sur 91 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

que nous nous sommes permise, c'est Tindication, à la suite des noms de la plupart des auteurs cités, de la date de leur naissance et de leur mort, ainsi que de leur état. Cette traduction est publiée par la Société Anglo-Continentale^ Société fondée pour faire connaître sur le Continent les principes de l'Eglise Anglicane.

Le Theopliilus Anglicanus possède donc tous les titres qui doivent lui mériter la faveur du public français. Le rang élevé que son auteur occupe dans l'Eglise Anglicane, sa haute réputation de science et d'orthodoxie, les adhésions puissantes autant qu'honorables qui sont venues l'appuyer, les mérites intrinsèques de son travail, l'ordre et la méthode éminemment didactique qui y régnent, l'autorité et l'abondance des textes cités par l'auteur à l'appui de sa thèse, l'usage que Ton fait de ce livre depuis près de vingt années dans les collèges oii se forme l'élite de la nation anglaise, son introduction en Orient, son adoption en Amérique, le choix enfin de la Société Anglo-Continentale, recommandent cet ouvrage aux lecteurs français comme une œuvre mûrie et sérieuse, et concourent à le leur présenter comme l'exposé fidèle et autorisé des principes de F Eglise d'Angleterre et de la véritable doctrine de l'Eglise Catholique.

Cet ouvrage offre le développement de questions de la plus haute importance, et sur lesquelles il existe malheureusement à l'étranger des notions non-seulement très-confuses mais trèserronées. Il se divise en quatre parties principales. Dans la première, l'auteur traite de l'Eglise Catholique, de sa constitu tion, de ses attributs, de ses privilèges, de son gouvernement, de son sacerdoce et de ses sacrements. Dans la seconde, le Docteur Wordsworth remonte à l'origine de l'Eglise d'Angleterre, fait voir comment elle était, dès sa fondation, entièrement indépendante

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de Rome ; il expose les vrais principes qui présidèrent à sa réforme au XVP™® siècle, la justifie du reproche de schisme articulé et répété à satiété, et en fait retomber la responsabilité sur l'Eglise Komaine ; il établit la succession apostolique et non-interrompue de son sacerdoce, examine et réfute, à l'aide des saintes Ecritures et de la tradition catholique, la prétendue prééminence et souveraineté de l'Evêque de Rome tant dans l'ordre temporel que dans l'ordre spirituel, et explique sa vraie position vis-à-vis des autres Evêques. Dans la troisième partie, le savant écrivain considère l'Eglise d'Angleterre dans ses relations civiles, expose la délimitation précise de l'ordre religieux et de l'ordre politique dans un pays chrétien, la véritable nature de la suprématie royale en matière ecclésiastique, et les devoirs auxquels les souverains sont astreints, ainsi que la position actuelle de l'Eglise d'Angleterre à l'égard de la Couronne. Cette partie de l'ouvrage jette une vive lumière sur un point essentiel et que les ultramontains semblent avoir surtout pris à tâche d'obscurcir et de dénaturer. La quatrième division du Tlieophilus est enfin consacrée aux Lois, aux Rites et Cérémonies de l'Eglise Anglicane. L'auteur traite ces différentes matières et les diverses questions de détail qu'elles soulèvent, avec ce sens droit, cette raison ferme et élevée, cette hauteur de vues, cette logique rigoureuse, cette puissance d'argumentation, ces connaissances exactes et étendues, cette précision théologique, qui distinguent ses écrits, et qui présentent un étrange contraste avec l'obscurité et la partialité qu'on ne rencontre que trop souvent dans les écrits d'une certaine école. On le voit, c'est un ouvrage d'une immense portée, et qui mérite, non d'être parcouru rapidement,

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mais d'être étudié avec attention et persévérance. Kon- seulement contient-il une éclatante apologie de l'Eglise Anglicane, et une réfutation catégorique et péremptoire des accusations oiseuses qu'on lui adresse, mais il offre en même temps un exposé solide, une démonstration inattaquable et lumineuse de la constitution et de l'organisation véritables de l'Eglise Catholique.

Quel bien, nous dira-t-on, croyez-vous devoir résulter de la publication d'un tel livre sur le Continent, dans le moment actuel ?

Tout d'abord nous tenons à déclarer que si le grand débat entre la Papauté et l'Empire, qui se continue de nos jours avec non moins d'ardeur et de passion qu'au temps des Guelfes et des Gibelins, ne portait que sur le terrain politique, nous ne nous reconnaîtrions aucun droit à nous occuper, nous, étrangers, de questions qui pourraient être regardées comme purement françaises et italiennes. Mais il ne s'agit pas seulement du démembrement des Etats pontificaux, de la constitution de la nationalité italienne et d'autres questions pareilles : le différend est loin de se borner à la politique. De tous côtés, on reconnaît que les intérêts les plus chers du catholicisme sont engagés ; et, dans l'allocution prononcée par Pie IX, le 18 Mars 1861, la lutte actuelle est considérée comme ayant lieu entre la " civilisation moderne" et la "religion." Nous sommes donc intéressés dans cette lutte à tous les titres ; et s'il nous était possible de nous en abstraire, en tant que faisant partie de la grande famille européenne, en tant que membres d'une nation libérale et civilisée,, comptant d'ailleurs sur la force de la civilisation pour accomplir partout son œuvre, nous serions rappelés dans le débat en tant que chrétiens et catholiques.

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C'est, en réalité, un intérêt général, universel qui est engagé. Il s'agit bien à première vue du démembrement des Etats du Pape, et des rapports de la Cour de Rome avec les pouvoirs politiques ; mais, au fond, la question est plus grande encore ; il s'agit de faire justice de la souveraineté que la Papauté s'est arrogée, de renfermer l'Evêque de Eome dans les limites de son ancien patriarcat, de purifier l'Eglise, et de rentrer dans les conditions véritables de l'unité catholique.

Cette unité c'est Rome qui l'a brisée, lorsque, sous prétexte de la constituer, mais dans le but réel de s'agrandir et de dominer, elle a transformé une simple préséance ecclésiastique en une suprématie de droit divin, temporelle et spirituelle. Par cet attentat, elle a amoindri l'ordre épiscopal,^ rompu le

1 Un membre distingué de l'épiscopat français, feu Mgr. de Chartres, se plaignait, il y a sept ans h, peine, de l'état d'infériorité et de dépression où sont tombées en France les fonctions augustes des Evoques ; et il le faisait dans les termes suivants : " L'Episcopat est fort déprimé de nos jours, " les gens du monde disent hautement que les Evêques n'ont presque rien '•' h faire, et qu'au fond toutes leurs fonctions se réduisent à donner la Con- " firmation et affaire des Ordinations. Il est dans le Clergé des jeunes " gens abusés, et, on peut le dire, presque fanatiques, qui tiennent le même " langage. Us s'adressent h, Rome pour obtenir les plus légères permis- '* sions. Ces détails concernant l'administration ecclésiastique se répan- " dent dans le public, qui se divertit, dans ses réunions joyeuses, aux " dépens de ces supplications envoyées à quatre cents lieues pour des " minuties et des bagatelles. Les Prêtres sensés gémissent et se récrient " vainement et tout bas contre ce désordre. En effet, c'est ici une partie " indubitable dvi gouvernement ecclésiastique indiqué par saint Paul dans " le texte cité plus haut [1 Tim. iii. 15], et conféré par Jésus-Christ aux " Evêques, Et sur quel fondement cet usage a-t-il été introduit ? C'est sur " cette idée, accréditée de nos jours, que le Pape est tout, absolument tout " dans l'Eglise, et que le seul emploi des Evêques se réduit à confirmer et à " ordonner. Grand Dieu ! où en sommes-nous ? Dans les premiers temps " de l'Eglise, où les paroles de Jésus-Christ semblaient retentir encore aux " oreilles des premiers chrétiens, réduisait-on ainsi les fonctions de ces

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lien qui jadis unissait les Eglises, détruit l'autorité et même l'idée de l'Eglise universelle elle-même, engendré des maux innombrables tant dans Tordre temporel que dans l'ordre spirituel; et elle est devenue, non le centre de l'unité véritable, mais, ainsi que le démontre le Docteur Wordsworth, une source de confusion pour la Chrétienté tout entière, et, comme l'avait dit l'Archevêque Laud avant lui, "une cause aussi grande que "toute autre, si ce n'est la plus grande, qui ait engendré la '• division parmi les chrétiens." ^

Cependant, sitôt qu'on parle d'union de la Chrétienté, sitôt qu'on en appelle à l'Eglise Universelle, sitôt qu'on parle de Catholicisme, la Papauté répond : Le Catholicisme, c'est moi ; l'Eglise, c'est moi ; l'Unité, c'est moi. Hors de moi, dit, en effet. Pie IX, dans l'allocution du 18 Mars, "les principes immuables et inébranlables de l'éternelle justice ne sauraient être conservés inviolables e^ dans leur intégrité." Et il ajoute : " Il n'y a sur la terre qu'une seule religion véritable et "sainte, fondée et instituée par le Christ Notre-Seigneur lui- " même ; mère féconde et nourrice de toutes les vertus, ennemie " des vices, qui disparaissent devant elle, libératrice des âmes, " source de la vraie félicité, elle s'appelle catholique-apostolique- " romaine." 2 De quel droit Pie IX ajoute-t-il au nom glorieux

" ministres les plus augustes à conférer deux sacrements infiniment " respectables, mais très-faciles à donner ? 0 Evêques des premiers temps, " oîi êtes-vous ? " — Portrait fidèle de V Eglise Gallicane, pp. 9, 10. Chartres : ' Garni er, 1854.

^ Sermons, p. 122. Lond. 1651.

2 " Et quidem una est vera ac sancta super terram religio ab ipso Christo Domino fuudata et instituta, quae virtutum omnium fecunda parens et altrix, ac vitiorum expultrix, et animorum liberatrix, verseque felicitatis index, appellatur Catholica Apostolica Romana."

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