L'EGLISE D'ANGLETERRE
Part. II. |^^ Nullement. A l'égard de cette œu\Te sainte et pieuse, bénissons et louons d'abord le Dieu toutpuissant d'avoir donné à ses divers agents l'inspira-
1 Cor. m. 6. tion de faire ce qu'ils ont accompli ; conservons un souvenir de gratitude envers Grégoire-le-Grand pour nous avoir envoyé saint Augustin, et envers saint Augustin pour être venu en Angleterre ; envers la Eeine^ Berthe pour avoir aidé et encouragé ce missionnaire, et envers le Koi Etbelbert pour l'avoir reçu, protégé et maintenu, et l'avoir établi lui et ses compagnons, ainsi que leurs successeurs, dans ce pays, en bâtissant et en dotant des cathédrales. Mais il ne nous est pas permis de supposer que nous puissions montrer notre reconnaissance envers Augustin ou Grégoire, et avant tout envers le Dieu toutpuissant, en rabaissant les prérogatives d'Ethelbert et de ses successeurs, en faisant l'abandon de la liberté par laquelle Jésus -Christ nous a rendus lih7'es, et en nuisant aux droits des princes souverains légitimes que Dieu a mis au-dessus de nous, et à ceux de l'Eglise qui est notre Mère spirituelle en Jésus- Christ.
^ Grégoire lui-même, dans ses Epîtres, compare le Roi Ethelbert à Constantin, et la Reine Berthe à Hélène, à cause de leur pieuse munificence envers l'Eglise d'Angleterre. — Voyez Vita S. Augustini, îoc. cit. p. 330, 331.
Chap. IV.
CHAPITEE IV.
l'église d'angleteeee indépendante de celle
DE EOME.
Période entre la mission de saint Augustin et la Réforme.
^. Même en supposant que les Evêques de Eome eussent possédé une juridiction patriarcale en Angleterre avant ou pendant la papauté de Grégoire, auraient-ils pu conserver un pareil pouvoir après cette époque ?
iR. Non. Comme nous l'avons déjà dit, cette partie de l'Angleterre, qui fut convertie par Augustin voyezp.ieo. et ses compagnons, retomba dans le paganisme quelques années après sa mort ; et non-seulement cette partie, mais une très-grande étendue de tout le pays, fut convertie au Christianisme dans le septième siècle, par des missionnaires Irlandais, Eœssais et Saxons, sous Aidan et Finan d'Yona et de Lindisfarne, et par d'autres Evêques et Prêtres (comme, par exemple, saint Chad et son frère Cedd, et Diuma), qui étaient indépendants de Eome.^ Mais, de plus, un an et demi après la mort de Grégoire, Boniface III occupa le siège papal, et en prenant le titre antibiblique et anti-catholique (condamné comme tel par Grégoire, son prédécesseur'^) d^Evêque Universel, par lequel il viola l'unité de l'Eglise, il perdit ses droits^ au nom et à la juridiction de Patriarche; ainsi que le dit l'un des plus grands Papes : * Propria perdit qui indehita concujpiscit.
186 ' l'église d'angleteere
Part. 11.^ i -q^^q^ m p 3^ 5. m p 22, 23.— Usher, Religim of Ancient Irish, c. 10. — Fuller, Church Eistory of Britain, liv. ii. siècle vii. — Voyez les autorités dans Heath, Brief Account, p. 18, lequel fait observer que " Aidan ne se doutait guère qu'un Evêque étranger au " patriarcat de Rome pût être considéré comme schismatique seule- " ment pour avoir conservé l'indépendance de son caractère ; ce " n'est pas ainsi qu'il entendait les décrets d'Ephèse."
^ Voyez plus loin, Part. ii. chap. ix.
3 Bramhall, Just Vindication of the Church of England. Œuvres, t. i. p. 260— 263.— Mason, Vind. Eccl. Angl. p. 536—541.
•* Léo I. Epist. 54.
^. Mais, aprls cette époque, les Evêques de Eome n'exercèrent-ils pas défait une juridiction patriarcale sur les Métropolitains Anglais, en leur envoyant le pallium^ ou manteau archiépiscopal, au moment de leur sacre ?
3R. Malheureusement, après l'époque de Grégoire, il existait une maxime dans la politique de Eome : ^ Da, ut haheas, Donne, afin que tu puisses avoir. Le pallium fut d'abord une marque distinctive donnée par les Empereurs aux Patriarches ;* lorsque les Papes commencèrent à le donner, il ne fut pendant quelque temps qu'un symholum fraternitatis — la marque de la conmiunion avec Eome ; il ne formait point une partie nécessaire de la dignité archiépiscopale, et plusieurs Archevêques ne l'eurent jamais." Cependant il finit par être imposé par Eome comme leur étant essentiel, vers l'année 1235,^ et il fut vendu^ au prix d'immenses sommes d'argent.
ï Standa, Onomas. Eccles. p. 241. Rom.. 1764. "Pallium est fascia lanea candida, in modum circùli contexta, quœ super humeros imponitur, ex quo circulo alia similis fascia ante pectus, alla deorsum ex opposito pendet, quîe super humeros demittuntur."
2 Twisden, Vindication of the Church of England in point of Schism, p. 45. Ed. 1675.
3 Hammond, Œuvres, t. ii. p. 97. Ed. in-folio, 1684. "Lepallium Ch^p. IV. était un ornement honoraire, que les Empereurs donnèrent d'abord aux Patriarches, et que les Patriarches envoyaient aux Archevêques et aux Métropolitains, et il était alors bien loin d'être un signe de soumission envers celui qui l'envoyait." — Bramhall, Just Vindication of the Church of England. Œuvres, t. i. p. 193.
Voici les témoignages de quelques membres de l'Eglise Romaine à l'égard du pallium : De Marca, De Concordiâ, vi. c. 6 (p. 332). "Pallium antiquitus fuit genus quoddam imperatorii indumenti, cujus usum Imperatores permisere Patriarchis, a quibus dein communicatum est cum Metropolitanis, sed non absque Imperatorum consensu." — P. 331. " Optabant olim Pontifices (Romani) ut Metropolitani aliquod confirmationis genus a sede Apostolicâ acciperent. Verum, quia uhique receptum erat consecrationes fieri posse extra Italiam ahsque eoriim consensu, vim ei legi palam aiBFerre noluerunt; sed Metropolitanos rei cujusdam novœ miraculo veluti obstupefecerunt, quœ in initie inagnifica, paulatim tamen earum libertatem per cuniculos infregit et synodorum provincialium auctoritatem pessumdedit. De Pallii . usu loquor."
D\x^\n, De Antiq. Eccles. Discipl. 1. % 11, ^. 5Z. " Succedente vero tempore, pontifices Romani ordinandorum per universum occidentem Episcoporum potestatem non sine multâ contradictione sibi vindicavere, et omnium Metropolitanorum jura paulatim pessumdederunt.
" Primum quidem Metropolitica ordinationum jura ad se trahere conati sunt per concessionem pallii ; eb enim dabatur a pontificibus, ut possent plena auctoritate suse provinciœ Episcopos ordinare : unde sequebatur hanc potestatem a Pontifice Metropolitanis simul cum pallio concedi. Hinc postea novo jure Metropolitanis interdictum est universis fxmctionibus episcopalibus, donec palliiim recepissent, Juramentumque fidei introductum est." — Voyez aussi la définition du pallium dans Gibson, Codex, p. 105, note,
^ Twisden, Vindication of the Church of England, p. 43, 44. "Après Paulin, il est expressémeçt dit que cinq Prélats du catalogue d'York ne le reçurent jamais [le pallium], et cependant on les considère comme Archevêques et Saints."
^ Twisden, Vindication, p. 47. ^ Twisden, Vindication, p. 45.
^. Ces Métropolitains ne prêtaient-ils donc pas serment d'obéissance canonique au siège de Eome ? i^. Non. Le serment d'obéissance, à qui que ce
Part. II.
188 L'EGLISE D'ANGLETEEEE
/ soit qu'il fût prêté au moment de la consécration, n'était jadis autre chose qu'une profession de foi, et rien de plus ; et tout autre serment fut prohibé par un Concile, tenu en 870, que Eome considère comme général:"^ on n'imposait aucun serment avec le pallium avant l'année 1115 ; le serment d'obéissance canonique, lorsqu'il fut d'usage de le prêter au Pape, même sous Grégoire VII, Hildebrand (de 1073 à 1085), obligeait l'Evêque à observer les régulas sanctorum Fatrum^ et non pas, comme ces mots furent transformés plus tard, à maintenir les regalia sancti Fetri; et le serment que l'on prête aujourd'hui^ n'a pas trois cents ans d'existence ; il ne date que du pontificat de Clément VIII. (1592—1605.)
^ Concil. Constant, iv. t. viii. p. 1131. Ed. Labbe. " Visum est sanctse huic et Universali Synodo nequaquam id ex hoc a quopiam fieri excepto eo quod, secundum formam et consuetudinem, pro sincerâ fide nostrâ, tempore consecrationis Episcoporum exigitur, quod enim aliter fit omninô non expedit, sed neque ad sedificationem Ecclesise pertinet. Quisquis ergo ausus fuerit solvere hanc detinitionem nostram, aut expetierit aut paruerit expetentibus, honore p)roprio décidât.^'
Les témoignages suivants empruntés h, des écrivains de l'Eglise Eomaine viennent corroborer notre manière de voir : De Marca, De Concordiâ, vi. c, 7. " Ees eo devenit ut coacti sint Europse Metropolitani scripto polliceri subjectionem et obedientiam Apostolicso Sedi. Novi hujus juris repertor erat Bonifacius Moguntinus in Synodo ab eo celebratâ anno 742. Gregorius VII. formulam auxit * quibusdam clausis quse illam obedientise sponsionem prorsus convertunt in jv/ramentum fidelitatis quod vassallus domino siw prsestare tenetur. Adeo autem principum jura viola vit hsec formula, ut Gregorius prohibueHt ne quis Episcopus homagium regibus prsestaret, quod a successoribus ejus Urbano II. et Pascbali II. confirmatum est. Attamen Gregorius potuit animadvertere canonem octavum octavœ synodi (a.d. 870) prohibere ne Patriarcbse ab Episcopis aliam sponsionem exigèrent quam eam quse fieri consueverat, nimirum illos veram Jidem Bervsituros."
Walsh, Defmce of Church of Home, sect. 25. " Au commencement Chap. IV. on ne connaissait ni ce serment, ni aucun autre serment, ni aucune promesse de fidélité ou d'obéissance faite au Pape par les Evêques ; il s'agissait d'une simple profession de la foi commune, pareille h celle que le Pape lui-même leur faisait dans ses lettres encycliques ; et ensuite, lorsque l'usage des promesses commença à s'établir, il w'était question que d'obéissance canonique en tenues généraux."
O'Connor, Columbanus, 3, 159. "Même les Evêques, qui étaient consacrés par le Pape en personne, ne prêtaient que le serment qu'ils feraient tout ce qui était en leur pouvoir pour maintenir la religion catholique dans leurs diocèses."
Voyez aussi Digest of the Evidence concerning Ireland given before a Committee of Parliament. Lond. 1826. Part ii. chap. i. p. 2, note a.
2 Tels étaient les termes du serment même sous le pontificat de Grégoire VIT en 1079. Quant au changement de ses termes, voyez Barrow, Treatise on the Pope' s Supremacy, xiv. — Twisden, Vindication of the Church of England, p. 46. — Le serment se trouve dans le Pontifical Romain, p. 62. Ed. Rom. 1818.
Bramhall, Just Vindication of the Church of England. Œuvres, t. i. p. 148, et note. '' Pendant les guerres qui eurent lieu entre la maison d'York et celle de Lancastre, les Papes usurpèrent quelquefois ce droit incontestable de nos rois, de facto, non de jure; ils demandèrent aux Evêques, à leur investiture, un autre serment, d'abord assez modeste et inoifensif, qui les obligeait à observer les régulas sanctorum Patrum; mais plus tard ils altérèrent les termes du serment en y substituant les regalia sancti Pétri, qui leur enjoignaient de maintenir la royauté de saint Pierre." — Gibson, Codex, p. 117.
3 Van Espen, Jus Ecclesiast. I. xv. ii. p. 8.
(^, Mais les Archevêques Anglais ne recevaientils pas le pallium, et les Evêques Anglais ne prêtaientils pas le serment de maintenir les regalia sancti Pétri, depuis le commencement du douzième siècle ?
1^» Oui ; ce serment fut formulé par le Pape Pascal II (1099 — 1118), et imposé par lui, au grand étonnement^ des Eois, des nobles et des ecclésiastiques, aux Archevêques ; plus tard, Grégoire IX . (1227 — 1241) l'imposa aux Evêques. Mais le pallium
190 l'église d'angleteree
Part. II. j^g pouvaît être reçu légitimement de la part d'un prélat étranger sous la condition de lui prêter hommage, et aucun sujet ne pouvait lui prêter un serment d'obéiss.ance sans le consentement de son Prince, et encore bien moins contre sa volonté ; car il est essentiel, pour que le serment soit valable, qu'il soit in jér. iv.2. possihilihus et licitis,^ ou, comme l'exprime la Sainte Nom. XXX. Ecriture, m verûate, judîcio et justitia. Et de plus, 28^45 '; xiv. comme les décrétales^ des Papes le déclarent elless.'Marc, vi, mêmcs, 71071 valct jura7ne7itu7n in prœjudicium juris Act. xxiii. superîoris} C'est pourquoi lorsqu'un Evêque Anglais avait reçu le pallium et prêté le serment, le Eoi Guillaume II déclara qu'il le bannirait de l'Angleterre, s'il violait la fidélité qu'il devait à la couronne sous le prétexte de tenir son serment.^
^ Jus Canon. Décret. Greg. ix. De Elect. c. 4. " Significastî [dit le Pape Pascal à l'Archevêque de Palerme, qui se trouvait même dans le patriarcat Romain; voyez plus haut, p. 117] reges et regni mxijores admiratione permotos quod pallium tibi ab apocrisiariis nostris tali conditione oblatum fuerit si sacramentum quod a nobis scriptum detulerant exhiberes." — Voyez aussi Baronius, anno 1102. — Mason, Vind. Eccles. Anglic. iv. 16, p. 539.
2 Andrewes, On the Decalogue, p. 245.
S. Hieron. InJerem. iv. 2. "Animadvertendum quod jusjurandum hos habet comités, Veritatem, Judicium atque Justitiam; si ista defuerint, nequaquam erit juramentum, sed perjurium."
XXXIX Articles, Art. xxxix. " Un homme peut jurer, lorsque le magistrat l'exige, dans une cause de foi et de charité, pourvu que cela ait lieu conformément à l'enseignement du Prophète (Jérém. iv. 2), en justice, jugement et vérité.
Homilies, p. 77- Ed. Oxford, 1822. " Quiconque fait une promesse, en s'y liant par un serment, doit prendre garde auparavant que la chose qu'il promet soit bonne et honnête, et non contraire au commandement de Dieu, et qu'il soit en son pouvoir de s'en acquitter justement; et les hommes sont assurément obligés à tenir ces promesses pour toujours. Mais si jamais un homme, soit par ignorance,
soit par malice, promet et jure de faire quelque chose, qui est con- Ch.ap. IV. traire à la loi du Dieu tout-puissant, ou qu'il n'a point le pouvoir d'accomplir, qu'il considère son serment comme illégitime et impie." — Quant h, un serment illégitime, la même Homélie déclare dans le cas d'Hêrode, " qu'il fit un serment coupable, et qu'il le garda d'une manière encore plus coupable." Conformément à ces décisions de l'Eglise, V Abjuration de la Ligue et du Covenant solennels, "comme étant un serment illégitime, et imposé aux sujets de ces royaumes contre les lois et les libertés bien connues de cet état," fut exigée par \Acte d' Uniformité, en 1661, 13 et 14 Car. II. cap. 4.
^ Décrétai, ii. xxiv. 4.
4 Comparez Sanderson, Prœlectiones de Juramenti Ohligatione, ii. p. 31. " Eei illicitae nulla obligatio." — P. 66. " Juramentum ejus qui sub alterius potestate est absque illius consensu nec Ucitum neque ohligatorium." — Voyez aussi Prœlect. vii. p. 140.
^ Matth. Paris, In Guli. Ruf. Le Roi dit : "Neque Arcbiepiscopum neque Episcopum sui regni Papae subesse. Si juramento suscepto promitteret (Anselmus) se neque Apostolorum limina visitaturum, nec Romanse sedis audientiam appellaturum, rébus suis frueretur. Si secus faciat, exilium perpetuum ei denunciat." *
^. Mais après la réception du pallium et la prestation du serment, les Papes n'acquirent-ils pas par l'usage un droit patriarcal en Angleterre 1
ÎR. ITon ; le Pape abandonna et perdit toute juridiction patriarcale qu'il possédait, en quelque endroit que ce fût, en s'arrogeant une suprématie universelle sur l'Eglise, et par ses actes de tyrannie, d'usurpation, d'exaction et de rébellion contre les canons de l'Eglise et les Souverains^ légitimes : et l'exercice d'une tellejuridiction patriarcale de sa part ne fut jamais reconnue en Angleterre, mais, au contraire, on y résista par des protestations faites continuellement par les Eois d'Angleterre, par l'Eglise réunie en synodes, et par l'Etat en Parlement. D'ailleurs, comme elle ne s'appuyait sur aucune base solide de droit,*^ mais que, au contraire, elle tendait à détruire les droits fondamen-
Part. II.
192 l'église D' ANGLETERRE
taux de la couronne et de l'Eglise (et nullum tempus occurrit Régi aut Ecclesiœ), et comme l'autorité patriarcale dépend du consentement de ces deux pouvoirs (voyez plus haut, p. 121, 123, et plus loin, p. 195), elle n'aurait jamais pu acquérir aucune validité légale, car, comme le dit le Pape Boniface VIII :^ Non firmatur tractu temporis quod de jure ah initio non suhsîstiC
1 Bramhall, Just Vindication ofike Ohurch of England. Œuvres, t i. p. 261. Oxford, 1842.
* Fleury, Discours IV. sur V Histoire Ecclésiastique. — Voyez plus loin, chap. vu.
3 Regulœ Juris, xviii.
^ Twisden termine ainsi avec assurance son examen de ce sujet. . . . "J'ose dire hardiment que quiconque. voudra examiner la question avec impartialité trouvera que le respect témoigné par notre Eglise d'Angleterre à Rome, pendant plus de 1000 ans après Jésus- Christ, n'était autre chose qu'un respect de charité, et non de soumission,"— Vindication of the Church of England in point of Schism,
^» Quelle preuve possédons-nous de notre opposition aux empiétements du Pape ?
i^» Des protestations semblables à celles qui ont été mentionnées furent faites par Egfrid,^ Koi de Northumberland, et par son successeur le Eoi Alfred, à l'occasion du premier appel à Eome ; par le Eoi Edouard le Confesseur, par Henri I et les souverains qui leur ont succédé ; et le même esprit qui dicta ces remontrances, se déclara publiquement et législativement dans les^ Constitutions de Clarendon, en 1164, et encore en 1246 ; dans le Statut de Carlisie, en 1297 ; dans les Articles du Clergé, dans les Statuts des Proviseurs, en 1 350, en 1363 et en 1389 ; de Mainmorte et de Frœmunire, en 1391, 2 ; et enfin dans les
Statuts de Henri VIII, depuis 1531 jusqu'en 1548, lesquels, selon l'opinion des jurisconsultes Anglais les plus profonds, n'étaient pas des actes ojpèratifs, mais déclaratifs; c'est-à-dire qu'ils ne constituaient point des lois nouvelles, mais qu'ils revendiquaient et remettaient en vigueur les anciennes.^
1 Twisden, Vindication of the Church of England, p. 29 — 37. '' Egfrid, appelé par Bède piissimus et Deo dilectissimus, mit en prison Wilfrid, Archevêque d'York, après avoir pris l'avis de ses Evêques, pour en avoir appelé à Rome, vers l'année 680. Il n'est point arrivé de légat papal en Angleterre entre 595 et 787." — Bramliall, Œuvres, t. i. p. 37, 133, 136, 144. Oxford, 1842.— Stillingfleet, Eccles. Jurisd. p. 87 — 91.
2 Constitutions de Clarendon sur la Controverse entre Henri II et Becket, — Bramhall, Just Vindication of the Church of England. Œuvres, t. i. p. 136 — 143. — Articuli Cleri, faits à Lincoln 9 Edw. IL A.D. 1315.
Gibson, Codex, p. 175. " L'élection aux dignités de l'Eglise doit être libre." — Bramhall, Just Vindication of the Church of England. Œuvres, t. i. p. 146. — Concernant la Protestation de 1246, voyez Bramhall, Œuvres, t. i. p. 194.
. Statutesfor the Clergy, 14 and 18 Edw. IIL a.D. 1340, 1344.
The Statutes of Provisors s'expriment ainsi : " Le roi et les autres seigneurs auront le droit de présentation aux bénéfices de levxr propre fondation ou de celles de leurs ancêtres, et non pas l'Evêque de Rome." 25 Edw. IIL a.d. 1350.— Gibson, Codex, p. 65, et 38 Edw. IIL A.D. ld6B.—Ibid. p. 69, et 13 Rich. IL 2. c. 2, a.d. 1389. —Ibid. p. 71.
Prœmunire, "pour poursuivre dans un royaume étranger, ou invalider im jugement rendu," 27 Edw. IIL c. 1 ; ''pour l'achat de bulles de Rome ; la couronne d'Angleterre indépendante de toute autre," 16 Rich. IL c. 5. a.d. 1392, Ibid. p. 73; contre les appels à Rome, 25 Henri VIII. c. 19. Ibid. p. 86.
Pour empêcher les appels à Rome, " dans tous les cas possibles, prohibés," 24 Henri VIIL c. 12. a.d, 1532; Ibid. p. 83; et ''pour rendre à la couronne son ancienne juridiction," Ibid. p. 86 ; contre le paiement des annates et premiers fruits, 23 Henri VIIL p. 105. Acte pour abolir le denier de saint Pierre, et autres exactions papales, 25 Henri VIIL c. 21. a.d. 1533; pour abolir les dispenses, 25 Henri VIIL c. 21. a.d. 1533, p. 87; contre l& Suprématie du
Chap. IV.
Part. II. Pape, 26 Henri VIII. c. 1. a.d. 1534, Ibid. p. 23; 85 Henri VIII. c. 3. A.D. 1543 ; "pour la ratification du style de la Majesté du Roi,'' Ibid. p. 29.
Courtenay, Archevêque de Cantorbéry (en 1395, — Parliamentary Mistoiy, t. i. p. 219,) et Primat de toute l'Angleterre, protesta en plein Parlement, " que le Pape ne devait excommunier aucun Evêque, ni se mêler des présentations aux dignités ecclésiastiques revendiquées dans les cours du Roi. Que le susdit saint Père ne devait faire aucune translation aux Evêchés du royaume sans la permission du Eoi ; attendu que cette pratique tendait à la destruction du Royaume et de la Couronne d'Angleterre, qui avaient toujours été libres, sans être soumis à aucune puissance terrestre, mais dépendants de Dieu seul, et non d'aucun autre, quant aux prérogatives royales." — Voyez Ibid. p. 257. " La Couronne du Royaume d'Angleterre, et les droits de la dite Couronne, et le royaume lui-même, ont dans les âges passés été si libres, que notre seigneur le Papo, ni aucune autre personne en dehors du royaume, ne devrait se mêler de cette question."
^ Comme, par exemple, Coke, premier Juge du Banc du Roi, et autres. — Voyez Bra.m.h.sM, Jast Yindication of the Church of England. Œuvres, t. i. p. 151, et Gibson, Codex, p. 42.
^. En supposant que de telles protestations n'eussent pas été faites, l'Evêque de Eome aurait-il pu acquérir une juridiction ecclésiastique en Angleterre, de manière à ce qu elle lui appartînt irrévocablement ?
îK.» Non, il ne l'aurait pu. Les souverains d'Angleterre sont les ministres du Seigneur et ses vice-gérents dans ce pays ; et ils ont pour " prérogative de gou- " verner toutes les classes et les conditions confiées à ' " leur soin par Dieu, soit ecclésiastiques, soit tempo- " relies," et de veiller à ce que toutes les personnes, ecclésiastiques^ et civiles, fassent leur devoir ; et les Eois ne peuvent s'acquitter de ces fonctions sans posséder une autorité suprême dans les causes ecclésiastiques. Il est incontestable que la juridiction patriarcale est purement une question de loi humaine,
et qu'elle est sujette à être changée, selon les circonstances des pays et des temps. ^ Et comme les Empereurs Chrétiens, après avoir pris l'avis de leurs Synodes, transférèrent le Pont et l'Asie au patriarcat de Constantinople, qu'ils avaient créé ; comme dans la Grande-Bretagne la primauté avait été transférée^ de Caerléon à Llandaff, en 512, et de là, sous le règne du Eoi Arthur, en 516, à Saint-David, et de là encore par Henri I^^ à Cantorbéry ; de même si l'Angleterre se fût trouvée légalement et canoniquement dans le patriarcat de Eome, ce qui n a jamais eu lieu, les Eois d'Angleterre, dans un synode de TEgiise, auraient pu transférer leur royaume du patriarcat de Eome à un autre ;* et ils sont encore bien plus tenus à le maintenir dans sa relation ecclésiastique raisonnable, incontestable, ancienne et primitive, sous le rapport du droit et du devoir, à l'égard d'un Patriarche de leur propre Eoyaume d'Angleterre.^
1 XXXIX Articles, Art. xxxvii. — Voyez plus loin, Part. iii. chap. ii. iii. iv. v; et plus haut, Part. i. chap, xii. p. 120 — 123.
Leges Edvardi Confessoris, c. xvii. "Rex, quia Vicarius Summi Régis est, ad hoc est constitutus, ut regnum terrenum et populum Domini et super omnia sanctam veneretur Ecclesiam ejus et regat et ab injuriosis defendat."
Ibid. " Débet Rex sanctam Ecclesiam regni sui cum omni integritate et libertate juxta constitution es Patrum et Prsedecessorum servare, fovere, manu tenere, regere."
2 Bramhall, Just Vindication of tke Church of England. Œuvres, t. i. p. 162, note; t. i. p. 178, 260—264; t. ii. p. 303—305; et plus haut, p. 118—122.
3 Mason, Vind. Eccl. Angl. iv. p. 16. " Q;\i\jure Tiumano niti non vult nobis patriarcha esse non potest ; cum patriarchatus ait jiiris humanî." — Voyez aussi Barrow, cité plus haut, p. 122, Hammond dans la note suivante, et Bramhall, Just Vindication. Œuvres, t. i. p. 260—264 ; t. ii. p. 303—305.
Chap. IV.
196 L'EGLISE d'ANGLETEERE
Part. 11. 4 Hammond, Of ScMsm. Œuvres, t. i. p. 520. Ed. in-fol. 1684. "^ "Il est et a toujours été au pouvoir des Empereurs et des Princes
Chrétiens, dans leurs propres états, d'ériger des patriarcats, ou de les transférer d'une cité à une autre; et par conséquent, même en supposant que le Pape eût acquis quelque titre à l'époque de l'introduction de l'Evangile dans notre contrée, cela ne saurait lier à jamais les Rois d'Angleten*e, et ils ont la liberté d'enlever ce pouvoir à Rome pour le transférer à Cantorbéry, et de soumettre tous les Chrétiens de cette île au pouvoir spirituel de l'Archevêque ou Primat." — Ihid. p. 522. " Or ce pouvoir dont la puissance royale est investie, ne peut lui être enlevé par les lois d'un pays étranger, ni être aliéné par la prescription."
5 Hammond, Œuvres, t. ii. p. 28, 119, 126, 132. — Bramhall, Œuvres, t. i. p. 178. — Voyez les gages que le Souverain Anglais donne à, cet effet dans le serment qu'il prête à son couronnement.
^. Mais le Eoi Henri I^^ ne se désista-t-il pas en faveur du Pape de son droit d'investiture des Evêques, et le Eoi Etienne, et mieux encore le Eoi Henri II, ne concédèrent-ils pas le droit d'appel à Eome, et n'admirent-ils pas le pouvoir du légat réclamé par ce siège? et le Eoi Jean ne lui abandonna-t-il pas la suprématie de la couronne ?
2R. Qu'ils aient agi ainsi ou non, peu importe;-^ car les Eois ont reçu de Dieu leurs royaumes pour les gouverner, et non pour les abandonner à d'autres ; et niMl potest Rex nisi quod jure potest. Comme le dit le Lord Chancelier Clarendon :^ " Le Eoi n'a pas le " pouvoir de renoncer à un seul point de l'hommage " qui lui est dû en cette qualité." C'est pourquoi ces actes, quels qu'ils aient été, n'avaient aucune espèce de validité.^
1 Bramhall, Just Vindication of the Ckurch of England. Œuvres, t. i. p. 188. " La réponse de Sir Thomas More [qui était lui-même membre de l'Eglise Romaine] est au-dessus de toute objection, lorsqu'il dit que si le Roi Henri II ou le Roi Jean avaient fait un tel acte, il n'avait aucune espèce de valeur, et qu'il ne prouvait autre chose que l'avidité des Papes."
2 Voyez les autorités dans l'ouvrage du docteur Wordsworth, CHAf. IV. Ecclesiastical Blography, t. i. p. 23—25. Ed. 1839. — Pour l'histoire, voyez Inett, Ihid. p. 33 et p. 134-7.
Gerhard, De Magistratu Politico, vi. p. 513. "Princeps non diminuere débet imperium sed augere." — Proœm. Inst. Jur. § 2. " Nec potest Regalia in prœjudicium successorum alienare." — Hammoud, Œuvres, t. ii. p, 133. " Le Eoi ne peut aliéner les prérogatives de la Royauté."
^ L'extrait suivant montre l'expression de l'opinion et du jugement de la nation à l'égard de cette transaction. Parliamentary History, t. i. p. 130. "Sa Majesté (le Roi Edouard III) avait dernièrement reçu information que le Pape, en conséquence ; de l'hommage que Jean, Roi d'Angleterre, avait autrefois fait au siège de Rome, avait l'intention de prendre des mesures pour citer sa Majesté à comparaître par devant sa cour à Avignon, pour qu'elle eut à répondre du défaut dont elle s'était rendue coupable en n'accomplissant point ce que ledit roi, son prédécesseur, avait promis en son nom et en celui de ses héritiers, rois d'Angleterre. Sur quoi le Roi demanda l'avis de son parlement pour savoir quelle conduite il devait tenir, si jamais de telles mesures étaient prises contre lui. Les Evêques, les Lords et la Chambre des Communes demandèrent jusqu'au jour suivant pour donner leur réponse; après quoi ils firent la déclaration suivante: "Ni le Roi Jean, ni aucun autre roi, ne pouvait s'astreindre lui, son royaume, ni son peuple, à une telle sujétion sans leur assentiment ; et s'il l'avait fait, c'était sans le consentement du parlement, et contrairement au serment prêté lors de son couronnement; qu'il y avait été notoirement forcé par les nécessités de ses affaires et les malheurs des temps; c'est pourquoi lesdits Etats déclarèrent que, dans le cas oh. le Pape ferait quelque tentative par des mesures légales ou par toute autre voie, pour contraindre le roi et ses sujets à réaliser ce à quoi il prétend avoir droit à cet égard, ils étaient décidés à s y opposer et à lui résister de toutes leurs forces"
®» Mais la Eéforme Anglicane ne fut-elle pas amenée par Henri YIII, qui voulait satisfaire ainsi ses mauvaises passions ; et ne fut-elle pas accompagnée de pratiques corrompues et sacrilèges ?
<Kl, Nous pourrions répondre à cette question en demandant : " La suprématie papale n'est-elle pas due
l'église D'ANGLETERRE
1 Rois, V. 6
2 Chron. ii.
2 Rois, X.
Dan. iii.
Esther ix.
wl^^: — 'y à rEmpereur Phocas, qui était un meurtrier ?"i Mais, en admettant, au point de vue de l'argumentation, tout ce qui a été dit contre le Eoi Henri VIII par les adversaires de la Eéforme ; en admettant aussi qu'il fut un agent principal dans sa réalisation ; il n'en est pas moins vrai que l'ouvrier n'est pas l'œuvre. Le temple de Salomon fut construit avec des cèdres du Liban, taillés par des ouvriers de Tyr, la païenne. Jéhu ne plaisait point à Dieu ; mais sa réformation lui fut agréable. ]N~abuchodonosor et Assuérus étaient idolâtres, mais leurs édits pour le service de Dieu étaient religieux. Le temple auquel Notre-Seigneur fut présenté, et dans lequel il prêcha et adora, avait été réparé et restauré par l'impie et cruel Hérode, qui en voulut à la vie de notre Sauveur. Et de même, quant à l'accusation de sacrilège, nous ne tenons pas à défendre le caractère et la conduite de tous ceux qui prirent part à la Eéforme ; mais nous bénissons Dieu à cause de son œuvre et de plusieurs des instruments qu'il éleva pour l'accomplir, ainsi que pour avoir gouverné et dirigé les autres à sa propre gloire et au bien de son Eglise.^
^ Platina, De Yitiis Pontificum, in Bonifac. III. — Voyez plus loin, Part. ii. chap. ix.
2 Bramhall, Œuvres, t. i. p. 123.
^. Quelle conclusion tirez-vous des arguments allégués contre l'exercice par le Pape d'une juridiction patriarcale en Angleterre ?
3^» Selon les expressions d'un savant Evêque^ Anglais : " Par la loi de Dieu, le Pape de Eome ne " possède pas une telle juridiction ; pendant les pre- " miers six cents ans après Jésus-Christ il nen eut
''aucune; pendant les derniers six cents ans, dans " les matières de grande importance [c'est-à-dire pour " être Evêqiie Universel], il ne voulut en avoir aucune; " au-dessus ou contre l'autorité du Prince il ne peut en "avoir aucune; pour le renversement de la foi ou " l'oppression de ses frères, il ne doit^ en avoir aucune; " vous devez chercher ailleurs la soumission à son " tribunal ; ce pays ne lui en doit aucune."
1 Bilson, True différence between Christian Subjedion and Unckristian Rébellion, part. ii. p. 321. — Mason, Vind. Ecd. Angl. p. 541.
2 Serment par rapport à la souveraineté et à la suprématie royales, qui doit être prêté par les Evêques, les Prêtres et les Diacres, dans les Ordinations de l'Eglise d'Angleterre. — "Je déclare qu'aucun Prince, qu'aucune personne, qu'aucun Prélat, Etat, ni Potentat, n'a, ni ne doit avoir aucune juridiction, puissance, supériorité, prééminence, ni autorité ecclésiastique ou spirituelle, dans ce royaume. Ainsi Dieu me soit en aide."
XXXIX Articles, Art. xxxvii. "Sa Majesté la Reine possède le souverain pouvoir dans ce royaume d'Angleterre et dans tous les autres pays qui dépendent de sa couronne ; c'est à elle qu'appartient, dans toutes les causes, le gouvernement suprême de tous les états de ce royaume, soit ecclésiastiques soit civils ; et elle n'est ni ne doit être sujette à aucune juridiction étrangère.
" L'Evêque de Home ne possède aucune juridiction dans ce royaume d'Angleterre."
Gardiner, De Verâ Obedientiâ (Dans Brown, Fascicidtis, p. 812,
817). "Aucun Evêque étranger n'a d'autorité parmi nous
Toutes sortes de gens sont d'accord avec nous sur ce point, qu'awcune espèce de personnes nées ou élevées en Angleterre n'a rien à faire avec Rome"
Attomey and Solicitor General'» [R. GifiTord and J.-S. Copley] Reply to Letter of the Rigfit Hon. George Oanning, tkc, " Qu'il nous soit permis de constater, qu'attribuer de propos délibéré et à dessein, par discours, titre public ou acte, une juridiction quelconque, &c. au siège de Rome ou à tout Evêque de la même cité, dans ce royaume, est un acte qui rend le coupable passible des châtiments de Frœmunire, &c." — Voyez Burn, Ecclesiastical Law, t. iii p. 145. Ed. Pliillimore, Lond. 1842.
Chap. TV.
Part. II.
200 LA KEFOEME EN ANGLETEERE
€HAPITEE Y.
XA EÉFOEME EN ANGLETEEEE CONSISTA À ÉLAGUER ' CE QUI ÉTAIT NOUVEAU, ET k EÉTABLIE CE QUI ÉTAIT ANCIEN.
^» On dit quelquefois que l'Eglise d'Angleterre, telle qu'elle existe aujourd'hui, s'éleva à l'époque de la Kéformation, et que par conséquent c'est une Eglise nouvelle, qui ne date pas de plus de 300 ans. Comment peut-elle donc être unie ^ar origine à l'Eglise Catholique?
3^. Le langage de l'Eglise d'Angleterre, lorsqu'elle se réforma, était semblable à celui que les Pères tinrent au Concile de Mcée, en 325 : TA APXAIA E@H KPATEITI2, Que les coutumes primitives
1 Hammond, Contr. Blondell. in Prœlim. c. xiv. f. 13. "Ecclesia Anglicana hoc se universo orbi charactere dignoacendum, hoc sequse posteritati œstimandum proponit, quod in controversiis fidei aut praxeos decernendis, illud firmum ratumque semper habuerit, et huic basi Reformationem Britannicam niti voluerit, ut Scripturis primse, dein primorum saeculorum episcopù, martyrihus, scriptoribus, ecclesiasticis secundœ deferantur."
Voici les témoignages de trois étrangers éminemment savants, Casaubon, Grotius et Saravia, sur le caractère restaurateur de la Kéforme en Angleterre.
Casaubon, Ad Salmas. Epist 837, p. 489, a.d. 1612. " Quod si me conjectura non fallit, totius Reformationis pars integerrima est in Anglia, ubi cum studio Veritatis viget studium Antiquitatis." — Casaubon, Epist. ad Cardinal. Perron, p. 494. (Voyez plus loin, p. 211.) "Parata est Ecclebia Anglicana fidei suse reddere rationem, et rébus ipsis evincere, auctoribus Reformationis hic institutse non fuisse propositum, novam aliquam Ecclesiam condere,
ut imperiti et malevoli calumniantur ; sed quae erant collapsa, ad Chap. V. formam revocare quam fieri posset optimam ; optimam autem judicarunt nascenti Ecclesise ab Apostolis traditam, et proxiinis seculis usurpatam."
Grotius, Epist. ad Boetselaer. {Ep. 62, p. 21. Ed. 1687.) " Certum est mihi Xeirovpyiav Anglicanam, item morem imponeudi manus adolescentibus in memoriam Baptismi, auctoritatem Episcoporum et Presbyteria ex solis Pastoribus composita, miiltaque alia ejusmodi satis congrueFe institutis ^etustioris Ecclesiœ, a quibus in Galliâ et Belgio recessum ûegare non possumus." — Grotius, Epist. ad Corvinum, Epist. p. 434. " Qui illam optimam antiquitatem sequuntur ducem iis non eveniet ut multum sibi ipsis sint discolores. In Anglia vides quam bene processerit dogmatum noxiorum repurgatio ; hâc maxime de causa, quod qui id sanctissimum negotium procurandum suscepere, 7i{hil admiserint novi, nihil sui, sed ad mellora secula inteutam habuere oculorum aciem."
Saravia, cité par le docteur PuUer, Modération of the Church of Eoigland, chap. xvi. p. 427. " Au nombre des autres nations qui ont réformé leurs Eglises, j'ai souvent (dit Saravia) admiré la sagesse de ceux qui rétablirent le vrai culte de Dieu dans l'Eglise d'Angleterre,— lesquels ont su si bien se modérer qu'on ne saurait leur reprocher de s'être écartés de la coutume ancienne et primitive de l'Eglise de Dieu ; et ils ont montré une modération telle, que par leur exemple ils ont invité les autres à se réformer, et qu'ils n'en ont détourné personne."
Voyez également les notes de la question suivante.
^. Mais VOUS dites qu'elle se réforma ; ne devintelle pas ainsi une Eglise nouvelle ?
H. Non. Elle se réforma, parce qu'elle aimait ce qui était ancien, et qu'elle n'aimait pas ce qui était nouveau} Comme nous l'avons déjà montré (chap. i. ii. p. 158 — 171), elle fut fondée dans les temps apostoliques ; à l'époque de la Eéforme elle se délivra des erreurs dans lesquelles elle était tombée par l'effet du temps ; elle procéda en tout ceci graduellement et avec modération, légalement^ et avec sagesse, avec l'assentiment et la coopération de ses Universités, de son Clergé et du peuple
202 LA EEFOEME EN ANGLETEREE
v i^3^IL d'Angleterre assemblé en Parlement; et enfin avec la ratification de la Couronne. Les erreurs de l'Eglise d'Angleterre n'étaient pas Y Eglise ; et en renonçant à ces erreurs elle .ne renonça pas à l'Eglise,^ pas plus qu'un homme ne change de peau lorsqu'il se nettoie, ou qu'il ne perd son identité lorsqu'il se rétablit après une maladie. L'Eglise Anglicane, après la Eéforme, était autant l'Eglise
2 Rois V. 14. Anglicane que Kaaman était Naaman après qu'il se fut lavé dans le Jourdain. En vérité, de même que sa chair lui revint, de même l'Eglise d'Angleterre fut rendue à. son état de santé à. l'époque de la Eéformation. Elle aurait pu alors s'appliquer le langage tenu par l'Evêque de Carthage:* In quo nutaverit Veritas, ad originem dominicam et evangelicam et apostolicam traditionem revertamur, et inde surgat actûs nostri Batio, unde et ordo e^ o^igo sur rexit
1 Casaubon, Dedicat. Fxerc. Baron, p. 128, Ed. 1709. " Quâ fronte hœe novationis criminatio in Reformatix)nis auctores aut assertores hodie confertur qui à centum fere jam annis hoc unum clamant : " Reddite populis Christianis Primam Fidem ! Reddite primitivse Ecclesise Htus ; desinite nuper inventa pro credendis necessario, et quidam sub anathemate, gregibus magni Pastoris ©btrudere. — Volumus scire quœ sit vera fides : ea est, auctore Juda Apostolo (v. 3), quae semel fuit tradita."
2 Lciud, Conférence with Fisher, sect. 24, p. 127, 128, 129. " Dans la Réforme Anglicane, nos Princes et le Clergé eurent chacun leur part : et c'est à eux qu'appartiennent principalement le pouvoir et la direction à l'égard de la réforme. Il est manifeste que nos Princes y eurent leur part, puisqu'ils convoquèrent le» Evêque» et les autres membres du Clergé pour qu'ils eussent h, considérer ce qui avait besoin d'être réformé. Le Clergé y eut aussi sa part ; car, ayant été convoqué en vertu du pouvoir royal, il se réunit dans un synode national qui compta soixante-deux membres, et les Articles qui résultèrent de ses délibérations furent ensuite confirmés par des actes d'état et par l'assentiment royal. ... Et il est d'une vérité
plus qiae palpable que si l'Eglise Eomaine ne veut ni se réformer, Chap. V. ni souffrir que d'autres se l'éforment, toute autre Eglise particulière a le droit de se réformer, tant qu'elle procède paisiblement et régulièrement." — Voyez aussi Pearson, Minor Theological Woi-hs, t. ii. p. 233. Ed. Oxford, 1844.
Wake, Letter to Dupin, 1 Octobre, 1718, citée dans Moslaeim, Eccles. Hist. Appeudix iii. No. v. " Tandem defatigato reguo dura nécessitas sua jura tuendi oculos omnium aperuit. Proponitur quœstio Episcopis ac Clei'o in utriusque Provinciœ Synodo congregatis, an Episcopus Romanus in Sacris Scripturis habeat aliquam majorem jurisdictionem in regno Angliœ quam quivis alius externus Episcopus ? In partem sanam, justam, veram utriusque concilii suffragia concurrere. Quod Episcopi cum suo Clero statuerant, etiam regni Academiœ calculo suo approbarunt, Rex cum Parliamento sancivit ; adeoque tandem, quod unice fieri poterat, sublata peuitus potestas, quam nullse leges, nulla jura, vel civilia vel ecclesiastica, intra débites fines unquam poterant continere.
" Siquam prœrogativam Ecclesise concilia Sedis Imperialis Episcopo concesserint (etsi, cadente imperio, etiam ea prœrogativa excidisse merito possit censeri) ; tamen quod ad me attinet, servatis semper Regnorum juribus, Ecclesiarum libertatibus, Episcoporum dignitate, modo in cœteris conveniatur, per me licet, suo fruatur qualicunque primatu. At in alias ecclesias dominari ; episcopatum, cujus partem Christus unicuique episcopo in solidum reliquit, tantum non in solidum sibi soli viudicare; siquis ejus iujustae tyrannidi sese opposuerit, cœlum ac terram in illius peruiciem commovere ; haee nec nos unquam ferre potuimus, nec vos deUetis. In hoc pacis fuudamento si inter nos semel conveniatur, in cseteris aut idem sentiemus omnes, aut facile alii aliis dissentiendi libertatem absque pacis jacturâ concedemus."
3 Jewel, Apolorjy, c. vi. cité dans les Christian Institutes, p. 352, et Ibid. p. 312 et note. — Hooker, Ecclesiastical Polity-, liv. III. chap. i. 10. " Comme si nous étions de l'opinion que Luther éleva une nouvelle Eglise de Jésus-Christ," — Harsnett, Pari. Hist. i. p. 1481. " Nous n'avons emprunté notre Réforme ni à Wickliffe, ni à Huss, ni à Luther, dans ces derniers temps, mais aux premiers quatre cents ans après Jésus-Christ." — Sanderson, Préface to Sermons, § XV, " Nos pieux ancêtres n'avaient point l'intention, — ils n'avaient aucun mandat à cet effet — d'élever une religion nouvelle, mais de réformer l'ancienne."— Bramhall, Just Vindication of the Church of England. Œuvres, t. i. p. 119. " Nous ne nous arrogeons paa
204 LA EEFOEME EN ANGLETEEEE
Part. TI. y^e nouvelle Eglise, une nouvelle religion, ni de nouveaux Ordres Sacrés. Notre Religion est la même, notre Eglise est la même, nos Ordres Sacrés sont les mêmes qu'auparavant, diâerant seulement de ce qu'ils étaient, comme un jardin débarrassé de ses mauvaises herbes diffère de celui qui ne l'est point," — Bull, Vindication of the Church of England. Œuvres, t, ii. p. 205. Oxford, 1846. "Nous soutenons que notre Eglise et ses pasteurs ont toujours reconnu la même règle de foi, les mêmes articles fondamentaux de la Religion Chrétienne, avant et depuis la Réforme ; mais avec cette différence, qu'alors nous professions la règle de foi, avec les corruptions que l'Eglise de Rome y avait introduites, mais que maintenant, gi-âce à Dieu, nous l'en avons débarrassée." — Yoyez aussi les remarques importantes de Bull, Apolog. pro Harmon. § 4, 5.
* S. Cyprian. Ep. 74.
(!â« Mais puisque l'Eglise d'Angleterre fut, comme vous l'affirmez, restaurée h V époque de la Réforme, est-il permis de dire qu'elle ait pu proprement s'appeler Eglise, pendant qu'elle était infectée de si nombreuses corruptions papales qu'elle l'était auparavant ?
i^. Oui ; sous la papauté c'était une Eglise, bien
qu'une Eglise égarée. L'Eglise Israélite resta toujours
une Eglise même sous Achab ; l'Eglise Juive existait
encore sous les Pharisiens ; les Scribes étaient assis
s.. Matth. clans la chaire de Moïse, et on devait leur obéir dans
xxiii. 2 ;
xxvii. 53. les choses légitimes et de peu d'importance. Jérusalem était "la cité sainte," bien que ses autorités ne reconnussent pas le Sauveur. L'Eglise Chrétienne existait encore, lorsque le " monde gémissait de ce qu'elle était devenue Arienne!''^ L'Arche de Dieu était encore l'arche de Dieu, même lorsqu'elle' se trouvait au pouvoir des Philistins ; et les A^aisseaux du Temple étaient sacrés, même après qu'ils curent été transportés à Babylone. Ainsi l'Eglise d'Angle-
terre, bien que déchue de sa première pureté, était encore une Eglise pendant qu'elle était soumise au Pape.^ Si elle n'était pas une Eglise alors, nous admettons qu'elle n'est pas une Eglise maintenant ; et nous reconnaîtrions en ce cas qu'elle fut fondée à l'époque de la Eéforme, c'est-à-dire qu'elle fut l'œuvre des hommes, et non celle de Dieu ; qu'elle sortit de la terre, et non du Ciel ; qu'elle est une Eglise nouvelle, et par conséquent qu'elle n'est pas une Eglise. Mais non ; nous croyons qu'elle a été une véritable Eglise, et (sauf ses corruptions) la même Eglise avant ^ pendant Qt après la période papale.
^ S. Hieron. Âdv. Lucif. c. 7. " Ingemuit totus Orbis, et Arianum se esse factum miratus est."
2 Laud, Conférence with Fisher, sect. 20, p. 105. Ed. Oxford, 1839. " Une Eglise qui est extrêmement coi-rompue est cependant une véritable Eglise dans son essence réelle, mais ce n'est point une pure Eglise ; de même qu'un voleur est un homme dans son essence réelle, bien qu'il ne soit pas un homme pur."
• Bramhall, RepUcation ta the Bishop of Chalcedon. Œuvres, t. ii. p. 38. " On peut dire qu'une Eglise est une véritable Eglise en deux sens, métaphysiquement et moralement ; et toute Eglise qui possède les qualités essentielles d'une Eglise, quelque corrompue qu'elle soit sous d'autres rapports, est métaphysiquement une véritable Eglise, bien que moralement elle ne soit pas une pure Eglise." — Voyez aussi t. ii. p. 26, 55.
Hooker, Ecclesiastical Polity, liv. V. chap. Ixviii. 9. " Nous les prions ardemment de faire attention à leur méprise, lorsque leur indignation contre les défauts de l'Eglise de Eome obscurcit leur jugement et les empêche de voir ce que cependant ils devraient reconnaître, concernant ce qui néanmoins est encore dû à cette Eglise, qui doit être réputée et considérée comme une partie de la maison de Dieu, comme un membre de l'Eglise visible de Jésus- Christ." — Voyez aussi Hooker, Serm. ii. § 27, et ses citations empruntées à Calvin, Mornay, Zanchius, &c.
Sanderson, Préface to Sermons, p. xviii. " Les grands promoteurs des intérêts de la papauté parmi nous, et les traîtres à la cause Protestante, sont ceux qui, entre autres principes faux, soutiennent
Chap. V.