‹ Theophilus anglicanusChapitre 63 sur 91 · XVI, 10. V · texte numérisé non relu

XVI, 10. V

aussi que tu es Pierre, et que sur cette pierre [ou plutôt sur ce Rocher, irérpa] je bâtirai mon Eglise f

3^» Jésus-Christ adressa ces paroles à saint Pierre, qui l'avait confessé, lui le Fils de V Homme, comme étant aussi le Fils du Dieu vivant. Notre-Seigneur l'appelle bienheureux à cause de cette bonne confession, qui est aussi vraie qu'il est vrai que lui, Simon, est Bar-Jona, ou fils de Jona, Il l'appelle Pierre {Fetros) ou pierre, c'est-à-dire un pur dérivé de la divine Petra, ou Eocher, qui est Jésus-Christ lui-même.^ Il dit qu'il bâtira son Eglise sur cette Petra, c'est-àdire sur lui-même, confessé comme étant le Fils de l'Homme et le Pils de Dieu. Jésus-Cheist, Dieu et Homme, est le fondement de l'Eglise. La foi dans sa Divinité et dans son Humanité est la charte de l'Eglise ; et quiconque garde cette foi est un véritable Petros, bâti sur l'éternelle Petea. Mais sans elle il 1 Cor. iii. 11. n'y a point de salut ; ceiVj)ersonne ne peut poser d! autre iv. 8J li, 12. fondement que celui qui est posé {jcelTai), et ce fonde- Apoc.xxi. ment cest Jésus-Cheist, qui a donné (non pas un seul Apôtre, mais) les Apôtres, pour édifier (ou bâtir) son Eglise, laquelle est bâtie non pas sur un seul

Apôtre, mais sur le fondement des Apôtres et des v£!ll^:15' Prophètes^ JÉSUS-Christ étant lui-même la principale pierre de V angle. L'unité dans la vraie foi constitue la solidité de l'Eglise ; et le Eocher sur lequel elle est bâtie, c'est Jésus-Christ.

1 s. Hieron. Epist. ad Prineipiam, ii. p. 689. " Super Peti-am Christum fundata est Catholica Ecclesia."

S. August. Rétractât, i. xxi. s'exprime ainsi au sujet de l'interprétation de ce passage : " Dixi iu quodam loco de Apostolo Petro, quod in illo tanquam in petrâ fundata sit Ecclesia; sed scio me postea ssepissimè sic exposuisse ut super Hune intelligeretur Quem confessus est Petrus dicens : Tu es filius Dei vivi: ac sic Petrus ab Me Petrâ appellatus personam Ecclesiœ figuraret, qusG super hanc Petram œdificatur, et accepit claves regui cœlorum. Non enim dictum est illi : Tu es Petra^ sed : Tu es Petrus. Petra autem erat Christus, quem confessus Petrus, sicut tota Ecclesia confitetur, dictus est Petrus." — C'est ainsi qu'il dit également, Serm. ccxliv. (expliquant saint Matth. xvi. 16): "Petra erat ipse Christus, ille autem à Petrâ Petrus. Ideo surrexerat Petra ut firmaret Petrum ; nam perierat Petrus nisi viveret Petra." — D'autres commentateurs entendent par Petra la foi ou confession de Pierre, comme, par exemple, saint Ambroise, De Incarn. Dom. i. v. ^' Fides Ecclesise est fundamentum ; non enim de carne Pétri sed de Jide dictum est quia "portée mortis ei non praevalebunt." — Voyez aussi Laud, Conférence with Fisher, sect. 33, p. 193, 194. Oxford, 1839.

On peut voir d'autres preuves que Petra signifie ici Jésus-Christ lui-même, dans l'édition du Testament Grec publié par l'auteur du présent ouvrage, à propos du chap. xvi. vers. 18 de saint Matthieu,

^. Mais Notre-Seigneur n'appelle-t-il pas saint Pierre le Hocher de son Eglise, dans les paroles que nous venons de citer ?

'M, Non. Saint Pierre était ner/ooç, une pierre ;i s.jean,i.42. et c'est pour cela que lui et les autres Apôtres avec JJ- ,^^^^ lui sont appelés dans l'Ecriture les douze pierres fon- ^'^'"• damentales de l'Eglise. Ainsi saint Paul parle de lui-même comme ayant posé le fondement, comme un i cor. m. lo.

Part. II.

sage architecte, de V édifice de Dieu, mais JÉSUS- Christ était 77 Uérpa le Rocher^ duquel saint Pierre et eux étaient taillés, et sur lequel ils étaient bâtis. Tu es Petrus, quia EGO Petra, selon l'explication que saint Augustin donne de ces mots ; nequ^ enim, dit-il, h Petro Petra, sed à Petrâ Petrus. Ailleurs il s'exprime encore ainsi : Petrus œdificatur super Petram, Isa. li. 1 ; non Petra super Petrum?'

xxviii. 16;

xxxiii. 16. 1 Casaubon, Exerc. Baron, p. 233, 341, 349. "Si vocum proprietatem respiciamus, probavimus aliud esse Ylirpav aliud nérpo»'." — Elmsley, Œd. Col. p. 1590.— BlomfiBld, uEscJi. Pers. p. 466.

^ S. August. Serm. cclxx. " Non supra Petrum, sed supra Petram quam coufessus est œdificatur Ecclesia." — Serm. Ixxvi. " Tu es Petrus quia Ego Petra, neque enim à Petro Petra, sed îi Petrâ Petrus." — In Evang. S. Joann. 124, § 5. "Non à Petro Petra, sed Petrus à Petrâ, sicut Christianus à Christo." — Suicer, Lex. v. irérpa. — Forbes, Instruct. xv. p. 8. — Andrewes, Tortura Torti, p. 234. — ■ Crakanthorpe, Def. Eccl. Angl. p. 113. — Neander, Church History, t. iii. p. 224.

Rome elle-même a reconnu cette distinction, dans le vers célèbre : "Petka dédit Petro ; Petrus diadema Radulpho;" et même Hildebrand, cité dans Usher, Sylloge, Episf. Hibern. xxix. dit : " Beatus Petrus a Petrâ venerabile nomen hahens."

Voyez également la note de l'Auteur sur saint Matth. xvi. 18, dans son édition Grecque du Nouveau Testament.

Il est à regretter que le mot Français pierre s'applique en même temps k la personne et à la chose, ce qui établit de la confusion entre ces deux expressions.

(^, Mais Notre-Seigneur ne s'est il pas servi (non du Grée, mais) de la langue Syro-Chaldéenne dans les paroles qu'il adressa à saint Pierre, langue qui ne possède point la différence des genres qui existe entre Petrus et Petra ?

IR. Il est possible qu'il en soit ainsi ; mais cette objection, tirée du caractère de la langue Syriaque, n'a, comme on l'a montré, aucune importance ;^ et il

SUPEEMATIE DANS LE EOYATJME-UNI. 257

faut se rappeler que les paroles Grecques au moyen v2Zl^:ii desquelles l'Evangéliste saint Matthieu reproduit les expressions de Notre-Seigneur sont le résultat de Vinspiration Divine, et que nous devons les comprendre dans leur sens littéral et grammatical ; il ne nous est pas permis d'abandonner le Grec inspiré du Saint-Esprit, pour adopter un Syro-Chaldéen imaginaire de notre propre invention. D'ailleurs, le Saint-Esprit a déclaré dans quel sens Simon fut appelé Céphas par Notre- Seigneur ; car, ayant rapporté que Simon était appelé Céphas, il ajoute : Ce qui veut dire Pierre!' (S. Jean, i. 42.)

1 Kainolds, Conférence with Hart, p. 23, 24. — Casaubon, Exe. Baron. p. 341, 342. — Lightfoot, Commentaire sur saint Jean, i. 42, p. 531 et sur saint Matth. xvi. 18 {Harmony). — Beveridge, Discourse on the XXXIX Articles, Art. xxxvii. t. u, p. 396. Oxford, 1840.

^, Mais que dites- vous à l'égard des mots qui ^yf^i"^^' suivent : Et je te donnerai les clefs du royaume des Cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les Cieux; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les Cieux ? La Puissance des Clefs, comme on l'appelle (voyez plus haut, p. 1 24), ne fut-elle pas donnée ici par Jésus-Christ à saint Pierre, et en lui à ses successeurs, les Evoques de Eome ?

3R. Sans aucun doute ces mots étaient une annonce prophétique et un mandat d'autorité donné par Jésus- Christ à saint Pierre spécialement ; et ils furent accomplis lorsque, par le pouvoir de la prédication et du baptême, saint Pierre ouvrit le royaume des Cieux aux Juifs et aux Gentils — aux premiers, le jour de la Pentecôte, et aux derniers, dans la personne de Corneille.

Part, ii.^ Mais Jésus-Christ donna le pouvoir de lier et de délier à tous les Evêques et à tous les Prêtres de l'Eglise, aussi bien qu'à l'Apôtre saint Pierre. Notre- Seigneur donna ce pouvoir à l'Eglise, lorsqu'il dit : xvm^"?*i8 -^^'^^s-Ze à l'Eglise; et s il néœute point l'Eglise, quil Z&ir^^^^ soit pour vous comme un païen; et après avoir prop. 124—126. jioncé ces paroles, il continua en déclarant par qui ce pouvoir devait être exercé, savoir : par tous ses Apôtres et par leurs successeurs jWg-w'à la fin du inonde. En vérité^ je vous le dis : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le Ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel. De plus, après sa s^ Jean, xx. [R^g^prection, il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ces péchés leur seront remis ; et ceux à qui vous les retiendrez, ces péchés leur seroîit retenus. Ce serait agir en contradiction avec ces paroles que de dire que la Puissance des Clefs fut donnée exclusivement à saint Pierre et à ses successeurs ; et l'antiquité Chrétienne tout entière s'accorde à constater^ qu'il reçut ce pouvoir comme figure de Y Eglise dans son Unité, comme tou^ les Apôtres le reçurent dans son Universalité. Ce ne fut point un homme dans l'Eglise, mais V Eglise dans un homme qui reçut le pouvoir de lier et de délier ; et les paroles de Notre-Seigneur furent adressées à saint Pierre, comme représentant, par sa 2Cor!ii'.to. foi, par ses fonctions et par ses actes, tous les Apôtres et leurs successeurs, ainsi que le disent Tun des Evêques de Eome, Léon-le-Grand,^ et saint Ambroise :^ In heato Petro claves has regni cœlorum cuncti suscepimus sacerdotes.

1 Tertullian. Scorpiac. p. 10. "Mémento claves hic Dominum

SUPEEMATIE DANS LE EOYAUME-UNI. 259

Petro et per illum Ecclesîœ reliquisse," — S. Cyprian. De Unit. Eccles. Chap. IX.

p. 107. " Apostolis omnibus post resurrectionem suam parera potes-

tatem tribuit." — Ihid. p. 108. "Ecclesia una est, in quâ Episco-

patus unus est cujus à singulis in solidum pars tenetur." — S. Hieron.

Contra Jovinian. lik i. " At dicis, super Petrum fuudatur Ecclesia;

licet id ipsum in alio loco super omnes Apostolos fiât, et cuncti

claves regni cœlorum accipiant, et ex œquo super eos Ecclesiœ forti-

tudo solidetur." — S. Hieron. In Amos, vi. p. 12. '^Petra Christus

est ; qui donavit Apostolis suis ut ipsi quoque petrse vocentur." —

S. Basil. Const. Monast. p, 22. "irâa-i to7s i(p€^rjs Troifjiéari koI SiSaff-

KdXois irapéx^t Icrtiv ê^ovalaw koI tovtov <r7)fX(iov ro Sea-fieîu âiravras

Kal \veiv œcnrep €Ke7vos." — S. Ambros. In Psalm. xxxviii. " Quod Petro

dicitur, cseteris Apostolis dicitur." — S. August. Serm. cxlix. "Nun-

quid istas claves accepit Petrus, et Paulus non accepit? Petrus

accepit, et Joannes et Jacobus non accepit et cœteri Apostoli ? Aut

non sunt istse in Ecclesia claves ubi peccata quotidie dimittuntur?" —

Serm. ccxcv. '* Has claves non homo unus sed unitas accepit Ecclesîœ."

— Voyez aussi iii. p. 2470. — Anselm, in lac. *' Potestas clavium non

solum Petro data est, sed, sicut Petrus unus pro omnibus respondit,

sic Christus in Petro omnibus dédit." — Casaubon, Exerc. Baron.

p. 344-347. — Andrewes, Tortura Torti, p. 42. " Petro promisses

claves non tamen ut Petro huic homini, quin Petro Ecclesia}

personam gerenti." — Voyez également p, 62-64. Barrow, De Potes-

tatç Clavium, p. 47. " Promissum commune est et ad Ecclesiam

totam ejvisque rectores pertinet : nec enim occasio promissi Petrum

unicè spectabat; neque causa propter quam promitteretur ; nec

alligabatur uni Petro promissi materia, nec in Petrum solum deri-

vatus est ejus effectus."

^ Léo Magnus, a.d. 450. Serm. iii. p. 53. Ed. 1700. " Transivit in alios Apostolos jus potestatis illius et ad omnes Ecclesiae Principes decreti hujus constitutio commeavit. Sed non frustra uni commendatur, quod omnibus intimetur." — Serm. de Nativ. " Haîc clavium potestas ad omnes etiam Apostolos et Ecclesiae Prœsules est translata. Quod autem sigillatim Petro sit commendata, ideo factum est quod Pétri exemplum omnibus Ecclesise Pastoribus fuit propositum." — Voyez aussi t. i. p. 217 ; les notes, t. ii. p. 434. Ed. 1700.

2 S. Ambros. Ejy. Ixiii. cité par BaiTow, De Potestafe Clavium, p. 49.

^. Mais Jésus-Christ n'a-t-il pas donné le pouvoir suprême à saint Pierre, lorsqu'il lui a dit : Paissez mes ^j -^fj"' '''* hrehis?

260 l'eveque de eome n'a aucune

Part. 11.^ |^^ j^q^^ . ^^g paroles n'étaient pas tant des verha ordinandi que des verha hortandî)^ et n'affectaient en

21/22"' ^^' ^^^^ -^® mandat général donné auparavant par le Seigneur à tous ses Apôtres dans un acte de consécration solennel. C'est de là que saint Paul dit aux

Act. XX. 28. Prêtres d'Ephèse : Prenez garde au troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis Evêques, pour que vous paissiez V Eglise de Dieu, quil a acquise jpar son

1 s^. Pier. j^ropre sang. Saint Pierre dit aussi : Je conjure les Frêtres qui sont parmi vous, moi qui suis Prêtre comme eux : Paissez le troupeau de Dieu, qui vous est commis, en veillant sur lui^ non par contrainte, mais volontairement. C'est pourquoi, comme saint Augustin le fait remarquer : Quum Petro dicitur, ad omnes dicitur : Pas ce oves meas?'

1 Casaubon, Exerc. Baron, p. 344-347.

2 S. August. De Agone Christiano, c. 30. — Tract, in Joami. xlvii. " Christus, quod pastor est, dédit et membris suis. Nam et Petrus pastor, et Paulus pastor, et cœteri Apostoli pastores, et boni Episcopi pastores." — Voyez aussi v. p. 345, 969. col. 3. 1763. — Voyez également saint Léon dans la note de la question précédente. — Fell, note sur saint Cyprien, De Un. Eccl. p. 106. — Hammond, Œuvres, t. i. p. 616. — Barrow, Treatise on ihe Popés Supremacy, p. 68, p. 37, 39.

^. Puisque, ainsi que nous l'avons déjà dit (p. 102, 103), le meilleur commentaire d'une loi est son application, tant à l'époque où elle a été édictée qu'aux époques suivantes, quelle conclusion en dérivons-nous à l'égard de la prétendue suprématie de saint Pierre ?

3^. Il est certain, à priori, que saint Pierre ne pouvait avoir de suprématie sur les autres Apôtres, par le fait que le Seigneur, au lieu d'autoriser une telle suprématie, l'a évidemment interdite, lorsqu'il

SUPEEMATIE DANS LE EOYAUME-UNI. 261

dit à ses Apôtres : Les princes des nations les dominent, vS^l^liib mais il nen sera pas ainsi parmi vous. Il dit encore : x'xî^25"^* Quiconque voudra être grand parmi vous, quil soit y^xm.u' votre serviteur ; et : Celui qui est le plus grand parmi 25. "*'' ^^"* vous, sera votre esclave; qu'ils avaient un seul Maître, xx. 26. Jésus-Christ, et quils étaient frères. De plus, il leur 43. *^^' ^* parla de douze trônes, et non ô^un seul trône, les xxiii. s, 1*0. plaçant ainsi sur le pied di égalité ; et le mur de xix. 28. ' l'Eglise dans l'Apocalypse a douze fondements, et sur 30. eux les noms des douze Apôtres de l'Agneau.

Il est évident aussi, h posteriori, que saint Jacques,^ qui présida à un Concile, celui de Jérusalem, auquel Act, xv. la. saint Pierre assista, et auquel saint Pierre prit part, étant du nombre de ceux qui portèrent la parole, était complètement étranger à une telle suprématie chez saint Pierre ; que saint Paul ne la connaissait aucunement, lui qui déclare qu'^7 nest lui-même inférieur &n 2 cor. xi. 5, rien aux plus grands des Apôtres; qu'il avait le soin xii. n. de toutes hs Eglises, et qui dit en conséquence : Ainsi GaMi^Q^'n' j ordonna dans toutes les Eglises; qui classe saint Pierre avec saint Jacques et saint Jean ; qui résista à saint Pierre en face et le censura publiquement ; et qui 1 cor i. 12. réprimande certains Corinthiens pour dire : Je suis de Céphas ; que saint Pierre lui-même ne connaissait en rien cette suprématie, puisqu'il fut envoyé par les Apôtres à Samarie ; qu'il parle de nous les Apôtres, ^|*'^^'; ^*comme étant ses pairs, et non ses inférieurs, et de "ï- 2- Jésus-Cheist, comme étant la Pierre vivante ; et qu'il ^s.Pier.ii.5: écrit en termes d'égalité et non de supériorité, comme un Prêtre à des Prêtres, ses confrères. Pour en venir aux successeurs de saint Pierre, il est certain aussi que saint Polycarpe,^ Evêque de Smyrne, ne connais-

Part. II.

262 l'eveque de eome n'a aucune

sait en rien cette suprématie chez le Pape Anicet ; que Polycrate,^ Evêque d'Ephèse, et le Synode des Evêques d'Asie, et saint Irénée, Evêque de Lyon, et le Concile assemblé dans cette cité, ne connaissaient en rien une telle suprématie chez le Pape Victor ;* que saint Cyprien, Evêque de Carthage, et les Evêques d'Afrique, n'en connaissaient rien chez le Pape Etienne ;^ que saint Augustin et les Evêques d'Afrique n'en connaissaient rien chez les Papes Zosime et Boniface ;° et que les Evêques de Rome eux-mêmes, pendant six cents ans, étaient si loin de connaître en rien une telle suprématie, comme existant en eux-mêmes ou en toute autre personne, que le Pape Grégoire P^ '' dénonça le titre àiEvêque Universel comme arrogant, criminel, schismatique, blasphématoire et anti-Chrétien. Quisquis se universalem sacerdotem vocat, dit-il, Anti- Ghristum prœcurrit (Lib. vii. Epist. xxxiii.)

^ Hesych. Presbyt. Hieros. Ap. Phot. cod. p. 275. " Uérpos Srjixrjyopfi, àW' 'luKcc^os vofJioBiTil."

2 Euseb. Hist Ecoles, v. p. 23.

3 Routh, Beliquiœ Sacrœ, t. i. p. 370-387.

Bilson, Christian Suhjection, p. 49. "Pierre, comme vous le dites, premier Evêque de Rome, éprouva de la résistance de la part de Paul, l'Apôtre des Gentils ; Polycarpe, élève de saint Jean lui-même, résista à Anicet ; Polycrate, Irénée et tous les frères d'Asie, à Victor ; Cyprien, à Etienne ; Flavien, avec toutes les Eglises d'Asie, du Pont, de Thrace et d'Illyrie, résista h Damase, k Sirice et à Anastase ; Cyrille, à Innocent ; Augustin, avec deux cent seize Evêques d'Afrique, à Zosime et à Boniface.

4 Routh, Beliquiœ Sacrœ, t. i. p. 391-419.

^ Routh, t. iii. p. 90. — Comparez à cet égard, Euseb. Hist. Eccl. V. p. 14 ; Grabe, Ad Iren. ii. c. 3. p. 201. — Voyez plus haut, p. 176, 177. — Pearson, Annales Cyprianici, p. 48, 56, Ed. Fell.

S. Cyprian. In Concil. Carthag. vii. — Routh, Reliquiœ Sacrœ, t. iii. p. 91. " Neque enim quisquam nostrûm Episcopum se Episcoporum constituit, aut tyrannico terrore ad obsequendi neccssitatem coUegas

SUPEEMATIE DANS LE EOYAUME-UNI. 263

suos adigit, quando habeat omnis Episcopus pro licentiâ libertatis et Chap. IX. potestatis 8ii83 arbitrium proprium."

® Conc. Carth. iii. p. 28. — Conc. JSippon. i. p. 27. — Cabassut, Notit. Concil. cap. xlix. — Bingham, Origines Ecclesiasticœ, IX. i. 11.

Hooker, Ecclesiastical Polity, liv. VII. chap. xvi. 7. " Ce qui nous montre que, parmi les Evêques d'Afrique, aucun d'eux n'exerçait sur personne une autorité pareille à celle que l'Evêque de Rome réclama plus tard au-dessus de tous, les forçant h, adopter certaines opinions en vertu d'un pouvoir supérieur et absolu."

'' Gregorii Magni, Pontificis Romani, Epistolœ, v. p. 43. Ed. Paris, 1705, t. ii. p. 771-773. "Nullus unquam decessorum meorum hoc tam profano vocabulo uti consensit ; quia videlicet si unus Patriarcha Universalis dicitur, Patriarcharum nomen cseteris derogatur. Sed absit hoc, absit à Christiani mente, id sibi velle quempiam arripere, unde fratrum suorum honorem imminuere ex quantulâcunque parte videatur ! Propterea Sanctitas vestra neminem unquam Universalem nominet. Si enim hoc dici licenter permittitur, honor Patriarcharum omnium negatur." — Ep. v. 20, p. 748. " Quis est iste qui contra statuta evangelica, contra canonum décréta novum sibi usurpare nomen prœsumit ? Utinam sine aliorum imminutione unus sit qui vocari appétit Universalis ! Sed absit à cordibus Christianis nomen illud blasj^hemiœ in quo omnium sacerdotum honor adimitur, dum ab uno sibi dementer arrogatur!" — Ep. vii. 27, p. 873. '*De eodem superstitioso et superbo vocabulo eum admonere studui, dicens, quia pacem nobiscum habere non posset, elationem praedicti verbi corrigeret, quam primus Apostata inveuit." — Ep. vii. 33, p. 881. " Ego fidenter dico, quia quisquis se universalem sacerdotem vocat vel vocari desiderat in elatione suâ, Anti-Christum prîccurrit, quia superbiendo se cœteris prœponit. Nec dispari superbiâ ad errorem ducitur, quia, sicut perversus ille, Deus videri vult super omnes homines ; ita quisquis iste est, qui solus sacerdos appellari appétit, super reliquos sacerdotes se extollit." — Voyez aussi iv. p. 32 ; v. p. 29; vii. p. 31, 34; ix. p. 68.

Hooker, Ecclesiastical Polity, liv. VII, chap. viii. 9. '* Ce que l'Evêque de Constantinople [après le Concile in-Trullo ou Quini- Sexte] réclamait, et qui lui fut alors refusé par l'Evêque de Rome [savoir le titre d'Evêque Universel], l'Evêque de Rome finit, à la faveur du temps, par l'obtenir pour lui-même ; et l'ayant acquis par de ma\ivais moyens, il l'a gardé et augmenté, et il le garde par des actes et des pratiques bien pires encore." — Voyez Idem, liv. VIII, chap. iii. 5.

Laud, Conférence with Fisher, sect. 25, p. 147. " Maurice ayant

264 l'eveque de ROME n'a aucune

Part. II. été dépose et assassiné par Phocas, Phocas conféra k Boniface III cet honneur que deux de ses prédécesseurs [Pelage et Grégoire] avaient dénoncé comme étant monstrueux et blasphématoire, sinon an ti- Chrétien." — Barrow, Treatise-on the Pope^s Supremacy, p. 122. "Boniface le sollicita ardemment." — Voyez Andrewes, Contr. Bellarm. c. 12. p. 277. — Grégoire refusa le titre d'Evêque Universel, Ad Eulog. viii. 30. — Overall, Convocation BooTc, p. 285. — Beveridge, Discourse on the XXXIX Articles, Art. xxxvii. — Casaubon, Exe. Baron, p. 315-388.— Gieseler, Eccl. Hist. § 94, note 72. " Grégoire se trompait en supposant que le nom de JJniversalis Episcopus avait été donné k l'Evêque de Rome au Concile de Chalcédoine."

^. L'Evêque de Eome n'a-t-il donc aucune juridiction particulière et qui n'appartienne à tout autre Evêque ?

i^» Chaque Evêque possède la plus haute autorité spirituelle dans son propre diocèse, à l'égard des affaires ordinaires de sa propre Eglise ; et tous les Evêques, en tant qu Evêques, sont égaux} quels que soient leurs diocèses. Comme le dit saint Jérôme, qui fut secrétaire d'-un Pape (Damase) : Uhîcunque est Episcopus, sive Romœ, sive Euguhii, ejusdem est meritî, ejusdem sacerdotii : potentia divitiarum et paupertatis humiUtas suhlimiorem vel inferiorem Episcopum non facit?" A cause de l'éminence civile de Eome, l'Evêque de Eome, comme nous l'avons fait remarquer plus haut (p. 120), jouissait autrefois de la préséance parmi les Evêques, en vertu des canons de l'Eglise Catholique, mais sa juridiction, comme Evêque, Métropolitain et Patriarche, était et est encore limitée à son diocèse, à sa province et à son patriarcat propres, de la même manière que celle de tout autre Evêque, Métropolitain et Patriarche.^

^ S. Cyprian. Ep. ad Antonian. p. 177. " Manente concordiœ vinculo, et persévérante Ecclesise Catholicse individuo Sacramento^

actum suum disponit et dirigit unusquisque Episcopus, rationem Cha?. IX. propositi sui Domino redditurus." — Fp. ad Papian. p. &Q. " Quis longé est ab humilitate, an ego, an tu qui te Episcopum Episcopi et Judicem Judicis constituis ? " — Contre les appels à une autorité étrangère au diocèse, Fpist. 55. " Cùm statutum sit ab omnibus nobis, et sequum sit pariter ac justum ut cujusque causa illic audiatur ubi est crimen admissum, et cum singulis pastoribus portio gregis sit adscripta, quam regat unusquisque et gubernet, rationem sui actûs Deo redditurus, oportet utique- eos non circumcursare," <Scc.

S. Cyprian. ^^, 54, p. 112. Ed. Fell. " Una Ecclesia, item Episcopatus unus, Episcoporum multorum concordi numerositate diffusus." — De Unit. Ecoles, p. 108. " Episcopatus unus est cujus à singulis in solidum pars tenetur " [i. e. ita ut singuli omnem pleno jure possideant. Fell.]. — Il faut observer que l'expression in solidum est un terme de la loi civile, exprimant que chacun des possesseurs a droit à sa part sans rendre hommage à personne. — Voyez plus haut, p. 20, 21.

Ijaud, Conférence ivith Fisher, sect. 26, p. 166.

Bilson, True Différence hetween Christian Suhjection and Unchristian Rébellion, p. 60. " L'Evêque de Rome était avant le reste en honneur et en dignité, mais non au-dessus du reste en pouvoir ni en autorité. Il occupait la première place, lorsque les Patriarches s'assemblaient ; mais sa voix n'était point négative ; il était à la fois sujet aux décrets des Conciles et aux lois des Empereurs Chrétiens, même dans les questions ecclésiastiques,"

Barrow, Treatise on the Pope' s Supremacy, p. 149. *' Les anciens reconnaissaient à chaque Evêque une autorité libre, absolue, indépendante, dont il n'avait à rendre compte h, personne sur la terre dans l'administration des affaires concernant proprement son Eglise particulière." — P. 151. " Les anciens considéraient tous les Evêques, à l'égard de leur office (à l'origine selon l'institution Divine, ou eu dehors de la sanction des lois humaines établies pour conserver l'ordre et la paix), comme étant égaux; car ils sont tous successeurs des Apôtres ; tous tiennent leur mandat et leur pouvoir de Dieu aux mêmes conditions.

*• Un Evêque peut en surpasser un autre en splendeur, en fortune, en étendue de juridiction, comme un Roi peut en surpasser un autre en étendue de territoire ; mais, à l'exemple de tous les Rois, tous les Evêques sont égaux en office et dans l'essence du pouvoir dérivé de Dieu."

2 S. Hieron. Âd Evagr. Ep. p. 85.— S. August. ii. p. 310.

3 Crakanthorpe, Def. Eccl. Ângl. p. 176. " Romanus Episcopus

266 l'eveque de eomé n'a aucune

Part. II. ^ g^^j parœciam suatn Romanam quâ est Episcopus, ad provinciam suani Romanam quâ est Metropolitanus, ad diœcesin suam Romanam quâ est Patriarcha, œquè constringitur ac quivis in toto orbe Episcopus, Metropolitanus, aut Patriarcha, seu patriarchalis Primas; et illius censurée, excommunication es, judicia, décréta, omnesque omnino episcopales actus quos extra aut ultra istos limites prœstare tentât aut exercere, irriti plane sunt et pro nullis habendi."

^. Mais en admettant que l'Evêque de Eome ne puisse réclamer de droit aucune juridiction suprême sur l'Eglise Universelle, cependant ne serait-il pas expédient, pour maintenir l'Unité dans l'Eglise, que celle-ci eût un Chef Su^ême Visible ?

lZ!v^il ^- Jésus-Christ, Seigneur Universel de l'Eglise, ^^' Jésus-Christ qui aime l'Unité, n'en a jamais institué

aucun. Que tous les états de la terre soient placés sous le sceptre d'un seul Souverain civil, et qu'alors on en fasse l'essai. Si l'Eglise ne crut pas qu'une telle suprématie personnelle fût convenable à une époque où la plus grande partie du monde civilisé oMissait à un seul chef temporel (l'Empereur de Eome), il ne saurait en être ainsi aujourd'hui où l'on compte, comme nous l'avons déjà dit (p. 250), environ trente états ou royaumes différents en Europe seulement. Si l'on ne croyait pas que cela fût à désirer à une époque où la sphère de la Chrétienté et du monde alors connu était comparativement peu considérable, il ne saurait en être ainsi, lorsque les limites du monde ont été immensément reculées, et qu'elles deviennent de plus en plus compliquées et vastes ; et si une telle idée a même été condamnée comme antivoyezpius Chrétienne, avant qu'on eût pu en voir les effets, il ne

haut, p. 263, ^ . ^ ^ .

Page 1