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CHAPITRE II

DU DEVOIR DES ROYAUMES ET DES ÉTATS, QUI LES OBLIGE A PROFESSER ET A ENCOURAGER LA VRAIE FOL

^. Mais, comme se demandent quelques personnes, si l'Etat pourvoit aux intérêts de la Eeligion, n'iiupiéte-il-pas sur les prérogatives de Dieu ?

i^. Dieu fait aux Eois et aux Etats la grâce de leur accorder le privilège d'avancer sa gloire. Ceci est le plus grand honneur dont ils puissent jouir, et leur , forfaiture sous ce rapport est leur plus sévère châtiment. Ce serait chez eux péché et folie de lui demander pourquoi il leur donne ce privilège ; et ce serait le comble de la déraison, si eux qui dérivent toute leur puissance de Dieu, qui lui sont obligés et qui dépendent de lui au suprême degré, n'étaient pas les premiers à lui témoigner un sentiment d'obligation et de dépendance, en professant sa vérité, en le servant fidèlement, et en se montrant zélés pour sa gloire.

JH^:J!1; ^. Vous dites que les Eois et les Etats dérivent leur puissance de Dieu; est-il donc permis de dire qu'un pouvoir dont on abuse quelquefois d'une manière tyrannique est dérivé de Dieu ?

IX. Dieu est la seule source du pouvoir ; mais il n'est la source d'aucun de ses ahus. Il permet en ce monde beaucoup de cjioses qu'il Viapprouve point. Et dans sa sagesse, il se sert souvent de mauvais Souverains pour châtier de mauvais sujets, pour éprouver les bons,-^ et les élever par une saine discipline à un plus haut degré de bonté, les préparant ainsi à jouir d'une plus grande gloire.

^ S, Iren, v. 29. " Quidam Regum ad correctionem et utilitatem subditorum dantur à Deo, quidam ad timorem et pœnam." — S. Chi-ysost. Ad Rom. xiii. — S. August. De Clv. Dei, v. c. 21. "Qui dédit imperium Constantino Christiano, Ipse etiam Apostatce Juliano. Qui Mario imperium dédit, etiam Caio Csesari ; qui Augusto, Ipse et Neroni." — S. August. Epist. Ad Vincent. *' Terror temporalium potestatum, quando veritatem oppugnant, justis et fortibus gloriosa probatio est, infirmis periculosa teutatio."

^. Vous dites que Dieu est la source de tout pou- 1 s. Fier. ii. yoir, mais saint Pierre n'appelle-t-il pas le magistrat civil une institution ou création (/cr/crtç) de Vhomme ? 3X, Oui. La forme du gouvernement, et le choix des personnes qui l'administrent, viennent souvent de Vhomme; mais le pouvoir et l'autorité du gouvernement, quand il est institué, viennent de Dieu} L'institution du magistrat civil est per populum, qui est la cause médiate ou instrumentale, mais elle est A Deo qui est sa cause '^ principale et efficiente. C'est pourquoi saint Pierre dit : Soyez soumis, pour Vo.mour de Dieu, à tout ordre humain y et saint Paul : Que toute Rom. xiii. 1. jpersonne soit soumises aux puissances supérieures

d'encourager la vraie foi. 288

(i^ova-laLs;), car il ny a point de ^puissance qui ne ,*^^^^-^^vienne de Dieu («tto %eov) ; les puissances qui existent sont établies de Dieu (virb Seov). C^ est pourquoi celui qui résiste à la puissance, résiste à Tordre que Dieu a établi.

1 Andrewes, Private Dévotions, p. 48. Ed. 1830. " Tous Jes royaumes et tous les gouvernements de la terre entière sont établis par toi (Rom. xiii. 2), bien qu'ils soient une institution de l'homme (1 S. Pier. ii. 13)." — Sanderson, Prœlectiones, vii. 15.^ — Bramhall et Horsley, cité dans les Christian Institutes, t. iii. 39- — Leighton, Commentaire sur 1 S. Pier. ii. 13.— Hooker, Ecclesiastical Polity, liv. VIII. chap. xi. 6. " On doit honorer en vertu d'un droit trèsdivin ceux qui sont Rois de droit humain."

^ Col. i. 16. ^'èu avTqj (Xpiar^) êKrlffQr] rh irâvra . . eîVe Opdvoi, eïre KvpLor-nres, eïre àpxcà, eïre êlovaiai, rà irdvTa 5t' avTov KoX €Îs avTov cKTia-Tai." — Voyez plus haut, p. 20, 21, et p. 280.

(^, Les Eois et les Etats dérivent donc leur pouvoir de Dieu ; mais Jésus-Christ n'a-t-il pas répudié tout pouvoir civil, et renoncé entièrement à l'exercer en sa propre faveur, lorsqu'il dit à Pilate : s. Jean,

nr > 7 T /■> xviii..36.

Mon royaume n est pas de ce monde (e/c tov Koo-fiov Tovrov) ?

M. Les Juifs croyaient que le Messie serait un s. jean, Souverain terrestre, et Jésus-Christ, lorsqu'il pro- ^^^' nonça ces mots, se trouvait devant le gouverneur Romain, étant accusé par les Juifs d'usurper l'autorité de César ; voilà ce qu'il répudia ; et il faut observer qu'il ne dit pas : Mon royaume n'est pas dans ce monde (eV tw KoafjLo) tovto)), mais il n'est pas de là [ivrevdev), c'est-à-dire il n'est pas dérivé de ce monde (e/c tov KÔafjLov rovrov^), expression dont il fit usage dans le même sens en deux autres occa- 23 f ^xv' il?" sions ; et il ne peut être avancé par aucune force mondaine, car dans ce cas, comme Notre- Seigneur le

v^l^^^iJH; dit, ses serviteurs auraient combattu pour lui. Jésuss. Matth. Christ auquel, comme Créateur et Eédempteur du

xxviii. 18.

Apoc. i. 5. monde, iovit^ pouvoir est donré dans le Ciel et sur la terre, qui est le Prince des Rois de la terre, est luimême la source de tout pouvoir; et il ne vint pas pour se faire Eoi terrestre, mais il vint pour rendre

sap. vi. 4. les Eois membres et ministres de son royaume. Et il est évident, d'après la Sainte Ecriture, que, bien que Notre-Seigneur ne soit pas venu dans le monde pour exercer un pouvoir terrestre dans sa propre personne, cependant tous ceux qui possèdent un pouvoir terrestre, sont tenus à l'exercer au profit de sa gloire.

^ Theophyl. In Joann. c. 18, p. 743. " eîire, '6ti tj fiaa-iXeia fioO ovK iariv 4k rov Koa^cov tovtov' koI ai/dis, on oùk earii/ èvr^vQ^v' ov yàp eîirev, oùk ecrriu èv t^ KJCfiO), ov5é èffriv àvravda' ^aaiXeve i /xev yàp {ô Xpiaràs) èv r^ koct/xco koÏ irpouoeÎTai tovtov, koÏ, ces /Soi/Aerat, irepiayei Ta ndvTa' ovk %(Tti 5è è/c tov KÔafiov ?; fiaa-iheia avTov, à\k' avadeu koÏ irpoaioivios — eTretro irm àr vor]6eiTj Ta fis Ta ÏSia ^Xdev, €Î fj.}i -tiv 6 K6<riJi.os ÏSios aÔTOv;"

S. Angust. Tract. In S. Joann. cxv. " Non ait : Regnum meum non est kic, sed non est hinc: Hic enim est Reguum ejus, usque in finem sseculi." — Voyez aussi, sur ce texte, Hooker, Ecclesiastical Polity, liv. VIL chap. xv. 11.

^. Comment ce devoir des Eois, qui consiste à maintenir et à protéger la vraie Foi, ressort-il de l'Ecriture ?

Rom. xiii. 3^, Commc nous l'avons déjà établi, les Eois ^ y coi.'i.*i6. sont représentés comme les vice-gérents et les mièKriJbn ." .' ; nistres de Dieu pour le bien des hommes {hiaKovot, ginai. XeùTovpyoi). Ils dérivent leur pouvoir'"^ de Jésus-

Dan. ii. 21; r t / ^ ± . , , ,

iv. 25. Christ, par qui toutes les choses ont ete créées, les

iTim.vi. \^ , ^. . , . . , , .

15. trônes, les dominations, les principautés, les puissances :

Prov. viii. ^ . • 7 rr •

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