LOUIS
« Registre en ladite cour des Mouuoies : ouy sur ce le ' procurenr général du Roy le 25 septembre 1640.
' De Laistre. -
Ces Lettres patentes régularisaient la siluation de Renaudot et semblaient le mettre à l'abri de toute opposition : il n'en fut cependant ricu.
128 THÉOIMIRASTE IIENAUDOT.
Jusque-là la Faculté de médecine s'était inquiétée, il €Sl vrai, de ce rival dangereux dont la puissance croissait tous les jours et qui faisait de la médecine pratique pendant qu'elle syllogisait , mais elle n'avait pas encore osé agir contre lui. Elle s'était contentée de fulminer de temps eu temps contre les docteurs étrangers, i ces exotiques, ces empiriques, ces circulateurs s mais, lorsqu'elle eut compris que sanctionner par le silence Vétahlissr.mcnt des fourneaux pour la préparation des remèdes chimiques, c'était sanctionner la médecine nouvelle, elle décréta qu'il fallait intenter un procès à l'imposteur.
Renaudot était officier de la maison du Roi par son titre de conseiller et médecin ordinaire, parlaut il était justiciable des Requêtes de l'hôtel, dont les appels allaient devant le Conseil royal jugeant souverainement. Du reste, nous n'avons pas oublié que, ' par plusieurs ;< lettres patentes, et arrests du conseil, la connoissance '< des procez et différens du suppliant avaient été attrl- " buez souverainement aux sieurs maistres des requesles " ordinaires de l'hostel de S. M., et qu'icelle étoit inter- « dite à tous autres juges, notamment au prévost de « Paris ou son lieutenant civil ".
Néanmoins, le 23 octobre 1640, la Faculté, s'appuyant sur ce que les lettres obtenues par Renaudot n'avaient pas été vérifiées < en la cour du Parlement », l'assigna devant le lieutenant civil « pour se voir faire dé- ' fense d'exercer la profession de médecine et de donner " ou faire donner chez luy aucun avis aux malades ni de t tenir aucuns fourneaux ». En même temps qu'elle portait la cause devant le heutenant civil, juge en matière d'ordre public, elle présentait une requête à la cour des Monnaies, juge spécial dans la circonstance.
TIIKOI'III! ASTI'i KKNAIJItOT. \2*J
IU;n;m(l()l, ik; [x-rdil p.is <l(; Icirips, (;|, le .50 du iiK^tnc mois, il (Iciii.iiKlail ;i son lour qu'il pli'il ;'i 8. M. le in.-iinleiiir eu l;i jouissance < des concessions el priviléfïcs à « Iny oclroyez |)ar Sadite M., et ce laisanl ordonner « qu'iléralives dérenccs seront lailcs â toutes personnes, .' mcsmc andil doyen et docteurs de l'Eschole de niéde « cinc de Paris et anires, de tronl)ler el etnpesclier ledit « suppliant : et pour l'aire droit sur le trouble par eux h « luy donné, renvoyer les parties aux Re(piestes ordi- ' naircs de l'hostcl de S. M,, auxquelles elle a afiribué -i entière juridiction et connoissance souveraine desdits u bureaux et dépendances d'ieeux, cl icelle interdire à >i tous autres juj^es, raesme audit lieutenant, civil auquel " défeuces seront réitérées d'en connoisfre ' .
Le Roi avait à peine reçu la supplique du gazetier, que le jour même de sa réception (30 octobre), eu son conseil privé tenu à Paris, il ordonna que la requélc de Renaudot serait siff nifié au doyen et docteurs de la Faculté de médecine, < et cependant surseoiront toutes poursuites « par devant le prévost de Paris et ailleurs jusques à ce « que autrement par S. M. en ait esté ordonné ».
Déjà, le 2G octobre, la cour des Monnaies avait rendu un jugement favorable à Renaudot; mais, le 6 novembre, le jour même de la signification de la requête à Guillaume du Val, doyen de la Faculté de médecine, cl à Simon Bazin, doyen sortant, et jointes à la requête les considérations du conseil privé, le prévôt de Paris rendait une sentence par laquelle -< les défenseurs esloient déchargez " de l'assignation à eux donnée en la cour des Monnoies -< et défences estoient faites audit Renaudot de faire -' assemblée en sa maison touchant l'art de médecine et « de la pratiquer en la ville do Paris " .
130 TIIÉOPHRASTE RENAUDOT.
Devanl cette nouvelle romplicatiou, Loni-^ XI H chargea le sieur d'Aubray do lui faire uu rapport sur ce procès qui ineuaçait de s'éterniser. Le 11 juin 1041, sur le rapport de celui-ci, < le Roy rclenoit la cause, jugeant sou- « verainement, arrestoil toutes les poursuites >' et consacrait de nouveau, et V élahlissement des fourneaux, et les ConsuUalions rh'trilahles dont nous allons bientôt parler.
Mais revenons un peu en arrière : Renaudot, nous le savons, depuis son arrivée à Paris, bien que très-occupé, n'avait pas négligé la médecine. Pendant les premières années qui suivirent son installation, les docteurs de la Faculté, bien qu'ils ne fussent pas partisans des remèdes chimiques qu'il employait, avaient consenti à aller en consultation avec lui : du reste, sa clientèle était des meilleures, en dehors, bien entendu, des pauvres auxquels il donnait gratuitement ses soins. Ces relations ne tardèrent pas à devenir moins suivies. A mesure que Renaudot créait et que les remèdes chimiques devenaient tout à fait à la mode, la Faculté, qui voyait s'accroître les partisans des remèdes nouveaux, qui s'apercevait que ses élèves fréquentaient les conférences du Bureau d'adresse, lieu de réunion des plus beaux esprits du temps, la Faculté, disons-nous, comprenait de mieux en mieux que Renaudot à son tour devenait peu à peu chef d'école.
" Sur ces entrefaites, un événement imprévu vint " envenimer la querelle commençante. Une commis- " sion spéciale travaillait depuis 1623 à la rédaction « d'un antidotaire ou codex pharmaceutique destiné à « donner la liste des médicaments autorisés et reconnus « par la Faculté. L'ouvrage avançait, mais de cette " marche lente et posée qui est celle de tous les livres " faits en commun par une compagnie savante, comme
Tiiiîoi'iin ASTK II i;n \iiii(»T. \:m
.1 l(! l'.'imcilX /Hrlioiiiitiin- de, l' Arttilr.iiiic. friinrainf. Toiil le
< inolulc s.iv.iil (|iril ('l.iil cncopi! luiri dNMre IrrtriirK', lors- . ([IK!, cil |(»;5H, l(î (loy(!ii llitrdoiiiii de Siiiiil-.l.icfjiii's le . (il siihilcmciil |)iil)li(M". On iic lui. p.is inédiDcrciiiciil '< surpris d'y trouver le vin émélif/uc ou vin anliinouial, i' — coudiiiniu; par un décret solennel de 1505 coimiic
< fiubslîiiicc (lélé((''re, — inscrit en toutes lettres. Coin- ■' nieul rcnneuii avait-il pénétré dans la place? V avait-il ' eu trahison? Un vote avait-il été surpris? On ne l'a ' jamais bien su. Plusieurs pensèrent que ce doyen peu ' scrupiilenx n'avait pas craint de fausser les refjis- ^ tros de la Kacullé pour l'année IG37. Ouoi qu'il en soit,
il n'en lallait pas davanla[]^e pour meltre en jeu toutes > les colères '. •■
Pensant que le coup venait peut-être de Henaudot, la Faculté résolut de riposter : mais, n'osant pas encore s'attaquer directement au père, elle retourna .sa colère contre les enl^ints. Ses deux fils, Isaac et Eusèbe, étaient depuis 1636 inscrits comme étudiants sur les registres de l'École. Lorsqu'en 1838 ils présentèrent leur supplique pour obtenir le premier grade, le baccalauréat, elle les Força à passer sous ses Fourches Caudiues en leur faisant signer la déclaration suivante :
« Par devant les notaires gardenottes dû Roy notre >' Sire, au Chastclet de Paris, furent préseuls : MM'* i>aac -> et Eusèbe Renaudot frères, maistres es arts en l'Uni- '< versité de Paris, estudiaus en médecine, demeurant " rue de la Calandre, au Grand Coq, paroisse S' Ger-
< maiu-le-Vieil. Lesquels ont promis à Messieurs de la >< Faculté de médecine de cette ville de Paris qui l'ont
' M. Raywcd, les Mcdccins au icnips de Molière, loc cit., p- 183.
132 THÉOl'HRASTE RENAUDOT.
" aiusi requis d'eux : Ou'aux cas iju'ils ayeiil riionneur 1 d'estre reçus eu la qualiié de bacheliers de ladite Fa- < culte et autres degrés d'icelle, comme ils Tespèreut et « les en supplieut, ils n'exerceront point aucune des -1 fondions du Bureau d'adresse, ains s'adonneront v< entièrement à l'exercice de la médeciue. A quoy ils se ■ sont obligés sous l'hypothèque de tous et chascuns vi leurs biens. Ce fut fait et passé après midy, en l'estude « de Parque, l'un des notaires soussignés, le xxi' jour de it mars mil six cent trente-huit, et ont signé la présente : « ïsaacRenaudot,EusèbeReuaudo(,deTroyes, Parque'. '^
Le cœur de Reuaudot dut saigner en voyant ses fils, certainement avec son approbation, signer eux-mêmes le désaveu de tout ce qu'avait fait leur père, et lui, le médecin pratique, dut singulièrement hausser les épaules en considérant les sujets proposés à ses enfants aux tlièses quodlibétaires^.
Mais enfin ils étaient bacheliers le 17 mars 1638, et deux ans plus tard pouvaient être licenciés, puis docteurs. Ces deux années ne devaient pas se passer sans
' Cet acte est extrait des Commentaires manuscrits de la Faculté de médecine de Paris, t. XIII, f. 46; registres précieux sur lesquels chaque doyen inscrivait en latin et de sa main les actes de son décanat. C'est dans ces manuscrits que nous avons puisé la plupart des àéidiWi jJrcsque entièrement inédits qui vont suivre.
2 Loc. cit., p. 113. On s'étonnera peut-être de voir ses deux fils étudiants à l'École. Mais, si l'on considère qu'à l'époque où ils avaient commencé la médecine, les hostilités n'étaient pas commencées, et qu'en outre, en leur faisant acquérir un titre légal qui leur permettait d'exercer à Paris, Renaudot les mettait à l'abri de toute revendication, car tou^ ne pouvaient élre médecins du Roi, on comprendra très-bien qu'une fois l'inscription faite, et surtout après deux années d'études, il devait les engager lui-même à faire des concessions, diU-il pour cela sacrifier son amour-propre. Et même la condition de médecin du Roi ne garantissait-elle que très-imparfaitement : Renaudot en allait faire l'expérience.
Tiiraii'iiii ASTK iîi';.%Ai;i)n'r. i:i3
iiicidciils : nous coiiii.iissons (l(;,;'i l'opposition r.iiic p,ir l'École ;'i r(5lal)lisseni('iil des l'"onrnc;iiix, et la condaninatioii de lieiiandol le (! novenibre UliO par le Cii.lleief, qui n'interdisait à celui-ci rien moins que l'exercice de la miUlecine dans la ville de Paris.
Le premier soin du nouveau doyen, (;uillaume du Val, entré en fonction le '.i novenibre lOiO', avait été de se l'aire adjoindre, devant la puissance de l'ennemi à combattre, dix coadjulcurs ou conseillers du doyen, pris parmi les docteurs de TKcole. Ce lurent :
« MM" Simon le Tellicr, René Charlier, Gabriel Har- « douin de Saint-Jacques, Jean Mcriet, Claude Gervais, « Jean Bourgeois, tous du grand ordre,
^< MM" Jacques Cornuly, Hugo Chasles et enfin Guy ' Patin, docteurs du petit ordres '>
Retenons le nom de ce dernier, que du reste nous connaissons déjà : car c'est lui qui désormais va prendre la plume contre Renandot et devenir son adversaire le plus acharné et le plus redoutable. Aux moments d'accalmie, il sera toujours là pour souffler la discorde.
Ces conseillers, nous apprennent les Commentaires^, étaient institués » à propos d'une foule de soi-disants mé- ' decins exerçant à faux titre la médecine à Paris, fau- >( teurs d'erreurs insolentes, empiriques, circulateurs, " argyteurs, troublant le bon ordre parmi les dignes « docteurs de la Faculté de médecine de Paris, et sur- « tout l'un d'eux, ïliéophraste Reaaudot, préfet de la
' Les doyens étaient nommés pour deux ans et rééligibles. Le décanal commençait toujours dans les premiersjours de novembre. Guillaume du Val remplaçait Simon Bazin, doyen sortant.
^ Les docteurs, après dix ans i^ dater de leur réception au grade doctoral, devenaient docteurs du grand ordre.
' Cont. maniiscr., t. XIH, f. t07.
,134 THÉOIMII'.ASTE REiNAlDOT.
(Gazette, homme d'une aud;ice extraordinaire qui reoe- . vail chez lai, dans le local de sa Gazelle, des médecins . étrangers, vagabonds, exotiques, cl sous prélexle de .1 charité illégitime (illégitime parce ([u'elle est sans juri- . diction, bien plus elle va contre les lois et juridictions .( de l'Académie de Paris ainsi que le démontrent les sta- .( tuls),avaitinstituédesconsultations avec ces médecins ».
Il était difficile de trouver mieux que c l'illégitiiHilé de la charité ", et ou ne nous reprochera pas d'exagérer en disant qu'on défendait désormais à Rcnaudot de faire le bien en donnant des consultations gratuites.
Cette nouvelle création qui déjà soulevait tant de colères, n'était du reste qu'un perfectionnement de plus, et le plus grand, apporté au plan dont il poursuivait la réalisation et qui consistait, tout en servant les malheureux, à opposer à l'ancienne Faculté vivant entièrement sur un passé glorieux mais insuffisant, niant toutes les récentes découvertes, une École nouvelle désireuse au contraire de marcher à la tête du progrès.
L'enseignement théorique devait y être assuré par les nombreux savants qui se rendaient chaque semaine aux conférences du Bureau d'adresse et qui, par une légère transformation, pouvaient former un excellent corps professoral : de plus, l'établissement des Fourneaux fournissait à ces derniers, ce qui n'existait pas à l'École, qui ne songeait du reste nullement à eu établir, des laboratoires dûment autorisés.
Mais, pour enseigner la médecine à l'inverse de la Faculté contre laquelle ou allait lutter, il fallait des malades : Renaudot établit chez lui une clinique privée en créant les « ConsuUations charitables ".
Depuis longtemps déjà, depuis 1G30, lors de la fonda-
Tlll'idl'llll ASTK 11 KiNAlJltOT. 13.0
lion (lu lîin\'aii d'adresse, les iiiallKMirciix (|ui venaient ciierclicrqneUjne emploi en ce lien y (lonvaienl en infinc temps nn remède {yraluil à leurs maladies : des médecins amis de |{cnaudot, et l^cnaudot lui-n><^mc, se tenaient à la disposilion des coiisullanl^. Mais, pour pouvoir r<^{f!enicnlcr ces cunsuKalions, il lallail, les (aire sanclioniier par l'aiilorilé, d'iiiilaiil plus (ju'il (Hait ccrlain (jue, si elles n'élaieiil pas approuvées, la Faculté de Paris ne manquerait pas de demander leur interdiciion.
Aussi, lorsque son laboratoire, établi en principe pour la préparation des remèdes (jraluits, eut été consacré par lettres patentes du 2 scpten)bre lOiO, Henaudot, ccrlain désormais de pouvoir [)réparer lui-même ses médicaments, que l'École interdisait aux pharmaciens de délivrer, iustitua-t-il officiellement ses Consultations charitables. Le 7 novembre IG40 il les plaçait sous la protection de M^jr de Noyers, secrétaire d'Étal', aiuiuel il dédiait son libelle inlilulé : .< Les Consultai ions charitables pour les pauvres malades. » Après une dédicace flatteuse dans laquelle M. de Noyers était représenté comme la charilé même, Renaudot s'exprimait ainsi :
< Comme il n'y a point de conclusion plus universelle- 't ment approuvée de tous les peuples .et religions du « monde que celle-ci, qu'il faut soulager les pauvres, ' ainsi, faul-il renoncera l'humanité, pour en réprouver
< le dessein ; et pour ce que de toutes les professions des- ' linées au bien et soulagement des hommes, il n'y en a
< point de plus nécessaire que la médecine, comme " ayant été créée de Dieu pour remédier à leur plus ^< pressante nécessité qui est la maladie. C'est pourquoi,
' Les Consuluuions charitables, ïw-i", 1640. 7 novembre.
136 THÉOPllRASTE RENAUDOT.
' tandis que je minute en mon esprit les moyens de ré- .< duire en pratique les règlements approuvés pour .' souliigcr toutes sortes de pauvres, je (ends l'une de « mes mains aux malades et invite de l'autre tous ceux « qui me peuvent aider en ce charitable projet. Le succès .' duquel a déjà tellement répondu à ce que je m'en étois 1 promis, qu'il y a grande apparence que Dieu autorise .1 de ses sainte* bénédiclious une si louable entreprise. < Car, encore que les pauvres malades, ayant toujours « reçu de moi l'assistance gratuite qu'ils m'ont demandée : " si est-ce qu'ayant vaqué plus assidûment depuis quatre 1 mois à consulter pour leurs maladies, je puis assurer c qu'il ne s'est renvoyé depuis ce temps-là aucun, non- ^ seulement sans l'ordonnance des médecins fameux qui ; ont voulu exercer chez moi cette charité; mais encore " sans qu'on leur ait fourni de quoi payer les remèdes " ordonnés, quand ils l'ont désiré ou qu'il est venu à '< notre connaissance qu'ils en ont ,eu besoin. Nonobit stant laquelle charité il se trouve de l'argent de reste « de la largesse des malades qui ont voulu contribuer « quelque chose pour les pauvres.
« Ceux qui viennent chercher assistance céans étant de " trois sortes : les uns riches et accommodés, lesquels après " avoir reçu le conseil qui leur est donné par écrit par c tant de gens d'honneur, qu'ils voient présents ou t qu'étant absents ils ont envoyé consulter sur un raé- " moire contenant le récit de leur mal et des remèdes " qui leur ont été administrés, sans dire leur nom, qui " ne sert de rien à la guérisou des maladies : ces pre- ' miers exercent fort volontiers la libéralité de quelque ' chose qu'ils destinent affaire médicamenter les pauvres, " qui n'est pas la moitié de ce que leur coûteroit ailleurs
TIlKlH'llli ASTH IIK.WUDOT. 137
« une cousuKalioii. Les autres sont si |)eu accominodés « (|n'il.s n'oiil pas inoycMi do Faire aunurie chose : lonte- « (ois leur |)aiivrel('; ne va pas jiiscpies h avoir besoin u d'aumône cl n'esl pas (elle qu'ils ne puissciiL avoir de u (|uoi pa^er à leur apolicpiaire et. cliiriirîïicii les r(;mt''d(;s u (ju'oii lci:r aura ordonnés; cl cetix-Ia s'en rclonnietit « avec leur ordonnance, sans faire aucutKî charilé ni cm > recevoir d'autre que celle du conseil qu'on leur a « donné, même offrent souvent de donner aux autres « pauvres quelque témoi{yna{je de leur reconnaissance, « laquelle on refuse , lorsque leur incommodité est « connue, encore qu'il s'en trouve de cette seconde « sorle qui donnent nial(jré nous (juclque petile aumùne :
< sur l'opinion que leur charité redoublera la bénédic- >< tion de Dieu sur les remèdes (pi'on leur a ordonnés. ;< Les troisièmes sont de pauvres mendiants ou qui sont
< retenus de mendier par la seule honte, lesquels avec i- l'ordonnance reçoivent, ou leur chirurgien ou apotii< quaire pour eux, la somme à laquelle on a composé « pour leurs remèdes, les faisant ressouvenir qu'ils tra- « vaillent pour des pauvres; sur lesquels se doivent slm- .( plemeut indemniser de leur déboursé. En quoi j'ai « véritablement à me louer du zèle et affection que les « maîtres chirurgiens et apotiquaires de cette ville ont .' jusiju'ici témoigné en toutes les occasions qui se sont • présentées- de servir les pauvres-, n'y en ayant aucun ' qui ne se soit volontairement offert à contribuer gra- 'i tuitement sa peine et son industrie à ce bon œuvre. " Voilà ce qui se passe en nos consultations, desquelles « je laisserai raconter le succès à ceux qui en sentent tous ' les jours le soulagement, me contentant d'inciter tous 't ceux auquel Dieu a fait la grâce de pouvoir aider de
138 TllÉOl'HlvASTK llErvALLUT.
-' leurs conseils, secours et ;issis!ance, les jKiiivres nia- X ladcs, de se trouver céans les mardis de chacune se- « maine à deux heures après midy ; à hiquelle heure u reco nmeucent les consultations pour ceux qui en ont « besoin selon l'ordre de leur arrivée; qui s'y trouvent « (juchiuefois en telle affluence que les médecins cousul- « tants sont contrainis de se partager en deux ou trois « bandes, afin de leur donner plus prompt secours sans « faire attendre leurs ordonnances qui se font seulement « en latin et se mettent par le malade ou par celui qui est « là de sa part, entre les mains de son chirurgien ou « apotiquaire pour Texéculer. ■'
Ainsi, vers le commencement de juillet 1G40, les Co?isullathms charitables se trouvèrent définitivement organisées, et, le 2 septembre, elles étaient autori>ées eu même temps que l'établissement des fourneaux et par les mêmes lettres patentes ^ Disons tout de suite que, si elles existent aujourd'hui dans les hôpitaux sous le litre de ConsuUntio7is externes ou gratuites, c'est à Renaudot que les malheureux en sont redevables, la Faculté, comme nous allons le voir, se les étant bientôt assimilées, après les avoir combattues.
Résumons leur mode de fonctionnement : le mardi de chaque semaine et plus lard tous les jours, dans la grande salle du Bureau d'adresse, rue de la Calandre, siégeaient une quinzaine de médecins amis de Renaudot, " divisés en plusieurs tables >'. Les malades se présentaient devant eux : si le cas était simple, un médecin suffisait ; si le cas était difficile, les docteurs se réuuiss.iient, donnaient leur avis réciproque, et, après avoir discuté,
Tiii;ni'iiiîASTi'; I!I:nai un t. l.'J!)
remc((ai(Mil ;m |);ili(!iil mic coiisiill.iiion ('•crilo. I.rs .ipo- (liicaiiTs présiMils cxôculaicnl rordoiuiaiicc cl (l('-li\ r.iiciil les iiK'dicamcnls; les cliirupjjicns praliquaicril l,i p.itiic manuelle d(^ l'ordonnance.
Les malados qui venaient eonsullcr n'claienl. pas Ions dans la niOnie silualion de fortune: les uns étaient riches : à cet elTcl, dans la salle du Hureau, élait placée une hoëU: oii ceux (pii le dédiraient pouvaicMil dcjjoser leur obole qui servait à payer les niédir.iincnls des nécessiteux. Donnait cpii voulait ; (juanl à ceux (pii iionsculenicnt n'élaienl pas assez riches jxuir faire rauiiionc, mais encore ne pouvaient mèiue pas payer leurs médicaments, ils recevaient ceux-ci gratis et certainement avec eux quelques secours pécuniaires lorsque les libéralités des riches le permettaient.
Tout se passait dans le meilleur ordre : comme aujourd'hui, chaque consultant recevait à sou entrée un numéro d'ordre, et chacun, riche ou pauvre, n'étajt consulté que lorsque son tour était arrivé.
Les apothicaires avaient accueilli avec enthousiasme les propositions de Renaudot et s'élaient empressés de se rendre à son appel. En lutte continuelle avec la Faculté qui voulait les tenir en tutelle absolue et ne leur laisser préparer cjue les remèdes - orthodoxes ", ils pouvaient désormais, munis de l'autorisation royale, se livrer chez Renaudot à la préparation de tous les remèdes chimiques. Déplus, ils en voulaient mortellement à l'École d'avoir inspiré et réédité un {jrand nombre de fois le livre de Guybert : le Médecin charitable \ sorte de recueil de re-
' Guy Patin, pour faire pièce aux apothicaires, avait sans signer, suivant sa tactique haliiluelle, ajoute au Médecin charitable un Petit
Traité de la conservation de la santé : «Je ni'étonue bien, écrit-il à Spon
celtes usuelles pour la préparation des médicaments qui avait eu un énorme succès et leur avait causé beaucoup de tort. C'est certainement ce livre que visait Renaudot, lorsqu'il écrivait : On a reconnu par une infinité d'ex- « périences qu'il se commet journellement de grandes " fautes d;ins le choix, préparation et administration des « médicaments et opérations, pour faciles qu'elles pac. raissent pour ceux qui n'y ont pas été instruits de longue « main : fautes souvent irréparables et non moins péril- « leuses aux malades ([ue préjudiciables à l'honneur des « médecins qui se trouvent par cet abus ordinairement i frustrés de leurs bonnes intentions et de l'effet de « leurs remèdes. De quoi ceux qui consultent ici ont estimé « être obligés à l'acquit de leur honneur et conscience ■' de donner avis au public; qui n'ayant été alléché à souf- « frir cet abus par autre intérest que par celuy de l'é- « pargne, il cesse à l'endroit des pauvres par les fruits " que notre charité leur fait ressentir : et quant aux ' riches, il y a grand sujet de s'ébahir comment ils ne " se laissent pas faire des habits ou des souliers par celuy >i qui n'est pas tailleur. Et cependant ils se font préparer
• (10 novembre 1644), qui vous a dit que j'étais l'auteur du Peiit ■ Traité de la conservation de la sanlé qui est derrière le Médecin chari- « tahle, cela ne mérite pas votre vu. Je l'ai fait autrefois à la prière " du bon médecin cliaritable même, M. Guybert, qui m'avait donné le " bonnet, et me pria de le faire le plus populaire que je pourrais,
• afin de le pouvoir joindre à son livre; il ne mérite pas que vous " y mettiez votre temps. Le passage du vin contre la peste est tiré " de Riolan, in Methodo gencrali, uhi de peste, mais il n'est pas dans " Plutarque ainsi ; c'est une faute de M. Amyot qui l'a traduit, « mais elle n'est pas toute seule, il y en a plus de six mille autres. » Sije puis jamais prendre quelque loisir, je tâcherai de raccommo- " der ce traité et de le rendre un peu meilleur qu'il n'est; et, en ^' attendant, je vous prie de me faire la charité de ne dire ù per- « sonne que je l'ai fait, car j'en ai honte moi-même. » [Lettres de Guy Patin, édit. Réveillé-Parise , t. I, p. 342.)
TliriOI'IIIIASTIi It UN A (MO T. 111
c (l('.s rciiK^dos où il v;i(io lour vie p.irdcs rcininclIctLcs du c des doinesliciucs ignorants '. >-
Quant aux chirurgiens, nous savons (juMIs étaient ^[yalementcn lulte avec la Faculté (jui, pour leur (aire pièce, venait d'adopler les barbiers. Aussi se rendirent-ils avec empressement à l'invitation du maître du Bureau d'adresse qui, du reste, éîait un des leurs, pnis(ju'il était venu autrelois à Paris étudier la cliirur[jie.
Il n'en fallait pas davantage pour exciter de nouveau la Faculté contre l^enaudol. A peine les Consultations eurent-elles été établies (ju'elle (il tout son possible pour les l'aire disparaître :
« Et pour ce que cette charité, ajoute Henaudot, ayant < été sue, a eu cela de commun avec la bonne semence et ' parole de celui qui nous a tant recommandé cette ex- « celicnte vertu, qu'une partie est tombée dans les che- « mins et entre les épines et les rochers; quelques-uns >< ayant été si peu charitables qu'ils l'ont voulu fouler ' aux pieds et étouffer dès la naissance et rendre infruc- X tueuse par les mauvaises interprétations qu'ils y ont « données, j'ai cru être obligé de détromper les esprits • à qui ces mauvais interprètes des bonnes actions d'au- " trui tâchent d'imposer, lesquels je ne nommerai point - sur l'heure, sur l'espérance que j'ai dé leur amende- ' ment, voulant encore ajouter cette nouvelle charité à " la première : qu'il soit libre mesme à nos médisants et " a nos envieux de s'en repentir sans honte et de venir « participer à ce bon œuvre, avec protestation qu'il n'y « seront pas seulement les bienvenus, mais aussi que, « s'ils ont quelque conseil à nous donner pour rendre cette
* Les Cous, charitables, 1640.
112 Tlli.Ul'HRASTE UKISAUDOT.
-< iicliou mcileure et plus ulilc au public, ils en remporle-
« roiil l'hunucur et la gloire, que nos consultants ne cher-
" client point eu celte occurrence, mais seulcnionl le son-
-t lajjemeul des malades et particulièrement celui des pau-
-i vres, conjointement avec l'iionneur de leur proFe-sion
- et de toutes les parties de la médecine qu'ils tasehent ; de relever du mépris et de l'opprobre où la haine et la « malveillance de quelques-uns l'ont voulu mettre, pjur -< venger leurs passions au préjudice des ini'mbres de u leur corps, l'harmouie duquel ne pouvant être bien -• gardée tandis que la teste fera l'office des bras, c'est- " a-dire tandis que le médecin fera le chirurgien ou Ta- '< pothicaire, on eu voudra faire servir ceux (pii ne sont
- ni Tnii ni l'autre et le plus souvent n'y enlenilent rien, -' non plus que dans l'entreprise que feroient les autres .' uicmbres sur leur chef. C'est très-mal à propos cepen^
daiit que notre charité se voue à restaurer la pratiq;:e « de cet art excellent, qu'on la calomnie de vouloir en- •' Ireprendre sur la pharmacie ou la chirurgie, vu que le -- contraire appert par notre procédé qui répond eutiè-
- rement à ce qui vous en vient d'être exposé. Avec aussi •< peu de raison tasche-t-on de nous aliéner les volontés « des apothicaires et chirurgiens, sous prétexte que dans
- les lettres patentes que vous venez de voir (obtenues .. afin que l'on ne piU rien désirera l'accomplissement de .' ce beau dessein), par lesquels le Roy permet à tous ceux « qui auront quelque invention ou moyen servant au « bien et soulagement des pauvres tant valides que ma- " lades de le pouvoir faire, lorsqu'il est parlé des opé- ■■ rations de chymie, S M. ne m'accorde le pouvoir de les ' faire que dans ma maison et en ma présence et non " ailleurs : termes qui n'excluent pas les autres qui ont
TIlIKirilllASTK lll■;^AI liOT. M?.
« 011 îiiironl lo pouvoir <\\iii user 'i leur corniiiodilt'. .h; « coiiseillcniis (loin; volonliers ;'iccux (\\n nous ;ill;i((ii(,'at (I .ivci; (h; si l';iil)l(;.s ariiics do chaufyer leur liaim; eu :< ('luiihilioii, lascliaiil do mieux l'airo, comme aii^Nsi je prie - ceux (loul la cliarilé combat avec moi couraîjcuxîiiieiil 1 les maladies des pauvres de se proposer toujours celle .c l)clU' divise :
« TiiiK! aliis (•rimtis siii)criorcs, cùiii m(;liorcs'. "
Ce Ian{jage respire riionnôleté, et, Heiiaudot ( onviaiU les docicnrs de J'Kcole à venir à ses cousullalions {;raluiles riiouorcr de leurs conseils, fournissait à ceux-ci l'occasioude montrer qu'ils savaient oublier tout ressentiment lorsqu'il s'agissait de pratiquer la cliarilé.
Les Consultations charitables eureul un immense retentissement : OQ s'y rendit de toutes paris. L'après-midi du mardi devint insuffisante, et les médecins consullanis durent se tenir en j.crnianence dans la grande salle du Bureau d'adresse : bientôt enfin ces médecins allèrent en ville consulter gratuitement les malheureux.
Nous savons déjà que les mendiants ne ven;iient pas seuls demander des consultations, et qu'il se rendait é^jalement au Bureau d'adresse des personnes relativement riches dont les aumônes servaient à fournir des médicaments aux nécessiteux. Parmi celles-ci il s'en trouvait que leur situation, que leur position vis-à-vis de l'École de médecine et de l'Université empêchaient d'appeler Renaudot eu consultation. Lorsque sa nouvelle institution commença à fonctionner régulièrement et eut reçu une consécration officielle, ces personnes, ou d'autres
^ Les, Cous, ch., IGiO.
144 THÉOPHRASTE REKAUDOT.
qui étaient absentes de Paris, - envoyèrent cousniter sur .( un mémoire coutenant le récit de leur mal et des re- -< mèdes qui leur avaient été administrés, sans dire leur ;< nom qui ne sert de rien à la guérisou des maladies ».
Avec son sens pratique habituel, Renaudot comprit vite qu'il pouvait y avoir pour lui, dans ces consultations à distance, un nouveau moyen de dissémination des doctrines dont il s'était fait le propagateur : et bientôt, paraissait un petit livre, d'ailleurs fort modeste, intitulé '• la Présence desahsens, ou facile, moyen de rendre (t présent au inédecin l'cstat d\ni malade absent; dressé par « les docteurs en médecine consultant charitablement à Paris « pour les pauvres malades^. >;
Ce fut une véritable révélation pour nous lorsque nous primes connaissance de ce petit livre, dont il n'exisie à notre connaissance qu'un unique exemplaire que personne n'a encore songé à analyser. C'est pour 1* époque un traité presque complet de diagnostic : ou y sent à chaque instant les efforts d'une profonde science chnique désireuse de se débarrasser par l'observation du faux rationalisme de la médecine d'Arislote. Bien que '< dressé par les docteurs en médecine consultaus chau ritablement à Paris pour les pauvres malades >', il est écrit tout entier de la main de Renaudot, qui nous apprend « que devant l'approbation qu'ont reçeu de « la part de Dieu et des hommes ces consultations, ce <■• grand bien ne peut rester plus longtemps enfermé
■ A Paris, au Bureau d'adresse, rue de la Calandre, au Grand Coq, 1642, avec privilège. IQ-S» de 60 p. La bibliothèque de la Faculté de médecine possède seule un exemplaire de ce livre que nous n'avons trouvé nulle part ailleurs et dont personne n'avait jusqu'à présent sifjnalé l'existence.
TlIfiOI'IlIlASTK UKNAIJOOT. 11'.
. (1,1 ns rcriccititc de Paris. Pour ce fviirc, celte charitable ('ompafjnie a cslimé ne se (levoir pas conlcn- . 1er (le domier loules les semaines une a()r(>s-(Jisn(;c " entière, (jui est celle des mardis, aux consullalions (jui .' se l'ont dans la grande salle dn IJurcau d'adresse, dcs- .. linée à cet cflet, pour recevoir tous les malades (jui s'y .; présentent. Elle n'estime pas encore avoir assez fait de . députer, comme il se pratique, des médecins de son " corps pour aller visiter, traiter et faire médicameuler (i ceux (jui ne se peuvent transporter à ce bureau, ni mcsme » d'avoir tellement mu! tipliéces consultations pour la com- « modité dos malades rjui arrivent les autres jours de la .> semaine, que l'on trouve tous les jours, depuis dix heures « du matin jusqu'à midy au moins, trois consultants dans « le mcsme lieu : lesquels y vaquent diligemment à traiti' 1er riches et pauvres. Elle a d'abondant jugé à propos " pour rendre un si grand bien d'autant plus communi- « cable, c'est-à-dire d'autant plus grand, de dresser un " formulaire pour l'usage des malades absens, tellement « familier que, non-seulement l'apothiquaire et le chi- « rurgieu des champs et celuy qui aura la moindre con- " naissance des maladies et de leurs accidens, mais jus- « ques aux simples femmelettes et enfans, moyennant VI qu'ils sachent lire, les pourront suffisamment instruire « de Testât du malade, de sa maladie et de tous les symp- >' tomes et circonstances nécessaires pour tirer les indi- ' cations requises à les bien et méthodicquement traiter, « voire aussi bien que si le malade était présent.. "
« Utililez de ce livre :
« Ceux qui voudront ou ne pourront faire venir les v> médecins chez eux, soit pour en estre trop éloignez ou
146 THÉOrHUASTI- RENAUDOï.
• n'avoir pas le moyen de payer le voïa{i?e de ceux aiix- .< quels ils se confient et qui ne se pourront ou voudront u transporter chez eux, trouveront icyde quoy suppléer « à ce défaut; n'y ayant aucune des remarques et de- ' mandes que les médecins sont accoustumés de faire à t leurs malades, et d'où ils prennent leurs indications, " qui n'y soit employée.
« Par ce moyen plusieurs pauvres malades ne seront < plus destituez de conseil, comme ils sont dans la cam- '< pagne et dans les lieux écartez des grandes villes : ce >< qui tourne au grand préjudice de plusieurs, pour ce -( qu'ils sont contraints de commettre le traitement de ' leurs maladies à des apothicaires, chirurgiens et bar- : biers dcmeurans aux village!^, qui ne sont toujours pas ■' suffisamment instruits pour bien décrire une maladie ' ou ses accidens, h faculté de quoy les malades meurent '< souvent de maladies au commencement légères et cu- -' râbles si elles estoient bien traitées, voire qui pis est, ( sans avoir donné ordre à leur asme, ni à leurs affaires 't domestiques pour n'avoir pas préveu le péril où ils ■i estoient. '^
On pensera ce qu'on voudra de ces consultations par correspondance au moyen des indications d'un formulaire; elles avaient au moins le mérite d'être faites par des hommes compétents, d'avoir été créées dans un but humanitaire, et surtout, à l'inverse de nos jours, d'être absolument gratuites. Du reste, ce livre s'adressait surtout aux chirurgiens et apothicaires qui exerçaient dans les campagnes et qui, eu se servant des préceptes y contenus, pouvaient dresser un mémoire circonstancié sur la maladie de leur client et envoyer ce mémoire au Bureau d'adresse, d'où il leur était répondu. On com-
T II r^ 01' HUAS rr, iiknaii|)Ot. h 7
prend que cet iiiUM'imîdi.iirc j)()tivai(. (Mn; précieux îi une époque où les iMoyciis de Iratisport élaicnl difficiles et daugereux pour les m.ilades, cl les médecins qui exerçaient à la caiïipa(;iie l'orl peu insfriiils.
Ce |)e(i( livr<; dcv<'n;iil du re>ie un vade-niecum, ua aide-méujoirc. lui se [yiiidanl sur lui, dit Henaudol, < ils
< n'ouhlicronl aucune circonstance requise à l'entente : et parfailc connoissance de leur malade '•.
A la fin du volume se (rauvaieiil de petits livrets représentant nos feuilles d'observations médicales actuelles don! on pouvait se servir dans les circoiislauces suiyanles :
, " Les médecins ([ui traitent des malades de cousé- >< quence et dont il importera dt3 tcsmoi[;ner de temps .' en temps, voire plusieurs Fois lojour de Testât de leur ' maladie, y trouveront aussi un notable soulagement -i de leur mémoire et un grand abrégé. Carayans autant
< de livrets comme ils voudront remarcjuer de temps di- '< vers, ils pourront arresler en chacun de ces livres l'es- ' tal présent de leur malade... »
Voyons maintenant comment Renaudot conseillait au médecin de procéder pour arriver à fournir les meilleurs renseignements sur l'état du malade absente
11 établit d'abord quelques divisions :
-. Et pour ce que dans l'examen des choses que le mé- ■' decin doit savoir pour bien couuoistre une maladie ' et lui ordonner des remèdes bien à propos, il y a quel- ' ques considérations communes à tous les deux sexes - et d'autres particulières à chacun d'iceux, elles seront ■ divisées en trois chapitres : le premier .sera commun ■' à tous les deux sexes, le second sera pour les masles,
< le troisième pour les femelles.
14S THEOPHRASTE RENAUDOT.
Après avoir donné d'une façon très-claire et très-détaillée ces « considérations >' avec Jhjurcs el schémas à l'appui, il ajoute :
L'usage sera tel qu'il faudra marquer ou souligner -' d'un crayon ou léger trait de plume le mot, le nombre,
ou la partie de la figure qu'on voudra désigner...
■■■ Eu voicy l'exemple :
« La personne pour laquelle on demande avis tient sa ■i naissance d'un père de longue vie, médiocre ou briève " ou bien qui vit encore ; sain ou cpù a esté incommodé •' de douleur de teste, de paralysie, d'aj)oplt'xie, de haut C' mal, du poulmon^ d'hydropisie, de gravelle, de pierre, « de colique, de mal vénérien, de gouttes, d'hémorroïdes, « de lèpres, etc. Qui l'a engendré en sa jeunesse, etc. »
Que ce livre fût pratique, rien n'est plus certain; qu'il donnât à distance, pour ainsi dire, tous les résultats qu'on croyait pouvoir en attendre, c'est une question à laquelle répondront facilement les médecins sérieux qui savent combien il est parfois difficile d'arriver à un bon diagnostic en présence du malade lui-même, et à plus forte raison devant une narration ou une observation plus ou moins bien prise.
Du reste, la lecture de " la Présence des ahsens > , dont nous ne pouvons multiplier les citations, nous montre que Renaudot ne s'illusionnait pas sur les difficultés d'un bon diagnostic. Elle nous fait voir combien, et avec quelle intelligence, il avait pratiqué les malades, et combien il avait le sens clinique; les antécédents personnels ou héréditaires sont fouillés à fond, les conditions d'habitat, de nourriture, le travail immodéré de corps et d'esprit, le début général des affections, sont analysés avec soin et, disons-le, traités de main de maîire. Enfin, son
TIIROI'IIII ASTK liKNAlIDnT. 149
livre est oriu; (1(^ H};iir(;.s sur l(!S(ni(;ll(;s, .111 rnoyrii ric ((ucl(|uc.s combinaisons iii{jcnicuscs lrès-cl.iir(Mn(Mil indiquées, on devait arriver assez bien à représenter les maladies, tant médicales ([ne cliirijr{jicales, dont la fijjuration exacte ponvait élre importante au [)oint de vue du traitement.
Le (out est résumé dans une table alphabétique où, en re[',ard delà maladie dont on cherche les symptômes, se trouve l'indicalion de la pa|}c où ceux-ci sont traités : (c âge, p. 2)5 ; aimric satis flux de sancj, p. 30; pierre, aux reins, à la vessie, p. 37, etc. ''
Cet opuscule classe Henaudot parmi les cliniciens de premier ordre : c'est en outre, nous le répétons, la première ébauche d'un traité de diagnostic, et à ce titre il méritait une mention particulière ; nous savons, du reste, que son auteur collationnait un grand nombre d'observations soigneusement prises que ses occupations multiples ne lui permirent jamais de condenser et de publier en un traité de pathologie qui, certainement, eiU été des meilleurs. On y peut voir qu'il était surtout un expérimentateur, un clinicien, et non un métaphysicien humoral à l'instar des docteurs de l'Ecole qui proposaient comme sujets de thèsesj les questions - candides -, pour ne pas dire plus, que nous avons rapportées.
Notons enfin que ce livre est écrit en français; Renaudot, eomme Pierre Ramus, veut qu'on parle la langue nationale, et, s'd demande que les ordonnances médicales soient écrites en latin, c'est pour montrer à ceux qui l'accusent d'ignorance, qu'il sait se servir de celte langue lorsqu'il en est besoin.
La renommée de Renaudot devenait universelle , les malades venaient le consulter de tous les points du
150 THKOrURASTE RKNAUDOT.
royaume, et le Bureau d'adresse élail si fréquenté que les marcluinds ambulanls venaient s'in>taller dans les rues avoisiuantes et débiter leurs marchandises à cette clientèle d'un genre particulier.
Montrer aux élèves qui suivaient ces consultations charitables les cas intéressants qui pouvaient se présenter était bien, mais il eut été encore mieux et plus profitable de pouvoir (garder à domicile ces mêmes malades, pour la plupart besoigneux, afin de les traiter et d'observer soigneusement le cours de leur maladie. Mais pour cela il fallait un hôpital. L'Hôlel-Dieu, il est vrai, regorgeait de malades et ne possédait qu'un médecin, mais il est probable que ce dernier u'eiU jamais consenti à avoir Renaudot pour collègue. Eu outre, celui-ci ne pouvait songer à transformer sa maison en hospice, la place devant déjà lui manquer pour loger son bureau d'adresse, sa gazelle et son jmont-de-piété. Mais cette idée de fonder un hôpital cadrait trop bien avec ses idées humanitaires et avec les besoins de l'enseignement qu'il projetait, pour qu'il n'essayât pas de la mettre a exécution. 11 sollicita donc du Uoi l'obtention d'un vaste terrain pour y construire son « Hoslel des consultations « charitables ».
L'emplacement sur lequel, au commencement de 1642, il avait jeté son dévolu et dont il demandait la concession était situé dans le quartier le plus populeux de Paris-, il englobait « le rempart de la ville qui estoit entre « la porte Saint-Anthoine et les religieuses du Calvaire «. L'endroit était fort bien choisi : 1' ^ Hostel des consultations charitables » répondait aux besoins d'une population compacte éloignée de tout hôpital. En outre, transporter là le siège du nouvel enseignement, c'était
TIirifil'llliASTI': HF'NAl'UOT. 151
s'éloifïncr de cclU; rin; de l;i Hi^clicric où se Irouv.'iil la Fiicullé (le inOdociiM; dont les doclcurs n'avaient (|u'à franchir le l'ont-au-Double pour se rendre rue de la Calandre et interrompre, ain^i qu'ils ne craif^nirent pas de le r;iir<', les roiisnlf.'ilions p;r;iluitcs du médecin de Montpellier,
Cclui-ei Fondait sa demande sur ce que : • vin(ît mille « personnes qui avaieul ressenli an Bureau d'adresse le « soulajfement qu'elles esloient venues clierclier, pour- « roieut tcsmoi{jncr que les deux avenijcs de son lojjis « esloieiil lellemcnt occupées par les pauvres malades « qu'elles le rendoieiit de difficile accez à toute autre « personne'. ■ Hcnaudot demandait une place pour les malheureux, et il offrait d'y construire à ses frais un bâtiment où se délivreraient gratuitement consultations et remi'dcs. On renvoya sa demanrle « aux thrésoriers « généraux de France qui prirent l'avis des maisires des " œuvres publiques, et tant les uns que les autres, après ;i pluî^ieurs descentes sur les lieux et avoir ouy les voi- « sins, cerlifièrent la commodité que le public en rece- « vroil ".
Devant cet avis favorable, le Roi lui accorda, par lettres patentes datées de 1G43, la concession du terrain demandé pour établir l'hôtel des consultations charitables et créer un jardin médicinal, t Ces lettres patentes furent « adressées eu bonne forme au Parlement et ailleurs pour « y estre vérifiées et registrées. »
Au reçu de ces lettres, Renaudot put se croire un instant maître du terrain où devait s'élever la nouvelle
' Rcqticsie à la Boync, en faveur des jjauvres malades de son royauvit, par Th. Rcitaudol. In-4'\ S. d., 1644?
École dont il possédait désormais tous les éléments d'organisation : mais il avait compté sans ^ Messieurs de la Ville de Paris >■ qui, jaloux de leurs prérogatives et obéissant à des injonctions intéressées, s'opposèrent à la vérification des lettres accordées par le Roi, prétendant que celui-ci n'avait pas le droit de désaffecter une partie du rempart qu'ils considéraient comme bien communal.
En même temps, le duc d'Uzès et son épouse, qui ' avaient des propriétés limitrophes, formaient opposition. Mais n'anticipons pas sur les événements.
CIIAPITIU^: V
nniMKiMr: pii\sf: nn pixocks. — licii.iiulol va fon<lcr la Fanilti'; dont il possède désormais Ions les éléiiicnls d'or(;nnisalion. — Kiicore (îiiy Patin. — Ucné IMoreau et la Difcime de la /''acuité cnnirc son calomiiiati-ur, 1041. — Guillaiiinc du Val, fionvard, Cytois. — Première interveiilioii de Hiclielieii. — Respousc de Th. Rcnaudoi au libelle cou tri' les Consultations charitables, Ifill. — Adrcrtisscmcntk Th. H., par Guy Patin, 1641. — Remarques sur l'/idvcrti.'tscmcnt à Th. Reunudnl.
— Deuxième intervention de Hiclielieu : il défend d'écrire désormais sur ce snjet. — ;\rrét dn H juin IGil qui consacre l'œuvre de llenaudot. — Renaudotet I.ouise de la Pirosse contre Gny Patin. — Ils perdent leur procès [\i août 16i2}. — Refus de la Faculté de recevoir docteurs Isaac et Eusèbe. — Arrêt du Parlement qui lenr confère le bonnet doctoral (fi septembre 1G4'2). — Maladie de Richelieu. — Fin du décanat de Guillaume du Val.
Alors que Renaudot créait ses Consultât ions charitables et obtenait im emplacement pour bâtir un hôpital siège de la future École qu'il méditait d'établir, quelle était l'attitude de la Faculté de médecine? Nous avons déjà dii qu'en 1638 elle avait exigé de ses fils, désireux d'être bacheliers, une renonciation complète aux œuvres de leur père. En 1640, alors que le procès s'engageait dcfiuilivemeut sur la question des fourneaux, ils étaient licenciés, mais n'étaient pas encore docteurs. C'est alors qu'elle proposa de ne pas les admettre au grade doctoral, et, parmi les conseillers que nomma le nouveau doyen, Guillaume du Val, pour l'assister dans la lutte, il en fut
154 TIIEOPHRASTE IIE?;AUD0T.
lin qui soutint celle pro))osilioQ d'exclusion et triompha : ce conseiller u'élait autre que Guy Patin, qui se posait ainsi en adversaire déclaré de Renaudot. Nous connaissons celui-ci ; voyons quel était le champion de l'Ecole, que nous n'avons encore qu'imparfaitement présenté à nos lecteurs.
Né en 1G01, à Hodenc-eu-Braye, près Beauvais, Guy Patin, quipossédail peu de fortune, mais qui, en revanche, avait beaucoup d'ambition, vint à Paris, après avoir fini ses études, avec la ferme intention de réussir. Il fit comme beaucoup ont fait et font encore aujourd'hui, il se mit correcteur d'imprimerie pour vivre, consacrant à l'étude le temps que lui laissait le travail qui lui assurait son pain quotidien. Étudiant en médecine assidu, il se fit remarquer de Piiolan qui, alors fort en vue, ne (arda pas à se l'attacher. En 1627 il était reçu docteur en médecine de la Faculté de P;iris. Sa ihèse : " An homo lolus sit morbus/ >' que nous avons déjà signalée, écrite dans un latin élevé, annonçait un homme amoureux de l'antiquité qu'il connaissait parfaitement, partisan fanatique deGalien, ennemi de toutes les doctrines nouvelles et répudrateur de toutes les théories qu'il ne trouvait pas dans ce maître vénéré. Dès lors, métaphysicien rompu à toutes les subtilités de la scolastique, il s'adonna peu à la médecine pratique, et s'il consultait pour vivre, il se plaisait surtout dans sa " librairie » où il perçait de sa plume acérée et envenimée les ouvrages nouveaux qui ne partageaient pas entièrement ses idées.
Doué d'un esprit vif, il fut bientôt recherché pour sa causerie brillante et animée, mais toujours mordante, et devint l'ami du président Lamoignon avec lequel il allait converser sur les vieux auteurs, ses favoris. Gardien ja-
TIlKOlMIlUSTr; Hi;i\AlJl)OT, l-ÎO
loux dos |)r('n){;;i(ivcs de rKcolcîi laquelle il appailciiail, il no pouvait soiilIVirlcs incdcciiis ctraii[yer.s, cl du nic'ïiiic coup 1rs repoussait eu hloe avec les idées nouvelles donl ils se l'aisaicnt les promoteurs et parmi le>^(iiielles se trouvaient la circulalion sanj^uinc et lymphaliqiie. ComplOlement imbu des idées humorales, sans cesse à la poursuite de riuiiiHMir peccante, il ne pouvail comprendre comment un poison peut devenir uu médicament, el la lancette d'une main, le séné de l'autre, fulminait coiiire l'opium, l'anlimoine et les remèdes chimiques.
On ne pourra jamais lui reprocher d'avoir aimé l'anliquité et de l'avoir, peut-élre à tort, défendue envers el contre tous; mais ce (juc la postérité ne lui pardonnera pas, c'est d'avoir insullé, do mauvaise foi, les hommes qui ù son époijue illustraient la science médicale. Il traite van Heimont de « méchant pendard flamand' ", parce qu'il est alchimiste, Pecquet de « médecin de laquais^ ", parce qu'il a trouvé le réservoir du chyle qui porte son nom; enfin, il ne craint pas d'insinuer la plus inf;\mc des calomnies contre Ambroise Paré, ce grand homme et cet homme de bien, mais qui, à ses yeux, étant chirurgien, n'avait pas le droit d'être illustre : ' L'auteur « de son livre, dit-il , a été un savant médecin de Paris « nommé maistre Jean Hautin (Altinus), qui mourut icy, « l'un de nos anciens l'an 1G15^ '■
Tout irrite sa bile, sa femme est acariâtre, son beau-père a quatre-vingts ans et ne veut pas mourir: - La vieillesse et " l'avarice sont toujours de bonne intelligence: ces gens- " là ressemblent à dos cochons qui laissent tout en mou-
' Lettres de Gui/ Paliti, édit. Réveillé-Parisc. t. I, p. 355. * fd., t. III, p 392.
' /rf., t. l. p. 440.
« rant et qui ne sont bons qu'après leur mort, car ils ne " font aucun bien pendant leur vie ' . "II ne dédaigne pas, du reste, la pièce d'or qu'il trouve sous sa serviette lorsqu'il va diuer en ville, et au moyen de laquelle on le paie de l'esprit qu'il veut bien déjicnser'.
Lorsqu'il est à bout d'arguments sérieux, il ne craint pas d'en emprunter de mauvais au catéchisme poissard. 11 ne tarit pas en plaisanteries de haut goiU sur le nez camus de Renaudot qui a eu la petite vérole, laquelle pour la circonstance se transforme en < grosse », et dont la figure devient un fromage servant (1« nid aux mites. Théophraste sous sa plume devient Cacophraste, et, à bout de bonnes raisons de ce genre, il s'écrie : < Si ce gaze- « tier n'était soutenu de l'Éminence, nous lui ferions un .< procès criminel au bout duquel il y aurait un tombe- <t reauoutout au moins une amende honorable'. »
En résumé, homme savant, mais esprit faux et vantard, se drapant dans sa ressemblance avec Cicéron dont il est fier; intéressé, mais capable de tout sacrifier pour l'Ecole dont il aspire à devenir le doyen, di\t-il attacher luimême la corde au cou de ceux qu'il croit les ennemis de la Faculté ; écrivain charmant, mais calomniateur, possédant une éloquence satirique mise au service d'un esprit retors de franc Picard : tel était l'homme que la Faculté opposait à Renaudot.
Nous avons déjà vu que le procès avait été engagé à l'occasion de l'établissement des Fourneaux, par le doyen
' Lettres de G. Patin, éd. Réveillé-Parise, t. I, p. 518.
- <^ Quelques grands lui offroient un louis d"or sous son assiette " toutes les fois qu'il voudroit aller nian;;er chez eux, tant ils ■■ prenoient plaisir à leur entretien. • L'Esprit de Guy Patin, Amsterdam, 171.3. Avis au Leetcur.
3 Lettres de G. Patin, éd. Réveillé-Parise, t. I, p. 77.
Tlir;OI'llIiA,STl'; il KN A II 1)0 T. ir,7
Simon Hazin, le 2:'> oclohro Ki-IO, i;l poric en m<>inc temps devanl le prévùl de l*,iris cl la eoiir des mouiiaies.
Le 20 oelobrc, la cour des monnaies avail,ju{;é en faveurdc Rcnaudol, de môme que le 30, le IU)i avait retenu la cause en son conseil et ordonné qu'on surseoirait à toutes poursuites. Le 0 novembre, cet arrêt clail sijjiiifié au doyen de l'école de médecine, mais le môme jour, le prév(H de Paris rendait un ju|jemeut par lequel il décliarjyeait les dclendeurs de la (juestion en litijje devant la cour des monnaies, et défendait à Renaudot de « faire aucune assemblée chez lui pour les pauvres et d'exer- « cer la médecine à Paris ' >' .
Les choses en étaient donc à ce point, lor.-que le 3 novembre, Guillaume du Val fut élu doyen; nous avons vu que, fortement ému de la gravité de la situation, il avait institué pour le soutenir dans cette g^ravc occurrence un conseil de dix membres, parmi lesquels se trouvait Guy Patin. La situation pouvait ainsi se résumer : d'une !.»art la Faculté était victorieuse devant le prévùt de Paris dont les appels allaient au Parlement qui certainement lui donnerait gain de cause; de l'autre, celle-ci voyait son procès perdu, puisque le Roi retenait la cause et ordonnait de surseoir à toute poursuite jusqu'à ce que son Conseil en eût autrement ordonné.
Le péril était grand : la Faculté ne recula pas et résolut de payer d'audace, sachant bien qu'il y allait de son existence.
En réponse aux - Consultations charitables pour les pauvres malades >■, elle chargea Reué Moreau d'écrire tt La Défense de la Faculté de médecine contre son calomnia-
lô.S THÉOl'HRASTE UE N A l DO T.
teur^ 15. Daus ce libelle, le médecin de l'École malmenait Reiiaudot de la belle manière: (out Ini était reproché, son bureau d'adresse, son mont-de-piélé, sa,";;izcl(e, son nez camus, sou changement de religion : il est fort probable que c'eût été encore bien pire s'il fiU resté huguenot. Et, chose incroyable, ce livre fut dédié solennellement à i. VE minent issime cardinal de Richelieu r^ le protecteur avoué du gazetier.
Celui-ci avait dédié les '■ Consultations charitables )\ qui avaient soulevé tant de haines, à M. de Noyers, secrétaire d'État : la Faculté, usant de la même tactique, résolut d'intéresser ce dernier à sa cause.
Le 8 décembre 1640, le doyen Guillaume du Val, accompagné de Simon Bazin, doyen sortant, et du censeur René Chartier, se rendit chez M. de Noyers qui avait voix délibérativc au conseil du Roi, qui, comme on le sait, était juge souverain de la cause pendante. Ce magistrat dut se trouver fort embarrassé devant cette démarche des docteurs de l'École; il s'en tira par un trait d'esprit. Il promit au doyen : u de se faire l'avocat de l'École " devant le cardinal, qui certainement, ajouta-t-il, était « fort disposé à prendre en main les intérêts de celic-ci. « La Faculté comptait certainement peu sur de tels protecteurs amis avoués de son adversaire; et si, en cas de revirement imprévu, elle avait tout à gagner à de semblables demandes, cela ne l'empêchait pas de chercher ailleurs un plus solide appui.
M. Bouvard, un des siens, était premier médecin du roi Louis XIII ; elle songea tout de suite à user de l'jnfluence
' La Défense de la Faculté de médecine contre son c<dumnialeur , par Piené MouE.vu. In-4", Paris, 1041.
Tiii'idi'iiii ASTK Ii^:^Al nriT. 1,09
qirilpoiiv.'iil. .'ivoirsiir son r(»y;il client. M.iis, coniinn cVjait un homme plein de moqyne elde .suCns.inee, elle (lépn(;i le doyen lui-nu^me aecompajjué de Irois doeleurs ver« ce haut pcrsonnajye, pouric prier de vouloir bien faire tous SCS cfCorls pour lirer l'Iù^olc de ce manv;iis pas'.
DcvJMil cv.[ honnenr innsilé, celui-ci priimil de s'employer de son mieux en r'avetir de la l'acidlé.
En allendanl le jjain d'inie cause qui semblait df^sesp(îr(U\ elln résolut tout d'abord de se vcnfjcr sur les fils du malheureux {^azelier. Ceux-ci, déjà licenciés, aspiraient au bonnet doctoral. La Faculté décréta (décend)re 1640) : a qu'eu raison du ^yravc préjudice causé par leur " père, ils ne seraient pas admis aux actes publics de « l'École ni au doctorat n, et le 26 janvier 1611, elle ordonna que 't cet arrêt leur serait signifié par huissier afin - qu'ils n'eussent pas à se présenter ".
On se rappelle qu'en 1638, clic avait déjà exigé par acte notarié leur renonciation â toutes les œuvres paternelles, s'engageant en revanche à leur laisser l'accès libre au grade de docteur.
Rcnaudot fut indigné en voyant la Faculté eile-môme rompre le traité qu'elle avait dicté; il s'en fut trouver Richelieu, son protecteur, qui s'intéressait d'autant plus au litige qu'il avait prisEusèbe pour son médecin ordinaire.
' '< r,e 21 mars IGîl, j'ai dis(ril)u(^ au doyen et ù trois docteurs « nomuiéspar la Faculté, savoir ; M. J. Cousinol père, M. .1. IMerlet, " M. l^ené Moreau, ùla place de M. Le Vignon, la somme de 10 livres,
• et au doyen le double (d'après le décret de la Faculté rendu aux " comices j^énéraux du 27 février 16411 Ces docteurs devaient aller
• saluer et prier parla bouche du doyen, le très-illustre Bouvard, " docteur de notre Faculté, dans la ville ou cliAleau deSaint-Ger- « main-en I.aye, d'avoir soin de la Faculté dans la cause très-
« juste contre Renaudot cy... 50 livres. - [Comptes du doyen,
iu Comm. innnuscr., t. XIII, p. 123.)
Le cardinal résolut d'arranger le différend. Il envoya son premier médecin, le Poilevin Cytois, offrir au doyen Guillaume du Val la composition du procès, en môme temps qu'à sou insti(ïatiouReuaudot se rendait lui-même chez ce dernier, t> le priait de lui permettre de rentrer en " grâce avec l'École, lui demandant de l'associer au couù seil des autres docteurs pour le soulagement des pau- 'i vres malades v.
Guillaume du Val désirait avant tout la paix et la tranquillité; il se trouva fort embarrassé devant cette double démarche et n'osa pas prendre sur lui de trancher la question. Il assembla son conseil et lui demanda ce qu'il était bon de faire. Les membres qui le composaient ne furent nullement d'accord : les uns, se fondant sur l'intervention et le désir du redoutable cardinal, voulaient qu'on arrêtât toute poursuite ; les autres étaient partisans de résister à outrance. Au milieu d'une discussion des plus orageuses, Jean Merlet proposa de s'en rapporter aux Comices généraux qui devaient avoir heu le 27 février 1641 ; son avis prévalut.
Nous avons rapporté la démarche qui avait été tentée près de Bouvard et l'espoir qu'on avait fondé sur elle; aussi, les docteurs réunis, voyant là uce dernière planche de salut, chargèreui-ils le doyen, Cousinot, Merlet et le Vignon de l'aller trouver de nouveau, et de lui demander si, de son côté, il avait réussi à faire embrasser au Roi le parti de la Faculté.
Les négociations que Bouvard avait entreprises n'avaient pas abouti, et le 21 mars, il engageait le doyen à temporiser, la cause étant toujours pendante devant le Conseil royal.
Richelieu avait pensé aplanir toutes les difficultés en
Tirfini'iinASTK umnaudot. lei
ciivoy.inl son iiKM^îciti v«;rs h; (|()y(;ii cl en crif^affriint |{<;ii;iii(l()l lui-iiK^mc à s'cQlciidrc avec (iuillauiiu; du Val, Voyant les détours que prenait la Kacullc pour éluder ses pro[)()silions, il résolul d'(Mi finir. Le 11 mai 1011 il fit mander le doyen, (irand émoi à l'KcoIe. (iuillaume du Val, dans une aussi jyrave circonslance, pria Simon Bazin, doyen sortant, et Ucné Chartier, censeur, de l'accompaj^ner chez l'Kminence'.
Ils se rendirent tous les trois au palais du cardinal, bien (pjc celui-ci n'eût appelé (juc le seul doyen. Ce fut Cytois <jui les rcgul. Il les salua Tort poliment, m.iis il les avertit d(; même que Kicliclieu n'ayant dé>iré voir que le doyen, les deux docteurs qui l'accompafjnaient n'avaient qu'à se rclirer, etque, du reste, celui-ci ne tarderait pas à les rejoindre. Conduit par Cytois, du Val Fut fort bien reçu par le cardinal qu'il salua très bas, et il se préparait à faire un beau discours qu'il avait préparé pour la circonstance, quand l'Émineace, l'interrompant, lui demanda brusquement pourquoi la Faculté, par décret, refusait d'admettre au doctorat Isaac et Eusèbe ;t quamvis a capaces, erudili et Uccntiatl », et auxquels on n'avait à reprocher aucun méfait. « J'ai peasé, dit Richelieu, que vi cette mesure avait été prise en haine de leur père ti que les docteurs de votre École considèrent comme tt leur pire ennemi; mais il n'est pas juste que les fils 't supportent les fautes de celui qui leur a donué le jour, ti suivant cette maxime de la Sainte Écriture : - que les 'i fils ne supporteront pas le poids de l'iniquité palertt nelle. » Aussi, vous voudrez bien les recevoir et les
' Nous suivons presque pas à pas les détails consignés en latin par Guill. du Val lui-même, dans les Commeniaircs mamiscr., t. XIII, f. 116 et suivants : détails entièrement inédits.
162 THÉOPHRASTE REKAUDOT.
« conserver dans le sein de voire Faculté. .le me char- « gérai, du reslc, ajoula-l-il, de prier le cliancelier ;i Séguin de couper court à toutes poursuites contre >t Renaudot, et cela eu raison du désir que j'ai de voir a régner la concorde. Mais, n'ayez crainte, votre Faculté >. recevra tel accom'r.odement que l'Iiouneur de ses •t membres, que je liens en estime plus que personne, « en sortira sain et sauf. "
Guillaume du Val, avons-nous dit, était un homme d'humeur pacifique et désireux de voir cesser celle querelle qui nuisait beaucoup à son Éct)le dans l'esprit public. Aussi répoudit-il au nom de la Faculté : " qu'il remer- II ciait beaucoup Son Eminence de ce qu'elle était aussi i: soucieuse de la chgnité de l'École de médecine, et que, « quant à lui, il était son très-humble serviteur. Du reste, ^'. si celle-ci avait interdit à Isaac et à Eusèbe les actes, t les vespéries' et l'entrée des écoles par décret commi- " natoire, ce n'était pas à cause des fautes de leur père, « mais bien par suite des injures et des calomnies que ce « dernieravait proférées contre elle; et qu'elle ne châtiait tt les enfants que pour amener le père à résipiscence. « Et le brave doyeu, qui lui aussi connaissait l'Écriture Sainte, ajouta : - Dieu châtie bien les enfants jusqu'à la tt quatrième génération {Exode, xx) : cependant, il obéiti Fait aux ordres de Son Eminence, et engagerait les c. docteurs de son École à suivre ses paroles comme des « oracles, i; Guillaume du Val était sincère en parlant ainsi, nous avons pour témoin de sa sincérité Renaudot lui-même, rendant de son côté compte de cette entrevue : 't Son Eminence fit l'honneur au doyen et à moi
' On dojinait le nom de vespérie à un acte prémoniloire de la réception du bonnet de docteur.
TlIKOl'IlItASTK Hi:,NAIIf)OT. 163
i( de nous dm; (prcllc dcsiroil ludic .iccoiiirnofhMiiciil, Il (|ui n'csl pas |)iiiciiiciil (i siinpIciiKMil de [jroirijcr ■<■ ceux de riiscliolc de Paris en l'aclion iulenlce contre A ma charilé envers les pauvres malades; ce qu'on ne "doit aussi jamais allcudre d'une aussi grande piélé " qui est la sienne. Kl, n'clail (pie. je ne veux pas cnf^a « ger, comme ils le font Irop lé{j(!rcmcnt, les orades de ' sa bouche sacrée, je pourrois icy rapporter le blasme Il qu'elle donna à leur procédé. Aussi, ces paroles eurent Il tel effccl que leur doyen, depuis ce temps-là, .s'est Il toujours montré fort enclin h rechercher toutes les Il voyes d'un accommodement r.iisonnable. Mais, si Il le reste de leur corps y a coniribué ce qu'il devoit, Il le succez l'a fait voir. Dont la vérité est reçue par .< M. Cytois '. "
Ce fut dans ces dispositions bienveillantes que Gudlaume du Val, assisté de son conseil, porta l'affaire devant les comices réunis le 17 mai, trois jours après l'entrevue. Mais toutes ses tentatives de conciliation échouèrent, car les docteurs présents décrétèrent :
Il Qu'où poursuivrait le procès intenté à Renaudot, le « calomniateur de la Faculté; qu'on adresserait desfélici- II tations à I\I° René Moreau et à M" Jean Rtolan, méde- II cin de la Reine mère, qui avaient écrit des libelles Il apologétiques pour l'École; que celle-ci ferait les frais Il de leur impression-;
' Respome de Th. Renaudot au libelle fait contre les Consultations charitables pour les pauvres maladi-s. 111-4". Paris, 1641.
- • Payé à M* René Moreau, docteur médecin et professeur royal, « pour le libelle apolo;;étique écrit en François avec élégance et « érudition pour la Faculté de médecine de Paris contre son ca- " lomniateur, Tli. tlenaudot, dont le titre françois est : La Difcnse " de la Faculté de médecine de Paris contre son calomniateur : dédié à
i6i THÉOPHRASTE REKAUDOT.
c Qu'il était permis .'i tout docteur d'écrire contre .= Renaudot et de réfuter ses écrits. >■
L'elTervescciice des esprits monta si liant, que nichelieu, à qui Moreau avait osé dédier son libelle, se crut obligé d'intervenir et défendit qu'où n'écrivit plus rien sur ce sujet.
Qu'avaient donc écrit Renaudot et ses adversaires pour que Richelieu fiU oblijjé de mettre le holà et de s'interposer? Nous avons rapporté presque en entier les quelques pages que le gazeticr avait dédiées à M. de Noyers, et dans lesquelles il mettait les Consultations charitables sous la protection de ce dernier : d'autre part, dans son Factum^ adressé au Roi, juge de la cause, il avait montré combien l'établissement de ces consultations était utile pour soulager les nombreuses misères que les dernières guerres avaient accumulées et que l'organisation hospitalière d'alors était impuissante à faire cesser. Ces deux opuscules, conçus en termes modérés, avaient excité au plus haut degré la colère de l'École, qui répondit par l'intermédiaire de Moreau.
« La Défense de la Faculté contre son calomniateur », dont nous avons déjà dit quelques mots -, commençait la série des libelles de la Faculté contre Renaudot : elle était conçue en termes peu parlementaires et écrite avec la plus entière mauvaise foi.
Les docteurs des Facultés étrangères n'ayant droit.
- monseigneur l'Éminentissime cardinal duc de Riclielieu; à Paris, par décret de la Faculté porté le 17 may dernier, la somme de
>• 75 livres; cy 75 livres. » [C'omjytes du doyen, m Comm.
mnnuscr., t. XIII, f. 153.)
' Faclum du procez d'entre M. Th. Renaudot, docteur en médecine, etc.,
demandeur en requesie jjrésenlée au Conseil privé du lioy le 30 octobre 1640." - V. p. 158.
TIII^OIMIllASTr, UKNArnOT. 165
d'après les xlalulx, (J'cxcrccr l.i iiK'dccino i\ Paris qu'après avoir (\U\ .ifyrcfîôs à l'IOcoh;, h moiris loulcfbisd'c^lrc m^!- (Icciiis royaux, MorfNiu (lctii;iit <» Hcnaiidol (oulo qualité de médecin royal, hini (pic celui-ci le (iU récllcmerii '. Au rcj'ard dcscs iiivcnlioiis, il cinployait le procédé dont se servait (Jiiy Paliii, son collègue, vis-à-vis d'AmI)r()isc Paré : >< Il cs( (rcs-ccrl;iiii, dil-il, (jiio le feu sieur l.e « l{onp,ecn esl raullicur, cl ([ii'il cii a (ail imprimer des
< mémoires <iu'il avail communiqués ù M. de Sully, sur- ' itilendanl des finances, il y a trente-six ans : des X papiers duquel Renaudot se saisit à sa mort, dès ce .< temps qu'il esludioit la médecine à Paris. Ouant à ses conférences, >i ce n'est, à proprement parler, qu'une
< panspermie d'ignorance et d'erreurs ».
Mais les conmliallons charitables sont surtout en hutte aux attaques do Morcau. Suivant lui, la Faculté de Paris qui, du reste, ajoutc-t-il sans verf^ogne, les pratiquait depuis longtemps, avait seule le droit de consulter les malheureux : Ptenaudot n'ayant pas « qualité pour faire des comullalions illégitimes -. Enfin, déguisant à peine les craintes secrètes de l'École, il .s'écrie : « Il veut eslever un ' nouveau bastiment, mais en oslant les lumières de la
< plus florissante Faculté de l' Europe, il veut faire des lar- -i gesses et des libéralités, mais c'est à nos dépens. >' Rendons justice à René Moreau et disons que, si son livre était écrit de mauvaise foi et dans un style lourd et indigeste, il ne renfermait pas encore lesinjures ordurières que contiendront désormais tous les écrits émanés de la Faculté.
' .. Théopliraste Renaudot et Eusèbe Renaudot, qui avait la sur- " vivauce de la char.'ïc, médecinssans quartiers aux gages de 4001.
• B. Nat., Man. Saiut-Magloire, n° 74. Estât des officiers de la mai-
• son du Roy pour l'année 1650. ' ;i.vl, Oici.)
Celle-ci crut que Renaudot ne se relèverait pas d'ua tel coup : mais, rompu comme il l'était, et depuis longtemps, à toutes les discussions, le gazetier maniait terriblement la plume. 11 fit au libelle de Moreau une longue " response ' • dans laquelle il exposait au grand jour sa vie tout entière, vie d'abnégation et de dévouement consacrée au soulagement des misérables. A la Faculté, qui lui reprochait de faire des consultations illégitimes, il répliquait : « L'aumosne est un droit des gens, voire -c un droit divin, et il nous faudra prendre lettres d'at- « taches ou visa des médecins de l'Eschole de Paris pour ^t l'exercer. Il ne m'est pas difficile de répondre à cet « insulteur que je n'ai jamais offensé que par mon som ^' des pauvres. Et moi aussi je dédierai mon livre à Son u Éminence le cardinal de Richelieu, auquel il a osé dé- -t dier le sien : et s'il veut savoir l'accueil qui lui sera fait, t qu'il se rappelle donc la façon dont il nous a traités, « du Val et moi.
« Le public jugera de quel côté est la bonne foi : alors « que j'offre aux médecins de l'Ecole de composer le it procès, ils me leurrent par des paroles fallacieuses, et '•^ pendant que Bouvard tergiverse , ils impriment des " calomnies contre moi.
^' Pourquoi ont-ils donc attendu si longtemps pour !c me diffamer, depuis tant d'années que je suis à Paris? " C'est qu'ils sont jaloux de se voir délaissés par les « malades : - Chacun sçait qu'il n'y a de différend entre 'i nous que pour les consultations charitables pour les '< pauvre> malades : tout le reste sont des accessoires. « '' Mais, ■'■ j'ay pouvoir de mettre eu pratique et establir
' licsponse de Th. Renaudot au libelle contre les Cons. char., Paris, 1641, 10-40.
TIlf'ini'IIHASTM IIF: NAIIDOT. 167
.< toiilcs les iiivciilions v.\ iiioynis p.ir moy recouvrez
< pour le Iniilenieiil des invalides ci des iiial.Édcs , el .* rien ne me fera (aillir dans la (Aehe (jue j'ai enlre- '< prise. On pul)lie parloni (|iie les docteurs de l'aris .< m'ont devancé dans celle cliarilé : il y a deux ans ' qu'ils consultent les niallieureux, mais il y a plus de ( dix ans que de telles consullatious se font chez moi, > avec la seule dirirrcnce que les leurs n'ont jamais eu 1 de succt'S, tandis que les malades alTIuenl à mou domi- >< cile 1 comme je leur ai l^it voir par mes livres lors -< publiez, outre lesquels plus de dix mille personnes 1 peuvent déposer qu'on n'a jamais renvoyé de chez « ifloi aucun pauvre malade sans assistance gratuite et « nommément que, dés l'an de grAce 1634 et 1036, il (1 s'assembloit eu ma maison grande quantité de médci( cins qui cxcrçoienl la mesme charité qui s'y fait à préi sent ' '!.
a Ouantà Michel Le Rouge, il y a longtemps que le père
;i de Montaigne a été plus habile que lui -, et si on voulait
< bien chercher, la politiqued'Aristote contient en germe " l'idée des Bureaux d'adresse. Mais, ' pourestre l'autheur -< d'une institution, ce n'est pas assez d'y avoir resvé -' dans son cstude , c'est de l'avoir exécutée comme j'ai ^ fait, grâce à Dieu, cet établissement et plusieurs autres >'. >< En m'accusant d'avoir pillé Michel Le Rouge, vous ' espériez peut-être me fiiire mettre en colère : • mais, il -' n'appartient de se fascher qu'à ceux qui manqueat « de bonnes raisons et à qui les offeoccs appartien-
' Le décret instituant les consultations charitables à l'Ecole est du "26 mars 1639. Ou n'y délivra les mcdicanieuts qu'à partir du décanat de G. du Val ^1640-1642). [Comm. manuscr., t. XlII.)
108 THl'Ol'HRASTE RENAUDOT.
.1 nent '-. Était-ce du reste à M()re;ui de l'injurier, lui " qui ferait bien mieux de s'occuper un peu plus des
< malades de THÔlel-Dieu, dout il est médecin, que de u faire retomber sur ceux-ci le poids de sa colère? 11 est « un lait qu'il a jusqu'à présent tenu caché par respect u pour la profession qui leur est commune, mais qu'il va
< maintenant divulguer puisqu'on l'y force : H y a quinze ' ans, plusieurs malheureux, entrés à l'Hôtel-Dicu et « atteints de fièvres continues, dirent au médecin trai- ^; takt, qui n'était autre que Moreau, qu'ils avaient été .< soulagés par des remèdes que Renaudot leur avait « administrés. Moreau les mit incontinent à la porte, >< malgré leur débilité, leur disant que, puisqu'ils étaient « guéris, ils n'avaient qu'à s'en aller. Est-ce là de la « charité légitime ou illégitime? De plus, Moreau ajoute vt que les docteurs de son École ont toujours refusé de .< consulter avec moi : je ne prendrai même pas la peine .' de lui donner un démenti, car je lui répoudrai : « .le u déclare que j'ai toujours cru faire autant d'honneur à ■< ceux de son corps de consulter avec eux comme, ils " croyaient m'en faire, et que je ne ferais pas banque- >f route à ma charité envers les pauvres pour toutes les >< prérogatives imaginaires de leur Eschole. De sorte .< que , si nous estions aussi près de nous accorder sur et notre procez comme sur ce point, nous n'aurions que « faire déjuges "
'< On reproche à mes enfants de s'être mêlés des c' affaires du Bureau d'adresse, contre les statuts de " l'École qui répudient tout art manuel. « Est-ce qu'ils ne .c savent pas que j'y ai des commis et que mes enfants u ne se sont pas plus meslés que moy à ces opérations, .' bien qu'elles ne soient toutes honnestes et justes,
Tlir.dl'll 11 ASIK IIKNAI liflT. 169
( parce <|iic l;i , coiimio «laiis noire corps, les parties '! nobles et les faciillés |)reniières sont séparées cl dis- > lincles des autres qui les servent? » On m'accuse < fri[]?norer la médecine : demandez lA-dessus l'avis des u Londuiiais (|ui me sollicitent tous les jours de rcvca nir parmi eux : (lemaiulcz-le aux inallieiireux qui Il encombrent mes ronsnllalioiis : mais, lors(jiie je soi(ifnc Cl les misérables, on m'accnse de ne |)as r(;inplir ma . cliar{}e de commissaire général des pauvres, et, lorsque « je cherche les moyens d'améliorer leur sort, on me il reproche de ne pas exercer la médecine. (Jue ré- " pondre à tant de mauvaise foi ; et où sont donc Il les véritables calomniateurs? "
En terminant cette vigoureuse réponse, Renaudot vante les remèdes chimiques, fait l'éloge de la Faculté de Montpellier, et, prophète sans le savoir, ajoute : • « Mon introduction des Gazettes en France, contre « lesquelles l'ignorance et l'orgueil, vos qualités insépa- « râbles, vous font user de plus de mespris, est une des « inventions de laquelle j'aurais plus sujet de me glori- ^i fier, si j'estois capable de quelque vanité outre ce qu'il -c en faut pour une juste défense. •
i Si l'Eschole ne paye son défenseur qu'à raison du .< service qu'il lui a rendu aujourd'hui, il n'a pas gagné ( les trente sois ' qu'elle lui conte quand il a ordonné à 'c ces pauvres qui vont le consulter, la saignée, le son et « le séné, son grand secret ordinaire, qui le font appel- « 1er le docteur des trois S.
Que répondre à cette argumentation serrée, nourrie
' chaque docteur assistant aux consultations f^raluites instituées par l'Hcole à l'instar de celles fondées par Renaudot, touchait, comme nous le verrons, une {vratiticalion de 30 sols par séance.
de faits précis et authentiques, siuon des injures? Ce fut Guy Patin qui se chargea de ce triste rôle. Il répondit par un petit libelle non sigué, mais qui ne trompa personne sur la personnalité de son auteur'. Voici ce qu'il disait, entre autres aménités, de Uenaudot et de ses collaborateurs : i< JNous voyons ces charlatans, soubz prétexte de la médecine, impunément voiler la bourse et bien •< souvent tuer les pauvres malades par leurs remèdes ; ce « qui est pis, c'est que la plupart de ces gens là meiucnt « urie vie débordée, fréquentent les bordels pour faire « gagner du mal aux uns et aux autres et s'acquérir de la
< pratique, et aux femmes et aux filles leur donner des
< poudres et breuvages abortifs pour vuider leurs ventres. Nous nous en sommes plains aux magistrats, mais
« nos remonstrances n'ont point été reçues. Il y a là -'• un repaire de brigands où le beau nez de Renaudot a it son aise... ^■>
Et, passant de l'injure à la menace, il ajoute : « De ;; sorte que, Renaudot, d'une salle de frippiers et d'usu- « riers voulant faire une synagogue de médecine dans V' l'Université, chacun des médecins de Paris a droit de « prendre la verge en main pour chasser ces médecins .' comi)agnons de frippiers et usuriers qui profanent et -' prostituent la beauté et charité de la médecine. Et, si « nous voulions user de notre authorité, nous envoye- >' rions nos escholiers casser tous les vaisseaux de ces -' alchimistes qui enseignent publiquement les remèdes
dangereux, comme fit Hésiode en la boutique d'un
■ Adveriissement à Th. ftenaudol, contenant les Mémoires pour juslificr les anciens droits el privilèges de la Faculté de médecine de Paris. In-4'', Paris, 1641, S. 1. n. d. Officiellement, à l'École, on crut le libelle écrit par Riolan ; mais si celui-ci en fut considéré comme le père, tout le monde sut bientôt qu'il avait été écrit par Guy Patin.
Tiiridi'iiii ASTr; [ifnai'dot. I7t
« policr (|iii prof'.iiioil les beaux v(3rs (|iril avoil romi posés sur l'oriîviiK; du mondo.
La réponse à I'i(ïn()l)lc pamplilcl de C.uy l'.iiiii ne se fil pas allendro : on Iravailla nuil cl jour au Iliircaii d'adresse pour imprimer la réfutation de loules ces calomnies, et, en (|iialre jours, un nouveau libelle était livré à la publicilé. i^a FacnKé n'avail Fail dislril)ii(!r son laetuin cpi'à ses amis, elle craiiynait inie répoiise, mais un exemplaire en avait été apporté à Henaudot (pii, .'i l'inverse de l'Kcole, répandit A profusion sa réliiialion.
C'est Mascimral, coinpafijnon imprimeur des plu ; rusés, qui, ayant lu le lil)ellc, l'a apporté an < maître du Bureau d'adresse ", raconte ce qu'il a vu chez celui-ci et fait parta{]?er au lecteur l'impression qu'il a rapportée de sa visite. Inutile de dire que Maschurat n'élail qu'un pseudonyme qui, du reste, n'avait la prélcnlion de tromper personne '.
" Monsieur mon camarade, — dit Maschurat à Guy « Padnqui autrefois avait été correcteur d'imprimerie, '< — je n'oublie pas comme vous mes amis du temps « passé, et, puisque de correcteur à imprimeur il n'y a " que la main, je vous porte cette santé : espérons, si . vous n'avez oublié à boire depuis que nous travaillions ■V ensemble chez le bonhomme Laquehais, maistrc impri- ; meur en cette ville, que vous me ferez plus de six " raisons avant qu'on en trouve une en votre livre.
« Et pource qu'ayant veu ce livre, je crcuz que vous -' ne l'aviez mis au jour que pour le faire voir à tout le " monde, puisque ce n'e^^t pas frapper un homme quand
' Remarques sur l'Avertissement (i 1/. T/t. Rcnaudot, portées à son autheur par Maschurat. Paris. 1641.
172 THÉOPHRASTE REiNAUDOT.
- il n'en sçait rien, je in'avis;iy d»- li- porter à ces con- ■ sultans charitables à qui il s'adresse : vray est que je >< fus un peu trompé à leur abord, .le leur estois allé '^ porter tout eschauffé, en bonne résolution de boire ■'■ avec eux, m'imap,inanl les devoir trouver comme vous .' les représentez, dans une cohue, " bcuvans et mfincjcans i> ensemble le cochon » .
•< Au lieu de quoy, ayant eu beaucoup de peine à ;' passer au travers de la foule des malados de toutes « sortes et heurté à la porte de la salle haute dudit sieur . Reuaudot où se font ces consultations charitables :
- après que celuy qui introduit les malades selon l'ordre .< du catalogue où ils sont inscrits à leur arrivée, me . prenant pour l'un d'eux, m'eust blasmé de n'avoir - pas eu la patience d'attendre mon ran^j, j'aperçus .- quinze médecins séparés eu trois tables, qui me « réjouirent d'abord, la table (estant comme vous sçau vez) le lieu où je me plais davantage; mais, quand, au .c lieu de la nappe et du cochon, je n'y vis que du papier ' et de l'encre : et qu'en l'une il y avoit des gens c|ui > parloieut grec et latin avec plus de respect qu'il n'en ;< faut quand on boit ensemble, aux deux autres des •c personnes qui inlerrogeoient les malades et escri- •' voient des ordonnances : alors je me repentis bien fort ' d'y eslre venu. Ce ne fut pas tout. Un de ces mes- .1 sieurs s'approchant de moy me fit tirer la langue. Làu dessus je reprens courage, estimant qu'il y avoit à « l'escart quelque bouteille de vin qui rafraichissoit, « dont je boirois ma part s'il me trouvoit la langue u sèche, croyant le Bureau d'adresse destiné à fournir ( les nécessitez d'un chascun : mais, me la voyant belle -' et fraische à mon ordinaire, je jugeai à sa mine que
TIII'IOI'MIUSTK MI'.NAUliOT 173
i< j'cslois en (l;iiij;(r d'oslre mis dehors par les rp-'iiilcs, i< s'il ne m'arrivoil pis.
Sur ce, Masclniral présente !i r.os doilciirs h; lilxlledc Guy l'alin, v.l il est (oui étonné, lui (pii N; eroyail rempli de hoinies raisons, de le voir reliilé avec la |)lns jjrandi,facilité par un des pins jenn<;s nu;dceins consullanlsr
1 Oui lut hien élonné, ee (ut voslre pauvre ami Mas- " churat , ([ui souspiroil à loules les lois (jue ce Jeune < médecin aehevoit de parler, et, eusse volontiers payé .< cliopiue, encore ce ne seroit guères à vous et à moy, >> et que vous eussiez esté derrière luy tandis qu'il acco- « modoit votre livre de la sorte, pour le seul plaisir " que j'eusse eu de voir les postures que vous eussiez " laites. »
Puis vient le sempiternel éloge de la Faculté rivale qui ne manque jamais d'exister daus les écrits de l'une et l'autre partie :
« Joint que l'Escliole de Montpellier estant la plus " ancienne comme la vérité l'est aussi, a suivi la pre- « mière la doctrine d'Hippocrale, de Galien et des « autres Grecs avec lesquels Monlpellier a eu plus de « conniierce que Paris à cause de la mer Médilerannée « (qui joignoit la Grèce à Montpellier avant que le port « sarraziu et !a ville de Maguelonne eussent été détruits ^< pour empcscher les invasions des Turcs), et par la « communication du négoce que ceux de Montpellier « eutretenoient avec les Grecs, taudis que la langue « grecque estoit tellement barbare et inconnue à Paris, v< qu'il se trouve encore des anciens textuaires imprimés ' en ladite ville de Paris il y a peu de siècles, où le « Grec est en blanc, et ces mots en quelques-uns : " Grœcum est non lecjUur. «
174 THÉOPHRASTE REiNAUDOT.
Il faut avouer (]iio, pour un simple compagnon imprimeur, Mascluirat connail assez bien l'histoire; puis il arrive à l'un des points les plus importants du débat : ' Si ' vous voulez être des nôtres, disaieut les docteurs de t Paris, demandez voire agrégation à notre corps sui- " vant les statuts. ;
>' Je ne veux point — répond Maschurat — m'arréter ' à vérifier les noms et dates de trois ou quatre agrégez " que vous dites avoir receuz en l'espace de cent
soixante ans : il y a plus de cinquante ans que vous < n'en avez agrégé aucun. «
Il est donc fort probable que Renaudot eût vu sa demande fort mal accueillie.
De plus, Guy Patin s'étant moqué des Gazettes, le brave compagnon lui répond toujours sur le môme ton :
it Ce confus écrivain, après avoir appelé confusion nos >< soins charitables, nous conte de grandes nouvelles ' quand il dit qu'il y a près de quarante ans qu'il a veu .< les Gazettes de Rome manuscrites. S'il avoit leu les ■<■ anciens ou vieux Romains, il y trouveroit bien les .< Gazettes plus vieilles que cela : car ils avoient Rela- > tiones, qui est la mesme chose : et César, dans ses .1 Commentaires, parle de la curiosité des François sur ■( ce sujet des nouvelles. Son impertinence n'est pas .< moindre quand il veut que le changement de nom .' change la nature de la chose. Il trouveroit cet employ '< honorable, comme il est, si l'on eust donné aux « Gazettes le nom d'Histoire, reconnaissant qu'il appar- " tient au médecin d'être historien, à l'exemple de .< Rigordus, médecin et historiographe du roy Philippe- .' Auguste. Il me fait souvenir d'une demoiselle que je .1 frouvay un jour grandement offensée contre un jeune
Tlir'idI'III! ASTK HI'NAIDOT. 1 7.'î
cliinirjyicii : ^ Solide/, nu; dil-cllc, (|ii(' ccl iiii|iiul(;[it m'a (lcmaii(l(; si ji; v()nl(»i.s <|u'il me |ililéln)l<)iiiasl. ■ Kl touicl'ois cll(^ présenta son hras au'«'-ilô( (jii'oti lui (loiiiaiifla si clic voiiloil csirc sai{pice. » « Vous (jui voulez la libcrli- pour vous, pour<iui)i ne la voulez-vous pas pour les aulres? Est-ce que nous vous imitons en défendant, ainsi que vous le faites aux cliirur{ïi('ns et aux pharmaciens qui veulent bien venir nous aider» d'exécuter dans leurs officines d'autres ordonnances que celles que uous prescrivons? » Et Maschurat termine, sans perdre coura(ye : 1 Ensuite de quoy celuy qui traçoit cette réplicjuc la « ferma par ce beau vers de Virgile par lequel la charité « l'encourageoit et par où il tesmoi{jnoit aussi de son « costé sa résolution à se bien défendre :
Tu ne ccdc inalis, sed i outra audcntior ito.
'< Voilà, mon amy, ce que l'on a respondu à vostre livre. C'est à vous déjuger si vous aurez beaucoup de goust à répoudre. Sur quoy, je vous diray, qu'estant, le 26 de ce mois de maxj, retourné en la maison dudit sieur Renaudot pour ra'enquérir soubz main de ce qui se passoit à votre préjudice : j'appris une bonne nouvelle pour vous et vc':'e Eschole. C'est qu'une personne de grande condition et qui a tout pouvoir sur luy, après avoir leu cette réplique et remarqué qu'elle avoit esté faite et imprimée en quatre jours, luy tesmoigna qu'il désirait qu'on n'escrivit plus à ce sujet de part ou d'autre. De sorte que, chacun connoissant quelle estime ledit sieur Renaudot fait de tout ce qui lui vient de cette part, selon ce que j'ay pu apprendre là-dedans, je vous puis jurer, foy de compagnon, que
.c VOUS ir;iiirez plus ricii de luy sur cette matière. » Nous savons déjà par le doyeu lui-niùine •■ que la .( personne de grande condition >-, le cardinal de Hichelieu, avait également imposé silence à l'École de médecine dont les injures devaient faire fort mauvaise mine à côté des bonnes raisons du gai compagnon Maschural. Du reste, Renuudot n'eul-il pas eu l'idée d'élever une Faculté rivale de celle de Paris dont l'esprit de routine annihilait tout progrès, que les docteurs de celle-ci l'y eussent presque certainement amené par leur morgue et leurs iiisultes.
Nous avons vu que deux tentatives de conciliation avaient été déjà faites par le fondateur de la Gazelle, et que toutes deux avaient échoué, malgré les efforts du doyen : sur les conseils de Richelieu, Renaudot en fit une troisième.
'- Le 14 juin, — nous apprennent les Commentaires-^ « — le doyen convoqua les docteurs aux comices solen- " nels pour déUbérer sur les propositions de Th. Rec naudot qui, presque repentant et cherchant, ainsi qu'il -< était visible, la grâce et l'amitié des docteurs de la " Faculté, et fortement recommandé par le cardinal, « demandait avec instance et en suppliant, que les doc- ;c teurs de l'Ecole voulussent bien l'honorer d'exercer la u médecine en sa compagnie et de consulter avec lui les « pauvres et les riches lorsque l'occasion s'en préseni terait.
« Renaudot, ajoute Guillaume du Val, avait formulé et " présenté au doyen, qui les avait revêtues de son sceau « etsoumisesà plusieurs docteurs, de grandes <:o/?i/?o5<7«on5
• Comm. manuscrits, t. XIIT, f, (16, y»
Tlir'iOl'Ili; ASTK II K.\ \in)OT. 177
« (jui (lovaiciil douiici* ciilirro salisCiclioii ;i l'Kcoic. > Maljjrô les Iciilalivcs de conciliation (\\i doyen, les comices répondirent à celle troisième demande d'aecommodalion : " Ou'il lUait impossible d'accorder il « Renaudot ce qu'il demandait : que, s'il avait d'autres '> propositions à faire, il eùl h les formuler, cl (pi'tdles •i seraient disculées par les comices qui seraient appelés 1 h donner leur avis à ce sujet. Le même jour, le Koi rendait l'arrcH suivant : ^( Louis, par la {jrâce de Dieu, [\oy de France et de >< Navarre, au premier des huissiers de noire conseil ou
< autre huissier ou sergent sur ce requis : te man- •i dons et commandons que l'arrest cy attaché souz le i contre-scel de notre chancellerie ce jourd'huy donné ' en nosire conseil, sur la requesle présentée en iceluy ' par Théophraste Renaudot, docteur en médecine et
n :)stre médecin ordinaire, commissaire général des
< pauvres du Royaume, maistre et intendant général des -' Bureaux d'adresse d'iccluy, tu signifies aux doyen et
- docteurs en médecine de la Faculté de Paris y dénom- " mez et autres qu'il appartiendra, à ce qu'ils n'en préi tendent cause d'ignorance ; leur fais de par nous
- délences de faire aucunes poursuites par devant le 1 prcvost de Paris et autres juges à rencontre des doc- .< leurs en médecine consultans avec ledit suppliant X pour les pauvres malades, au préjudice de la surséance « portée par nostre dit arrest : et pour son entière .< exécution dans les autres actes et exploits nécessaires, -' sans demander autre permission : car tel est notre plai- " sir '. Donné à Paris, le quatorzième jour de juin, l'an
' On remarquera que cet arrêt, émané du Roi lui-même, était la plus haute expression de la volonté du souverain.
178 THÉOPIIRASTE IlENAUDOT.
« de grâce mil six cens quiiranle cl un, et de nostre « règne le Irenle-deuxiènie. Signé : pour le Hoy en son « conseil, Faijct, el scellé du grand sceau de cire jaune. >'
Devaul celle hosliliié conslaule de TÉcole qui ne voulait entendre parler d'aucune transaction, Renaudot résolut désormais d'aller jusqu'au bout du procès pendant el d'user des bonnes dispositions du Uoi à son égard. Le lendemain, 15 juin, il fil signifier cet arrêt qui lui assurait le gain de sa cause, « par IV^ Gériu, sergent ;i à verge au Chastelet, au doyen el docteurs de l'Eschole « de Paris aussi dénommez, en parlant pour eux tous au -i domicile de ]\r Guillaume du Val, doyen de ladite « Escholc, et à André Hyver, son serviteur domestique ».
Au reçu de celte signification, portant rétention de la cause devant le conseil du Roi, la Faculté, réunie le 26 juin, fut forcée do s'incliner et décida que : « puis- ;< qu'on ne pouvait faire autrement, on déférerait le " procès pendant contre Renaudot et les médicastres >' gazetiers devant le susdit Conseil royal. — A tout « hasard, elle invitait le doyen à aller saluer le chance- (1 lier et à remettre la cause entre ses mains équitables, « ce que fit celui-ci accompagné de M'» Chartier, Héliot, « Merlet et autres '. "
Ces démarches intéressées n'eurent, du reste, aucun résultat satisfaisant pour la Faculté : Richelieu était trop puissant dans le Conseil pour qu'aucune influence piity contre-balaucer la sienne; aussi ce dernier rendait-il, le 14 juillet, un arrêt qui condamnait l'Ecole sur tous les points et consacrait ainsi l'œuvre de Renaudot.
On comprend avec quelle joie celle sentence dut être
' Comm. manuscrils. t. Mil, f. llC ^".
TIIKOI'IIII ASTK HliNAIliflT. 1 7ïi
ac('ii(ïilli(' ;m Hiirc.iii (r.Klrc.ssi; : c'cl.iil r.iiiroiMMlii trioiii- |)licd(' 1.1 iiouv('ll(! Kcolc!, ol, |)()ur que lous ceux (|ui s'iriléressjiicnl ;iux consulliilions charitables el aulres dépendaiices du Bureau, coiinusscul les péripélies fin procès et son heureuse lerniiiiaison, lîcnaudol réuni! les divers arr(^ls ()i)leuus dans un pclil l'acluin qu'il Hl partout distribuer et qui se terminait par une nouvelle invitation aux malades de venir à ses consultations :
« Or, pour rendre celle reuillc autant utile au public >' et à chacun en particulier, comme les autres (qui par- « lent de nouvelles souvent plus éloignées, mais tous les '< jours moins nécessaircsj contentent sa curiosité, vous -; serez avertis que tous malades sont receus céans à " venir ou envoyer consulter leurs maladies, les mardis >< de chaque semaine, depuis les deux heures après midy ' jusqucs à six heures du soir, et qu'ils y trouvent nom- " bre suffisant de docteurs en médecine, maistres chirur- « giensctapolhi(iuaires,pour départir charitablement le '^ conseil, les opérations et les médicameus aux pauvres .< malades, el le conseil tant seulement à ceux qui n'au- " ront pas besoin d'autre assistance. Comme aussi ceux c; qui, ne s'y pouvant transporter, y envoyeront, soit >< aux heures et jours susdits, soit à toutes les autres « heures de la semaine, y trouveront quelques-uns de c ce nombre qui les iront visiter jusques chez eux.
« Charité qui doit enflammer les cœurs d un chacun à « prier Dieu d'un zèle ardent pour la prospérité des -t armes du Roy, et donner un avant-goust des biens que « Dieu réserve à la France quand elles luy auront donné « la paix : puis que, dans le trouble et la confusion qui " accompagne ordinairement la guerre et parmi laquelle, « selon le dire ancien, les lois ne sont pas escouiées, la
« piété du Roy et de ses ministres n'oublie pas le soin « des sujets de Sa Majesté plus pauvres et incommodez, « mesmcs en la plus pressante de leurs nécessitez (\m est « la maladie '.
Après ses tentatives de conciliation sans cesse repoussées par l'École, Renaudot, qui avait gagné son procès, pensa qu'il n'avait plus de concessions à faire et qu'il pouvait aller directement au but qu'il se proposait. Le décret royal autorisait implicitement les médecins étrangers, SCS collègues, à exercer la médecine à Paris; dès lors, certain de ne pas se voir privé du corps enseignant qu'il s'exerçait depuis longtemps à former, il se mit en instance auprès du Roi pour obtenir un terrain sur lequel s'élèverait l'Hôtel des consultations charitables Et d'avance il était sûr que les élèves ne lui manqueraient pas. « La maison du Grand-Coq, dft M. Raynaud, dont les « consultations gratuites attiraient une grande affluence " de malades, était rapidement devenue un lieu de ren- •i contre et d'étude où les écoliers venaient furtivement .< et à l'insu de leurs maîtres ajouter la pratique à la < théorie... Certes, il fallait que Renaudot eût de merveilleuses et bien diverses ressources d'esprit pour ■i unir ainsi dans ses occupations de chaque jour les fonc- " tions et les succès d'un professeur de clinique aux trait vaux d'un publiciste et d'un économiste éminent pour -< l'époque. Aussi fit-il des élèves. Le goût des études chi- ( miques se répandit parmi ces jeunes gens, à l'instruc- •' tion desquels il concourait si efficacement, mettant ■■i entre leurs mains tous les moyens de satisfaire ce goût « qu'il leur inspirait par ses leçons -
' Du Bureau d'adresse, le 25 juillet 1641. Avec privilège. - Maurice Raynaud, les Médecins au temps de Molière, p. 251.
TU/; 01' III! asti; ilK.NAI.liflT, IHl
L'jinnéc Kill s'acheva sur ces ciilrcrailes, le triomphe de l?('ii;iii(l()(, s'.iccculiKinl de plus en [)Ius, devant l'S espérances, (|iii arrivaient à ré;ilisaiii)n, d'obtenir l.i eonccssion demandée pour la couslrnction de rfloiel des consulta lions eliarilables.
I.a Faenllé, eu présence du coup (jui la Crappail, él;iil »m nionienl resiée inlcrdile, mais elle ne larda pas à repr( iidre eourai^c, cl à la demande de son ennemi Iriomplianl, elle()ppos;nl, le 1" lévrier I(i42, une nouvelle requc.sle dans larpielle elle demand.iif encore l'abolition de (ous les privilèges accordés au çazclier.
En temps ordinaire cl devant l'arrêt Formel du conseil privé elle se lïU. tenue coite; mais Hiclielieu veuail de quitter Paris, et elle espérait peut-être obtenir gain de cause en son absence. En tout cas elle n'avait rien perdu en agissant ainsi, et elle devait tout tenter pour siuvegarder son existence sérieusement menacée. Richelieu, en effet, avait laissé Paris pour accompagner dans le Midi Louis Xlil qui allait conquérir la Cerdagne et le Roussilloa : mais, de près comme de loin, il veillait sur Renaudot, pour lequel il avait la plus vive affection Du reste, pour prouver tout l'intérêt qu'il portait au père, il s'était adjoint, comme médecin ordinaire, son fils Eusèbe, qu'il avait emmené avec lui faire campagne.
Eusèbc, de même que son frère Isaac, était licencié dequis deux ans, mais, bien qu'en droit d'exercer de par son diplôme même de licencié, il désirait vivement « gagner le bonnet doctoral '•. Généralement, les candidats au doctorat se présentaient suivant le rang dau'^ lequel ils avaient été reçus licenciés, de sorte qu'obtenir le premier lieu à la licence, c'est-à-dire la première place, était un honneur d'autant plus recherché qu'il permettait de se
182 THÉOPHRASTE REISALDOT.
faire plus vile recevoir docteur. Lorsque le postulant ne se présentait pas suivant son rang de réception, il était obIi{;é d'attendre, pour se présenter à nouveau, que tous les autres licenciés de sa promotion eussent passé leurs examens probatoires de doctorat. 11 est plus que certain que, dans la circonstance, la Faculté, si Eusèbe ne se fiU pas présenté à sou tour, n'eût fait aucune concession au fils de son ennemi. Or, les licenciés de sa promotion se faisaient, en ce moment, recevoir docteurs : il était donc urgent d'aviser. C'est pourquoi Richelieu, intervenant directement, écrivait, le 13 mars 1642, la lettre suivante au doyen Guillaume du Val ' :
>t A Monsieiir,
•t Monsieur du Val, doyen de la Faculté de médecine, '< à Paris.
« Monsieur, le sieur Renaudot, médecin de vostrc Faculté, n'ayant peu recevoir le bonnet avant que partir '< de Paris, quelque diligence qu'il ayt apportée à cette ' fin, je vous fais cette lettre pour vous prier de tenir la
< main à ce que suivant l'ordre de vos statuts, qui ne veu- ' lent pas que l'on perde le rang de sa licence lorsque ' l'on est employé pour le service du Roy, comme il est
< dans un volage, le lieu luy soit conservé, laissant passer « ceux qui sont après luy sans préjudice an lieu qu'il a ' devant eux. Le pouvoir que vous avez sur vostre com-
< pagnie, à laquelle vous communiquerez s'il vous plaist ■ celte lettre, et la confiance quej'ay en vous et en ceux
< qui la composent, me font croire que vous ne desnierez
< pas à celuy pour qui je vous escrits l'effect qu'il attend
' Comm. mcnuscrits, t. XIII, f. 136.
Tlll'.dl'lll! AST M 11 HiNAIIiliT. 183
« de vous, |)iiis(iiril vsl Ibiirlr eu juslicc cl cri la rccumic mandalioii d'une personne ([ui sera Irop aise de vous >i l(5nioi(ïner à tous qu'elle csl, « Monsieur,
« Voire plus aH'cclionné à vous servir, '< l.e cardinal dk niciiELiEu.
< irA(ïde, ce 1:5 mars 1042'. ::
(Juiilaunie du Val, nous le savons, lout en sauvejîardani les intérêts de rÉcolc dont il élait le chef, était favorable à iîenaudof, ainsi que celui-ci lui-ni(^me s'était déjà plu ù le constater -. il réunit les comices cl leur donna lecture de la lettre du cardinal. Le seul désir exprimé par Riclielieu, plus encore que les raisons sur lesquelles celui-ci s'appuyait et qui étaient des meilleures, parut valable à l'assemblée, qui résolut ' d'obtempérer à u sa demande et de le remercier pour les bonnes paroles « y contenues, par la plume du doyen, qui s'empressa de I s'acquitter de la commission qui lui était confiée* •'. Du reste, il est certain qu'en agissant ainsi, les docteurs avaient, ce que la suite démontrera, une arrière-pensée. Eusèbe pouvait ne pas revenir de la campagne, et, en outre, il serait toujours temps de faire pièce à la redoutable Kminence lors de son retour à Paris. Mais Isaac Renaudot, qui avait été reçu en même temps que son frère, était resté dans la capitale, et la Faculté n'ignorait pas qu'il avait l'intention de - supplier pour les vespérics «, sorte d'acte préparatoire au doctorat, consistant surtout en un discours fort élogicux pour l'Écle (;ui daignait recevoir le candidat. Puisqu'on avait accordé un semblant
' r.ulre parenthèse - (>!. du Val — de la main dudit Seif^neur.) • ^ Comm. manitscrils. t. MU, f. 136.
18Î THÉOPHIUSTE RENAUDOT.
de passe-droit à Eusôhc, il n'y avail aucune raison pour refuser Isaac qui était présent et qui ne demandait aucune concession. La Faculté était fort perplexe : une circonstance inattendue, beaucoup plus (ju'iuespérée, allait la tirer d'embarras, ou tout au m )iiis lui permettre d'espérer ou de différer.
Richelieu, dont les forces s'étaient usées dans un travail surhumain, et qui persistait néanmoins à rester sur la brèche et à faire campagne, venait de tomber gravement malade. A la suite de circonstances encore mal connues, de nombreux abcès, accompagnés de phénomènes généreux graves, s'étaient déclarés au bras droit. Citoys, qui avait accompagné son illustre client, fut justement effrayé par la gravité de ces symptômes, et résolut de demander une consultation aux docteurs de la Faculté de médecine de Paris. Le 27 avril 1G42, il écrivit au doyen ' pour le prier de vouloir bien examiner le cas, et lui « transmettre son avis éclairé, ainsi que celui de ses illus- ;< très collègues, sur la gravité de l'affection et sur le ^ traitement qu'il croyait favorable à la guérison », Le doyen et les docteurs réunis se rendirent à ce désir exprimé par le premier médecin de Richelieu, et, de même que lui, émirent un avis défavorable. Il y en eut même qui avancèrent que le cardinal mourrait >< à la mauvaise lune de -: novembre «^etle doyen, qui inscrivit celte consultation sur son registre', ajouta en marge -. < pronostic fatal " [prava procjnosis) . Il est triste de dire que la lettre de Citoys remplit de joie toute l'Ecole.
Cependant, le cardinal n'était pas encore mort, et l'époque des vespéries approchait. Ce dial)le d'homme avait
' Comin. manuscrits, t. XFII, f, 136.
TIlftfllMIll ASTM IirNAi:[inT. 18-5
si souvcril prouve «iii'il .'iv.iil l;i r.mciiiM; ffii.irc, <\ni\ él.iil ccrl.iiii (jikî.s'iI jpicris.s.iil, il n'cOl ccrl.iiiicmcnl pas p.'irdoiirié .'i la Faculté, cl h plus forle raison dans la rirconslance, d'avoir escomplé son Ircpas. Il fallait se liTilcr, car, le 3 aoiU, < on suppliait > pour <^lrc admis h subir l'examen. Le prélexlc; d'un ajournement lut vile trouvé.
Le (7 mai, M" Fltiyo (;liasles vint se plaindre aux coniices ordinaires du samedi d'avoir été insnilé par jx-iac llenaudol. l'ont de suiie, on décréta : ■ qu'on dilTérerail -I les vespcries cl le doctorat de celui-ci, jusqu'à ce qu'i! se .< l'iU disculpé. Mais que, comme cependant — retenons " cela — il n'était pas encore très-bien établi que M'Hufyo « Ciiasles eût été insulté, on déférerait la chose aux < ffrands comices. >
Trois jours plus tard, les docteurs réunis décrétaient de nouveau, après en avoir délil)éré : « I\l' Isaac Renaudot >< ne sera pas admis aux vespéries et au doctorat, en pu- ^i nilion des injures qu'il a faites h M' Hujjo Chasies et à « la Faculti', ainsi que ce docteur l'a prouvé par la lecture 1 d'un libelle offert aux membres du Parlement par ce « même Renaudot, à moins de désavouer ses injures et " de détester par un acte public la Gazette et le métier ' odieux que fait son père, le calomniateur de la très- « célèbre Facu,llé de Paris. >> Qu'avait donc écrit Isaac? Le jour même, 17 mai, où avait été rendu l'arrêt par lequel la Faculté différait ses vespéries et son doctoral, il avait, aussitôt après la signification que lui avait faite de l'arrêt le bedeau de l'École, adressé au Parlement une supplique dans laquelle il demandait : qu'on ne l'excluàt pas du droit que chacun possédait de passer ses examens devant l'Ecole de médecine. Et c'était sur ce libelle, postérieur aux injures soi-disant reçues, que s'appuyait
18G THÉOPHRASTE RKNAUDOT.
M' Hugo Cliasles pour prouver l'insolence d'Iseac à son égard. Et la Faculté, tout heureuse, se payait en semblable monnaie : il faut avouer qu'elle eiU pu mieux choisir son prétexte.
Du reste, ù la môme époque, un nouveau procès s'engageait entre Théophraste Renaudot et l'Ecole, ou plutôt entre Renaudoi et Guy Patin, dont nous allons voir l'inimitié contre le Gazetier se dessiner de plus en plus.
René Moreau, le même qui avait écrit la Défense de la Faculté de Paris contre son calomniateur, venait de publier une nouvelle édition des œuvres de Sennert, auteur galéuiste fort eslimé par l'Ecole. En tête de cette édition se trouvait une préface non signée, dans laquelle Moreau était félicité d'avoir fait l'apologie de la Faculté contre son « fripon et polisson {nehulo et blatero) de calomniateur ». Il était difficile de désigner plus clairement Uenaudot, si l'on s'en rapportait aux termes ordinaires dont les docteurs usaient à son égard.
Celui-ci, qui avait gagné devant le conseil du Roi le procès que l'École lui avait intenté, et qui, en outre, était assuré de l'appui du cardinal, eut le tort de ne pas mépriser ces injures, qui, du reste, ne lui étaient pas adressées pour la première fois. L'article injurieux n'étant pas signé, il voulut faire un procès aux éditeurs du livre : ceux-ci, devant ses réclamations, répondirent que : vu leur ignorance du latin, il était impossible qu'ils eussent écrit la préface incriminée, et que, d'ailleurs, l'auteur de celle-ci n'était autre que Guy Patin, Aussitôt, Renaudot cita celui-ci en justice, devant M. d'Aulnay, maître des requêtes. Guy Patin ne fit aucune difficulté pour avouer qu'il était bien l'auteur de l'écrit, mais, avec sa franchise habituelle, il déclara (jue les expressions
TIIKOI'IIIÎ ASTK liKNAIIiOT. 187
de nehiilo vl de h/alero ircl.iieiil p.'is dirijjrcs contre le Gazclicr, mais Uwu coiilre (iiiy de l.i Hrosse, • iiiédocin « cin|)iri(|iic (jui dans son livre r/fi /'/«;t^/.$ avait proféré les ' iDJures les plus airoccs coiiln; la Irès-célèbrc Facullé u de médecine de l*ans ■ >. i.a vérilé est que le malheureux (iiiy de la lirosse, naliiralisle lrès-di.slin{;ué, «'"lait coupable d'avoir dolé l'Klal cl Coudé de ses propres deniers et mal{',ré l'Kcolc le .Jardin dcsplaulcs actuel. Toutefois, counne il venait de mourir, après avoir refusé de se faire sai^yner, ce qui était un crime encore bien plus épouvantable, Guy Palin était h peu près certain de l'impunité. Devant ces explicalions, qui, comme ou le voit, ne brillaient pas précisément par leur franchise, l'accusé ne se gênant pas de dire dans rinlimilé qu'il avait visé le Gazclicr, le juge renvoya les parties dos à dos, après avoir déboulé Renaudot de sa demande. Mais celui-ci avait à cœur de se venger : il alla trouver la fdle de Guy de la Brosse, et, s'uuissant à elle, assigna Guy Patin en diffamalion aux Rcqucslcs de llwslcl, le 14 août 1641.
Cette querelle intéressait beaucoup de personnes : elle avait foit du bruit : on se rendit en foule au tribunal. Guy Patin se chargea lui-même de plaider sa cause qu'il gagna par sa verve caustique en mettant les rieurs de son côté. Après avoir dit que nchulo et hlatcro n'étaient pas des paroles injurieuses, — ce que les juges pouvaient à la rigueur considérer comme des excuses, — < il railla '' Renaudot sur sou agréable figure, sur son nez camus, « sur sou visage troué par la petite vérole, Tappela stru- -' meux au nez plat et autres facéties- -, lesquelles firent
' Coinm. manuscrits, t. XIII, f. lil-142. •■' fbid.
188 THËOPHUASTE RENAUDOT.
beaucoup rire Taudiloire Louise de la Brosse et Ucnaudot fureut mis « hors de cour et procez > .
Eu sortant du tribuual, ce dernier fut abordé par son lcrril)le adversaire qui lui dit : - Monsieur, vous avez « ffagné en perdant. — Comment donc? répliqua Renau- -' dot. — C'est, répondit Guy Patin, que vous étiez camus .' lorsque vous estes entré au palais, mais vous en sortez ' avec un pied de nez'. »
La Faculté vota des félicitations à son docteur, qui, tout fier de sa victoire, écrivait encore un an après- : i Pour a le Gazetier, jamais son nez ne fust accomodé comme .< je l'ai accomodé le 14 d'aoust de l'an passé aux requestes -c de rhostel en présence de quatre mille personnes. Ce .! qui n'en fasche, c'est que habct fronlem mevclricis, ncscit « erubescere. On n'a jamais vu une application aussi heu- •< reuse que celle de saint Jérôme : cpislola 100 ad Bona- : sium, contre ce nchulo et blatero; car, voilà les deux ( mots dont il me fit procès, qui est néanmoins une qua- ' lité qu'il s'est acquise par arrest solennellement donné i en audience. Jen'avois rien écrit de mon plaidoyer et t parlai sur-le-champ par cœur près de sept quarts ^ d'heure; j'avois commencé à le réduire par escrit, mais -< tant d'autres empeschements sont intervenus que j'ai « élé obligé de l'abandonner. Je n'en ai que trois pages ;< d'écrites, et il y en aura plus de quinze. Pouri'épistre, .< qui est au commencement du Senncrtus, je vous en ' enverrai à part; je l'ai faite imprimer in-quarto pour « en donner à une infinité de gens qui m'en deman- « doient. »
Quant à la malheureuse Louise de la Brosse, on eiU
' L'Esprit de Guy Patin Amsterdam, 1713. Avis au lecleur. - Lettre LXVIII, 12 août 16i3. Kdit. Réveillé-Parise.
TllfiOl'IlRASTK RKNAin)OT. IKy
pu penser <jir;iccal»l('!(î [)ar la douIcMir, clic vrrrail celle-ci loul au iiioiiis respeeléc |)ar l'irascible docleur; il n'en liil rien, el on appiéciera à sa jusie valeur l'oraison (iinCîhre (pie (iuy l'alin fil du |)auvre naliiralish; (h'-ciWié : i Le diable le s()i};'n<;ra en l'autre inonde comme mé- ' rite un fourbe, un alliée, un imposteur, un bourreau « public Ici (pi'il csloil; ipii niesiiie en mourant n'a eu ! non plus de sentiment de Dieu qu'un pourceau duquel 'i il imiloit la vie et s'en donnoit le nom '. «
Le procès du père une fois vidé, restait la supplique du fils au Parlement.
Ou se souvient, en effet, qu'Isaacs'étant vu de nouveau fermer par un prétexte les portes de l'École, avait aussitôt (17 mai) adressé au Parlement une supplique dont s'était beaucoup servi M' Hugo Cliasles pour se tirer d'embarras à propos de l'accusation qu'il avait formulée contre le fils de Ronaudot, qui, dans cette supplique, demandait aux sénateurs de ne pas le laisser exclure du droit que chacun possédait de passer ses examens à l'École de médecine.
Les choses menaçaient de tourner mal pour la Faculté. Les rodomontades de Guy Patin, qu'on ne pouvait condamner, vu SCS dénégations, alors qu'on le savait coupable, et l'insigne mauvaise foi des docteurs qui, à chaque grade, exigeaient une renonciation en règle des fils Renaudot à l'œuvre paternelle, avaient indisposé le Parlement, qui n'allait pas tarder à rendre un jugement dont la teneur avait déjà transpiré. Et pourtant, ce tribunal était tout dévoué aux intérêts de l'Université.
L'École voulut encore pay-er d'audace. Le 30 août, on
' Lettres de Guy Patin, édit. Réveillé-Parise, t. I, p. 82
190 THÉOIMIRASTE REi\AUDOT.
« suppliait pour les vespéries ■. Ce même jour, les docteurs a^;selllblés décrétèrent de nouveau :
'< Ou'on n'admellrait pas IsaacUenaudot aux vespéries. .< à moins (|ue leParlemenl ne l'ordonuAt paruu sénatus- « consulte qu'on attendrait, et auquel on n'obéirait que « lorsqu'il aurait été porté et signifié;
Ou'on irait rendre visite à M' MoIé, premier prési- " dent, et qu'on lui demanderait, en lui portant les coui. clusions de la Faculté : que, si les Frères Renaudot, Isaac « et Eusèbe, devaient être admis sur le vouloir etpardé- « cret du Parlement très-auguste, celui-ci voukU bien ;' ordonner aux deux frères, logiques avec eux-mêmes, >' de renouveler, avant les vespéries et le doctorat, le u serment qu'ils avaient fait quelques an nées auparavant : " de renoncer à la gazette et au métier paternel, et de " transcrire cette renonciation par-devant notaire'. -•
Le mardi 2 septembre, à sept heures du matin, le doyen, accompagné de MM°» René Chartier= et Hugo Chasies, se rendit au Parlement. Après avoir causé pendant quelque temps avec plusieurs des sénateurs les mieux disposés pour la Faculté, le doyen et ses compagnons n'eurent aucune illusion sur la teneur de la sentence qui allait être rendue. Ils firent dès lors tous leurs efforts pour obtenir que l'École ne fût p-ds forcée de recevoir les candidats, mais qu'elle put les admettre librement et sponte sua. Mais M" Mole avait des ordres précis à ce sujet, il ne le cacha pas au doyen : il l'engagea à
' Comm. manuscrits, t. XIII, f 141
- « Payé 12 livres à René Chartier, appelé chez M. de la Bauve, conseiller du Roy et membre du Parlement, et envoyé plusieurs fois auprès de celui-ci à propos d'isaacet d'Eusèbe Renaudol, avec le doyen, ce qui lui fit perdre beaucoup de temps. Cy... 12 livres.- (Comm. matmscriis, t. Mil. f. 153 (Comptes du doyen).
Tiif'Mii'iiiiASTi': lt^;^A(;ll(^r. loi
arr.'iiij'jCrU's rlioscs pour l<; iiiiciix ;iv<;c les (il> riOiLiiidol ; Ciir l*lu.s(V,)e ii'iilliiil |);i.s lardera revenir, le cardiii.il élaiil en roule pour I^aris.
(Juillaumc du Val remercia IMalliieu Mole, cl, de retour }\ l'Keole, fil son rapporl aux comices {généraux (|ui se Icnaiciil le jour hh^iiic. Il (il comprendre aux docleurs assemblés (pie loiili; résistance étail impossible; que, du reste, Parrivce du cardinal était imuiiiicnte, et que le mieux à faire étail d'en venir à une bonne composition, que certainement les fils de leur ennemi ne rcfnscraiint pas.
L'assemblée ne l"ul([u'à moitié convaincue; elle déclara qu'évidemment il fallait obéir au Parlement, et vota des rcmerciments au président de ce tribunal; mais en môme temps, elle décréta qu'elle n'admet Irait dans son sein les deux IVèrcs ([ue lorsque ceux-ci auraient renouvelé leur promesse de ne jamais exercer le métier paternel, he plus, elle exip;cail d'eux qu'ils /^//«iAcn^ la Faculté et demandassent aux docteurs du premier ordre, > jujjes « suprêmes très-intègres et très-équitables ». de vouloir bien les ad.nettre, ' mcmc le sénnlus-consutlc une fois rendu >■ .
Le Parleuïent n'attendait que le résultat de cetto délibération pour se prononcer. Ouatre jours plus lard, G septembre 1642, il rendait l'arrêt suivant :
« Entre Messieurs Isaac et Eiisèbe Reuaudot licenciés, " et notaires, demandeurs d'une part; et W Guillaume ■' du Val , doyen de la Faculté de médecine , René .' Chartier, censeur de la dicte Faculté, Pierre Bourdelol, V- Esticnne Le Gagneur, défendeurs d'autre part;
« Yeu par la Cour et notaires :
-' Dict a esté que la Cour ordonne que dans quinzaine
192 THEOPHRASTE RENALDOT.
: le bonnet de docteur sera donné aux demandeurs eu la niîinière accoustumée par les docteurs de la dicte Faculté, qui soûl eu ordre de ce faire, siuuu et à faulte ' de ce faire, ledict temps passé, ce présent arrest leur ' servira de liltre doctoral, et, ce faisant, procéderont les ' dicts Bourdelot et le Gagneur en toutes assemblées pu- .. bliqucs et particulières sans despens. ' Prononcé ce sixième septembre 1642.
' Signé : GuYET.
; Signifié le 9 septembre 1042 par Arnauld '. »
Cette sentence était attendue; aussi ne surprit-elle personne. Le 13 septembre, à dix heures du matin, le doyen d'une voix forte < lut la formule > devant les docteurs réunis. Ceux-ci, mis dans l'impossibilité de résister, usèrent encore d'un stratagème. L'arrêt disait : que les fils Reuaudot seraient reçus en la manière accoutumée, ou qu'à faute de ce faire, après quinzaine écoulée, le présent arrêt leur servirait lui-même de titre doctoral. L'assemblée décréta malicieusement : < qu'il fallait s'en « tenir au sénatus-consulte lui-même, lui obéir en tout, .1 et reconnaître Isaac et Eusèbc docteurs par la force ce même de ce sénatus-consulte. " De cette façon, la Faculté pouvait, si le bon vent soufflait à nouveau de son côté, refuser de recevoir et d'admettre aux séances publiques les deux protégés du Parlement, comme n'ayant sui»i aucun examen probatoire pour le doctorat, et n'ayant pas reçu, more solito , leur diplôme de la Faculté, qui n'avait été pour rien dans leur nomination. Or, SI Ton se rappelle le prouo.'îtic fatal porté sur la maladie
' Comm. manutcrils, t. XIII, f. lil, v".
TiirioriinASTi': I!^:^A(1I)0T. 193
de Hicliclieu, il élint possible que bieiilùl les lemps retlcviiissciil in(;ili(!urs pour racole.
IW'ii.'iiidol et ses criCjiiils ne liireril doue qu'à moitié satisCaiLs; ils prièrent lUciielieu, qui, toujours irès-sou(frant, était de retour h Paris, de s'interposer de nouveau. Ci'Ini-oi pensa (pi'il ne fallait pas brusquer la situation : il d6p(^clia vers le doyen, son premier médeein, Ciloys, qui, nous l'avons vu, était déjà intervenu une première fois. Guillaume du V;il s'entendit au mieux avec le médecin poitevin, et, aux eomiccs ordinaires du lundi 20 octobre ((542, il fil voler les résolutions suivantes :
" Le doyen, accompagné du censeur et de médecins i< choisis à cet effet, ira visiter et saluer l'éminent duc
< de Richelieu, le félicitera, lui promettra toute obéis- -< sance, l'assurera que l'Ecole se soumettra à tous ses c désirs, et que, vu les instances nouvelles de Citoys ' (qui avait vu le doyen, Séji^uin le maître antique', et '< Charlicr le censeur), elle admettra, more solito, les « deux frères Renaudot aux vespéries et au doctorat;
< mais qu'elle prie en grâce le cardinal de vouloir t bien imposer silence au malhonnête calomniateur de ;c la Faculté, leur père, et d'user de son autorité pour
< empêcher que ce gazetier ne lèse en rien les doc- » leurs de cette École si florissante , qui chantera les vi louanges de Son Eminence, si celle-ci veut bien ac- « cepter ces propositions ^ >
Profitant de ces bonnes dispositions, Richelieu s'empressa (23 octobre) de mander le doyen qui se rendit à son appel, accompagné de René Chartier censeur, Ga-
' Le maître antique {antiquiis magister) était le plus vieux docteur en date de nomination.
^ Comm. manuscrits, t. XIII, f. 142.
hricl Hardouiii de Saiut-Jacques, Rlauiice de Moiistreil et Jean B()ur(ïeois. Le cardinal répondit à Guillamne du Val qui lui faisait ses protestations de dévouement et qu'assistait Citoys, >< qu'il rendrait mille grûces à la Paie culte si elle voulait doctoritier Eusèlie llenaudot son « médecin clinique et domestique ; qu'il imposerait silence •t à Théophrastc llenaudot, — n'oublions pas que c'est . le doyen lui-même qui raconte l'entrevue, — et qu'il « deviendrait le protecteur et le vengeur de l'École de ic médecine ».
Le 27 octobre, à deux heures de l'après-midi, le doyen convoqua les docteurs pour leur rapporter les uaroles du cardinal, et ceux-ci décrétèrent qu'on « admeltrait les deux frères en grâce de Son Eminence ' ».
Cti furent les derniers actes du décanat de Guillaume du Val qui se retira le 8 novembre, et fut remplacé par Michel de la Vigne, un des adversaires les plus acharnés de llenaudot.
Pendant les deux années qu'il avait dirigé l'École, le doyen sortant s'était toujours efforcé de tempérer l'humeur batailleuse de ses collègues; nous savons que ses efforts^ avaient été vains, et que. si la paix semblait faite au moment où il quittait le fauteuil, la volonté de Richelieu avait plus fait pour elle que tous ses essais de
' La Faculté se donna la satisfaction de faire transcrire de nouveau l'acte de renonciation à la Gazette, ainsi qu'il appert des comptes de G. du Val (f. 153) :
" Pour deux transcriptions (on les appelle exprès) de l'acte de " renonciation à la Gazette de MM. L et E. Renaudot, d'après le texte u original fait devant notaires. ... 30 sous. »
2 Payé 60 livres au doyen lui-même, pour ses grandes peines et " travaux considéraljles dans tous les procès, surtout dans ceux de Renaudot... cy .. 60 livres. » (Comptes du doyen. Comm. manuscrits, t. XIII, f. 153.)
TilKOlMIlUSTK 11 KN A II 1)0 T. i'jr,
conrihalion. L'.imuu! ne s'écouhjra |);i.s du rcslo s.-iris que la ra(:ull(';,.iii iiirpris de toiilc parole donnée, ne re\ietine à nouveau sur ses décisions.
L'accord paraissant ré{yner, Isaac Cul enfin admis aux vcspéries, el, le 2 décembre, il soulcnait sa llièse sur le sujel suivant :
• An ù moi'sii ciiiii.s r;ilihli plilclidldiiiia .' -
- Doit-on saijjner pour la morsure d'un chien eu- " rajjé? " Il est (orL probable que le candidat n'avait vu que peu de cas de ce jyenre. Kn outre, lui demander s'il fallait saijjner, c'était lui tendre unpié{;e, puiscfue c'était en partie cette question bridante de la " phlébotomie » qui séparait son père de l'École. Il est certain qu'Isaac dut être fort embarrassé : nous verrous bientôt si ses réponses furent du goût de ses examinateurs.