LES EXEMPLES DES APÔTRES
pour les paroles du texte nous ferait renvoyer au X VI" siècle, à sa grosse orthodoxie, à sa théologie surannée. — Remarquez avec quelle révérence l’'Apôtre s'arrête sur les moindres expressions ; avec quelle attente confiante en la soumission de l'Eglise il y signale l'emploi de tel mot plutôt que de tel autre mot; avec quelle étude et quelle affection il en presse, jusqu'à la dernière goutte, chaque parole entre ses mains.
Entre tant d'exemples que nous en pourrions alléguer, tenons-nous-en, pour abréger, à la seule Epitre aux Hébreux.
Voyez au chapitre 11, au verset 8, comment, après avoir cité ces paroles : « Tu as mis toutes choses sous ses pieds, » l’auteur sacré argumente de l’autorité de ce mot toutes.
Voyez, au verset 11, comment, en citant le psaume XxI1, 1l argumente de ce mot, es freres, pour en conclure la nature humaine que devrait revêtir le Fils de Dieu.
Voyez, au chapitre x11, 27, comment, en citant le prophète Aggée, il argumente de l'emploi de ce mot: une fois. — « Encore une fois, »
Voyez, aux versets 5, 6, 7, 8 et 9, avec quelle étendue il argumente de ce mot, 10n fils, du 1° chapitre des Proverbes : « Mon fils, ne néglige pas la correction du Seigneur.»
130 PREUVE SCRIPTURAIRE.
Voyez, au chapitre x, comment, en citant le psaume XL, 1l argumente du mot, me voici, opposé au mot: «Tu n'as point voulu. »
Voyez, au chapitre vri1, 8 à 13, comment, en citant Jérémie, XXx1, 31, 1l argumente du mot ouvelle.
Voyez, au chapitre 111, 7 à 19, et 1v, 2 à 11, avec quelle instance, en citant le psaume X€v, il argumente du mot « aujourd’hu, » du motc« ja jure,» et surtout du mot « »m0n repos,» commenté par cet autre mot de la Genèse : « Et Dieu se reposa le septième jour. »
Voyez, aux versets 2, 3, 4, 5 et 6, comment il argumente de ces mots de serviteur et de ma matson, empruntés du livre des Nombres : « Mon serviteur Moïse, qui est fidèle en toute ma mai- SON. »
Voyez surtout, au chapitre vix, l'usage qu’il fait successivement de tous les mots du psaume €x ; observez comment il en reprend chaque expression, l'une après l’autre, pour en déduire les plus hautes doctrines : — « L’Eternel l’a juré; » — « l’a juré par lui-même ; » — « tu es sacrificateur ;» — «tu l'es éternellement :; » — « tu l’es selon l’ordre de Melchisédec ; » — « de Melchisédec, roi de Sédee ; » — « et de Melchisédee, roi de Salem. » — L'exposition des doctrines contenues dans chacun de ces mots
LES EXEMPLES DES APÔTRES. 151 remplira trois chapitres , le ve, le vie, le vire, Mais je m'arrête ici. Est-il possible de ne pas conclure de tels exemples que, pour l’apôtre saint Paul, les Ecritures étaient inspirées de Dieu jusque dans leurs moindres expressions ? — Que chacun de nous se range donc à l’école de cet homme « à qui l'intelligence du mystère du Christ avait été donnée par l’Esprit de Dieu, comme à un saint Apôtre et Prophète:. » Il faut nécessairement, ou letentr pour un enthousiaste, et rejeter en sa personne les témoignages de la sainte Bible, ou recevoir, avee lui, la doctrine précieuse et féconde de la pleine inspiration des Ecritures.
O vous qui lirez ces lignes, à quelle école irezvous done vous asseoir? à celle des Apôtres ou à celle des docteurs de ce siècle? « Si quelqu'un retranche quelque chose de la parole de ce livre (je l'atteste , dit saint Jean }), Dieu retranchera sa part du livre de la vie, de la ville sainte et des choses qui sont écrites dans ce livre ?.
. Mais encore, laissons là les Apôtres, tout prophètes qu'ils sont, envoyés de Dieu pour établir son royaume, colonnes de l'Église, bouches du Saint-Esprit, ambassadeurs de Jésus-Christ ; laissons-les, pour le moment, comme s'ils étaient trop enveloppés encore dans leurs traditions juives et
(1) Eph. , 111, 4, 5.—(2) Apoc., xxur, 18, 19.
dans leurs préjugés rustiques ; allons au Maître. Demandons-lui ce qu'ont été pour lui les Ecritures. C’est ici la grande question. Les témoignages que nous venons de citer sont péremptoires, sans doute ; et le dogme d’une pleine et entière théopneustie est aussi clairement enseigné dans l’Ecriture que peut l'être la résurrection des morts ; cela seul devrait nous suffire ; mais, nous l’avouerons encore cependant, voici un argument qui, pour nous, rend tous les autres superflus : — Comment Jésus-Christ citait-il la sainte Bible? qu’a-t-i1l pensé de la lettre des Ecritures ? quel usage en a-t-il fait, lui qui en est l’objet et l’inspirateur, le commencement et la fin, le premier et le dernier’ lui, dont l'Esprit saint animait, dit saint Pierre, tous les Prophètes de l’Ancien-Testament (2 Pierre, 1, 22)° lui qui était au ciel dans le sein du Père, en même temps qu’on le voyait ici-bas, conversant parmi nous, et prêchant l'évangile aux pauvres? — Parmi les défenseurs les plus ardents de leur inspiration verbale, nous ne connaissons aucun homme qui se soit jamais exprimé avec plus de respect pour l'autorité toute divine et la pérennité de leurs moindres expressions, que ne l’a fait l’'Homme-Jésus. Et nous ne craignons pas de dire que, si quelque écrivain moderne venait à citer la Bible, à la manière de Jésus-Christ, pour en déduire quelque dogme, il faudrait aussitôt qu’on le
LES EXEMPLES DE JÉSUS-CHRIST. 133 rangeât parmi les partisans les plus exaltés de la doctriné que nous défendons. — On me demande : Que pensez-vous des saintes Lettres? Je réponds : Qu’en la pensé mon Maître ? comment les a-t-il citées? quel usage en a-t-il fait ? qu’en étaient pour lui les moindres parties ?
Oh! parle-leur toi-même, Sagesse éternelle, Verbe incréé, Juge des juges! er, pendant que nous allons leur redire ici les déclarations de ta bouche, montre-leur cette majesté dans laquelle t’apparaissaient les Ecritures, cette perfection que tu leur reconnaissals, cette pérennité, surtout, que Lu as assignée à leur moindre iota, et qui les fera survivre encore à l'univers, après que les cieux mêmes et la terre auront passé !
Nous ne craindrons pas de le dire: quand nous entendons le Fils de Dieu citer les Ecritures, tout est dit pour nous sur leur théopneustie ; nous n’avons plus besoin d'autre témoignage. Toutes les déclarations de la Bible sont également divines sans doute; mais cet exemple du Sauveur du monde nous à tout dit en un instant. Cette preuve ne demande ni longues ni savantes recherches : la main d'un petit enfant la saisit aussi puissamment que celle d’un docteur. Si quelque doute venait donc assaillir votre âme, qu'elle se retourne vers le Seigneur des seigneurs ; qu’elle Je voie devant les Ecritures!
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Suivez Jésus dans les jours de sa chair. Avec quel respect grave et tendre il tient constamment dans ses mains le « volume du livre, » pour en citer toutes les parties, et pour en signaler les moindres versets. Voyez comment un mot, un seul mot, ou d’un cantique, ou d’un livre historique, a pour lui l'autorité d’une loi. Observez avec quelle confiante soumission il reçoit toutes les Ecritures, sans en contester jamais le canon sacré ; parce qu'il sait que « le salut vient des Juifs, » et que, sous la providence infaillible de Dieu, » les oracles de Dieu leur ont été confiés. » Que dis-je, qu'illes reçoit ? Depuis son enfance jusqu’à son tombeau, et depuis son relèvement du tombeau jusqu'à sa disparition dans les nuées, que porte-t-1l partout avee lui, dans le désert, dans le temple, dans la synagogue ? Que cite-t-il encore de sa voix ressuscitée, au moment où déjà les cieux vont s’écrier : « Portes éternelles, élevez vos linteaux, et le roi de gloire entrera ? » — C’est la Bible; c’est toujours la Bible ; c’est Moïse, les Psaumes et les Prophètes : 1l les cite, 1l les explique ; mais comment? c’est verset par verset ; cest mot après mot!
Dans quel effrayant et douloureux contraste, après ur tel spectacle, ne viennent pas se présenter à nous ces hommes égarés qui, de nos jours, osent juger, contredire, trier et mutiler les Ecritures ! On tremble, quand on à suivi des yeux le Fils de
l'Homme, commandant aux éléments, arrêtant les tempêtes et rouvrant les sépulcres, pendant que, rempli d’un si profond respect pour le volume sacré, 11 déclarait devoir revenir un jour, pour juger, sur ce livre, les vivants et les morts ; on tremble et le cœur saigne, quand ensuite, essayant de mettre le pied sur le seuil d’une académie rationaliste, on y voit assis dans sa chaire professorale un pauvre mortel, savant, misérable, pécheur, responsable, qui manie sans révérence la parole de son Dieu ; quand on le suit remplissant cette tâche funeste devant une jeunesse avide d instruction, guide future de tout un peuple, capable de tant de bien, si vous la conduisez dans les hauteurs de la foi, et de tant de mal, si vous la dressez au mépris des Ecritures qu'elle doit prêcher un jour: Avec quelle décision péremptoireils étalent la fantasmagorie de leurs hypothèses ; ils retranchent, ils ajoutent, 1ls louent, ils blâment ; ils prennent en pitié la simplicité qui, lisant la Bible comme la lisait Jésus-Christ, s'attache, comme lui, à tous les mots, et ne sait point trouver d'erreur dans la parole de Dieu ! — ils décident quelles intercalations ou quels retranchements, dont Jésus-Christ ne se doutait pas, la sainte Ecriture a dû subir ; ils émondent les chapitres qu’ils n’ont pas compris; ils y signalent des méprises, des raisonnements
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mal amenés ou mal finis, des préjugés, des imprudences, des ignorances vulgaires !
* Dieu me pardonne d’être obligé d'écrire les paroles de cet affreux dilemme ( mais l'alternative en est inévitable)! Ou Jésus-Christ exagérait et déraisonnait quand il citait ainsi les Ecritures, ou ces hommes imprudents et malheureux en blasphèment , Sans le savoir, la majesté divine. — Nous souffrons d'écrire ces lignes. Dieu nous est témoin que nous eussions voulu les retenir, et ensuite les effacer; mais, nous osons le dire avec un sentiment profond, c’est dans l’obéissance, c’est dans la charité qu’elles ont été tracées ! Hélas ! dans quelques années, les docteurs et leurs élèves seront couchés dans un même tombeau ; 1ls sécheront comme le foin ; mais alors aucun trait de lettre de ce Livre divin n'aura passé ; et aussi certainement que la Bible est la vérité, et qu’elle a changé la face du monde, aussi certainement verrons-nous le Fils de l'Homme revenir sur les nuées du ciel, etc juger par cette parole éternelle les pensées secrètes de tous les hommes!. » « Toute chair est comme l'herbe, et toute la gloire de l’homme est comme la fleur de l'herbe; l'herbe sèche, et sa fleur tombe ; mais la parole de Dieu demeure éternellement; et
(1) Rom.,u, 16.—Jean, xt, 48. —Math., xxv, 31.