‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 9 sur 44 · Luc, xx · texte numérisé non relu

Luc, xx

Lo

« point en souci COMMENT vous parlerez, ni DE CE « QUE vous répondrez pour votre défense, ni DE « CE QUE vous aurez à dire; car le SAINT-ESPRIT « VOUS enseignera, A L'HEURE MÈME, Ce qu il vous « faut dire. » — « Ne vous inquiétez pas d'avance « de ce que vous direz, et NE LE MÉDITEZ POINT; « Mais TOUT Ce qui vous sera DONNÉ à cette heure- « là, dites-le; car ce n’est PAS VOUS QUI PARLEZ, « mais le Saint-Esprit. » | |

Dans ces diverses occasions. 'le Seigneur donne à ses disciples l'assurance que l’snspiration la plus entiere réglera leur langage dans les moments les plus difficiles et les plus importants de leur minis-

tère. Quand ils auront à parler à des princes, ils

ne devront éprouver aucune inquietude ; ils ne devront pas même s’en préoccuper, is ne devront pas même y penser ; parce qu'alors il leur sera immédiatement donne de Dieu, non-seulement Les choses qu'ils auront à dire, mais aussi les paroles avec lesquelles ils les exprimeront ; non-seulement ri, mais rés zhiouvræ (Matth. x, 19, 20).—Ils devront s’en reposer entièrement sur lui ; cela leur sera donne entierement; — cela leur sera donné de Jesus; cela leur sera donné & l’heure méme; cela leur sera donné de telle manière, et dans une telle plénitude, qu'alors ils pourront dire que ce n'est PLUS EUX, mais le Saint-Esprit, mais L'ESPRIT DE

108 PREUVE SCRIPTURAIRE.

LEUR PÈRE, qui parle EN EUX! ; et qu’alors aussi ce n’est pas seulement une sagesse irrésistible qui leur est donnée, c’est UNE BOUCHE ?!

« Mettez dans vos cœurs de ne point préméditer « ce que vous répondrez, car je vous donnerai une « bouche et une sagesse à laquelle aucun de ceux « qui vous sont contraires ne pourra résister. »

Alors (comme chez les anciens prophètes, Esaïe, Jérémie, Ezéchiel), ce sera le Saint-Esprit qui parlera par eux, ainsi que « Dieu a parlé par ses saints « prophètes qui ont été de tout temps ?. » — Dans un sens, ce sera bien eux qui parleront; mais ce sera le Saint-Esprit (Luc, x11, 12) qui leur enseignera, dans ce même instant, ce qu'ils auront à dire; en sorte que, dans un autre sens, « ce sera l'Esprit lui-même qui parlera par leurs lèvres.»

Nous demandons s’il était possible, en aucune langue, d'exprimer plus absolument la plus entière inspiration, et de déclarer avec plus de précision que les mots même étaient alors garantis de Dieu, et donnés aux Apôtres.

Il est bien vrai que, dans ces promesses, il n’est pas directement question du secours que les Apôtres devaient recevoir comme écrivains, et qu'il s’agit plutôt de celui qu'ils devaient attendre lors-

(1) Matth., x, 20.—Marc, xin, 11.—(2) Luc, xx1, 14, 19. — (3) Act., ni, 21.—Luc, 1, 70.

qu'ils auraient à comparaitre devant les prêtres, devant les gouverneurs et devant les rois. Mais n'est-il pas assez évident que, si l'inspiration la plus entière leur était assurée ! pour des occasions passagères, pour fermer la bouche à quelques hommes méchants, pour conjurer des dangers d’un jour, et pour servir des intérêts de la plus courte portée; s’il leur était cependant promis qu’alors les mots mêmes de leurs réponses leur seraient donnés, par une opération calme, puissante, mais inexplicable, du Saint-Esprit; — n’estil pas assez évident que le même secours ne pouvait pas être refusé à ces mêmes hommes, lorsqu'ils auraient , comme les anciens prophètes, à continuer le livre des oracles de Dieu , pour transmettre à tous les siècles les lois du royaume des cieux, pour décrire les gloires de Jésus-Christ et les scènes de l'éternité ? Quelqu'un pourrait-il imaginer que les hommes qui, devant Ananias, ou Festus, ou Néron, étaient tellement « la bouche du Saint- Esprit» qu'alors « ce n'étaient plus eux qui parlaient, mais cet Esprit », redevinssent, quand ils écriraient « l'Evangile éternel », des êtres ordinaires, simplement éclairés, dénués de leur précédente inspiration, ne parlant plus par le Saint- Esprit, et n'employant désormais que des paroles

(4) Luc, xu, 12.

{10 PREUVE SCRIPTURAIRE.

dictées par la sagesse humaine (Säpert évbourov, xai èy dudaxTois avOpomims dopixc Xôyous)1? — Cela n’est pas admissible.

3. Voyez-les encore, commençant leur ministère apostolique, au jour de la Pentecôte : voyez Les dons qu'ils ont reçus. s

Des langues de feu viennent de descendre sur leur tête ; 1ls sont remplis du Saint-Esprit ; ils sortent de leur chambre haute ; et tout un peuple les entend proclamer, en quinze langues différentes, les merveilles de Dieu ; ils parlent SELON QUE L’ES- PRIT LEUR DONNE DE S EXPRIMER ? ; ils parlent (est-il dit) LA PAROLE DE DIEU ( ëkélour rèv A6yov roÿ @%,— Certes, il fallait bien alors que les mots de ces langues étrangères leur fussent fournis aussi bien que les choses, l'expression aussi bien que la pensée, le ri aussi bien que le #5 (Matth.,x, 19.— Luc, x1, 11).— Maintenant donc, eroira-t-on que l'Esprit eût pris la peine de leur dicter ainsi tout ce qu’ils devaient dire, pour des prédications au coin des rues, pour des paroles qui s’envolaïent avec leson de leur voix, et qui n’atteignaient, après tout, que quelques milliers d'hommes ; tandis que .ces mêmes hommes , lorsqu'ils en sont venus ensuite à écrire, pour tous les peuples de la terre et.

(1) Pier., 1, 21. — 1 Cor., n, 13. — (2) Act., 11, 2. — (3) Act., 1, 81.

pour tous les siècles de l'Eglise, les «oracles vivants de Dieu, » se seraient vus dépouillés de leur premier secours ? Croira-t-on qu'après avoir été plus que les anciens prophètes, pour prêcher dans la place publique , ils fussent moins que ces prophètes, et redevinssent des hommes ordinaires, lorsqu'ils prenaient la plume pour achever Île livre des prophéties, pour écrire leurs Evangiles, leurs Epitres et le livre de leurs révélations? — On sent l’inconséquence et l’inadmissibilité d’une telle supposition:

4. Mais nous avons à dire ici quelque chose de plus simple encore et de plus péremptoire : nous voulons parler du rang qui leur est assigné; et nous aurions même pu nous en tenir à ce seul fait, après avoir parlé des prophètes de l’Aneien-Testament:— c’est que les apôtres étaient tous DES PROPHÈTES, et PLUS QUE DES PROPHÈTES.

Leurs écrits sont donc des PROPHÉTIES ÉCRITES (rpognreiat ypañs), autant et plus même que ceux de l’Ancien-Testament ; et nous sommes ainsi ramenés à conclure encore une fois que toute l’Ecriture, dans le Nouveau-Testament comme dans l'Ancien , est inspirée de Dieu jusque dans ses moindres parties.

J'ai dit que les Apôtres étaient tous des prophètes. Ils le déclarent souvent; mais, pour ne pas multiphier inutilement les citations, nous nous con-

112 PREUVE SCRIPTURAIRE.

tentons ici d'en appeler aux deux passages suivants de l’Apôtre saint Paul.

Le premier.est adressé aux Ephésiens (111, 4, 5): « Vous pouvez, leur dit-il, en lisant CE QUE J'AI « ÉCRIT précédemment en peu de mots, reconnaîi- «tre l'intelligence que jai dans le mystère du « Christ; mystère qui, en d’autres générations,

«n'a point été donné à connaître aux fils des « hommes , comme il à été MAINTENANT révélé, « PAR L'ESPRIT, à ses saints APOTRES-ET-PRO- « PHÈTES. »

On le voit donc clairement ici: Fapôtre et prophete Paul, les apôtres et prophetes Matthieu, Jean, Jude, Pierre, Jacques, ont reçu, par l'Esprit, la révélation du mystère du Christ, et ils en ont écrit COMME PROPHÈTES.

C’est encore du même mystère et des écrits des mêmes prophètes que parle le même apôtre, dans le second des passages que nous avons indiqués, je veux dire, au dernier chapitre de son Epiître aux Romains f.

« Or, à celui qui peut vous affermir selon mon « Evangile et la prédication de Jésus-Christ, selon « la révélation du mystère qui a été tu dès les « temps éternels, mais qui maintenant a été mani- « fésté, et qui, par le moyen des ÉCRITS PROPHÉ-

(1) Rom., xvi, 25-27.

TIQUES (ot TE YPADEY rpoprixäv), selon le commande- « ment du Dieu éternel, a été donné à connaître,

« pour l’obéissance de la foi, dans toutes les na- «tions, — à Dieu, seul sage, par Jésus-Christ, sa, |

« la gloire, pour les siècles. Amen! »

Voilà donc encore les auteurs du Noivendle tament nommés PROPHÈTES; voilà leurs écrits

appelés des ÉCRITS PROPHÉTIQUES (ypapxi rpopnreuai, ce qui est l'équivalent du rpoynreia vesyüs de saint Pierre). — Et puisque nous avons déjà reconnu que « jamais prophétie n'avait été apportée par la volonté propre de celui qui l’a prononcée; mais

que c’est portés et poussés par le Saint-Esprit que

les saints hommes de Dieu parlèrent,» les prophètes du Nouveau-Testament ont donc parlé comme ceux de l’Ancien, et selon le commandement du Dieu éternel. — Ils étaient tous des prophètes.

Mais cela même n’est pas assez ; car, nous l'avons.

dit, ils étaient PLUS QUE DES PROPHÈTES. — C’est encore une remarque du savant Michaëlis2. Malgré ses principes relâchés sur l'inspiration d’une partie du Nouveau-Testament, cette observation ne lui a pas échappé. Il est clair, suivant lui, d’après le contexte. que, dans la sentence de Jésus-Christ sur Jean-Baptiste (Matth., x1, 9, 11 ), les mots

(1) Voyez encore Luc, xt, 49.—Eph., 11, 20; mx, 5; 1v, fi —Gal., 1, 12.—1 Pier., 1, 12. — 1 Cor., x1, 23. —1 Thess., 11, 15.—(2) Introd., t. 1, p. 118, édit. franç.

{14 PREUVE SCRIPTURAIRE.

grand et petit du verset 1{ ne s’appliquent qu'au nom de prophete, qui les précède au verset 9; en sorte que Jésus-Christ y déclare que, si Jean- Baptiste est le plus grand des prophètes, s'il est même plus qu'un prophete, — le plus petit des prophetes du Nouveau-T'estament est cependant encore plus grand que Jean-Baptiste, c’est-à-dire plus grand que le plus grand des prophètes de l’Ancien-Testament !.

D'ailleurs cette supériorité des apôtres-et-prophetes du Nouveau -Testament nous est encore plus d’une fois attestée dans les écrits apostoliques.

Partout où il est parlé des divers offices établis dans les églises, les Apôtres sont mis au-dessus des prophètes.

Ainsi, par exemple, dans un passage très-remarquable de sa 1” épitre aux Corinthiens, où il s'applique à nous faire connaître la gradation d’excellence et de dignité qui existe entre les diverses charges miraculeuses constituées de Dieu dans l'Eglise primitive, l’apôtre saint Paul s'exprime ainsi : « Dieu a placé dans l'Eglise, premièrement « des APOTRES, secondement des PROPHÈTÉS, en « troisieme lieu des DOCTEURS, ensuite des actes « de puissance, puis des grâces de guérison, des

(1) Ibid., et Luc, vir, 28-80.

LE N.-T., PROPHÉTIQUE. 115 « SECOUTS, des administrations, diverses sortes de « langues !.»

Au chapitre 1v de son épître aux Ephésiens, au v. 11, il met encore les Apôtres AU-DESSUS des prophètes. |

Au chapitre 11, 20, il appelle les Apôtres EN- VOYÉS ET PROPHÈTES. — Et, au chapitre x1v de la 1'° épiître aux Corinthiens, il se place luimême AU-DESSUS des prophètes que Dieu venait de susciter dans cette église. Il veut que chacun d'eux, s’il a vraiment obtenu le Saint-Esprit, emploie les dons qu'il a reçus à reconnaître, dans les paroles de saint Paul, des commandements du Très- Haut ; et il est tellement pénétré de l’assurance que ce qu'il écrit est dicté par l’inspiration de Dieu, qu'après avoir dicté DES ORDRES aux églises, et les avoir terminés par ces mots que la plus haute inspiration pouvait seule autoriser: C’est ainsi que J'ORDONNE dans loutes les églises, il fait plus: il va se ranger AU-DESSUS DES PROPHÈTES ; ou plutôt, comme prophète lui-même, 1l somme en eux l’Esprit de prophétie de reconnaitre les paroles de Paul comme des paroles du Seigneur; et il finit par ces mots remarquables : « Est-ce DE vous que « la parole de Dieu est SORTIE ?... Si quelqu'un « CROIT être UN PROPHÈTE ou un homme AYANT

(1) 1 Cor., x11, 28.

116 PREUVE SCRIPTURAIRE.

« L'ESPRIT Î, qu 11 reconnaisse que les choses que «JE VOUS ÉCRIS sont des COMMANDEMENTS du « SEIGNEUR. »

Les écrits des Apôtres sont donc ( comme ceux des prophètes anciens) « des commandements du Dieu éternel; » ce sont des « prophéties écrites { rpogncsia ypas ), » autant que les Psaumes, Moïse et les Prophetes (Luc, xx1V, 44); et tous leurs auteurs ont donc pu dire avec saint Paul: CHrisr PARLE PAR MOI (2 Cor., X111,3.— { Thess., 11,13); ma parole est la parole de Dieu, et mes discours mé sont enseignés par le Saint-Esprit ( { Cor., 11, 13); —— tout comme David, avant eux, avait dit : « L'Esprit de l'Eternel a PRÉ par moi, et sa parole à été sur ma langue?. »

Aussi, écoutez-les eux-mêmes, quand ils SARES de ce qu ils sont. Serait-il possible de déclarer plus clairement qu'ils ne l’ont fait que les paroles, aussi bien que le sujet, leur ont été données de Dieu ? « Quant à nous, disent-ils, nous avons la pensée « de Christ (1 Cor., 11, 16); » — «et c’est pour « cela que nous rendons grâce sans cesse de ce « qu'ayant reçu la parole que vous avez ouie de « NOUS, LAQUELLE EST DE DIEU, vous avez reçu, « non la parole des hommes, mais, comme elle l’est

(1) Hyevuarexos, 1 Cor., x1v, 87. — Voyez aussi x, 45, et Jud., 19.—(2) 2 Sam., xx, 2.

« véritablement, la PAROLE De Dieu (1 Thess., «11, 13). » — « Ainsi done, celui qui nôus rejette « rejette, NON PAS UN HOMME, mais Ce Dieu qui « même à mis son Saint-Esprit sur nous (1 Thess., «IV, 8).»

Telle est donc enfin la parole du Nouveau-Testament. C’est, comme celle de l’Ancien, une parole de prophètes, et de prophètes plus grands même que tous ceux qui les avaient précédés ; en sorte, par exemple, comme l'a très-bien fait observer Michaëlis {, qu’une épitre qui commence par ces mots: « Paul, APOTRE de Jésus-Christ ?, > nous atteste plus haut encore par là son autorité divine et son inspiration prophétique que ne l'avaient pu faire même les écrits des plus illustres prophètes de l’Ancien-Testament, lorsqu'ils s’ouvrirent par ces mots : « Ainsi a dit l'Eternel $; — la vision « d'Esaïe; — la parole qu'Esaïe a vue #; — les « paroles de Jérémie, auquel fut donnée la parole « de l'Eternel 5; — écoutez la parole de l’Eternel;» — ou telles autres expressions analogues. — Kt s’il ya, dans le Nouveau-Testament, quelques livres où de semblables inscriptions ne se retrouvent pas, leur théopneustie n’en est pas plus compromise

(1) Introd. , tome I, p. 118, 119, etc., édit. franç. — (2) Rom., 1, 1. —/Gal., 1, 1. — Cor., 1, 1, etc. — 1 Pier., 4, 1.—2 Pier., 1, 1.—(3) Esaïe, vi, 1; xLun, 1; cé passim.— (4) Esaïe, 1, 1,11, 2; et alibi.—(5) Jér., x, 1, 2.

que celle de tel ou tel livre de l’Ancien-Testament (du psaume second ou du psaume xcv, par exemplet), qui, pour n'avoir pas en tête le nom du prophète qui les a composés, n’en sont pas moins cités comme divins par Jésus-Christ et ses apôtres.

On a pu quelquefois objecter que Luc et Marc n'étaient pas des apôtres proprement dits, et qu’en conséquence ils n’avaient pas reçu la même inspiration que les autres écrivains sacrés du Nouveau- Testament. — Ils n'étaient pas apôtres, il est vrai ; mais ils étaient certainement des prophètes ; et ils étaient même plus grands que les plus grands de l’Ancien-Testament ( Luc, vit, 26, 28 ).

Sans insister ici sur les anciennes traditions ? qui disent de l’un et de l’autre qu’ils étaient du nombre des soixante-dix disciples que Jésus avait envoyés d’abord prêcher dans la Judée, ou du moins de ces cent-vingt qui reçurent les flammes du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, ne sait-on pas que les Apôtres avaient reçu le pouvoir de conférer, par l'imposition des mains, les dons miraculeux à tous ceux qui avaient cru, et qu'ils usèrent de ce droit dans toutes les contrées et dans toutes les villes où ils portèrent leurs pas’ — Et

(1) Act.,1v, 15; xur, 33,—Hébr., 1,5; 1, 7, 173 1V, 8, 7. v, 5;—(2) Epiphan., Hæres., 51, et d’autres. —Orig.,De recta in Deum fide.—Doroth. in synopsi. — Procop. Diacon., apud Bo!land., 25 april.

puisque saint Lue et saint Marc furent, au milieu de tant d’autres prophètes, les compagnons d’œuvre que choisirent saint Paul et saint Pierre, n’estil pas assez clair que ces deux hommes apostoliques durent appeler sur de tels associés les dons qu’ils répandaient ailleurs sur tant d’autres qui avaient cru ? Ne voit-on pas Pierre et Jean descendre d’abord à Samarie, pour conférer ces dons aux croyants de cette ville; puis ensuite saint Pierre les venir verser à Césarée sur tous Îles paiens qui avaient entendu la parole, dans la maison du capitaine Corneille! ? Ne voyons-nous pas saint Paul les répandre avec abondance sur les fidèles de Corinthe, sur tous ceux d’Ephèse, et sur ceux de Rome ?? Ne le voyons-nous pas, avant d'employer, comme “compagnon d’œuvre,son cher fils Timothée, faire descendre sur lui les pouvoirs spirituels à ? Et n'est-il pas assez évident que saint Pierre en dut faire autant pour son cher fils Marc f, comme saint Paul pour son compagnon Luc 5 ? — Silas, que saint Paul avait pris pour l’accompagner (comme il prit aussi Luc, et Jean, surnommé Marc), Silas était prophète à Jérusalem 6. Les prophètes

ÉUCACESE VIN, 19/05 2% 45. (2) Act., xIx, 6, 7. — 1 Cor., xn, 28; x1v.—Rom., 1, 11; xv, 19, 29.—(3) 1 Tim, IV, 14. — 9 Tim.,1, 6.— (4) 1 Pier., v, 13.—(5) Act., xt, 1, XVI, 10; xxvut, 1.—Rom., xvi, 21. — Col., 1v, 14. — 2? Tim.,1v,11.—Phil.,24.—2 Cor., vin. 18.—(6) Act., xv, 32.

Fe

120 PREUVE SCRIPTURAIRE.

abondaient dans toutes ces églises primitives. On en vit descendre plusieurs de Jérusalem à Antioche! ; on en comptait un grand nombre dans Corinthe ?; Judas et Silas l’étaient dans Jérusalem ; Agabus l'était dans la Judée ; quatre filles encore jeunes de l'évangéliste Philippe l’étaient dans Césarée* ; et l’on voyait dans l’église d’Antioche plusieurs fidèles qui étaient prophètes et docteurs, entre autres Barnabas (le premier compagnon de saint Paul), Siméon, Manahem , Saul de Tarse lui-même , et enfin ce Lucius de Cyrène, que l’on pense être le Lucius que Paul ( dans son épitre aux Romains ) appelle son parent ®, et que (dans son épitre aux Colossiens) il nomme ZLucas le me-

decin$ ; en un mot, ce saint Luc que les anciens

Pères ont indifféremment nommé Lucas, Lucius et Lucanus.

Il devient donc assez évident, par ces faits, que saint Luc et saint Marc étaient au moins dans le rang de ces prophètes que le Seigneur avait suscités en si grand nombre dans toutes les églises des Juifs et des Gentils, et qu'entre tous les autres ils furent choisis du Saint-Esprit pour écrire, avec les Apôtres, trois des livres sacrés du Nouveau- Testament. |

(1) Act., x1, 88. — (2) 1 Cor., xnr, 19, 20; x1v, 31, 89.— (3) Act., x1, 28: xx1, 9, 10.—(4) Act., x, 1, 2.—(5) Rom., xVE, DE, MONO ET EV, 1

Mais il y à plus (et qu’on veuille bien le remarquer), cette autorité prophétique de saint Mare et de saint Luce est très-loin de ne reposer que sur des inductions. — Elle se fonde sur le témoignage même des apôtres de Jésus-Christ. — On ne doit pas oublier que ce fut sous le long gouvernement de ces hommes de Dieu que se recueillit et que se transmit à toutes les églises le divin canon des Ecritures du Nouveau-Testament. Par un effet re- - marquable de la providence de Dieu, la vie de la plupart des Apôtres se prolongea pendant un trèsgrand nombre d'années. Saint Pierre et saint Paul édifièrent l'Eglise de Dieu pendant plus de trentequatre ans après la résurrection de leur Maitre; saint Jean continua même son ministère, dans la province d'Asie, au centre de l’empire romain, pendant plus de trente ans encore après leur mort. Le livre des Actes, qui fut écrit par saint Luc plus tard que son Evangile !, avait été déjà répandu dans l'Eglise très-longtemps (je veux dire au moins dix ans) avant le martyre de saint Paul. — Or saint Paul, longtemps même avant d'aller à Rome, avait déjà fait abonder l'Evangile depuis Jérusalem jusque dans l'Hyrie?; les Apôtres étaient en correspondance continuelle avec les chrétiens de tous pays ; ils étaient tous les jours assaillis par les .sou-

(1) Act., 1. 1.—(2) Rom., xv, 19.

122 PREUVE SCRIPTURAIRE.

cis qu'il avaient de toutes les églises !. Saint Pierre, dans sa seconde lettre, écrite à la catholicité des assemblées de Dieu, leur parlait déjà de TouTEs LES ÉPITRES de saint Paul, comme faisant corps avec l’Ancien-Testament. Et, pendant plus d’un demi-siècle, toutes les églises chrétiennes furent formées et conduites sous la surveillance de ces hommes de Dieu. — C’est donc avec l’assentiment et sous le gouvernement prophétique de ces apôtres appelés à lier et à délier,et à devenir, après Christ, les douze fondements de l'Eglise universelle, que s’est formé le canon des Ecritures, et que le nouveau peuple de Dieu en a reçu « les oracles vivants, » pour nous les transmettre ?. Et c’est ainsi que l'Evangile de Lue, celui de Marc et le livre des Actes ont été reçus d’un commun accord, aux mêmes titres et avec une même soumission que les livres apostoliques de Matthieu, de Paul, de Pierre et de Jean. — Ces livres ont donc pour nous la même autorité que tous les autres ; et nous sommes appelés à les recevoir également, «non comme une parole des hommes, mais, ainsi qu'ils sont véritablement, comme une parole de Dieu, agissant avec efficacité en tous ceux qui croient 5.»

Il suffira, nous osens le croire, de ces réflexions,

(1) 2 Cor., x1, 28. — (2) Act., var, 58. — Rom., nr, 2. —

(3)1 Thess., 11 13.

pour faire comprendre combien est mal fondée la distinction que Michaëlis t et quelques autres docteurs allemands ont prétendu pouvoir établir, quant à l'inspiration, entre ces deux évangélistes et les autres écrivains du Nouveau-Testament. — 11 nous paraît même que c’est pour prévenir toute supposition semblable que Luc a pris soin de placer en tête de son Evangile les quatre versets qui lui servent de préface. — En effet, vous l'y voyez s’appliquer à mettre en contraste la certitude et la divinité de son propre récit avec l’incertitude et le caractère humain des narrations qu’un grand nombre de personnes (roi) avaient entrepris de composer (érexcipnaav ävari£acoæ) sur les faits évangéliques, faits (ajoute-t-il)rerzdus parfaitement certains parmi nous, C'est-à-dire parmi les Apôtres et Prophètes du Nouveau-Testament ( r& rernpopopnueväy à ut rpayuäre : le mot de l'original désignant le plus haut degré de certitude ; — comme on peut le voir Rom., 1V, 21; XIV, 5; 2. Tim.,1V, 5 et 17). — Et c’est pour cela, ajoute saint Luc, qu’il m'a sermblé, bon a Mot, qui at acquis D'EN HAUT exacte connaïssance de tout?, d'en ecrire par ordre.

(1) Introd., tome I, p. 112 à 129, éd. angl,

(2) HapaxohouGqxoe. -- Ainsi Demosthènes, de Coronä,, 55 : Iapaxokounuws Tois rpayparev &r &pyñs. — Théophrast.. Char. Proem , 4: Zov dé rapæxoloubüoar xai eldnau, ei p0Gs éyw.— Josèphe, aux premières lignes de son livre contre Appion, op-

Le

124 PREUVE SCRIPTURAIRE.

Saint Luc avait acquis cette connnaïissanc d'EN HAUT ; c'est-à-dire par « la sagesse qui vient d’en haut, » et « qui lui avait été donnée. » — Ilest bien vrai qu'on entend d'ordinaire cette dernière expression , dans ce passage, comme si elle signifait, des le commencement, et Comme si, au lieu du mot &oë ( d'en haut), il y avait ici le même mot &r äpyñs (des le commencement) qui se : lit au verset second. Mais il nous a paru que l’opinion d'Erasme, de Gomar, de Henri, de Lightfoot, et d’autres commentateurs, devait être préférée comme plus naturelle, et qu’il fallait prendre ici le mot &%0® dans le sens où l’ont employé saint Jean et saint Jacques , lorsqu'ils ont dit: « Tout don parfait vient d'en haut ( Jacques, 1, 17 );» «tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, s’il ne t’était donné d’en haut ( Jean, xXIX, 11});» « si quelqu'un n’est engendré d'en haut, il ne peut voir le royaume de Dieu (Jean, nr, 3 ) ;»« la sagesse qui vient d'en haut est premièrement pure (Jacq., it, 15, 17). |

« Le prophète Luc avait donc acquis d’en haut

J’exacte connaissance de toutes les choses que Jé-

sus a commencé de faire et d'enseigner, jusqu’au jour qu'il fut enlevé. »

pose ce même mot, rôv ræpæxokouGnagta (diligenter assecutum), à 765 ruvbavousve (sciscilanti ab alits).

Cependant, quelle que soit la traduction qu’on

préfère donner de ces paroles, c’est par d’autres arguments que nous avons montré comment Lue et Marc ont été des prophètes, et comment leurs écrits, transmis à l'Eglise par l'autorité des Apôtres, font eux-mêmes corps avec ceux des Apôtres, aussi bien qu'avec tous les autres livres prophétiques de l’éternelle Parole de Dieu.

Voici donc jusqu'où nous a conduits notre argu-

ment, et ce que nous avons dû reconnaitre par l'autorité même de la sainte Ecriture. — C’est d’abord que la théopneustie des paroles des prophètes était entière; que l’Esprit saint parlait par eux, et que la parole de l'Eternel était sur leur langue: — C’est ensuite que, tout ce qui a été écrit dans la

Bible l'ayant été par prophétie, tous les livres sa- .

crés sont des Sasntes Lettres (épa tpéppasa), des propheties écrites (rpoqursiæ ypasñe), et des Ecritures divinement inspirées (ypépa Serveur), — Tout y est de Dieu. |

Cependant, qu'on veuille bien se rappeler (nous voulons le répéter encore une fois ici, quoique nous ayons eu déjà plus d’une occasion de le dire ) qu’il n’est point nécessaire de supposer, chez les prophètes de l’Ancien ou du Nouveau-Testament, un état d’excitation et d'enthousiasme qui les sortit d'eux-mêmes: il faut se tenir au contraire en garde contre une telle pensée. L'Eglise ancienne

mettait même une si grande importance à ce principe que , sous le règne de l’empereur Commode, au dire d'Eusèbe, Miltiade (l’illustre auteur d’une Apologétique chrétienne) «composa un livre exprès pour établir, » contre Montanus et les faux prophètes de Phrygie, « que les vrais prophètes dotvent étre maîtres d'eux-mêmes, et ne doivent point parler en extase1. »— L'action de Dieu s’exerçait sur eux sans les sortir entièrement de leur état ordinaire.« Les esprits des prophètes, dit saint Paul, sont soumis aux prophètes ?. » Leurs facultés intellectuelles étaient alors dirigées, et non suspendues. Ils connaissaient, ils sentaient, ils voulaient, 1ls se rappelaient, ils comprenaient, ils approuvaient. Ils pouvaient dire: « I] m'a semblé bon d'écrire; » et, comme les Apôtres: « II a semblé bon au Saint-Espritet à nous d'écrire. » — Et alors les mots leur étaient donnés aussi bien que les pensées; car, après tout, les mots ne sont eux-mêmes que de secondes pensées, quise rapportent au langage, et qui vont y choisir des expressions assorties. Il n’est pas plus

(1) Hist. Ecclés., lib.v. c. 17.—Ev d ATOEIXVUGL TEPi TOÛUdev IToowitny àv éxoraaer ha)eiv. — Voyez aussi Nicéph., lib. 1v, c. 24. — Voyez les mêmes principes dans Tertullien ( contre Marcion, lib.1v, c. 22); dans Epiphane (Adv. hæreses, lib. in hæres., 48, c. 5); dans Jérôme (Proemium iu Nahum.); dans Basile-le-Grand (Commentar. iu Esalam, proem., 5).— (2) 1 Cor., x1v, 82.—(3) Act., 1, 3; x, 28.

facile, et 1l n’est pas plus difficile d'expliquer le don des unes que celui des autres. Ù

Cependant, il y a, quant à la théopneustie, dans la sainte Ecriture, quelque chose qui nous frappe plus encore, s’il est possible, que toutes ces déclarations des Apôtres et de Jésus-Christ lui-même : ce sont leurs exemples.

SECTION V. — Les exemples des Apôtres et de leur Maître attestent que, pour eux, toutes les paroles des Livres Saints sont données de Dieu.

Que l’on considère d’abord quel usage les Apôtres font eux-mêmes de la parole de Dieu ; et qu’on écoute en quels termes ils la citent. Voyez comment alors, non-seulement ils se contentent de dire:« Dieu diütf:»— «le Saint-Esprit a dut?;» « Dieu dit en tel prophete3;» — mais encore, voyez, quand ils la citent, ce qu'en sont pour eux les moindres parties ; avec quel respect ils en parlent ; avec quelle attention ils en considèrent chaque parole ; avec quelle religieuse assurance ils insistent souvent sur un seul mot, pour en déduire les conséquences les plus graves, les doctrines les plus fondamentales.

(1) Eph., 1v, 8.—Hébr., 1, 8—(2) Act., xut, 25 xxXVIN , 25; —Hé5., nt, 15 x, 15 et ailleurs.—({3) Rom., 1x, 25.

128 PREUVE SCRIPTURAIRE.

Pour nous, nous devons l’avouer, rien ne nous saisit aussi fortement que cette considération ; rien n’a produit en notre âme une si intime et si puissante confiance dans l'entière théopneustie des Ecritures. |

Les raisonnements et les témoignages qui précèdent nous semblent suffisants déjà pour porter la conviction dans tous les esprits attentifs ; mais nous sentons que, Si nous éprouvions un besoin personnel d’affermir notre foi sur cette vérité, nous n'irions pas chercher si loin nos raisons : il nous suffirait de nous demander ce qu'était la sainte Ecriture pour les apôtres de Dieu. — Jusqu'où son langage, à leur sens, était-il inspiré? Qu’en pensait saint Paul, par exemple ? — Car nous n’avons pas la prétention d'être des théologiens plus éclairés que ces douze hommes. Nous nous en tenons à la dogmatique de saint Pierre, à l’exégèse de saint Paul; et de tous les systèmes sur l’inspiration des Ecritures , c'est le leur que nous

sommes décidés à préférer.

Ecoutez l’apôtre Paul, lorsqu'il les cite, et qu'il se met à les commenter. Îl en discute alors les

Page 1