‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 14 sur 44 · V. Ne voyons-nous pas cependant que les hom · texte numérisé non relu

V. Ne voyons-nous pas cependant que les hom

(1) Nomb., x11, 6.—Job., xxxu1, 15.— Dan.,1, 17; 15, 6; vit, {.— Gen. xx, 6; xxx1, 10.— 1 Rois, 111, 5. — Mat., 1, 20; n, 12-22.—Act., 11, 17. —(2) Nomb., xur, 6; xXIV, 4. — Job., vi, 14.—Gen.,1, 15; xx, 3.—Ps. Lxxxix, 19.—Mat., XVII, 9:—Act., 11, 17:1x, 10-12: x, 3, 17, 19; x1,, 5; Xu, 9; XVI, 9-10.—2 Cor., xt, 1-2.

mes de Dieu étaient profondément instruits, et souvent même profondément émus des choses saintes qu'ils enseignaient, des choses à venir qu'ils prédisaient, et des choses passées qu'ils racontaient ? |

Ils pouvaient l'être, sans doute; ils létaient même le plus souvent ; mais ils pouvaient ne l'être pas; et quand ils l’étaient, cela se faisait en des mesures diverses, dont le degré nous demeure inconnu, et dont la connaissance ne nous est point demandée.

VI. Que faut-il donc penser de ces définitions de la théopneustie, où l’on semble représenter les Écritures comme l'expression toute humaine d’une révélation toute divine; — par exemple, de celle de Baumgarten !, qui dit que « l'inspiration n’est que le moyen par lequel la révélation, d’abord immédiate, devenait médiate, et se formulait dans un livre (7edium quo revelauo immediata , mediata facta, inque libros relata est) » ?

Ces définitions ne sont pas exactes, et peuvent donner naissance à de fausses notions sur la théopneustie.

Je dis qu'elles ne sont pas exactes. — Elles contredisent les faits. — La révélation immédiate ne précède point nécessairement l'inspiration; et

(1) De discrimine revelat. et inspirationis.

quand elle la précède , elle n’en est pas la mesure. Le vide de l'air a prophétisé ! ; une main sortant d’une muraille a écrit les paroles de Dieu ?; un animal muet a réprimé de sa part la folie d’un prophète %. Balaam a prophétisé sans le vouloir ; Daniel, sans le comprendre; et les fidèles de Corinthe, sans connaître même les mots que le Saint- Esprit venait de mettre sur leurs lèvres #.

Je dis ensuite que ces définitions engendrent ou recèlent de fausses notions sur la théopneustie, — Elles supposent, en effet, que l'inspiration ne serait que l'expression naturelle d’une révélation surnaturelle, et que les hommes de Dieu n'auraient eu qu à consigner eux-mêmes humainement dans leurs livres ce que le Saint-Esprit leur avait fait voir divinement dans leur intelligence. L’inspiration est plus que cela. L’Écriture n’est pas seulement la pensée de Dieu, élaborée par l'esprit de l’homme, pour se répandre dans les paroles de l’homme : elle est la pensée de Dieu et la parole de Dieu.

VII. Le Saint-Esprit ayant, dans tous les siècles, illuminé les élus de Dieu, et leur ayant de plus départi, dans les anciens jours, des pouvoirs miraeu-

(1) Gen., x, 14, etc.; 1v, 6. — Exode, ni, 6, etc.; XIX, 3, etc. — Deut., 1v, 12. — Mal., 1,17; XVII, 9, elCi — (2) Daniel, v, 5.—(3)2 Pier., u, 16.—(4) 1 Cor., XIV.

leux, dans lequel de ces deux ordres de dons spirituels faudra-t-il ranger la théopneustie ?

Il faut la ranger dans l'ordre des dons extraordinaires et tout miraculeux. Le Saint-Esprit, dans tous les siècles, éclaire les élus par sa vertu puissante et intérieure, leur rend témoignage de Jésus !, les oint de par le Saint, leur enseigne toutes choses, et les convainc de toute la vérité ?. Mais, outre ces dons ordinaires d’illumination et de foi, le même Esprit en a répandu d’extraordinaires sur les hommes chargés de promulguer et d'écrire les oracles de Dieu. La théopneustie est l’un de ces dons.

VIT. La différence entre l’illumination et la théopneustie est-elle donc dans l’espèce, ou seulement dans le degré?

La différence est dans l’espèce, et non pas seulement dans le degré.

IX. Cependant les apôtres n’ont-ils pas, outre l'inspiration, reçu du Saint-Esprit l’i{lumination, dans une mesure extraordinaire, et dans son degré le plus éminent? |

Dans son degré le plus éminent, c’est ce que personne ne peut affirmer; dans un degré extraordinaire, C'est ce que personne ne saurait contredire.

(1) Jean, xv, 26.—{2) 1 Jean, 1, 20-27; Jean, xiv, 16-26: vi1, 38-99.

SUR LES POINTS PRINCIPAUX. 159 L’apôtre Paul, par exemple, n'avait « reçu l’é- « vangile d'aucun homme, mais par une révélation de J.-C. 1»

Il écrivait «TOUTES SES LETTRES, nous dit saint « Pierre ?, non-seulement en paroles enseignées «par le Saint-Esprit 3, comme l’a été LE RESTE « DES ÉcriTuRES ( de l’Ancien-Testament }, mais «selon une sagesse qui lui avait été donnée {». Il avait la connaissance du mystère de Christ 5. J.-C. n'avait pas promis à ses apôtres de leur don- . ner seulement « une bouche », mais « une sagesse », pour lui rendre témoignage 6. David, quand il semblait ne parler que de lui-même dans les Psaumes, SAVAIT que c'était du Messie qu’il fallait entendre ses paroles; «parce qu’il était pro- « phète, et qu'il connaissait, que, de ses reins, Dieu « ferait naître, selon la chair, le Christ, pour le « faire asseoir sur son trône 7. »

X. Pourquoi donc ne dirait-on pas que la théopneustie n’est que l’illumination dans sa mesure la plus élevée et la plus abondante?

Gardez-vous de le dire ; car vous n’auriez alors de l'inspiration qu'une idée étroite, confuse, contingente, et toujours incertaine. — En effet,

(1) Gal., 1, 12-16.— 1 Cor., xv, 3. —(2) 2 Pier., 111, 15- 16.—(3) I Cor., 1, 13.—(4) 2 Pier., ur, L5-16. — (5) Eph., ar, 3.—(6) Luc., xx1, 15.—(7) Act., 11, 30.

1° Dieu, qui souvent a réuni dans un même homme l’un et l’autre de ces dons, les a souvent aussi voulu séparer, pour nous faire comprendre qu'ils diffèrent essentiellement l’un de l’autre, et que, réunis , ils sont indépendants. Tout chrétien véritable à le Saint-Esprit !; mais tout chrétien n’est pas inspiré; et tel homme qui profère les paroles de Dieu, peut n’en avoir reçu ni les affections, ni les lumières vivifiantes.

20 On peut montrer avec évidence, par un grand nombre d'exemples, que l'un de ces dons n'était point la mesure de l’autre ; et que la théopneustie des prophètes ne se proportionnait point à leur intelligence, non plus qu’à leur sainteté.

3° Bien loin que l’un de ces dons fût la mesure de l’autre , on peut dire même que la théopneustie paraît avec d'autant plus d'éclat, que l’illumination de’ l'écrivain sacré demeure en arrière de son inspiration. Quand vous voyez les prophètes les plus éclairés de l'Esprit de Dieu se courber sur leurs propres pages, après les avoir écrites, et chercher à comprendre le sens que l’Esprit, qui était en eux, venait de leur faire exprimer, il doit vous devenir évident que leur théopneustie était indépendante de leur illumination.

4° En supposant même l’illumination du pro-

(1) 1. Jean, u, 20-27.—Jér., xxxt, 84.—Jean., vr, 48.

phète élevée à son plus haut degré , elle n’était cependant jamais à la hauteur de la pensée divine ; et il pouvait y avoir, dans la parole qui leur avait été dictée, beaucoup plus de sens que n’en voyait encore le prophète. — David, sans doute, en chantant ses Psaumes, savait 1 qu’ils désignaient « celui « qui devait naître de ses reins, pour s’asseoir sur « son trône à perpétuité ; » la plupart des prophètes, comme Abraham leur père, voyaient le jour de Christ ; ils en tressaillaient de joie ?; «ils s’atta- « chaient à sonder ce que le Saint-Esprit venait de « leur faire écrire sur les souffrances du Messie, et « sur la gloire qui les devait suivre » ;... et cependant, notre Seigneur nous atteste que le plus simple chrétien, le plus petit (en connaissance) dans le royaume de Dieu, en sait plus là-dessus que le plus grand des prophètes f.

5° Ces dons diffèrent entre eux par des caractères essentiels que nous dirons bientôt.

6° Enfin, c’est toujours l'inspiration du livre qui nous est présentée comme un objet de foi, jamais l’état intérieur de celui qui l'écrit. — Son savoir ou son ignorance n’affecte en rien la confiance

(1) Act., 11, 30.—(2) Jean, vur, b6.—(3) 1 Pier., 1, 11.— (4) Math., x1. 11. Michaëlis Introd., tome I, page 116-129, Traduction française. (Cet auteur pense que, dans ce passage, le plus petit désigne le plus petit prophète.)

que je dois à ses paroles ; et mon âme doit toujours regarder, non pas tant à ses lumières, qu'au Dieu de toute sainteté qui me parle par sa bouche. Le Seigneur voulut, il est vrar, que la plupart de ses historiens fussent aussi les témoins de ce qu'ils racontaient. Ce fut sans doute pour que le monde les écoutàt avec plus de confiance, et ne pût élever de doutes raisonnables sur la vérité de leurs réeits. Mais l’Église, dans sa foi, regarde beaucoup plus haut; les lumières des écrivains lui sont imparfaitement connues et comparativement indifférentes : ce quelle connaît, c’est leur inspiration. Ce n’est jamais dans le sein du prophète qu’elle en va chercher la source; c'est dans celui de son Dieu. « Christ parle en moi, lui dit saint Paul; et « Dieu a parlé à nos pères dans les prophètes f. » « Pourquoi donc auriez-vous les yeux arrêtés sur «nous, » lui disent tous les écrivains sacrés, «comme si c'était par notre puissance .ou notre « sainteté que nous eussions fait cette œuvre ?? » Regardez en haut!

XI. S'il existe donc, entre les deux grâces spirituelles de l'illumination et de l'inspiration, une différence spécifique, en quoi faudra-t-1l dire qu’elle consiste ? |

Quand vous seriez dans l'impossibilité de le dire,

(1) 2 Cor., xt, 5.—-Héb.,1, 1'{éu).—(2).Acts, mretat

vous n'en seriez pas moins obligé, par les raisons précédentes, de déclarer que cette différence existe. Pour pouvoir répondre entiérement à cette question, il faudrait que vous connussiez la nature et ie mode de l’un et de l’autre de ces dons; tandis que le Saint-Esprit ne nous a jamais expliqué, ni comment il verse les pensées de Dieu dans l’entendement d’un fidèle, ni comment il place les paroles de Dieu dans la bouche d’un prophète. Cependant nous pouvons signaler ici deux caractères essentiels, par lesquels ces deux opérations du Saint- Esprit se sont toujours montrées distinctes : l’un de ces caractères se rapporte à leur durée, et l’auire à leur mesure.

Quant à la durée, l’illumination est continue, tandis que l'inspiration est intermittente. Quant à la mesure, l’illumination a des degrés, tandis que l'inspiration n'en comporte pas.

XIT. Qu’entend-on en disant l’illumination continuë, et l'inspiration intermittente ?

L'illumination d’un fidèle par le Saint-Esprit est une œuvre permanente. Quand elle a commencé pour lui au jour de sa nouvelle naissance, elle y va croissant, et l'accompagne de ses clartés jusqu’au terme de sa carrière. Cette lumière, sans doute, n’est que trop obseurcie par ses infidélités et ses négligences ; mais elle ne se retirera plus

entièrement de lui. « Son sentier, dit le Sage, est comme la lumière resplendissante qui augmente son éclat, jusqu'à ce que le jour soit en sa perfection 1. » « Quand il a plu à Dieu, qui, l’avait élu dès le ventre de sa mère, de révéler son Fils en lui ?, » il conserve jusqu’à la fin la connaissance du mystère de Jésus-Christ, et peut toujours en exposer les vérités et les gloires. Comme « ce n’est pas la chair et le sang qui lui ont révélé ces choses, mais lie Père Ÿ, cette onction qu'il a reçue de par le Saint { demeure en lui, dit saint Jean, et il n’a pas besoin que personne l'enseigne; mais comme la même onction l’instruit de toutes choses, et qu'elle est véritable, ainsi, selon qu'il en a été enseigné, il demeurera en elle. » — L'illumination demeure donc sur le fidèle; mais 1l n’en est pas ainsi des dons miraculeux, ni de la théopneustie, qui est l’un de ces dons ÿ.

Quant aux dons miraculeux, ils furent toujours intermittents chez les hommes de Dieu, si l’on en excepte le seul homme qui « n’ait pas reçu l'esprit par mesure 6. » L’apôtre saint Paul, par exemple, qui dans un temps ressuscitait Eutyche, et par qui Dieu faisait des actes extraordinaires de puis-

(1) Prov., 1v, 18.— (2) Gal., 1, 15. — (3) Math, xvi, 17. — (4) 1 Jean, 11, 20-27.—(5) 1 Cor., x1v, 1. — Act., xIx, 6. {(6)Jean, ni, 34. N

sance !, tellement qu'il suffisait que des mouchoirs et des linges eussent touché son corps et fussent posés sur les malades , pour que les guérisons s’opérassent; dans d’autres temps ne pouvait soulaser ni son collègue Trophime, ni son cher Epa-

phrodite, ni son fils Timothée ?. — Il en est de même de la théopneustie, qui n’est que le plus excellent des dons miraculeux. — Elle ne s’exer-

çait que par intervalle dans les prophètes du Seigneur. Les prophètes, et même les apôtres, qui (comme nous le montrerons) étaient prophètes et plus que prophètes Ÿ, ne prophétisaient point aussi souvent qu'ils le voulaient. La théopneustie leur était envoyée par intermittence ; elle venait sur eux selon que l’Esprit-Saint la leur voulait donner (autos To nvebua édiDoU autos aropbéyyes0at) #; car « Jamais « prophétie ne fut apportée par une volonté « d'homme, dit saint Pierre 5; mais c’est poussés « par l’Esprit-Saint que les saints hommes de Dieu « parlèrent. » Dieu parlait « dans les prophètes (& TOLS TpophTaLs), » dit saint Paul ; quand il le voulait, à diverses reprises (rovpép&), aussi bien qu’en diverses manières (rovrpérus). — « En tel jour et en tel temps, est-il souvent écrit, la parole de Jéhovah

(1) Act., x1x, 11-19.—(2) 2 Tim., av, 20.—Philip., 11, 27. —1 Tim., v. 23. —(3) Eph., m1, 4-5 : av, 11. — Rom., xvi, 25-27. — (4) Act., 1, 4.— (5) 2. Pier., 1, 21.

fut sur tel homme (9R mr 27 m7)» — « La dixième année, au douzième jour du dixième mois, la parole de Jéhova me fut, » disait le prophète 1. — « En l’an xv de l'empire de Tibère, la parole de Dieu fut sur Jean, fils de Zacharie » (£yéero püua Oeos ëri loéwny 2); et au huitième jour, Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit, et prophétisa, disant... °

Ainsi donc, on ne doit pas imaginer que l'infaillibilité divine du langage des prophètes (et même des apôtres), se continuât au delà des temps où ils accomplissaient leur tâche miraculeuse, et où l'Esprit les faisait parler. En dehors de la théopneustie, ils étaient le plus souvent 1lluminés, sanctifiés et gardés de Dieu, comme peuvent l'être encore de nos jours des hommes saints et fidèles ; mais alors ils ne parlaient plus comme « portés et poussés par le Saint-Esprit; » leur langage pouvait être digne encore de la plus respectueuse attention; mais c'était un saint qui parlait, ce n’était plus Dieu : ils redévenaient faillibles.

XIIT. Peut-on citer des exemples de cette faïllibilité qui s’attachait à leur langage, en dehors de la théopneustie ?

Les exemples se présentent en foule. On a vu

(1) Jér.,1, 1,xx1x. 1, et ailleurs. — (2) Luc, in, 1-2, — (3) Luc., 1, 59 67, 41-42.

souvent des hommes, après avoir été pour un temps la bouche de l’Éternel, devenir plus tard de faux prophètes, et prétendre menteusement, lorsque l'Esprit saint avait cessé de parler en eux, prononcer encore les paroles de Jéhovah; « bien que « l'Eternel ne les eût point envoyés, ne leur eût «point donné de charge, et ne leur eût point « parlé. » — « Ils ne prononçaient plus alors que « les visions de leur cœur ; ils n'étaient plus alors « la bouche de Jéhovah t. »

Sans parler même ici de ces hommes iniques, non plus que du profane Saül, ou de Balaam, qui furent pour quelque temps au nombre des prophetes, pensera-t-on que toutes les pareles du roi David aient été infaillibles, pendant le cours de cette longue année qu'il passa dans l’adultère? Et cependant « ce sont ici, nous dit l’Écriture, les der- «nières paroles de David, qui composa les doux «cantiques d'Israël : L'EsPRIT DE L'ÉTERNEL 4 « PARLÉ PAR MOI, ET SA PAROLE A ÉTÉ SUR MA « LANGUE ? ». — Pensera-t-on que toutes les paroles du prophète Salomon fussent encore infaillibles, lorsqu'il tomba dans l’idolâtrie en sa vieillesse, et que le salut de son âme devint un problème pour l’Église de Dieu? — Et pour en venir

(1) Jér., xiv., 14: xx, 11-16. — Ezéch. xur, 2-3. —

(2) 2 Sam., XxIE, 1-2:

ETES Ps à Per: a . 4 2 #4

RCE à Pal té

jusqu'aux saints apôtres et, prophètes du Christ (Eph., 3, 5), pensera-t-on que toutes les paroles de Paul lui-même fussent infaillibles, et qu’il pût dire encore que « Christ parlât par lui ‘, » lorsqu'il y eut de l’aigreur (xapoëvouss) entre lui et Barnabas ?? — ou lorsque, se méprenant, au milieu du Conseil, sur la personne du souverain sacrificateur, 1l « injuria le prince de son peuple, » et cria : Dieu te frappera, paroi blanchie! — ou bien en-

core (puisqu'il peut rester quelque doute sur le

caractère de cette réprimande), pensera-t-on que toutes les paroles de l’apôtre saint Pierre fussent infaillibles , quand, à Antioche , il se montra si répréhensible» (xersmwouéos); quand il eut peur des envoyés de saint Jacques ; quand il usa d’hypoerisie ; et quand il força l’apôtre saint Paul à luivré- « sister en face, en présence de tous, parce qu'il «ne marchait pas de droit pied, selon la vérité de € l'Évangile (oùx nv épBoroSnouc) ? »

XIV. Que faut-il donc conclure de cette première différence que nous venons de reconnaître entre l'illumination et l'inspiration, quant à la durée de ces dons?

Il faut en conclure :

1° que ces deux opérations du Saint-Esprit dif-

(1) 2? Cor., xut, 3.—(2) Act., xv, 39.

fèrent dans leur essence, et non pas seulement dans leur degré ;

2° que l’infaillibilité des écrivains sacrés a dépendu, non de leur illumination (qui, bien qu'élevée à une mesure extraordinaire chez quelques-uns d’entre eux , leur a cependant été commune avec tous les saints), mais uniquement de leur théopneustie ; |

3° que les paroles théopneustiques, ayant été toutes miraculeuses, sont aussi toutes des paroles de Dieu ;

4° que notre foi dans chaque partie de la Bible, n'étant plus fondée sur lillumination des écrivains, mais sur l'inspiration de leurs Écritures, n’a plus à se livrer à l'étude perplexe de leur état intérieur, du degré de leurs lumières, ou de celui de leur sainteté ; mais à s'appuyer en tout sur Dieu, en rien sur l'homme.

XV. Si telle a été la différence de l'illumination et de l'inspiration dans les prophètes et dans les apôtres , quant à la duree de ces dons , quelle a-telle été quant à leur mesure ?

L’illumination a des degrés; la théopneustie n'en comporte pas. Un prophète est plus ou moins éclairé de Dieu; mais sa parole n’est pas plus ou moins inspirée. Elle l’est, ou elle ne l'est pas ; elle est de Dieu, ou n’est pas de Dieu. I n'y à là ni me-

sure, ni degré; ni accroissement, ni diminution. — David était illuminé de Dieu; Jean-Baptiste le fut plus que David ; un simple chrétien peut l'être plus que Jean-Baptiste; un apôtre le fut plus que ce chrétien, et Jésus-Christ plus que cet apôtre. — Mais la parole inspirée de David, que dis-je ? la parole inspirée de Balaam lui-même, est de Dieu, comme celle de Jean-Baptiste, comme celle de saint Paul , comme celle de Jésus-Christ! C’EST LA PA- ROLE DE DIEU. — Le plus illuminé des saints peut ne point parler par inspiration , tandis que le plus méchant, le plus ignorant et le plus impur des hommes peut « ne point parler de son propre mouvement » (äy'éauroÿ ox ärew), mais par théopneustie (a rpopnrebqat ) 1.

Dans un homme vraiment régénéré , 1l y a toujours l'esprit divin et l'esprit humain, qui agissent à la fois, l’un éclairant , l’autre obseureissant; et l’illumination sera d’autant plus grande que l’action de l’Esprit divin y surpassera celle de l'esprit humain. Dans les prophètes, et surtout dans les apôtres, se trouvaient aussi ces deux éléments. Mais , gràces à Dieu , notre foi dans les paroles de l’Écriture ne dépend nullement de l’issue inconnue de ce combat qui se livraitentre l'esprit et la chair, dans l'âme des écrivains sacrés. — Notre for va droit au cœur de Dieu.

(4) Jean, x£, 51.

XVI. Peut-il résulter beaucoup de mal de la doctrine d’après laquelle le langage de l’inspiration ne serait que l'expression humaine d’une révélation surhumaine, et, pour ainsi dire, qu’un reflet naturel d'une illumination surnaturelle ?

Il en résultera toujours l’un de ces deux maux : ou bien l'on abaissera les oracles de Dieu au niveau des paroles des saints ; ou bien l’on élèvera celles-e1 au niveau des Ecritures.

C'est une conséquence funeste, dont l'alternative s’est reproduite dans tous les siècles. Elle était inévitable.

Tous les hommes vraiment régénérés étant éclairés du Saint-Esprit, il s’'ensuivrait, d'après cette doctrine, qu ils posséderaient tous, bien qu’en des degrés divers, l'élément de l'inspiration; en sorte que, selon l’idée arbitraire que vous vous serez formée de leur état spirituel, vous serez inévitablement porté, tantôt à leur assimiler les écrivains sacrés, tantôt à les élever eux-mêmes au rang des hommes inspirés d’en haut.

XVIL. Peut-on citer des sociétés religieuses où se soit réalisé le premier de ces deux maux; Je veux dire, où l’on ait été conduit, par cet endroit, à faire descendre les Écritures au niveau des paroles des saints ?

Tous les systèmes des docteurs protestants qui

supposent quelque mélange d'erreur dans les saintes Écritures sont fondés sur cette doctrine ; -— depuis Semler et Ammon, jusqu’à Eichhorn, Paulus , Gabler, Schuster et Restig ; — depuis M. de Wette, jusqu'aux systèmes plus respectueux de Michaëlis, de Rosenmüller, de Scaliger, de Capellus, de Jean Le Clerc, ou de Vossius, — Suivant ces théories, la lumière divine, dont l'intelligence des écrivains sacrés était éclairée, pouvait éprouver quelques éclipses partielles , par l'effet inévitable de leurs infirmités naturelles , d'un défaut de mémoire , d’une ignorance innocente, d’un préjugé populaire ; en sorte que leurs écrits en ont gardé la trace, et qu on y peut reconnaitre où sont tombées leurs ombres.

XVIIT. Peut-on citer aussi des sociétés religieuses où le second de ces maux se soit consommé; Je veux dire , où, pour avoir voulu confondre l’inspiration avec l’illumination, on ait élevé des saints et des docteurs au rang des hommes théopneustiques ?

On en pourrait surtout citer deux, les Juifs et les Latins.

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