XXII. Et qu'est-il résulté. de ces énormités
C’est que, par là, des millions et des millions d'âmes immortelles, en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Amérique, et jusque dans les Indes, bien qu’elles portent partout le livre intact et complet du Nouveau-Testament, bien qu'elles n’aient pas cessé de le lire, en latin, tous les jours du dimanche, dans mille et mille temples, pendant douze cents années, ont été détournées des fontaines de la vie; ont donné, comme les Juifs, « plus d'attention aux paroles des scribes qu’à celles de la loi, ».ont détournéleurs enfants, suivant le conseil d'Éléazar, « de l'étude de la Bible, pour les mettre aux pieds des sages ; » ont trouvé, comme Rabbi Jacob, « les paroles des scribes plus aimables que celles des prophètes. » —
SUR LES POINTS PRINCIPAUX. 181 C’est par-là qu'ils ont pu maintenir , depuis douze siècles , les doctrines les plus contraires à la parole de Dieu t, sur le culte des images ?, sur l’exaltation des prêtres, sur leur célibat forcé, sur leur confession auriculaire, sur l’absolution qu'ils y osent donner; sur le pouvoir magique qu'ils attribuent, même au plus impur d’entre eux, de créer son Dieu par trois paroles latines , opere operato ; sur un sacerdoce ecclésiastique dont l'Écriture n’a jamais parlé ; sur l’invocation des morts ; sur la prééminence spirituelle de la ville que l’Écriture à nommée Babylone; sur l'usage d’une langue inconnue dans le culte; sur l’empire céleste de la femme bienheureuse, mais humble, à qui Jésus a dit luimême : « Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi? »sur la messe; sur le retranchement de la coupe; sur l'interdiction des Écritures au peuple; sur les indulgences ; sur le purgatoire ; sur l'épiscopat universel d’un prêtre d'Italie ; sur l'interdiction des viandes ; — en sorte que, de même qu'on annule l’unique sacerdoce du Fils de l’homme en établissant d’autres sacerdoces par milliers; de même qu'on annule sa divinité en reconnaissant des
(1) Exod., xx, 4 5.— (2) Quisquis elanguerit erga venerabilium imaginum adorationem (xpooxévnat), hunc anathematizat sancta nostra et universalis synodus! ( fut-il écrit à l'Empereur, au nom de tout le Second Covcile de Nicée. ) — ( Conc., tome VIT, p. 583.)
milliers de demi-dieux ou d'hommes morts, présents en tous lieux, entendant sur toute la terre les plus secrètes prières des humains, protégeant les villes et les royaumes, accomplissant des miracles en faveur de leurs adorateurs ;... de même aussi on annule l'inspiration de l’Écriture , en reconnaissant par milliers d’autres écrits qui partagent avec elle l'autorité divine, et qui surpassent et engloutissent son éternelle infaillibilité!
C'était contre des prétentions toutes semblables des hérétiques de son temps que saint [rénée disait : « Quand on veut les convainere par les Écri- « tures, ils en viennent à s’en prendre aux Écritures «elles-mêmes, comme si elles étaient imparfaites, « ou manquant d'autorité, ou incertaines, et comme «si l’on ne pouvait y trouver la vérité lorsqu'on «ignore la tradition ; parce que celle-ci a été don- «née, non par écrit, mais de vive voix {. »
« Est-ce bien, leur dit encore Jésus, que vous « annuliez le commandement de Dieu, pour obser- «ver votre tradition! — Pen irritum Jacilis præ-
(1) Adv. Hæres., lib. 11, cap. 2. Cum enim ex Scripturis arguuntur, in accusationem convertuntur ipsarum Scripturarum, quasi non rectè habeant, neque sint ex autoritate, et quia variè sint dictæ, et quia non possit ex his inveniri veritas ab his qui nesciant traditionem. Non enim per litteras traditam illam, sed per vivam vocem.
« ceplum Dei, ut traditionem vestram servelis ! » (Mare, vir, 9.)
XXIIL, Sans prétendre en aucune manière expliquer comment le Saint-Esprit a pu dicter les pensées et les paroles des Écritures (puisque la connaissance de ce mystère ne nous est ni donnée, ni demandée), que peut-on reconnaître dans cette action divine ? :
Deux choses : premièrement, une zmplsion, c’est-à-dire une action sur la volonté des hommes de Dieu, pour les porter à parler et à écrire ; et secondement, une suggestion, c’est-à-dire une action sur leur sntelligence et sur leurs organes ; pour produire, d’abord au-dedans d'eux, des notions plus ou moins élevées de la vérité qu'ils allaient prononcer ; et ensuite ,ez dehors d'eux, les expressions humaines les plus divinement convenables à la pensée éternelle du Saint-Esprit.
XXIV. Cependant faut-il admettre que les Écrivains sacrés n'aient été simplement que les plumes, les mains, les secrétaires du Saint-Esprit ?
Ils ont été des mains, des secrétaires et des plumes, sans doute ; mais ils ont été presque toujours, et en des mesures très-diverses, des plumes vivantes, des mains intelligentes, des secrétaires dociles , émus et sanctifiés.
XXV. Cependant la parole de Dieu n’a-t-elle pas souvent été écrite par occasion?
Oui, sans doute; et l’occasion a été préparée de Dieu, comme l'écrivain. — Le Saint-Esprit, dit « Claude 1, s’est servi de la plume des Évangélis- « tes. et des prophètes. Il leur a fourni les occa- « sions d'écrire; il leur en a donné le désir et les « forces ; la matière, la forme, l’ordre, l’économie, « les expressions sont de son inspiration immé- « diate et de sa direction. »
XXVI. Mais ne reconnait-on pas avec évidence, dans la plupart des saints livres, le caractère individuel de celui qui l'écrit?
On se garde de le méconnaître; et l'on admire au contraire qu'il en soit ainsi. Le caractère indi-
viduel, qui vient de Dieu, et non du péché et de la chute, a été préparé et sanctifié de Dieu, pour l’œuvre à laquelle Dieu l'avait destiné.
XX VII. Devons-nous donc penser que tout soit également inspiré de Dieu, dans chacun des livres de la sainte Écriture ?
L’Écriture, en parlant de ce qu’elle est, n’admet aucune distinction. Tous les livres sacrés, sans aucune exceptioh, sont la parole du Seigneur.
(1) Claude. OŒEuvres posthumes, vol. IV, p. 228.
SUR LES POINTS PRINCIPAUX. 185 Toure L'ÉCRITURE, dit saint Paul (rise ypégn), EST INSPIRÉE DE DIEU.
Cette déclaration, nous l’avons déjà dit, est susceptible de deux constructions, suivant qu’on pré- ‘ère placer le verbe sous-entendu avant ou après le mot grec que nous traduisons ici par znsptré de Dieu ; — Y'une et l’autre de ces constructions établissent invinciblement que, dans la pensée de l’Apôtre, tout, sans exception, dans chaque livre des Écritures, est dicté par l'Esprit de Dieu. — En effet, dans l’une et dans l’autre, l’Apôtre atteste également que ces SAINTES LETTRES (ca pa ypéur uarz), dont il venait de parler à Timothée, sont toutes des £'critures thcopneustiques.. |
Or, on sait qu'aux jours de Jésus-Christ toute l'Église ne désignait qu'UN SEUL ET MÊME EN- SEMBLE DE LIVRES par Écriture, la Sainte Écriture, ou les Écritures, ou les Saintes Lettres, ou la Loi et les Prophètes (yräga À, ou à ypagé äyia?, où ui ypagai $., OU Ô vôpos nai où mpogires és OU Ta éspè ypépuara $ ), — C’étaient les 22 livres sacrés que les Juifs tenaient de leurs prophètes, et sur les-
(1) 2 Pier.,1, 20.—Jean, xix, 37.—(2) Jean, x, 35; xVu, 12. Rom.,1,-2.—(3) Jean, v, 39.—Matth., xxx, 42; xx VI, 94. — Rom., xv, 4.—1 Cor., xv, 3.—(4) Act., xxiv, 14.—Luc, XVI, 16, 29, 31. — Matth., v, 17, 18.— Jean, x, 84.—(5) 2 Tim., in, 15.
quels ils étaient tous dans un parfait accord f.
Cette entière et parfaite théopneustie de toutes les Écritures des Juifs était tellement, aux jours de Jésus-Christ, la doctrine de tout cet ancien peuple de Dieu (comme elle était celle de Jésus-Christ, de Timothée et de saint Paul), que nous en lisons ce témoignage dans le général juif Josèphe (qui avait atteint déjà sa trentième année ?, à l'époque où l’Apôtre Paul écrivait sa seconde épître à Timothée). « Jamais (dit-il, en parlant des «22 livres» de l’Ancien Testament, quil appelle +& id ypaupara, comme saint Paul ici les appelle r& tspx yeépuara), «Jamais, « quoique déjà tant de siècles se soient écoulés, « personne n’OSa ni en OTER, nl Y AJOUTER, ni y « TRANSPOSER quoi que ce soit #; car c’est pour « TOUS LES JUIFS comme une pensée née avec
(1) Voyez Krebs et Lœsner, sur 2 Tim., 11, 15.—(2) Il est né l’an 37. Voyez sa vie. Edit. Aureliæ Allobr., p. 999. — (5) Contre Appion, lib. I, p. 1037. ( Aÿo péva æpds toîs éxoot 6v6lua ).— Nos Bibles comptent 39 livres dans PA.-T.; mais Josèphe et les anciens Juifs, dédoublant les livres de Samuel, des Rois et des Chroniques, et faisant respectivement un seul livre de Ruth avec les J'uges, d'Esdras avec Néhémie, de Jérémie avec ses Lamentations, et enfin d’Osée avec les onze Petits-Prophètes qui viennent à sa suite, réduisaient de 17 unités notre calcul moderne de leurs livres sacrés.—(4) Oùre TIPOXGEINAI rec oÛdëv, oùrs ADEAEIN aÿrév, oùre METAOEI- NAIÏ rerokunzev.
« EUX (HAS: de cupouroy écruw), aussitôt après les pre- « miers jours de leur naissance! , de les appeler « LES ENSEIGNEMENTS DE DIEU, d y demeurer, et, «s’il le faut, de mourir avec joie pour les main- « tenir. »
« Is nous sont donnés (dit-il encore) par l’in- « spiration qui vient de Dieu (aura TAY ÉTUTYOLKY TV ATO « T000e05), Mais, quant aux autres livres, composés « depuis les temps d’Artaxerxès , ils ne sont point « regardés comme dignes d’une foi semblable... »
On ne cite point iei ces passages de Josèphe comme une autorité pour notre foi, mais comme un témoignage historique, qui nous montre dans quel sens l'apôtre saint Paul à parlé, et qui nous atteste qu'en mentionnant les saintes lettres (ra ip ypäuuara), el en disant qu’elles sont toutes des Ecritures théopneustiques, il a voulu nous déclarer qu’à ses yeux il n’y avait rien, dans les livres sacrés, qui ne fût dicté de Dieu.
‘Or, puisque les livres du Nouveau-Testament sont tp& ypépuara, Saintes É critures, lÉ criture, Les Saintes Lettres, aussi bien que ceux de l'Ancien; puisque les apôtres ont placé leurs écrits, et que saint Pierre, par exemple, a mis TOUTES LES ÉPI-
(1) EUODS èx ris mporüs yevécems dvouaèety «ré OEOY AOT-- MATA (suivant d’autres : depuis la première génération). —
(2) Iiotems de oùyr Guolas Etre.
TRES DE PAUL (räoas täs émisrokä), au même rang que LE RESTE DES ÉCRITURES (ôs mai räs domds TPAPAS); nous en devons conclure que tout est inspiré de Dieu, dans tous les livres sacrés de l’Ancien et du Nouveau-Testament.
XXVIIT. Mais, si tous les livres sacrés (74 ispa pévpara) sont théopneustiques, comment pouvonsnous reconnaître que tel ou tel livre est un livre sacré, et que tel autre n’en est pas un?
C'est, en grande partie, une question tout historique.
XXIX. Cependant les Églises Réformées n’ontelles pas soutenu que c'était par le Saint-Esprit qu'elles reconnaissaient la divinité des livres sacrés; et, par exemple, la Confession de foi des Églises de France ne dit-elle pas, en son article 1v, que « nous connaissons ces livres être canoniques, «et règle très-certaine de notre foi, non pas tant « par le commun accord et consentement de l’É- «glise que par le témoignage et la persuasion du « Saint-Esprit, qui nous les fait discerner d’avec « les autres livres ecclésiastiques ? »
Cette maxime est d’une parfaite vérité, si vous lappliquez à l’ensemble des livres saints. — Dans ce sens, la Bible est évidemment un livre évrémesvos, qui n’a besoin que de lui-même pour être cru.
Pour quiconque l’étudie « avec sincérité et comme « devant Dieu !, » elle se présente avec évidence et par elle-même, comme un livre miraculeux : elle révèle ce qui est caché dans les consciences ; elle discerné les pensées et les affections du cœur. Elle a prédit l'avenir; elle a changé la face du monde ; elle a converti les âmes; elle a créé l’Église. Elle produit ainsi dans les cœurs « un té- « moignage et une persuasion-intérieure du Saint- « Esprit, » qui en atteste l’inimitable divinité, indépendamment d'aucun témoignage des hommes.
— Mais nous ne pensons pas que nos églises aient jamais prétendu qu'on püût s’en tenir à cette marque pour discerner tel ou tel livre, tel ou tel chapitre, tel ou tel verset de la parole de Dieu. et pour en constater la céleste origine. Elles pensent que, pour ce détail, il faut regarder, comme elles l’ontdit, « au commun accord et consentement de l’Église.» — Nous devons admettre comme divin le code entier des Écritures, avant que chacune de ses parties nous ait pu prouver par elle-même qu’elle est de Dieu. — Ce n’est pas à nous de juger ce livre; c’est ce livre qui nous jugera.
XXX. Cependant Luther ?, en partant d’un principe posé par saint Paul ? et par saint Jean-f, na-
(1)2 Cor., 11, 17,—{9) Dans sa préface aux épîtres de Jacques et de Jude.—{3) 1 Cor., 111, 9-10.—(4) 1 Jean, 1v, 2.
t-il pas dit que « la pierre de touche sur laquelle on peut reconnaître certaines Écritures pour divines, c’est celle-ci : Prêchent-elles le Christ, ou ne le prêchent-elles pas 1? » — Et, chez les modernes, le docteur Twesten ne dit-il pas aussi « que les diverses parties des Écritures sont plus ou moins inspirées , Suivant qu'elles sont plus ou moins prédicantes ; et que l'inspiration ne s’étend aux mots et aux choses historiques que dans ce qui à rapport à la conscience chrétienne, dans ce qui vient de Christ, ou ce qui sert à nous montrer Christ ? ? »
Christ est sans doute le chemin, la vérité et la vie ; l'esprit de la prophétie, sans doute, c’est. le témoignage de Jésus *; mais cette pierre de touche, entre nos mains, pourrait être trompeuse : 1° parce que beaucoup d'écrits parlent admirablement de Christ sans être inspirés ; 2° parce que, bien que tout, dans les Écritures inspirées, se rapporte à Jésus-Christ, nous pouvons n’y pas apercevoir au premier abord ce divin caractère ; et 3° enfin , parce que nous devons CROIRE , avant de le voir, que toute l’Écriture est propre à in- «struire, à convaincre, à Corriger, à Instruire
. (1) 0b sie Christum treiben, oder nicht. — (2) Vorlesungen üver die Dogmatik, 1829. I. B. p. 421-429. — (3) Jean, xiv, 6.—Apoc., xix, 10.
« dans la justice, et à rendre l’homme de Dieu ac- « COmpli pour toute bonne œuvre {. »
XXXI. Quelles raisons avons-nous donc pour reconnaître comme sacrés chacun des livres qui forment aujourd’hui pour nous le recueil des Écritures ?
Pour l’Ancien-Testament, nous avons le témoignage de l'Église Juive ; et, pour le Nouveau-Tesment, le témoignage de l’Église Catholique.
XXXII. Que faut-il entendre ici par le témoignage de l’Église Juive?
IL faut entendre le consentement de tous les Juifs : égyptiens et syriens, asiatiques et européens, sadducéens et pharisiens ?, anciens et modernes, bons et mauvais.
XXXIIT. Quelle raison avons-nous de tenir pour divins les livres de l’Ancien-Testament que l’Église des Juifs nous a donnés pour tels ?
Il est écrit que « les oracles de Dieu leur ont
(1) 2 Tim., un, 16. — (2) Voyez Josèphe, contre Appion, liv. 1, p. 1037. — Philon, dans Eichhorn — Joseph in Nov. Repert., p. 239.—De Æzypticis Judæis: ef. Eichhorn. Einleit ins. À. T. R. I. 6 21, p.73, 89, 91, 113, 114, 116. — De Sadducæis, $ 35, p. 95.—Et Semier ( App. ad liberal., V, T. interpret., p. 11. — Eichhorn, Allg. Bibl. der bibl. Litterat. T.IV, p. 275, 276.
été confiés ! » : ce qui signifie que Dieu, dans sa sagesse , les a choisis pour être, sous le gouvernement tout-puissant de sa providence, desürs dépositaires de sa parole écrite. Jésus-Christ a reçu leur code sacré, et nous l’acceptons comme lui.