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XXXIV. Notre foi dépendrait-elle donc des Juifs

Les Juifs sont tombés souvent dans l’idolâtrie ; ils ont renié la foi; 1ls ont tué leurs prophètes; ils ont crucifié le Roi des rois; ils ont ensuite endurci leurs cœurs depuis près de deux mille ans; ils ont comblé la mesure de leurs péchés, et «la colère est parvenue sur eux au dernier terme ?. » — Toutefois, « les oracles de Dieu leur ont été confiés. » Et, bien que ces oracles les condamnent ; bien qu'un voile demeure sur leur cœur, quand ils lisent l’Ancien-Testament * ; bien qu'ils aient, depuis des siècles, méprisé la parole de Dieu, et adoré leur Talmud ; ils N'ONT PAS PU ne nous pas donner intact et complet le Livre des Ecritures ; et V’historien Josèphe. pourrait dire encore d'eux ce qu'il en écrivait il y a dix-huit cents ans : « Après que « déjà tant de siècles se sont écoulés (rosouroÿ yo « aiuvos #0n rapwynrotis), Personne, parmi les Juifs, « n’a rien 0Sé AJOUTER ni RETRANCHER, ni TRANS- « POSER dans les saintes Écritures #. »

(1) Rom., nr, 2. — (2) 1 Thess:, 11, 16. — (3) 2 Cor., rx, 15 —(4) Voyez cette citation à la question 27€.

t-2 Me, ©

XXXV. Quels ont donc été la garantie, la cause etle moyen de cette fidélité des Juifs?

Nous ne répondrons à cette question qu’en trèspeu de mots.— La garantie en a été dans les promesses de Dieu ; la cause, dans la providence de Dieu ; et le moyen dans le concours des cinq circonstances suivantes :

1° la religion des Juifs, qui a poussé jusqu’à la superstition leur respect pour la lettre des Écritures ;

2° les travaux infatigables des Masorèthes, qui l'ont surveillée avec tant de soin , jusque dans ses moindres accents ;

3° la rivalité des sectes judaïques, dont aucune n’eût jamais autorisé l’infidélité des autres ;

4° la dispersion extraordinaire de ce peuple dans toutes les contrées du monde, longtemps avant la ruine de Jérusalem ; car « dès les généra- «tions anciennes, disait saint Jacques 1, Moïse « avait dans chaque ville (païenne) des gens qui le « prêchaient et qui le lisaient, chaque sabbat, dans «les synagogues ; »

5° enfin la multitude innombrable des exem-

plaires du Livre Sacré, répandus chez toutes les nations.

(1) Act., xv, 21.—Josèphe atteste souvent le même fait.

XXXVI. Et quant au Nouveau-Testament, que faut-il entendre maintenant par le témoignage de l'Église Catholique ?

Il faut entendre par là le consentement universel des églises anciennes et modernes, asiatiques et européennes, bonnes et mauvaises, qui réclament le nom de Jésus-Christ; c’est-à-dire, non-seulement les sectes fidèles de la bienheureuse Réformation, mais la secte grecque, la secte arménienne , la secte syriaque, la secte romaine, et peut-être même les sectes ! unitaires.

XXX VIT. Notre foi serait-elle donc fondée sur l’Église Catholique?

Toutes les églises ont erré ou pu errer. — Plusieurs ont renié la foi, persécuté J.-C. dans ses membres, nié sa divinité, anéanti sa croix, rétabli le culte des statues et des images taillées, exalté les prêtres, versé le sang des saints, interdit les Écritures au peuple, fait mourir par le feu les

(1) À l’exemple de lEcriture, nous croyons pouvoir emp'oyer le nom d’église comme désignant tantôt tout ce que rassemblent les filets de l’évangile, tantôt seulement ce qu'il y à de pur et de vivant. — Etquant au nom de secte (œïpeauc, Al, XXIV, 145 xx vi, 5; xxvVuI, 22), à Pexemple de lApôtre, nous ne l’employons ici ni dans un bon ni dans un mauvais

sens.

fidèles qui les voulaient lire en une langue vulgaire , établi dans le temple de Dieu celui qui s'y assied comme un Dieu, dominé sur les Ecritures, adoré les traditions, fait la guerre à Dieu, et jeté la vérité par terre. — Cependant les nouveaux oracles de Dieu leur ont été confiés, comme ceux de l’Ancien-Testament l’étaient aux Juifs. — Et

bien que ces oracles les condamnent, bien qu'elles aient depuis des siècles méprisé les Écritures et presque adoré leurs traditicns , elles N'ONT PAS PU ne pas nous donner intact et complet le livre des Écritures du Nouveau-Testament, et l’on peut dire d'elles ce que Josèphe a dit des Juifs : « Après que « déjà tant de siècles se sont écoulés, jamais per- «sonne dans les Églises n’a rien osé ajouter ni « retrancher dans les saintes Écritures.» Il a fallu,

malore elles, qu'elles nous les transmissent dans leur intégrité.

XXXVIIL Cependant n’y a-t-1l pas eu, dans la chrétienté , une secte puissante, qui, depuis trois cents ans, à introduit dans le canon des Écritures des livres apocryphes, désavoués des Juifs! (comme l’atteste même le pape saint Grégoire)?, et rejetés

(1) Josèphe contre App., liv. 1, 8.—Eusèbe, H. E., lib. mn, €. IX, X. — (2) Exposé sur le livre de Job. — Voir Histoire du Concile de Trente, de Fra Paolo, tome F, liv. 11, sect.

196 PREÉCIS DIDACTIQUE.

des Pères de l’ancienne église.1 (comme l’atteste saint Jérôme) ? |

C’est ce qu'ont fait, il est vrai, pour la secte latine , les cinquante-trois personnes qui composaient, au 8 avril 1546, le fameux Concile de Trente, et qui prétendaient représenter l’ÉGLisE UNIVERSELLE DE JÉSUS-CHRIST 5! Mais elles ne l'ont pu faire que pour l’Ancien-Testament, qui est confié aux Juifs, et non pas aux Chrétiens. Ni ce concile, ni aucune des églises mêmes les plus corrompues et les plus idolâtres, N'ONT JAMAIS PU ajouter un seul livre apocryphe au Nouveau-Testament. Dieu ne l’a pas permis, malgré tout leur mauvais vouloir. — C'est ainsi que les Juifs ont pu rejeter le Nouveau-Testament, qui ne leur est pas commis ; tandis qu’ils N'ONT JAMAIS EU introduire aucun livre d'homme dans l’Ancien-Testa-

(1) Origène (Eusèbe, H. E., lib. 1v, c. 26).—Saint Athanase (Epître pascale). — Saint Hilaire (Prolog. in Psalmos, p. 9. Paris, 1693).— Saint Epiphane (Lardner, vol. 1v, p. 312).— Saint Grégoire de Naziauze (Carm. 33. Op., tome I, p. 98). - (2) In præfat., ad libr. Regum; sive Prologo. galeato ( Voy. Lardner , vol. v. p. 16-22). — Judith, et Tobiæ , et Macchabœorum libros legit quidem Ecclesia ; sed eos inter canonicas Scripturas non recipit ( Præfat. in Libros Salom. Epist. 115 ). — Voyez aussi Symbolum Ruffini, tome IX, p. 186 ( Paris, 1602.).— (3) Quarante-huit évêques et cinq cardinaux, tous ou presque tous ltalieus. Fra Paolo, t. FE, iv. 11, 6 57.

ment. Dieu ne le leur a jamais permis non plus; et ils en ont en particulier toujours exclu ceux que les cinquante-trois ecclésiastiques de Trente y ont prétendu faire entrer au nom de l’Église universelle.

XXXIX. Et quelle a été la garantie, la cause et le moyen de cette fidélité de l’Église universelle à nous transmettre les oracles de Dieu dans le Nouveau-Testament ?

Nous ne répondrons à cette question qu’en trèspeu de mots.

La garantie en a été dansles promesses de Dieu; la cause, dans la providence de Dieu; et le moyen, dans le concours surtout des circonstances suivantes :

1° la religion des anciens Chrétiens, et leur respect extraordinaire pour les textes sacrés ; respect qui se montrait en toute occasion, dans leurs églises! , dans leurs conciles*, dans leurs ser-

(1) Photius contr. Manich., t. I; apud Wolf. anecd., p. 32 sq. —J. Ciampini rom. vetera monum., 1, p. 126 sq. — Toutes les congrégations chrétiennes, en Orient, et jusqu’aux plus pauvres, sardaient dans leurs ôratoires un recueil des livres saints. (Voyez Proleg. de Scholz.) — (2) Cyrill. Alex. in Apol. ad Theodos., imp. — Act. Concil. ed. Mansi, t. VI, col. 579; VII, col. 6; IX, col. 187; XII, col. 1009, 1052,al. . Dé-

ments 1, et jusque dans leurs habitudes domes-

> e tiques ? ;

2° le travail des docteurs ,en divers siècles, pour a conservation du texte sacré ;

3 les abondantes citations scripturaires faites par les Pères de l’Église ;

4° la jalousie mutuelle des sectes dans lesquelles s’est subdivisée l'Eglise chrétienne ;

5° les versions faites dès les premiers siècles en plusieurs langues anciennes ;

6” le nombre et l’abondante dissémination des manuscrits du Nouveau-Testament ;

7° la dispersion du nouveau peuple de Dieu , jusqu'aux extrémités de l’Asie, et jusqu’aux dernières limites de l'Occident.

XL. Résulte-t-il donc de ces faits que l’autorité des Écritures soit fondée pour nous, comme l’a dit Bellarmin 5, sur celle de l'Église ?

ense, sous peine d’excommunication, de vendre les livres sacrés à des droguistes, ou autres marchands, qui ne Îles achetassent pas pour les lire (6€ Conc. in Trullo. Can. 68.) |

(1) Corb.byz., I, p. 422, ail. .—(2) Voyez saint Jérôme, préf. sur Job.—S. Chrysost., Hom.19, De Statuis. Les femmes, dit-il, avaient coutume de pendre au cou de leurs enfants des exemplaires des Evangiles.—Voyez le 68° canon du VIe Conc. u Trullo.—(3) Lib. x de Conciliis, €. 12.

Les docteurs de Rome, il est vrai, sont allés jusqu’à dire que, sans le témoignage de l’Église, l’Écriture n’a pas plus d'autorité que Tite-Live, que l’Alcoran , ou que les fables d'Ésope !; et Bellarmin, ayant sans doute horreur de ces sentences impies, a voulu distinguer l'autorité de l’Écriture en elle-méme et par rapport à nous (quoad se, et quoad nos). Dans ce dernier sens, a-t-il dit, l’Écriture n’a d'autorité que par le témoignage de l'Eglise. — Notre réponse sera très-simple :

Toute manifestation ayant trois causes, une cause objective, une cause subjective, et une cause instrumentale, on peut dire aussi que la connaissance que nous recevons de l’autorité des Ecritures a d’abord, pour cause objective, la sainte Bible elle-même, qui prouve sa divinité par sa propre beauté et par ses propres œuvres ; en second lieu, pour cause subjective ou efficiente, le Saint-Esprit ?, qui confirme et qui scelle à nos âmes le témoignage de Dieu ; et troisièmement enfin, pour cause instrumentale, V'Église, non la Romaine, non la Grecque, plus ancienne que la Ro-

(1) Hosius contra Brentium, lib. 1. — Eckius, de auth. Ecclesiæ. — Bayli Tractat. [, Catech., 9, 12.— Andradius, lib. tt. — Defens. Conc. Trident. Stapleton, adv. Wittaker ; lib. 1, C. 17,—(2) Esaïe, Liv, 13, Lix, 21,

maine, non même la Syriaque, plus ancienne que l’une et que l’autre, mais l'Église Universelle.

Le pieux Saint Augustin exprime cette triple cause, dans son livre côntre l’épitre de Manichée, appelée fundamenti. — En parlant du temps où il était encore manichéen, il dit ! : « Je n’eusse pas « cru à l'Evangile si je n’y eusse été amené par « l’autorité de l’Église; » mais il a soin d'ajouter : « Suivons ceux qui nous invitent à Croire d'abord, « lorsque nous ne sommes point encore en état de « voir; afin que, par la foi même, étant rendus « plus capables (valentiores), nous méritions de «comprendre ce que nous croyons. Alors ce ne « seront plus les hommes, ce sera Dieu lui-même

«au-dedans de nous qui affermira notre âme, et « l’illuminera. »

Dans cette affaire donc, l'Eglise est une servante

(1) Evangelio non crederem (suivant l’usage africain, pour credidissem, comme Confess., lib. 11, c. 8 : St tunc amarem, pour amavissem) nisi me Ecclesiæ commoveret (commovisset) authoritas (ch. 5.) — (C'était la d’ailleurs un latin très classique : « Non ego hoc ferrem, a dit Horace, pour tulissem. Lib., 11, ode, 14.) — Eos sequamur qui nos invitant prius credere, quüm nondum valemus intueri, ut ipsà fide valentiores facti, quod credimus intelligere mereamur , non jam hominibus, sed ipso Deo intrinsecüs mentem nostram firmante et illuminante (c. 14). — Opera August, Paris, Mabillon, l. VIII.

et non pas une maitresse; un dépositaire, et non pas un juge. Elle exerce un office, et non pas une autorité, 7ninisterium , non magisterium 1. Elle rend un témoignage, et non pas une sentence.

Elle discerne le canon des Écritures , elle ne l’a pas fait : elle a reconnu leur authenticité, elle ne l’a pas donnée — Et comme les hommes de $ichem cruren. à Jésus-Christ par le moyen de la femme impure, mais pén'tente, qui les avait appelés auprès de lui, nous disons à l’Église : « Ce n’est « plus à cause de ton dire que nous croyons; car « nous-mêmes l’avons entendu, et nous savons que « celui-e1 est véritablement le Christ, le Sauveur « du monde ?. » — Nous avons donc cru per eam, non propter eam ; par son moyen, el non à cause d'elle. Nous l’avons trouvée à genoux; elle nous a montré son Maître; nous l’avons reconnu; et nous nous sommes agenouillés avec elle. — Si je me mêle aux derniers rangs d’une armée impériale, et si je leur demande de me montrer leur Prince, pour me conduire à lui, ils feront, à son égard , pour moi, ce qu'a fait l'Église à l'égard des Écritures. Ils n’appelleront pas leur régiment l'armée écumerique ; et surtout ils ne diront pas que l'Empereur n'ait d'autorité que par leur té-

(1) Turrettini, Theologia elenct., vel. [, loc. 2, quæst. 6.— (2) Jean, 1v, 42.

moignage, soit quant à lui-même, soit par rapport . à nous; soit guoad se, soit quoad nos (pour parler avec Bellarmin). — L'autorité des Écritures n’est donc pas fondée sur l'autorité de l’Église : c’est l'Église qui est fondée sur l'autorité des Écritures.

XLI. Si l’authenticité des Écritures se prouve en grande partie par l’histoire, comment s'établit leur théopneustie ? |

Uniquement par les Écritures.

XLIT. Mais un tel argument est-il rationnel?

N'y fait-on pas une pétition de principe, et n'y prouve-t-on pas l'inspiration par l'inspiration ?

Il y aurait pétition de principe si, pour prouver que les Écritures sont inspirées, nous invoquions leur témoignage, en les supposant inspirées. Mais on se garde bien de procéder ainsi. On considère d’abord uniquement la Bible comme un document historique, digne de nos respects par son authenticité, et au moyen duquel on peut connaître la doctrine de Jésus-Christ, à peu près comme on apprendrait celle de Socrate par les livres de Platon, ou celle de Leibnitz par les écrits de Wolff. Or ce document nous déclare, dans toutes ses pages, que le système entier de la relision quil enseigne est fondé sur le grand fait d’une intervention miraculeuse de Dieu dans la

SUR LES POINTS PRINCIPAUX. 205 * révélation de son histoire et de ses dogmes.

Le savant Michaëlis lui-même, dont les principes sur l’inspiration sont si relâchés , déclare que de l'authenticité des écrits apostoliques résulte nécessairement leur inspiration. Il n’y a pas de milieu, dit-il : si leur récit est vrai, ils sont inspirés ; s’ils n'étaient pas inspirés, ils ne seraient pas sincères ; mais ils sont sincères, done ils sont inspirés. I n'y a rien dans un tel raisonnement qui puisse ressembler à une pétition de principe. 1

XLIII. Si c’est par la Bible elle-même que l’on établit le dogme d’une certaine inspiration dans les livres sacrés, par où peut-on prouver que cette inspiration est universelle, et qu’elle s’est étendue jusqu'aux moindres détails de ieurs enseignements?

Si ce sont les Ecritures qui nous disent leur théopneustie, ce sont elles seules aussi qui pourront nous apprendre en quoi cette théopneustie a consisté. Pour admettre leur inspiration sur leur seul témoignage, il a dû nous suflire d'être assurés qu'elles sont authentiques; mais, pour admettre leur pleine inspiration, nous aurons quelque chose de plus : car nous pourrons invoquer leur témoignage , comme décrits déjà reconnus pour être divins. Ce ne seront plus seulement des livres authentiques, qui nous diront : Je suis inspiré ; ce

- 204 PRÉCIS DDA CTIQUE.

seront des livres authentiques et inspirés, qui nous diront : Je le suis entièrement. — Les Écritures sont zasptrées,affirmons-nous, parce que, étant authentiques et vraies, elles se disent inspirées ; mais aussi les Écritures sont pleinement inspirées, ajoutons-nous, parce que étant inspirées , elles disent l'être entièrement et sans aucune exception.

C’est donc ici tout simplement un dogme que la Bible nous apprendra, comme elle nous enseigne tous les autres. Et de même que nous croyons, parce qu'elle nous le dit, que Jésus-Christ est Dieu, et qu'il s’est fait homme ; de même aussi croyonsnous que le Saint-Esprit est Dieu, et qu'il a dicté toutes les Ecritures.

Section Il. — Sur les adversaires et les défenseurs de la doctrine.

XLIV. Quels sont les docteurs qui ont combattu la doctrine de l'inspiration ?

Avant de les énumérer ici, nous devons faire une observation générale : c’est qu’à l'exception du seul Théodore de Mopsueste, ce théologien philosophe, dont les nombreux écrits, si fort entachés de pélagianisme, furentcondamnés, pour leur nestorianisme , dans le cinquième Concile univer-

sel (Constantinople, 553 ), et dont les principes sur la théopneustie furent très-relâchés; à l'exception, disons-nous, de Théodore de Mopsueste, on n’a pas pu citer , dans le long cours des HUIT PREMIERS SIÈCLES DU CHRISTIANISME, un seul docteur qui ait méconnu la pleine inspiration des Ecritures, si ce n'est dans le sein des plus violentes hérésies qui aient tourmenté l'Eglise chrétienne, je veux dire chez les Gnostiques, les Manichéens, les Anoméenset les Mahométans. — Saint Jérôme lui-même, qui s’est permis quelquefois, en parlant du style de certaines parties des livres saints, un langage dont la témérité sera réprouvée par tous les hommes pieux {, maintient cependant, même pour de tels passages , l'entière inspiration de toutes les parties de la sainte Écriture ?; et il y voit encore , sous ce qu'il appelle la grossièreté du langage et la folie apparente des raisonnements, des intentions du Saint-Esprit pleines d'art et de profondeur. —- Et si, nous transportant des jours de saint Jérôme à quatre cents ans au delà, nous en venons jusqu'au célèbre Agobard, que le docteur Du Pin a

(1) Qui solæcismos in verbis facit, qui non potest hyperbaton reddere sententiamque concludere... ( Comment. in epist. ad Titum, lib. I (ad cap., 1, 1).—Et ad Eph., lib. I (ad cap. ii, 1). — Voyez aussi son Comment. sur V'Ép. aux Galat.)— (2) Proem. in ep. ad Philem. — Commentar. iu ep. ad Galat., lib. I.

prétendu être le premier des Pères de l’Éghse qui ait abandonné la doctrine d’une inspiration verbale {, c’estt rès-injustement, dit le docteur Rudelbach, qu'on élève contre cet évêque une telle accusation. Il est vrai qu’en disputant contre l’abbé Frédégise ?, touchant la latitude permise aux traducteurs latins à l'égard des mots du texte sacré, il soutenait que la dignité de la Parole de Dieu consiste dans la puissance du sens, et non dans la pompe des mots; mais il avait soin d’ajouter que « l'autorité des apôtres et des prophètes demeure «intacte, et qu'il n’est permis à personne de croire «qu'ils eussent pu placer une lettre autrement « qu'ils ne l'ont fait; parce que leur autorité est « plus forte que le ciel et la terre ÿ. »

Si donc nous voulions classer, dans l’ordre des temps, les hommes qui se sont élevés contre l’entière théopneustie de nos livres sacrés , il faudrait placer :

Au n° siecle, les Gnostiques ( Valentin, Cerdon, Marcion , son disciple , ete.). Ils croyaient à deux principes égaux, indépendants, contraires et coéternels, l’un bon et l’autre mauvais; l’un, père de Jésus-Christ, et l’autre, auteur de la loi; et dans

(1) Du Pin, docteur de Sorbonne. Prolégom. sur la Bible, liv. 1, v. 256. — (2) Agobard , adv. Fredeg., lib. C, 9-19. — (3) Rudelbach, Zeitschrift, 1er cahier, 1840, page 48.

cette pensée, ils rejetaient le Pentateuque, tout en n admettant dans le Nouveau-Testament que l’évangile de Luc, et qu’une partie des épitres de Paul.

Aux siecle, Manès ou Manichée, qui, se disant le paraclet promis par Jésus-Christ, corrigeait les livres des chrétiens, et y ajoutait les siens.

Au 1v° siecle, les Anoméens ou ultra-ariens (car Arius lui-même tenait un langage plus réservé ), lesquels soutenaient, avec Aetius, leur chef, que le Fils, intelligence créée, dissemblable 1 au Pere, a revêtu un corps humain sans âme humaine. — Ils parlaient des Écritures avec une irrévérence qui équivalait à la négation de leur entière inspiration. « Quand on les pousse par des raisons scripturaires, dit saint Épiphane, ils s’'échappent par cette parole : C’est comme homme que l’Apôtre à dit ces choses ; ou par celle-ci : Pourquoi m'opposes-tu l’Ancien - Testament ? » — Et qu'ajoute le saint évêque ? «Il était dans l’ordre que ceux qui «renient la gloire de Christ reniassent plus en- « core celle des apôtres 2.»

Au v° siècle, Théodore de Mopsueste, chef de l’école d’Antioche, philosophe habile, et théologien savant, mais téméraire. Il ne nous reste de ses

(1) Âvopoude : de là leur nom.—(2) Epiphan., advers. hær., LXX, Vi.—Actii salutat. Confut., ve.

nombreux ouvrages que des fragments conservés par d’autres auteurs. Ses livres, avons-nous dit, furent condamnés (deux cents ans après sa mort) au concile de Constantinople. On y cita, par exemple, ses écrits contre Apollinaire, où il disait — que le livre de Job n’est qu'un poëme provenant d'un fond paien; — que Salomon avait sans doute r'eÇU Àcyor poses, MAIS NON Pas \6yoy copies ; — que le Cantique des cantiques n’est qu'un long et insignifiant épithalame , sans caractère ou prophétique, ou historique, ou scientifique, et dans le genre du Symposion de Platon, ete., etc. f,

Au Vie siècle, Mahomet (dont la fausse religion n’est plutôt qu’une hérésie du christianisme, et qui parle du Christ pour le moins aussi honorablement que l'ont fait la plupart des Sociniens), Mahomet reconnaissait et citait souvent comme inspirés les livres de l’Ancien et du Nouveau-Testament ; mais il les disait corrompus, et, comme Manès, il y ajoutait les siens.

Aux X11° et xl siècles, à ce qu’il semble, naquit et se formula d'abord chez les Juifs talmudistes, le système des docteurs modernes qui ont voulu

(1) Acta concilii Constantinop., H, collat. 1v, 65, 71, apud Harduin.— Acta concil., tome nr, p. 87-89. — (2) Voyez Joséphe contre Appion, lib. I, c. 7, 8; et Philon, éd. Hæschel, p. 515 et p. 918. |

classer les divers passages de la sainte Écriture sous divers ordres d'inspiration, et réduire la théopneustie à des proportions plus ou moins naturelles. Ce fut sous la double influence de Ia philosophie aristotélienne et de la théologie du

Talmud que les Juifs du moyen-âge, en cela bien

différents des anciens Juifs *, imaginèrent cette théorie. C'était le temps des Salomon Jarchi, des David Kimchi, des Averroës, des Aben-Ezra, des Joseph Albo, et surtout de Moïse Maïmonides, ce Juif espagnol qu’on a nommé l'aigle des docteurs. — Maïmonides , empruntant les termes vagues du : péripatétisme , enseignait que la prophétie n’est point un produit exclusif de l’action du Saint-Esprit. De même, disait-il, que, si l’entellectus agens ( l'influence intellectuelle qui est en l’homme) s’associe plus intimement avec la raison, il en nait la secta sapientum speculatorum ; et que, si cet agent opère plutôt sur l'imagination, il en nait la secta politicorum, legislalorum, divinatorum , et præsligiatorum ; de même aussi, lorsque ce principe supérieur exerce son action d'une manière plus parfaite sur ces deux facultés de l'âme à la fois, il en naît la secta prophetarum.— Presque tous les docteurs juifs modernes ont adopté-les idées de Maimonides ; et ce paraït avoir été là aussi

(1) Josèphe contre Appion, lib. E, e. 7, 8, et Philon, ed. Hœschel, p. 515 et p. 918.

le système moderne de Schleiermacher sur linspiration, C'est en partant de ces principes que les docteurs ont admis plusieurs degrés d'inspiration dans les prophètes. Maïmonides en comptait tantôt huit, tantôt onze. Joseph Albo les réduisait à quatre, et Abarbanel à trois. Ils appliquaient ces distinctions des divers degrés d'inspiration à la division du Vieux-Testament en Loi, Prophetes et Hagiographes (omn3 mwa mnn). Les kethubim, selon lui, n'auraient pas reçu l'esprit prophétique (1 nNt25), mais seulement le Saint. Esprit (w7p1 mm), qui n'aurait été, d’après lui, qu’une faculté de l’homme, par laquelle il prononçait des paroles de sagesse et de sainteté #. |

L'école allemandemodernedes adversaires del’inspiration paraît donc n'être qu’une reproduction de la théorie des rabbins du xui° siècle, ou qu'un emprunt fait aux docteurs talmudistes de nos jours.

Au XVI stecle, Socin ? et Castellion 5 soutenaient que les écrivains sacrés manquent quelquefois de mémoire , et peuvent errer sur des sujets de faible importance.

Au XVI° siecle, trois ordres d’adversaires, au dire du célèbre Turrettini !, combattaient l'inspiration. — C'étaient, outre les incrédules proprement

(1) Mosis Maïmonides, More Nebuchim, part. 11, €. 37 et 45.—Rudelbach (ut suprà), p. 53. — (2) De Author. Seript. —(3) In Dialogis. —(4) Theol. elenctic., loc. 2, quæst. 5.

dits (atheos et gentiles ) : 1° les fanatiques (enthu-

siasiæ), qui accusaient l’Écriture d’imperfection,

pour exalter leurs révélations particulières ; 2° les sectateurs du pape (pontifieir ), qui ne craignaient pas , dit-il, de trahir la cause du christianisme en lé la corruption du texte original ( fonum ), pour exalter leur traduction Vulgate; 3° les

rationalistes de diverses classes (Zbertin:), qui,

tout en demeurant dans l’Église, ne cessaient d’ébranler l’autorité des Écritures, en objectant des passages difficiles et des apparences de contradictions (éropa x évavrioqavà ),

Dans la dernière moitié du xviie siecle, cette troisième classe d'adversaires s'était fort multiphiée en Allemagne. — Semler donna la première impulsion à ce quil appelait l'interprétation libérale des Écritures : il repoussa toute inspiration, nia toute prophétie, et traita tout miracle d’allégorie ou d’exagération !. — Ammon, plus tard, établit des règles positives pour cette manière impie d’expliquer les faits miraculeux ?. — Une légion de docteurs aussi téméraires, Paulus, Gabler, Schuster, Restig, et beaucoup d’autres, firent, dans leurs écrits, avec abondance, l'application pratique de ces principes. — Eichhorn, plus récemment, a ré-

(1) Préface du Compendium de Schultens, sur les Prover-

bes, par Vogel. Halle, 1769, p. 5.— (2) De interpret. narrationum mirab, N.-T. (en tête de son Ernesti).

duit en système la doctrine rationaliste de la prophétie!. — M. de Wette, dans son Manuel préliminaire, n’a paru voir aucune prédiction véritable dans les prophètes, et ne trouver d'autre différence entre ceux d'Israël et ceux des nations païennes que l’esprit de morale et de sincérité qui caractérise le monothéisme, et qui purifiait (dit-il) la prophétie hébraïque, tandis qu'il manquait aux voyants d’entre les paiens ?. — M. Hug , dans son Introduction aux écrits du Nouveau-Testament * , ne parle nulle part de l'inspiration. — Michaëlis l’admet pour une partie des Écritures, et la rejette pour l’autre. Ainsi faisait Jean Le Clerc, au siècle passé £. Rosenmüller est encore plus inégal.

Dans ces dernières années cependant, chez les Allemands, des théologiens plus respectueux ont admis divers degrés d'inspiration dans les diverses parties des Écritures ; tout en y distinguant des passages qui ne se rapportent pas, disent-ils, au salut; et tout en prétendant y voir, comme faisaient autrefois Socin et Castellion, des fautes de mémoire et des erreurs, sur des

(1) Eivleitung in das Alte Testament; 4° édit., Gœtting., 1824. T.1v, p. 45. — (2) Zweyte verbessete Auflage. Berlin, 1822, p. 279. Lehrbuch. Anmerkungen.—(3) Einleitung, ete., 2e édit., 1821. — (4) Sentiments de quelques théologiens de Hollande. Lettr. x1, xt. —La Chambr., Traité de la Religion, tome IV, p. 159 et suivantes.

sujets, à leurs yeux, d’une faible importance.

Chez jies Anglais, on à vu récemment aussi des hommes, d’ailleurs respectables, se permettre de ranger sous différentes classes d'inspiration les sentences de la parole de Dieu.

XLV. Peut-on citer beaucoup de docteurs illustres de l'Eglise qui aient soutenu la pleine inspiration des Ecritures ?

C’est la doctrine uniforme de TouTE L'EGLIS# jusqu'aux jours de la Réformation.

« À peine , dit Rudelbach, y a-t-il un seul point « à l’égard duquel ait régné, dans les huit pre- « miers siècles de l'Eglise, une plus grande et plus « cordiale unanimité !. »

Nous recommandons au lecteur désireux de ces témoignages de l’histoire la dissertation récemment publiée, sur ce sujet, par le savant docteur de Glauchau que nous venons de nommer. — L'auteur, passant d’abord en revue les huit cents premières années de l’ère chrétienne , y établit, par de trèsnombreuses citations des Pères grecs et latins, les principes suivants : |

(1) Kaum ist irgend ein Punct, worüber im Alterthume cire groessere und freudigere Einstimmigkeit herrschte. ( Zeitschrift von Rüdeibach und Guerike, 1840, 1e, vol., p. 1 à 47: Die Lebre vou der Inspiration der heiligen Schrift, mit Berücksichtigung der neüesten Untersuchungen darüber, von Schleiermacher, Twesten und Steudel. )

1° L'ancienne Eglise enseigne d’une voix unanime que tous les écrits canoniques de l’Ancien et du Nouveau-TestamentsSONT DONNÉS PAR LE SAINT- Esprir de Dieu ; — et c’est sur ce seul fondement (et indépendamment de l'intelligence morcelée que l’imperfection humaine peut en acquérir ) que l’Eglise fondait sa foi dans la perfection des Ecritures.

2° L'ancienne Eglise, en conséquence de cepremier principe, maintient aussi fermement L'INFAIL- LIBILITÉ des Ecritures que ieur suffisance (aÿrapciav) et que leur plénitude. — Elle n’attribue pas seulement à leurs auteurs sacrés l’axiopistie, c’est-à-dire une crédibilité pleinement méritée, mais aussi l’aulopisue, c'est-à-dire un droit à être crus, indépendamment de leurs circonstances ou de leurs qualités personnelles, et à cause de l'autorité infaillible et céleste qui les a fait parler.

3° L'ancienne Eglise, considérant toute l'Eeriture comme une parole de Dieu adressée à l’homme et dictée par le Saint-Esprit , a toujours maintenu qu'il ne s’y trouve RIEN D'ERRONÉ,—rien d'inutile, rien desuperflu; —et que, dans cette œuvre divine, comme dans celle de la création, on pourra reconnaître toujours, au milieu de la plus riche abondance, la plus grande et la plus sage économie. Chaque mot y aura son but, son point de vue, et sa sphère d'efficacité. « Vihil otiosum, nec sine signo, neque sine argumento apud eum »(rénée) ; —

ss

SUR LES POINTS. PRINCIPAUX. 215 « FÜV DUR... ÉpYRÉOUEVOY To ÉXUTOŸ Épyov ( Origène ). ÿ'— 23 C’est en établissant et en défendant avec force lun et l’autre de ces caractères des Ecritures que l’ancienne Eglise a fait connaître l’idée haute et profonde qu'elle avait de leur théopneustie.

4 L'Eglise ancienne a toujours soutenu que la doctrine de la sainte Ecriture est PARTOUT LA MÊME , et que l'Esprit du Seigneur y fait entendre partout un seul et même témoignage. — Elle s’est élevée avec force contre cette science, faussement ainsi nommée ( { Tim., vi, 20 ), qui, déjà dans les premiers siècles, s’était formulée däns les doctrines des Gnostiques , et qui, prétendant attribuer de l’imperfection à l’Ancien-Testament, supposait des contradictions entre un apôtre et un autre apôtre. |

5° L’ancienne Eglise pensait que l'inspiration doit être avant tout considérée, il est vrai, comme un état passif, mais comme un état dans lequel les facultés humaines, LOIN D'ÊTRE ÉTOUFFÉES ou mises de côté par l’action du Saint-Esprit, étaient élevées par sa vertu, et remplies de sa lumière.—Elle a souvent comparé l’âme des prophètes et des apôires « à un instrument à cordes, que l’Esprit-Saint « mettrait en jeu pour en tirer les divins accords « de la vie (Athénagore 1). »— «Leur tâche était

(1) Legatio pro Christianis, ç. 9.

de se présenter purement à l'action puissante du Saint-Esprit, afin que son archet divin, en descendant du ciel sur la cithare humaine, la fit servir à nous révéler la connaissance des mystères du ciel (Justin Martyr !).»— Mais, à leurs yeux, cette cithare, toute passive qu’elle était quant à l'action de Dieu, c'était un cœur d'homme, une âme d'homme, une intelligence d'homme, renouvelée par le Saint-Esprit et remplie de la vie divine.

6° L'ancienne Eglise, tout en maintenant cette action continue du Saint-Esprit dans la composition des Ecritures, repoussait avec force les fausses notions que certains docteurs, surtout parmi les Montanistes, cherchaient à propager, touchant l’activité de l'Esprit de Dieu et la passivité de l’esprit de l’homme dans la théopneustie ; comme si le prophète, cessant d’être maître de ses sens, eût été dans l’état que les païens attribuaient à leurs sybilles (uavix où éxoraca), — Tandis que les Cataphrygiens prétendaient qu'un homme inspiré perd ses sens sous la puissante influence de la vertu divine (excidit sensu, obumbratus scilicet virtute divinä ?), l'Eglise ancienne soutenait au contraire que le prophète NE PARLE POINT DANS UN ÉTAT D'EXTASE (non loquitur in xsrasa 5), et qu'on peut

(1) Ad Græcos cohortatio, c. 8.—(2) Tertullien, adv. Marcion, Hb, iv, ch. 22, — (3) Hieronym., Proem. in Nahum.—

distinguer par ce caractère les faux prophètes d’avec'les vrais. — C'était la doctrine d’Origène contre Celse (lib. vir, c. 4); comme aussi de Miltiade, de Tertullien, d’'Epiphane, de Chrysostôme, de Basile, et de Jérôme contre les Montanistes.

7° L'ancienne Eglise, en cherchant, par D’AU- TRES DÉFINITIONS que nous n'’indiquerons pas ici, à rendre plus claire l’idée de la théopneustie, et à la dégager des difficultés dont on l’obseureit quelquefois, montrait encore par cet endroit combien cette doctrine lui était chère.

8° L'ancienne Eglise pensait que, pour mériter le nom d’action de Dieu, l'inspiration doit s'étendre AUX PAROLES aussi bien qu'aux choses.

9° L'ancienne Eglise, — par SON MODE constant DE CITER les Ecritures, pour établir et défendre ses dogmes ; — par sa manière aussi de les EXPo- SER et de les COMMENTER; — et enfin par L'USAGE qu’elle en recommande à tous les chrétiens sans exception, comme un privilége et un devoir; l’ancienne Eglise, par ces trois habitudes de sa vie, montre (encore plus fortement, s’il est possible, qu'elle ne l’a pu faire par des déclarations directes) combien elle était profondément attachée à la doctrine d’une inspiration verbale.

Præfat. in Habacuc, in Esaïam.—Epiphan. adv, bæreses, lib. u,—Hæres., 48, ç. 3.

Et ce n’est pas seulement par son exposition de la Parole que l’ancienne Eglise nous montre à quel point l’entière inspiration des Ecritures était pour elle un axiome inébranlable ; elle vous le montrera plus fortement encore, si vous voulez la suivre quand elle est occupée de CONCILIER LES CONTRA- DICTIONS apparentes que présentent quelquefois les récits des Evangiles. — Quand elle a essayé de quelque explication, elle n’y insiste pas; mais elle se hâte de conclure que, quelle qu’en soit la valeur, une conciliation de ces passages existe nécessairement, et que la difficulté n’est qu’apparente, parce que la cause de la difficulté est dans notre ignorance, et non dans l’Ecriture. — « Qu'il «en soit ainsi, ou qu’il en soit autrement (dit-elle « avec Julius Africanus), n'importe; l'Evangile de- « meure entièrement vrai (ro LLÉvTOL Evayy£lov TAVTOS &n0eve) ! ! » — C’est là toujours sa conclusion sur la parfaite solubilité de toutes les difficultés qu'on peut lui présenter dans la parole de Dieu.

10° L'ancienne Eglise était si fortement attachée à la doctrine de la personnalité du Saint-Esprit et de son action souveraine dans la composition de toutes les Ecritures, qu’elle ne se faisait aucune

(1) Dans sa lettre à Aristide, sur l’accord des Evangiles rapportant les deux généalogies de Jésus-Christ. (Eusèb., Hist. ECORD 24, Ce |

peine d'admettre en même temps la plus grande variété et LA PLUS GRANDE LIBERTÉ dans les phénomènes, dans les occasions, dans les personnes, dans les caractères, et dans toutes les circonstances extérieures sous le concours desquelles cette œuvre de Dieu s’est accomplie. — En même temps qu’elle reconnaissait avec saint Paul que, dans toutes les opérations de cet Esprit, « c’est un seul et même « Esprit qui distribue ses grâces à chacun en par- « ticulier, selon qu'il le veut (1-Cor., x11, 11), » elle admettait également que, dans l’œuvre de la théopneustie, la causalité divine s’est exercée au milieu d’une grande liberté, quant aux manifestations humaines. — Et qu’on veuille bien remarquer avec Soin qu'on ne verra point, dans l’ancienne Église, une: certaine classe de docteurs adopter l’un de ces points de vue (celui de la causalité et de la souveraineté divine), et une autre classe de docteurs s'attacher exclusivement à l’autre (celui de la personnalité humaine et de la diversité des occasions, des affections, des lumières, du style et des autres: circonstances de l'écrivain). « S'il en était ainsi, dit Rudelbach, on pourrait à juste titre nous accuser d'avoir nous-mêmes forcé la solution du problème, au lieu d'exposer fidèlement les vues de l’anciénne Eglise. » Mais non, au contraire : vous verrez souvent un seul et même auteur exposer à Ja fois et sans serupule lun et

l’autre de ces points de vue : l’action de Dieu et la personnalité de l’homme. -— C’est ce qu’on voit, par exemple, abondamment dans Jérôme, qui, tout en parlant des spécialités des écrivains sacrés, demeure toujours dans la notion d’une parole versée de Dieu dans leur esprit. — C’est ce qu’on remarque encore dans Irénée, qui, tout en insistant plus qu'aucun autre sur l’action de Dieu dans l’inspiration des Ecritures, est le premier des Pères de l'Eglise qui nous rapporte avec détails les diverses circonstances personnelles des évangélistes. C’est ce que vous retrouverez dans saint Augustin ; c'est ce que vous verrez même dans le père de l'Histoire Ecclésiastique, Eusèbe de Césarée, qui donne tant de détails sur les quatre auteurs des Évangiles, et qui cependant professe, sur la pleine inspiration des Ecritures canoniques, les principes les plus rigoureux.

{1° L'ancienne Eglise nous montre plus complétement encore, par deux autres traits, l’idée qu’elle se faisait de l'inspiration : d’un côté, par le soin qu'elle a pris d'ÉTABLIR LES RAPPORTS de la doctrine de la théopneustie avec la doctrine des dons de la grâce; et de l’autre, par le soin qu’elle a pris de PRÉSENTER LES PREUVES de l'inspiration.

{12° Enfin, si l’ancienne Eglise présente cet accord spontané (ungesuchte) et universel dans la doctrine de Vinspiration , il ne faut pas imaginer

que ce grand phénomène se rattache, comme on l'a voulu dire, à quelque système particulier de théologie , ou se puisse expliquer par un tel système. Il ne faut pas non plus envisager cet admirable accord comme le germe d’une théorie plus complète qui se serait établie plus tard dans l’Eglise. Non. Les oppositions mêmes qui, de temps en temps, se sont fait entendre de la part des hérétiques des premiers siècles, et la NATURE DES RÉPONSES que leur a faites l’ancienne Eglise, nous démontrent au contraire avec clarté que cette doctrine était profondément enracinée dans la con: science de l'Eglise. — Toutes les fois que les Pères, en défendant quelque vérité par des passages de l’Ecriture, en sont venus à forcer leurs adversaires à ne se pouvoir plus défendre qu’en niant la pleine inspiration de ces témoignages divins, lEglise a regardé la question comme décidée. L’adversaire était jugé; il n’y avait plus rien à lui dire : il niait l’Ecriture comme parole de Dieu! Qu’y avait-il à faire qu’à lui présenter à lui-même la laideur de son argument, et qu’à lui dire : Voilà où vous en venez! comme on montre à un homme qui se défigure son image dans un miroir ?— C’est ce qu'ont fait les Pères.

: Tels sont les faits ; telle est la voix de l'Eglise.

Nous avions d’abord rassemblé, avec l'intention

Fr

Lu 2

de la donner ici, une longue série de passages, tirés premièrement d'Irénée ‘, de Tertullien ?, de Cyprien 5, d'Origène #, de Chrysostôme 5, de Justin martyr 6, d'Epiphane 7, d'Augustin #, d'Athanase ?, d'Hilaire #, de Basile-le-Grand #1, et de Grégoire-le-Grand ‘?, de Grégoire de Nysse , de Théo-

(1) Advers. hæreses, lib. 11, €. 47.—Lib. 111, c.11.—Lib. 1v, c. 34.— (2) De anim, c. 28. — Advers. Marcion., lib. 1v, c. 22. — De Præscrip. adv. hæret., c. 25.— Advers. Hermog., €. 22.—(3) De opere et eleemos., p.197-201.—Adv. Quirin., — Adv. Judæos, præfat.—(4) Homil, xxxix in Jerem. (citée ici. ch. vi, sect. 1.) — Homil. 11, in eumd. (cap. x1x et L. —Homil. xxv, in Matth.—Ejusd. Philocalia, lib. rv.— Commentar. in Matthæum, p. 227-428 { édit. Huet ). — Homil. xxvVI1, ip Numer. — In Levit., hom. v. — (5) Homil. xzix in Joan.—Homil., xL, in Joan., v. —Homil., 1x, in 2 Tim., 1v. — Serm. 53, de util, lect. Script. — Serm. 3. de Lazaro. —

- (6) Apol., 1,c. 88 et 35, 50,51.—Dialog. contr. Tryph., €. 7.

—"AQ Græcos cohort., c. 8.— (7) Züvropos hoyos repi miçecs. — De Doct. Christi, lib. 11, e. 9. — De Pastor., cap. 2. — Epist. XLII. — (8) Epist. xcvir (ad Hieronym.). — De unitate Ecclesiæ, c. m1, t. IX, p. 341 (Paris, 1694). — (9) Contrà Gentes, 1. 1, p. 1. — De Incarnat. Christi (Parisiis, 1627). —

a (10) Ad Constant. Aug.,p. 244.—De Trinit., lib. van (Parisiis,

1652). — (11) Comment. in Esaiam, t. I, p. 379 (ed. Bened.).— Hom. xx1x advers. calumniantes $. Trinit.— In Ethicis regul, XVL, LXXX, Cap. 22. — (12) Moralia in Job, præfat., ©. 1. — (13) Dialog. de animä et resurr., tom, I, edit. græcolat.,

p. 639. — De cognit: Dei cit. ab Euthymio in Panoplia. Tit, VE. |

doret!, de Cyril d'Alexandrie ?; ensuite, des Pères les plus estimés dans les siècles suivants ; et enfin des plus saints docteurs de la Réformation *. Mais nous avons bientôt reconnu que tous ces noms, si nous les donnions seuls, ne se présenteaient que comme un vain appel à l'autorité des hommes ; et, si nous les donnions avec leurs ceitations, nous entraîneraient à trop de paroles.

Nous allons donc commencer par un examen attentif des difficultés et des systèmes qu'on élève

contre la doctrine d’une pleine inspiration. — Ces

difficultés constituent des objections, et ces systèmes , plutôt des évasions. — Nous étudierons

les unes et les autres dans deux chapitres suc-

cessifs.

(1) Dial. 1, Arperr. — Dial. 11, Acvyxur. — In Exod. Qu. XXVI. — În Gen., Qu. xLv. — (2) Lib. vu, cont. Jul. Glaphyrorum in Gen., lib. 11.—(3) Voyez Lardner, vol. IH, p. 172, 488, 495. — Haldane, The Inspir. of the Holy Scrip., p. 167 à 176.

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