‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 22 sur 44 · LES SEPTANTE · texte numérisé non relu

LES SEPTANTE

Testament d'après cette antique version (1), les Apôtres, par les trois manières différentes dont ils font leurs citations, nous montrent ne Au à de l'esprit qui les ns

Premièrement , lorsque les traducteurs alexan- . drins leur paraissent exacts, ils n'hésitent pas à complaire aux réminiscences de leurs auditeurs hellénistes, et à citer, en toutes lettres, la version des Septante.

Secondement , et ce cas est très-fréquent , lorsqu'ils ne sont pas satisfaits du travail des Septante, ils le corrigent, et font leurs citations d’après l’original hébreu, qu'ils retraduisent eux-mêmes plus exactement.

Troisièmement, enfin, lorsqu’ fs veulent indiquer plus clairement rie quel sens ils allèguent telle ou telle déclaration des livres saints, ils la paraphrasent en la citant. C’est alors le Saint- Esprit qui, par leur bouche, se cite lui-même , en modifiant les expressions qu’il avait dictées auparavant aux prophètes de l’ancien peuple: On peut comparer, par .. Michée, v. 2, et Matth. 11, 6; Malach. 113, 1, et Matth. x], 19; us J>2;et Luc, vi], 27, cs: etc.

Le savant Horne, dans son « Introduction à l'é-

(1) Le Taimud même ne permet de traduire les Ecritures qu'en grec. (Talmud Megillah. fol. 86.)

tude critique de la Bible » (vol. j, p. 503), a rangé sous cinq classes distinctes, relativement à la ver-

sion des Septante, les citations que le Nouveau-

Testament a faites de l'Ancien: — Nous ne garantissons pas 1ci toutes ses distinctions , ni tous ses chiffres ; mais nos lecteurs comprendront la force de notre argument, lorsque nous leur aurons dit que ce docteur compte quatre-vingt-huit citations verbales conformes aux traductions alexandrines ; soixante-quatre autres qui leur sont encore empruntées, mais avec quelque variation ; trente-sept qui se rangent à leur sens , sans employer leurs mots ; seize qui s’en éloignent,, pour se conformer de plus près à l’hébreu ; et vingt-quatre enfin qui diffèrent et de l'hébreu et des Septante, mais où les auteurs sacrés ont paraphrasé l’Ancien-Testament, pour faire mieux comprendre dans quel sens ils le citaient: |

Ces données numériques suffiront pour faire apprécier l'indépendance dans laquelle le Saint-Esprit a su demeurer à l’égard des versions humainés, lorsqu'il a voulu citer, dans le Nouveau-Testament, ce qu’il avait auparavant fait écrire dans l'Ancien. — Elles ne répondent donc pas seulement à l’objection ; elles en font un témoignage.

LES VARIANTES. 241 SEcrion- IE. — Les Variantes.

Il faut donc laisser les traductions, diront d’autres opposants , et convenir qu'elles n’affectent en rien la question de la première inspiration du texte original. Mais, dans ce texte même, il y a des différences nombreuses entre les anciens manuscrits que consultent nos églises, et sur lesquels se fondent nos éditions imprimées. Devant l'évidence d’un tel fait, que devient l'inspiration verbale, et de quoi peut-elle servir ? |

Encore ici la réponse est facile. -— Nous pourrions alléguer déjà, sur les variantes des manuscrits, ce que nous avons dit des traductions. — Ne confondez pas deux ordres de faits absolument distincts : celui de l'inspiration première des Écritures, et celui de l'intégrité actuelle des copies qu'on en a faites. Si ce fut Dieu lui-même qui dicta la lettre des oracles sacrés, c’est là un fait accompli; et aucune des copies qu’on en a tirées, non plus qu'aucune des traductions qu’on nous en à données, ne saurait faire que ce premier acte n’ait pas eu lieu. : |

Quand un fait est consommé, rien de ce qui l’a suivi ne peut l’effacer de-l’histoire du passé. — Il y à donc ici deux questions qu'il faut soigneuse-

ment distinguer, — Toute l'Écriture fut-elle divi-

nement inspirée ? c’est la première question; c’est celle qui nous doit occuper. — Les copies que les docteurs et les moines en ont tirées bien des siècles plus tard sont-elles exactes, ou ne le sont-elles pas? c’est la seconde question. — Celle-ci ne saurait en rien affecter l’autre. — N’allez done pas subordonner la première à la seconde par une étrange distraction : elles sont indépendantes. Un livre est de Dieu, ou n’est pas de Dieu. Dans ce dernier cas, J'aurai beau le transcrire mille fois avec exactitude, je ne le rendrai pas divin ; et dans le premier cas, j'aurai beau en prendre mille copies incorrectes : mes inepties ou mes infidélités ne sauraient faire qu'il n’ait pas été donné de Dieu. — Le Décalogue, dirons-nous encore une fois, fut entièrement écrit du doigt de Jéhovah sur deux plaques de pierre ; mais si les manuscrits qui me le donnent aujourd’hui présentaient quelques variantes, ce second fait n’empêcherait pas le premier. Les sentences, les mots et les lettres des Dzx- Paroles n’en auraient pas moins été toutes gravées de Dieu. — Inspiration du premier texte, intégrité des copies subséquentes : ce sont deux ordres de faits absolument différents, et séparés l’un de l’autre par des milliers de stades et des milliers d'années. — Gardez-vous done de confondre ce que la logique, le temps et le lieu vous obligent de distinguer.

C’est précisément par un rarsonnement tout

semblable que l’on réprouve les amateurs indiscrets des apocryphes. — Les anciens oracles de Dieu, leur dit-on, furent confiés au peuple juif, comme les oracles nouveaux l'ont été plus tard au peuple chrétien. Si donc le livre des Maccabées était un simple livre humain, aux jours de Jésus- Christ, mille décrets de l'Eglise chrétienne ne sauraient faire désormais qu'en 1560, devenant ce qu’il n’avait jamais été jusque-là, il ait été transsubstantié en un livre divin. — Les prophètes écrivirent-ils la Bible avec des paroles que leur dicta la sagesse humaine, ou avec des paroles données de Dieu? Voilà notre question. Mais les a-t-on fidèlement copiées de siècle en siècle , de manuserits en manuscrits? C’est ici la vôtre, peut-être : elle est fort importante, sans doute; mais elle est entièrement différente de la première. — Ne confondez donc pas ce que Dieu a séparé. ;

Il est vrai, sans doute, dira-t-on, la fidélité . d’une copie ne rend pas l'original divin, lorsqu'il ne l’est pas; et l’inexactitude d’une autre copie ne le rendra pas humain, s’il ne l’a pas été. Aussi n'est-ce point là notre prétention. Le fait de l’inspiration du texte sacré, aux jours de Moise ou aux jours de saint Jean, ne peut pas dépendre des copies que nous en aurons faites en Europe ou en Afrique, deux ou trois mille ans après eux; mais si le second de ces faits ne détruit pas le premier,

du moins il le rend illusoire, en lui ôtant sa valeur et son utilité.

Voilà donc maintenant où se renferme l’objection. La question a été déplacée : il ne s’agit plus de l'inspiration du premier texte, et l’on n’attaque ici que son intégrité présente. — C'était d’abord une question de dogme : « Est-il déclaré dans la Bible que la Bible soit inspirée jusque dans son langage? »— Mais ce n’est plus maintenant qu’une question d'histoire, ou de critique : «Les copistes ont-ils bien copié? les manuscrits sont-ils fidèles ? » — Nous pourrions done nous taire sur une thèse dont nous n'avons point ici mission de prendre la défense ; mais la réponse est si facile; je dirai plus, Dieu l’a rendue si triomphante, que nous ne nous retiendrons pas de la donner. — D'ailleurs, on a si souvent, sur ce sujet, inquiété la foi des simples par une fantasmagorie de science, que nous croyons utile d'exposer ce qui en est. Et quoique cette objection nous sorte en quelque manière du champ que nous avions mesuré, nous la suivrons pour lui répondre.

Sans doute, si cette difficulté nous eût été présentée aux jours d'Anthony Collins et des Zibrespenseurs , nous n’aurions point été sans réplique ; mais nous eussions ressenti peut-être quelque embarras, parce que les faits n'étaient pas encore complétement éclaircis, et que le champ des con-

LES VARIANTES. 245 jectures, encore inexploré, demeurait sans barrières. — On connait les perplexités de l'excellent Bengel sur cette question; et l’on sait que de là procédèrent, d’abord ses laborieuses recherches sur le texte sacré, ensuite son admiration et sa pieuse reconnaissance sur la conservation de ce texte. — À quoi me servirait, nous eüût-on dit, l’assurance que le premier texte ait été dicté de Dieu, il y a dix-huit cents ans, si je n'ai plus la certitude que les manuscrits de nos bibliothèques me le présentent encore dans sa pureté, et s’il est vrai ( comme on nous l’assure ) que les variantes de ces antiques cahiers soient pour le moins au nombre de trente mille ?

Voilà l’ancienne objection : elle était spécieuse ; mais aujourd'hui elle est reconnue , par tous ceux qui l'ont étudiée, n'être qu'un vain prestige. Les rationalistes eux-mêmes ont avoué qu’elle ne peut plus se faire, et qu’il y faut renoncer.

Le Seigneur a veillé miraculeusement sur sa parole. Les faits l’ont démontré.

En en constituant pour dépositaires, d’abord les églises du peuple juif, et ensuite celles du peuple chrétien , sa providence avait dû veiller à ce que, par ce moyen, les oracles de Dieu nous fussent fidélement transmis. Elle l’a fait ; et pour atteindre ce résultat, elle a mis en œuvre des causes diverses,

dont nous aurons à reparler plus tard. Les recherches récentes de la science ont placé ce fait au grand jour. Des travaux herculéens ont été poursuivis pendant tout le siècle dernier (surtout dans sa dernière moitié et dans le commencement de celui-ci), pour réunir toutes les leçons, ou variantes, que pouvait fournir, soit l'examen détaillé des manuscrits de la sainte Ecriture conservés dans les diverses bibliothèques de l’Europe , soit l’étude des versions les plus anciennes , soit la recherche des innombrables citations faites de nos livres saints dans tous les écrits des Pères de l'Eglise ; — et ce travail immense a fourni un résultat admirable par son insignifiance, imposant ( dirai-je?) par sa nullité. | Pour l’Ancien-Testament, les infatigables investigations et les quatre in-folio du père Houbigant, les trente années de travail de Jean-Henri Michaélis, surtout la grande Bible critique et les dix années d'étude du fameux Kennicott (sur ses einq cent quatre-vingt-un manuscrits hébreux), et enfin la collection des six cent quatre-vingts manuscrits du professeur Rossi; — pour le Nouveau-Testament , les investigations non moins gigantesques de Mill, de Bengel, de Wetstein et de Griesbach (sur ses trois cent trente-cinq manuscrits pour les seuls Evangiles) ; les dernières recherches de Nolan, de Matthér, de Lawrence et de Hug; surtout celles

de Scholz (avec ses six cent soixante et quatorze manuscrits pour les Evangiles, ses deux cents pour les Actes, ses deux cent cinquante-six pour les Epiîtres de Paul , ses quatre-vingt-treize pour lApocalypse , sans compter ses cinquante-trois Lectionaria); tous ces immenses travaux ont établi d’une manière si convaincante l’étonnante conservation de ce texte, copié cependant tant de milliers de fois (en hébreu , pendant trente-trois siècles, et en grec, pendant dix-huit cents années), que les espérances des ennemis de la religion, par cet endroit, ont été renversées , et que, comme l’a dit Michaélis 1, «ils ont cessé dès lors de rien espérer de ces recherches critiques qu'ils avaient d’abord si vivement recommandées, parce qu’ils en attendaient des découvertes qu’on n’a point faites.» Le savant rationaliste Eichhorn reconnaît aussi lui-même que les différentes leçons des manuscrits hébreux recueillis par Kennicott offrent à peine assez d'intérêt pour dédommager du travail qu'ils ont coûté ?. Mais ces mécomptes mêmes et l’absence de ces découvertes ont été pour l'Eglise de Dieu une précieuse découverte. Elle s’y attendait ; mais elle s’est réjouie de la devoir au travail même de ses adversaires. — « En vérité, dit un savant de nos Jours, si nous exceptons ces belles conclu-

(1) Michaélis, t. I, p. 266.—{(2) Einleitung, 2 Th.s. 700.

sions négatives où l’on est parvenu, le résultat direct obtenu par tant de vies d'hommes consumées dans ces immenses recherches peut sembler nul; et l’on pourrait dire que, pour y arriver, on a follement prodigué le temps, le talent et la scrence!.» — Mais, comme nous l’avons dit, ce résultat est immense par son néant, et tout-puissant par son insignifiance. — Quand on pense que la Bible a été copiée pendant trente siècles, comme aucun livre d'homme ne la jamais été et ne le sera Jamais; qu’elle a subi toutes les catastrophes et toutes les captivités d'Israël; qu'elle & été transportée soixante-dix ans à Babylone; qu'elle s’est vue tant de fois persécutée , ou oubliée, ou interdite, ou brûlée, depuis les jours des Philistins Jusques à ceux des Séleucides ; quand on pense que, depuis Jésus-Christ, elle a dû traverser les trois premiers siècles des persécutions impériales, où l’on jetait aux bêtes les hommes convaincus de posséder les livres saints; puis les VII®, VIH et IXe siècles, où l’on multipliait en tous Heux les faux livres, les fausses légendes et les fausses décrétales; le Xe siècle, où si peu d'hommes savaient lire, même parmi les princes; les XIL°, XIII et XIVe siècles, où l'usage des Ecritures en langue vulgaire était puni de mort, où l’on mutlait les livres des an-

(1) Wiseman, Discours sur les Rapports, etc., t. I, disc. x

LES VARIANTES. 249 ciens Pères, où l’on retranchait et falsifiait tant d’anciénnes traditions, et jusqu'aux actes des empereurs et à ceux des conciles; — alors on comprend combien il a été nécessaire que la providence de Dieu ait tenu toujours levée sa puissante main, pour que, d’un côté, l’église des Juifs nous donnât intègre cette parole qui raconte leurs révoltes, qui prédit leur ruine, qui décrit Jésus-Christ ; et pour que, de l’autre, les églises chrétiennes (dont les plus puissantes, et surtout la secte romaine, ont interdit au peuple la lecture des livres saints, et ont remplacé en tant de manières la Parole de Dieu par les traditions du moyen-âge) nous aient cependant transmis, dans toute leur pureté, ces Ecritures, qui condamnent toutes leurs traditions, leurs images, leurs langues mortes , leurs absol utions, leur célibat ; qui disent de Rome qu’elle sera le siége d’une affreuse apostasie, où l’on verra « l'Homme de péché siégeant comme Dieu dans le temple de Dieu, faisant la guerre aux saints, défendant de se marier et d’user des viandes créées de Dieu ; » qui disent des images : « Tu ne te prosterneras point devant elles ; » des langues inconnues : « Tu ne les emploieras point; » de la coupe : « Buvez-en tous; »de la Vierge : « Femme! qu’y a-t-il entre toi et moi? » et du mariage : «Il est honorable entre tous. »

Or, quoique toutes les bibliothèques où l'on peut

trouver d’anciens exemplaires des livres saints aient été appelées en témoignage; quoique les éclaircissements donnés par les Pères de tous les siècles aient été étudiés; quoique les versions arabe, syriaque, latine, arménienne et éthiopienne, aient été collationnées ; quoique tous les manuserits de tous les pays et de tous les siècles, depuis Le ILFe jusqu’au XVIe, aient été recueillis et mille fois examinés, par d'innombrables critiques, qui cherchaient avec ardeur, et comme la récompense et la gloire de leurs fatigantes veilles, quelque texte nouveau ; quoique les savants, non contents des bibliothèques de l'Occident, aient visité celles de la Russie, et porté leurs recherches jusques aux couvents du mont Athos, de l’Asie turque et de l'Egypte, pour y chercher de nouveaux instruments du texte sacré; —«on n’a rien découvert, dit un savant déjà cité, non pas même une seule leçon qui ait pu jeter du doute sur aucun des passages considérés auparavant comme certains. Toutes les variantes, presque sans aucune exception, laissent intactes les pensées essentielles de chaque phrase, et n’ont rapport qu’à des points d’une importance secondaire , » tels que l'insertion ou l’omission d’un article ou d’une conjonction, la position d’un adjectif avant ou après son substantif, l'exactitude plus ou moins grande d’une construction grammaticale.

En voudrait-on quelque mesure pour l’Ancien- Testament? Le fameux manuscrit indien, récemment déposé dans la bibliothèque de Cambridge, en pourra fournir un exemple.

Il y a trente-trois ans qu’en visitant, dans la presqu'ile occidentale de l’Inde , les juifs noirs de Malabar (qu’on croit être des restes de la première dispersion sous Nébucadnetsar ), le pieux et savant Claudius Buchanan leur vit entre les mains un immense rouleau, composé de trente-sept peaux teintes en rouge, long de quarante-huit pieds, large de vingt-deux pouces, et qui, dans sa première intégrité, devait avoir eu quatre-vingt dix pieds anglais de développement. Les saintes Ecritures y avaient été tracées par des mains différentes. — Il en restait cent dix-sept colonnes d’une belle écriture; etil n'y manquait que le Lévitique et une partie du Deutéronome. Buchanan obtint qu’on lui confiât cet antique et précieux monument, qui servait au Culte de la Synagogue ; et il l’a, plus tard, déposé dans la bibliothèque de Cambridge.

On y a reconnu, par des traits évidents, l’impossibilité de supposer que ce rouleau ait été copié d’un exemplaire apporté par des Juifs européens. Or M. Yeates en a fait récemment l’examen le plus attentif, et s’est donné la peine de le collationner, mot après mot, lettre après lettre, avec notre édition hébraïque de Van der Hooght. Il a rendu pu-

blics les résultats de ses recherches. Qu’y a-t-il trouvé? C’est qu'il n'existe pas, entre le texte de l'Inde et celui de l'Occident, plus de quarante petites différences, dont aucune n’est assez grave pour qu’il en résulte même un changement léger dans le sens et dans l'interprétation de notre ancien texte; et que ce ne sont que des additions ou des retranchements d'un : ou d’un v, lettres dont, en hébreu, la présence ou l’absence peuvent ne point altérer la valeur des mots 1.

On sait ce qu'étaient, chez les Juifs, ces massorèthes, ou docteurs de la tradition, dont toute la profession consistait à transcrire les Ecritures ; on connaît jusqu'où ces savants minutieux portaient le respect de la lettre ; et quand on lit les règles de leur travail, on comprend l'usage que la providence du Seigneur, qui avait « confié ses oracles au peuple des Juifs, »a su faire de leur révérence, de leur rigueur et même de leur superstition. Ils comptaient, dans chaque livre, le nombre des versets, celui des mots, celui des lettres ; ils vous eussent dit, par exemple, que la lettre A revient quarante-deux mille trois cent soixante-dix-sept fois dans la Bible, la lettre B trente-huit mille deux cent dix-huit fois, et ainsi de suite ; ils se fussent

(1j Voy. Christian Observ. vol. XII, p. 170.—Examen d’un exemplaire indien du Pentateuque, p. 8. — Horne’s Introduction and Appendix, p. 95, édition 1818.

fait scrupule de changer la situation d'une lettre évidemment déplacée; ils vous en eussent seulement averti dans la marge, et ils y eussent supposé quelque mystère ; ils vous eussent dit la lettre qui est au milieu du Pentateuque , et celle qui est au milieu de chacun des livres particuliers dont il se compose; ils ne se fussent jamais permis de retoucher leur manuscrit ; et si quelque méprise leur était échappée , ils eussent rejeté le papyrus ou la peau qu'elle aurait souillée, pour recommencer leur ouvrage sur un autre rouleau ; car il leur était également interdit de corriger jamais aucune de leurs fautes, et de conserver, pour leur volume sacré, un parchemin ou une peau qui aurait subi quelque rature.

Cette intervention de la providence de Dieu dans la conservation de l’Ancien-Testament deviendra plus éclatante encore à nos yeux, si nous comparons l’étonnante intégrité de l’original hébreu (à l'issue de tant de siècles), avec la prompte et profonde altération qu'avait déjà subie, aux jours de Jésus- Christ (au bout de 200 ans seulement ), la version grecque des Lxx.— Bien que ce livre eût acquis dans tout l'Orient, après la propagation presque universelle de la langue grecque, une autorité semi-canonique, d’abord chez les Juifs et ensuite parmi les Chrétiens; bien qu’il fût, plus tard, le seul texte où les Pères de l’Orient et de l'Occi-

dent (à l'exception d'Origène et de Jérôme) allassent puiser la connaissance de l’Ancien-Testament, le seul que commentassent les Chrysostôme et les Théodoret, le seul où les Athanase, les Basile, les Grégoire de Nazianze puisassent leurs arguments; bien que le monde d'Occident, non plus que celui d'Orient, n’ait été, durant tant de siècles, éclairé que de cette lumière empruntée (puisque l’ancienne Vulgate italique, dont on se servait universellement, avait été faite sur le grec des Lxx et non sur l’hébreu de l'original) ; écoutez cependant ce que les savants nous disent de l’altération de cet important monument, des additions, des changements, des interpolations qu'il avait subies, d’abord par le fait des anciens Juifs avant les jours de Jésus-Christ, ensuite par les Juifs incrédules, et plus tard par l’imprudence des copistes chrétiens. « Le mal était tel { murum in modum), dit le docteur Lee, que, dans certains livres, à peine l’ancienne version pouvait-elle être reconnuet; » — et lorsque Origène (l’an 231 ) eut consacré vingthuit ans de sa noble vie à en rechercher les divers manuscrits , pour entreprendre sur ce texte (dans ses Tétraples et ses Hexaples) ce que les critiques modernes ont accompli sur celui de l’Ancien et du Nouveau-Testament , non-seulement il ne put trou-

(2) Proleg. in Bibl. Polyglott. Bagsteriana (1v, sect. 11.)

ver aucun exemplaire qui fût correct, mais encore il aggrava le mal. Par l’impéritie des copistes (qui négligérent de transcrire ses obèles, ses astérisques et ses autres marques }), la plupart de ses corrections marginales se glissèrent dans le texte, en sorte que, de nouvelles erreurs s’y étant répandues, on ne pouvait plus, au temps de Jérôme, distinguer ses annotations d’avec le texte primitif 1. — Nous le répétons; ces faits, mis en regard de l’étonnanteconservation du texte hébreu (plus ancien de douze cents années que celui des Lxx }), nous disent assez haut combien il a fallu que la puissante main de Dieu intervint dans les destinées de ce livre sacré.

Voilà pour l’Ancien-Testament. — Mais qu’on ne pense pas que la Providence, qui veillait sur ce saint livre, et qui l'avait confié aux Juifs (Rom. 111, 1,2), ait moins protégé les oracles du Nouveau- Testament, commis par elle au nouveau peuple de Dieu. Elle n’a pas laissé à celui-ci de moindres motifs de reconnaissance et de sécurité.

Nous en voudrions ici prendre à témoin l’expérience récente des auteurs d’une version du Nouveau-Testament qui vient d’être publiée en Suisse,

(1) Grabe, Epit. au doct. Mill. Oxford, 1705; et Dissertat. de variis vitiis Lxx. Interpretum, p. 50. Oxoni, 1710. — Samuel Lee : Proleg. in Polygl. Bagster (Prol. 1v, sect. 11). — Fisher, Prolusiones in Vers. græcis V.-T., etc.

et au long travail de laquelle nous avons concouru. Un seul trait pourra faire comprendre à toutes les classes de lecteurs jusqu'où va l’insignifiance des différentes leçons que présentent les manuscrits. Les traducteurs que nous venons de citer ont suivi, sans s’en écarter jamais, ce qu'on appelle ledtion recue, c'est-à-dire letexte grec d'Elzévir, 1624, si longtemps adopté par toutes nos Eglises. Mais comme le premier plan de leur travail les avait d’abord appelés à introduire dans leur texte original les variantes les plus approuvées par la eritique du dernier siècle, ils se sont trouvés le plus souvent dans l'embarras, parce qu'ils se sont vus dans l'impossibilité d'exprimer, même dans le français le plus littéral , la nuance nouvelle apportée dans leur grec par cette correction. — Le langage français, dans la version la plus scrupuleuse, n'est pas même assez souple pour revêtir ces différences de manière à les faire ressortir ; comme les moules qu’on prend sur le visage d’un roi reproduisent en airain ses nobles traits, sans pouvoir cependant en indiquer toutes les rides et les veines.

Nous désirons cependant donner à ceux de nos lecteurs qui sont étrangers à la critique sacrée, deux ou trois autres mesures plus saisissables de cette providence qui a veillé durant trente siècles sur nos textes sacrés.

Voici la première. — Comparez, leur dirons-nous,

ï sut, + Det

les deux traductions protestantes d’Osterwald et de Martin. Il est peu de versions modernes plus rapprochées l’une de l’autre. Faites toutes deux d'a-

près l’ancienne version des pasteurs de Genève, écrites à peu près dans le même temps et dans le

même esprit, elles diffèrent si peu, surtout pour le Nouveau-Testament, que nos sociétés bibliques les distribuent indifféremment, et que l’on est embarrassé de dire celle des deux qu’on doit préférer à l’autre. Cependant, si vous premiez la peine de noter leurs différences , en tenant compte de tout, comme on l’a fait quand on a comparé les uns avec

les autres nos quatre cents manuscrits du Nouveau- Testament, nous affirmons d'avance (et nous pensons en cela demeurer au-dessous de la vérité)

que ces deux textes français sont trois fois, et, dans beaucoup de chapitres, dix fois plus distants l’un de l’autre que le texte grec de nos éditions imprimées ne l’est, nous ne dirons pas seulement du ‘moins estimé des manuscrits grecs de nos bibliothèques, mais de Tous LEURS MANUSCRITS PRIS ENSEMBLE. — Par où nous voulons dire que, si quelque homme habile et malveillant (comme aurait pu l’être, au siècle dernier, le malheureux Voltaire, ou le trop célèbre Anthony Collins) s’étudiait à choisir à son gré, dans tous les manuscrits de l'Orient et de l'Occident rassemblés sous sa main, les plus mauvaises lecons et les variantes

ke

qui s’éloignent le plus de notre texte reçu, avec l'intention perfide de se composer à plaisir le texte le plus fautif; un tel homme, disons-nous (même en employant les variantes qui n'auraient pour elles qu’un SEUL des quatre ou cinq cents manuscrits de nos bibliothèques), ne pourrait pas, malgré tout son mauvais vouloir, faire sortir de son travail un Testament qui fût moins rapproché de celui de nos Eglises que Martin ne l’est d’Osterwald. — Vous pourriez encore le répandre à la place du vrai texte, avec aussi peu d'inconvénient que vous en trouvez à donner aux Protestants français Martin plutôt qu'Osterwald, ou Osterwald plutôt que Martin, et avee beaucoup moims de scrupule que vous n’en éprouvez à répandre parmi les sectateurs de l'Église Romaine la version de Le Maître de Sacy.

Sans doute , ces derniers livres ne sont que des traductions , tandis que tous les manuscrits grecs se donnent pour des textes originaux; et il faut convenir que notre comparaison , Sous ce rapport, est très-imparfaite : mais elle n’en est pas moins propre à rassurer les amis de la parole de Dieu, en leur faisant comprendre jusqu'où va l’insignifiance des variantes.

Voici maintenant quelque chose de plus direct et de plus précis.

Pour donner à tous nos lecteurs quelque mesure,

LES VARIANTES. 259 à la fois, du nombre et de l'innocence des leçons recueillies dans les manuscrits de nos bibliothèques, nous allons en présenter deux spécimens. — Ce sera d’abord un tableau des huit premiers versets de l'Épitre aux Romains, avec TOUTES LES VARIANTES qui s’y rapportent dans TOUS LES MA- Nuscrirs de l'Orient et de l’Occident. -—- Ce sera ensuite un tableau de cette Épitre entière, avec TOUTES LES CORRECTIONS qu'a cru devoir y Introduire le célèbre Griesbach, l'oracle de la critique moderne.

Nous avons pris ces passages comme au hasard; et nous déclarons qu'aucune raison, relative à notre argument, ne nous les a fait choisir préférablement à d’autres.

Nous aimons à proposer ici ces courts documents aux personnes que leur position n’appelle pas à suivre par elles-mêmes les investigations de la Critique Sacrée, et qui cependant pourraient avoir reçu quelque troubie du langage à la fois mystérieux et important qu'employèrent si souvent sur ce sujet les rationalistes du dernier siècle. A les entendre , n’eussiez-vous pas dit que la science moderne allait nous donner une nouvelle Bible, faire descendre Jésus-Christ du trône de Dieu, rendre à l’homme calomnié par notre théologie tous ses titres d’innocence, et redresser tous les dogmes de notre vieille orthodoxie ?

Comme premier terme de comparaison , nos colonnes présenteront d'abord, sur les huit premiers versets de l’Epître aux Romains, les différences du texte unique de Martin (1707 ) avec le texte unique d’Osterwald (édition de Bagster), tandis que les colonnes suivantes , au lieu de ne comparer qu’un seul manuscrit avec un seul autre manuserit quelconque, présenteront les différences de notre texte recu avec TOUS LES MANUSCRITS qu’On à pu rassembler jusqu'à Griesbach. Cet infatigable savant a scruté pour l’Epitre aux Romains, d’abord sept manuscrits & lettres onciales (ou majuscules grecques), âgés, à ce qu’on croit, de treize à quatorze cents ans (l’Æ/exandrin, au musée britannique ; celui du J’atican, et celui du cardinal Passionei , à Rome; celui d'Ephrem, à Paris; celui de Saënt- Germain , celui de Dresde, et celui du cardinal Coislin); et ensuite cent dix manuscrits à lettres minuscules, et trente autres, venus pour la plupart du mont Athos, et compulsés par le savant Matthéi, qui a voyagé longtemps pour cela dans la Russie et dans l'Orient. te

Pour les quatre Evangiles , le même Griesbach en à pu consulter jusqu’à trois cent trente-cinq.

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