CHAPITRE XVI
car elle à été hôtesse. (La différence ne se peut rendre.) . Priscille. Prisca.
. qui est les prémices qui est les prémices d’Asie, d’Achaie.
en ©
LES VARIANTES. 274 6. quiaforttravaillé pour qui a fort travaillé pour vous, nous. 2 18. ne servent point N. S. ne servent point N.S. Christ. J.-C. | G 20. la grâce de N. S.J.-C. la grâce de N. S. J.-C. soit soitavec vous!Amen. avec vous | 25. or, à celui quiest puis- (Ces paroles, selon Griesbach, San. Hu sont à placer plutôt au com.
mencement du chap. x.)
On le voit donc clairement ici : telle est l’insignifiance de ces variantes , dont on avait d’abord fait un si grand bruit. Telle est l’étonnante conservation des manuscrits grecs qui nous ont transmis le Nouveau-Testament.
Après qu'on a tant de milliers de fois copié et recopié ce texte sacré, soit en Europe, soit en Asie, soit en Afrique, soit dans les couvents, soit dans les colléges, soit dans les palais, soit dans les presbytères (et cela presque sans interruption, durant le long cours de mille cinq cents années) ; — après que, pendant les trois derniers siècles, et surtout dans les cent trente années qui viennent de s’écouler, tant de nobles caractères, tant d’esprits ingénieux, tant de savantes vies se sont consumées en des travaux inouis jusque-là par leur étendue, admirables par leur sagacité, et scrupuleux comme ceux des Massorèthes ; — après qu'on a compulsé tous les manuscrits grecs du Nouveau-Testament enfouis dans les bibliothèques
privées, ou monastiques, ou nationales, de l'Orient
et de l'Occident; — après qu’on leur a comparé, non-seulement toutes les versions anciennes, latine, arménienne, sahidique, éthiopique, arabe, slave, persanne, copte, syriaque et gothique des Ecritures, mais encore tous les anciens Pères de
lEglise qui les ont citées dans leurs innombrables
écrits, en grec ou en latin; — après tant: de recherches, voyez, par un seul exemple, ce qu’on a pu trouver |
Jugez-en par cette Épitre que vous avez sous les yeux. — C’est la plus longue et la plus importante des Epitres du Nouveau-Testament, «la elef d’or des Ecritures (comme on l’a nommée), » « l’océan de la doctrine chrétienne. » Elle a quatre cent trente-trois versets; et, dans ses quatre cent tréntetrois versets, quatre-vingt-seize mots grecs qui ne
. se rencontrent point ailleurs dans le Nouveau-Tes- Fu tament. — Et combien (en admettant même toutes 222 les corrections adoptées, ou seulement préférées
par Griesbaeh), combien y avez-vous trouvé de le-
çons qui aillent jusqu'à changer, même légèrement, le sens de quelque phrase’ Vous en avez vu cinq! — Et encore que sont elles ? Nous les répéterons ; les voici :
La première (chap. vi, 6), au lieu de : Celle dans laquelle... étant morte, Griesbach lit : Étant morts à celle dans laquelle. Et notez bien qu'ici,
dé,
dans le grec, la différence ne tient qu’ au change »
ment d’une seule lettre (un o au lieu d’un e); &k | que d’ailleurs le plus grand nombre des manuserits.
était tellement en faveur de l’ancien texte que, depuis Griesbach, M. Tittman, dans son édition de 1824, a rejeté cette correction, et que M. Lachman en a fait autant, dans son édition de 1931. (Scholz cependant l’a conservée.)
Voici la seconde, chapitre x1, 6:
Au lieu de : $7 c'est par la grâce, ce n’est plus par les œuvres, autrement la grâce n’est plus la grâce; mais si c’est par les œuvres, ce n'est plus par la grâce, autrement l'œuvre n’est plus une œuvre. Griesbach retranche la dernière moitié de cette phrase.
Voici la troisième, chapitre XI, (1:
Au lieu de : Servant le So Griesbach lit :
Servant a l'occasion.
Notez que la correction ne tient qu’au seul chan-
gement de deux lettres dans un des mots grecs, et que d’ailleurs le nombre des manuscrits ne parait point non plus la justifier. — Encore ici, F'htby disait à AMrll que plus de trente manuscrits ,) que toutes les versions anciennes, que Glénent. d'Alexandrie, saint Basile, saint Jérôme , toutes les scholies des Grees et tous les Latins, à l'exception d’Ambroise , suivaient l’ancien texte; et les deux savants que nous venons de nommer (Lachman et
Tittman), l’un travaillant à Berlin, l'autre professeur à Leipsick, ont rétabli l'ancien texte, dans leurs éditions respectives du Nouveau-Testament. C’est aussi ce que vient de faire Scholz, dans son édition de 1836, que le monde savant parait préférer à toutes celles qui l'ont précédée.
Voici la quatrièmé, chapitre vi, 16 :
Au lieu de : Soit du péché a la mort, soit de la jusuce.…, Griesbach lit : Sort du péche, soit de la jushce; mais il y met lui-même le simple signe d'une faible probabilité ; et MM. Tittman et Lachman , dans leurs éditions respectives, ont encore rejeté cette correction.— M. Scholz, après eux, l’a repoussée également.
Voici la cinquième, chapitre Xv1, 5:
Au lieu de : Les Prémices d'Achaïe, Griesbach lit : Les Prenuces d'Asie.
Nous n'avons pas indiqué ici les mots retranchés au paragraphe If du chapitre vH1, parce qu’on les retrouve au verset 4. | |
On le voit done : telle est l’admirable intégrité de l’Epitre aux Romains. — D'après Griesbach, cinq cerrections insignifiantes, dans toute l'Épitre; — d’après des critiques plus modernes, DEUX SEU- LES, et les plus insignifiantes des cinq; — et d’après Scholz, ‘rrois !
Nous répétons que nous n'avons choisi l’Epitre aux Romains comme spécimen qu’à cause de sa
longueur et de son importance. Nous ne nous sommes pas donné le temps d'examiner si elle présente plus ou moins de variantes que toute autre partie du Nouveau-Testament. — Nous venons de parcourir, par exemple, dans Griesbach , en relisant ces dernières pages, l’EPITRE AUX GALATES, écrite dans le même temps et sur le même sujet que l'Epitre aux Romains; et nous n'ÿ avons su trouver que les trois corrections suivantes qui puissent affecter le sens, ou pour mieux dire la forme du sens :
iv, 17. Ils nous veulent exclure, dites : ils vous veulent exclure.
iV, 26. Elle est la mère de nous tous, dites : elle est la mère de nous.
y, 19. L’adultère, la fornication , l’impureté, dites: la ‘fornication, l’impureté. |
Ces simples tableaux, nous le pensons, parleront plus haut à nos lecteurs que ne pourraient faire toutes nos assertions générales. — Il y a certaines vérités qu'il faut voir de ses propres yeux. — Nous en avons fait nous-même l'heureuse expérience. Nous avions lu sans doute ce que d’autres ont pu dire avant nous sur l’insignifiance des différentes leçons que présentent les manuscrits; et nous avions souvent étudié les variantes de Mill et les sévères reproches de son adversaire Whitby ! ;
(1) Examen variantium lectionum, J. Millii, Lond., 1710.
nous avions examiné les écrits de Wetstein, de Griesbach, de ELachman et de Tittman; mais quand , par deux fois, en prenant part au travail d’une nouvelle version du Nouveau-Testament, nous avons dû corriger le texte français d’après les variantes les plus estimées, d’abord pour les y introduire, et ensuite pour les en retrancher, et pour y replacer en français le sens de l’ancienne leçon ; alors nous avons eu par deux fois comme une intuition de cette étonnante conservation des Ecritures , et nous nous sommes senti pénétré de reconnaissance envers cette admirable providence, qui n’a cessé de veiller sur les oracles de Dieu, pour en préserver à ce point l'intégrité.
Qu'on apprécie maintenant l’objection qui nous était faite. je
Qu'on nous montre, par exemple, comment trois ou quatre variantes que nous venons de passer en revue dans l’Epître aux Romains, et qui, dans l’opinion des critiques les plus modernes, se réduisent ou à deux, ou à trois, pourraient rendre illusoire pour nous le fait de sa première inspiration.
Sans doute que, dans ces trois ou quatre passages, ainsi que dans ceux des autres livres sacrés, où le vrai mot du texte pourrait être contesté, sans doute que là, et là seulement, entre les deux leçons différentes des manuscrits, l’une est le mot inspiré et non pas l'autre; sans doute qu'il faut,
dans ce petit nombre de cas, partager ou suspendre votre confiance entre deux expressions; mais voilà jusqu'où s’avance l'incertitude : il faut qu'elle s’arrête là.
On compte que, sur les sept mille neuf cent cinquante-neuf versets du Nouveau-Testament, à peine :1l existe dix ou douze versets où ces corrections introduites par les textes nouveaux de Griesbach et de Scholz, à la suite de leurs immenses recherches, aient quelque gravité. Encore ne consistent-elles le plus souvent que dans la différence d’un seul mot, et quelquefois même d'une seule lettre.
Nous ferons bien peut-être de les indiquer encore ici, pour faire suite à celles que nous avons signalées dans l’Epiître aux Romains.
On a coutume de regarder comme les plus importantes, parmi les variantes accueillies par Griesbach, et plus récemment par Scholz, les douze ou treize corrections suivantes. — Les quatre premières mêmes n’ont paru les plus graves que parce qu’elles ont trait à la divinité de Jésus-Christ.
1° (AcTes, xx, 28.)—Au lieu de : « Paître l’Église de Dieu, qu’il a acquise par son propre sang ; »
Le texte de Griesbath porte : « Paître l’Église du Seigneur, qu’il a acquise par son propre sang. »
Ici la différence de la leçon préférée par Gries-
Fr
bach consiste dans UNE SEULE LETTRE (kr, au lieu de 6x). — Scholz même ici conserve l’ancien texte.
2° (1 Timortu., 111, 16.) — Au lieu de: « Et il faut l’avouer, le mystère de piété est grand : Dieu a été manifesté en chair, justifié en Esprit...»
Quelques manuscrits portent : « Et il faut avouer, le mystère de piété est grand, lequel a été manifesté en chair, justifié en Esprit...»
Mais quelques autres manuscrits , suivis par Griesbach, portent : « Et il faut l’avouer , le mystère de piété est grand: celui qui a été manifesté en chair a été justifié en Esprit...»
Ici la différence n’est encore que d’une seule lettre, ou même seulement que de deux traits de lettre (quelques manuscrits, au lieu de 6x, ayant 02, et les autres 0).
Scholz n’a pas admis la correction de Gricsbsèh, — Presque tous les manuscrits grecs, dit-il, portent sos (Dieu). El assure l’avoir trouvé dans quatre-vingt-six manuscrits examinés par lui-même.
3° (Jupe, 4.) — Au lieu de : « Qui renient notre seul dominateur, Dieu et Seigneur, Jésus-Christ, »
Le texte de Griesbach et celui de Scholz portent : « Qui repient notre seul dominateur et Seigneur Jésus-Christ.»
Ici la différence n’est que dans ces deux lettres (on, Dieu), omises dans les manuscrits que Griesbach a préférés.
LES VARIANTES. * 279 Que les adversaires de la divinité de Jésus-Christ aient mis de l'importance à ces trois premières corrections , sous le rapport critique, nous l’approuvons (tout en a dans l’Écriture!); mais sous le rapport dogmatique, nous ne pouvons le comprendre, parce que, de leur propre aveu, il se trouve bien d’autres passages sans variantes où notre Seigneur est appelé du nom de Dieu, de vrai Dieu, de grand Dieu.—Aucun manuscrit, par exemple, ne présente de variantes sur le premier verset de l'Évangile de Saint-Jean : Au commencement etait la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu”. — De même encore, aucun manuscrit grec quelconque ne présente de variante sur ce verset de l'Epitre à Tite (11, 15) :« Ættendant l'apparition de la gloire de notre grand Dieu et sauveur Jésus-Christ 2».
(1) Un seul manuscrit, sur trois cent cinquante, celui d’Etienne, du vint ou 1xe siècle, met un article devant le nom de Dieu, ce qui ne changerait même point ici le sens.—(2) L’on sait que M. Wordsworth, pour s’assurer du sens qu’on donnait à ce passage et aux suivants (Eph., v, 5; 2 Thess., 1, 12: 2 Tim., iv, 1: Jud., 4 ; 2 Pier, 1, 13 Jacq., 1, 1; 1 Tim., 1,1), dans le temps où le grec était une langue vivante, n’a pas craint de compulser les volumineux écrits de soixante-dix Pères grecs ct de soixante Pères latins contemporains; et qu’il les a vus entendre invariablement ces constructions dans le même sens, comme désignant une seule et même personne.—Dans l'espace de mille ans (du n° au xn° siècle), il a trouvé cinquante-qua-
4% (1 JEAN, vV,6, 7.) —Au lieu de : « Il ÿ en a trois qui rendent témoignage [ dans le ciel : le Père, la Parole et le Saint- Esprit, et ces trois-là sont UN (ÉN); et il y en a trois qui rendent témoignage] sur la terre : l'Esprit, l’eau et le sang ; et les trois se rapportent à cet UN (rù ÉN):"
Le texte de Griesbach porte: « I]y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l'Esprit, l’eau et le sang ; et les trois se rapportent à cet UN (rù EN). » |
C’est ici sans doute la variante la plus grave, et en même temps la plus justifiée par le témoignage des manuscrits aujourd’hui conservés (plus de cent quarante contre trois), comme par le silence universel des Pères grecs. Nous sortirions de notre sujet, si nous entreprenions de discuter ici les témoignages historiques (1) et les considérations
ire antorités des Pères grecs et soixante des Pères latins, qui donnaient unanimement le même sens à ces paroles de Paul (Tite 1, 13): Notre grand Dieu et Sauveur. Les hérétiques eux-mêmés, dit-il, pendant le long triomphe de l’ariauisme, n’ont pas une seule fois imaginé de traduire ce passage autrement que nous. « Sans doute (disait au v® siècle l’évêque arien Maximin), le Fils, suivant lApôtre, n’est pas un petit Dieu (non pusillus, sed maguus Deus), mais un grand Dieu, selon ces paroles de Paul : Attendant.. » (Voyez les six lettres de Wordsworth à Granville Sharpe).
(1) Celui de plusieurs Pères latins des nf, 118, rve et ve siécles ; célui de la Vulgate latine, plus ancienne que les plus anciens manuscrits de nos bibliothèques (qu’on rapporte au ve
La *
grammaticales qui plaident au contraire pour la conservation de l’ancien texte. — Nous nous bornons à cés deux remarques de l'évêque Middleton.
1° Pourquoi le mot #rois, les trois, est-il au masculin dans le grec D OÙ HAGTUPOÜVTES, x&i oi rpstc); tandis que les mots esprit, eau et sang, auxquels il se rapporte, sont tous neutres (il eût fallu dire ic rü paprupoïvra)? Cette irrégularité, qui se justifie pleinement par ce qu'on nomme en Grammaire le principe d'attraction, si le passage demeure dans son entier, devient inexplicable lorsque vous en voulez retrancher les paroles contestées.
2° Pourquoi surtout ce mot, Cet UN (ri &, le UN), s’il n’a pas été parlé d’un certain un dans les paroles précédentes? — Cette expression (ro &), dans ce cas, serait sans exemple. L’évêque Middleton y consacre dix-huit pages, dans son beau livre sur la doctrine de l’article grec (in-8°, Cambridge, 1828, p. 606 à 624). « Je ne puis concevoir, dit-il en terminant, comment ce mot, cet UN (xà à) peut se concilier avec le retranchement des paroles précé-
ou à la fin du ive siècle) ; et surtout celui de la confession de foi publiquement présentéa, en 484, par quatre cents évêques d'Afrique àu roi des Vandales, qui, comme arien , les persécu- : tait, et qui leur demandait compte de leur doctrine. (Voyez les dissertations de Mill, de Griesbach, de Bengel, de Wetstein et de Lee.) vs
dentes. Je n’ignore pas que la plupart des savants sont favorables à ce retranchement; mais, à tout prendre, je suis conduit à soupçonner que, malgré l'immense travail dépensé sur ce célèbre passage, il reste encore plus à faire pour éclaircir le mystère dans lequel 1l demeure enveloppé. » — Le savant Bengel (pour d’autres raisons encore) disait que les deux versets de ce passage demeurent unis, adamantunä adhærentià.
Scholz a retranché, comme Griesbach, les trois témoins célestes.
50 (Apoc., vint, 13). — Au lieu de : « Et je vis et j’entendis un ange qui volait ;» | |
Le texte de Griesbach et celui de Scholz portent : + Et je vis et j'entendis un aigle qui volait. »
°(Jacques, 1, 18). Au lieu de: « Montre-moi ta foi par
les œuvres; » ; rat
Le texte de Griesbach et celui de Scholz portent : « Montremoi ta foi sans les œuvres. »
T0 (AcrT., xvi, 7). — Au licu de : « Mais l'Esprit ne le leur permit pas ; »
Le texte de Griesbach et. celui de Scholz portent : « Mais l'esprit de Jésus ne le leur permit pas. »
80 (Epnes., v, 21). — Au lieu de : « Vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Dieu ;» |
Le texte de Griesbach et celui de Scholz portent : « Vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ. »
Jo (Apoc., 1, 11).—Au lieu de: « Je suis l’Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier; »
Le texte de Griesbach supprime ces paroles, qu'il a d'ailleurs conservées au verset 8, comme au chapitre x XXII (V. 13). — Scholz a fait la même correction.
400 (MarTu:, xix, 17). — Au lieu de : « Pourquoi m’appellestu bon? »
Le texte de Griesbach porte: « Pourquoi m’interroges-tu sur le bon (ou sur le bien)?» |
Mais Scholz n’admet point cette correction, et conserve l’ancien texte.
11° (Pairip., 1V, 13). — Au lieu de : « Je puis toutes choses en Christ qui me fortifie ; »
Le texte de Griesbach et celui de Scholz portent : « Je puis toutes choses en celui qui me fortifie. »
190 Enfin (Act. vin, 37, 1x, 5, 6, x, 6), le texte de rricsback et celui de Scholz suppriment, le verset 37, et ces mots: «“ Il t'est dur de regimber contre les aiguillons ; et lui tout tremblant et tout effrayé dit: Seigneur , que veux-tu que je fasse P» et u ll te dira ce qu’il faut que tu fasses. »
Sans doute que, dans ces passages (Je le répète), entre les Leçons diverses que présentent les manuscrits, 1l ne sera pas possible de savoir infailliblement quelle est celle qui doit être regardée comme le texte primitif ou le mot donné de Dieu; mais, quant au sens de la sentence, nos incertitudes seront toujours circonserites dans un champ très-étroit et très-déterminé. Il faut, il est vrai,
que je choisisse entre un mot et un autre mot; entre une lettre et une autre lettre ; mais là se bornent, là s’arrêtent tous mes doutes : il ne leur est plus permis d’aller plus loin. Non-seulement, en effet, j'ai l’assurance que le reste du texte est tout entier de Dieu; mais je sais encore qu’entre les deux leçons diverses que me présentent les manuscrits , l’une des deux est certainement la parole théopneustique. Ainsi, vous le voyez : ici mes incertitudes ne peuvent se porter que sur l’alternative de deux leçons presque toujours très-rapprochées l’une de l’autre; tandis au contraire que, dans le système d’une inspiration partielle, le champ de nos doutes et de nos perplexités sera sans bornes. Si le langage des livres saints a été laissé en partie au choix toujours faillible de la sagesse humaine ; et si la sagesse divine, seule infaillible , ne l’a pas contrôlé et garänti, — je suis sans cesse exposé à la tentation d’en retrancher, d'y modifier ou d’y ajouter quelque chose.
C’est donc ainsi que tous les efforts des adversaires de l’inspiration, pour ébranler notre foi par cet endroit, n’ont, en dernier résultat, servi qu’à l’affermir. Ils ont obligé l'Eglise à les suivre dans Jeurs investigations, et bientôt après à les y précé-
*. der; et qu'y a-t-elle reconnu ? C’est que le texte se trouve plus pur encore que n’osaient l’espérer les hommes les plus pieux ; c’est que les adversaires
de l'inspiration et ceux des dogmes orthodoxes, au moins en Allemagne, ont été forcés d’en convenir. — Ils avaient, après les travaux d'Erasme, d’'Etienne et de Mill, espéré trouver, parmi tous les manuscrits de nos bibliothèques, des leçons plus favorables aux doctrines sociniennes que ceux dont s'étaient servis les de Bèze et les Elzévir. Plusieurs pensaient même que les incertitudes deviendraient telles, et les différences si graves, que toutes les croyances évangéliques positives, exclusives (comme ils disent), en seraient ébranlées. — Mais il n’en à point été ainsi. — C'est maintenant un procès terminé ; les plaignants sont évincés; l’enquête ayant été faite à leur demande par la Critique moderne, tous les juges, même aux bancs des rationalistes !, ont prononcé d’une même voix que c'était une cause perdue, et qu'il fallait que les objectants s’en allassent chercher ailleurs des ar- SunEss et des griefs.
Quand cette question de l'intégrité du texte original se présenta pour la première fois à l’excellent et docte Bengel, il y a plus de cent vingt ans, il en eut de l’effroi; son âme honnête et pieuse en fut profondément troublée. Alors commencèrent de sa part ces travaux de Critique Sacrée qui don-
(1) Lisez Michaclis, tome IE, p. 266.— Eichhorn, Einleitung, 2 th. S. 700. Edit. Lips., 1824.
nèrent une direction nouvelle à cette science chez les Allemands. Les Anglais y avaient-précédé les Allemands; mais ceux-c1 les y dépassèrent bientôt. Enfin, après de longues recherches, Bengel, en 1721, heureux et rassuré, écrivait à son disciple Reuss : « Mange simplement le pain des Ecritures, tel qu'il se présente; et ne t'inquiète pas si parfois tu trouves çà et là un petit grain de sable qu'y a pu laisser la meule du moulin. Tu peux donc écarter tous les doutes qui dans le temps m'ont si horriblement tourmenté moi-même. Si les saintes Ecritures, qui ont été si souvent copiées, et qui ont si souvent passé par les mains fautives
d'hommes toujours faillibles, étaient absolument
sans variantes , le miracle en serait si grand que la foi en elles ne serait plus la foi. Je m'étonne au contraire qu’il ne soit pas résulté de toutes ces transcriptions un bien plus grand nombre de lecons différentes. » Les seules comédies de Térence en ont présenté trente mille; et cependant elles ne sont qu'aux nombre de six !, et elles ont été copiées mille fois moins souvent que le Nouveau-Testament. | rss
Comment ne pas reconnaitre ici la puissante in-
(1) Archives du Christianisme, tome VIH, n° 17. — Wiseman, Discours sur les rapports de la science, etc., tome I, D'IPO.
tervention de Dieu dans cet accord unanime de toutes les sociétés religicuses de l'Orient et de l'Occident. — Partout les mêmes Écritures. — Quelles distances ne séparent pas, dans leur eulte, les Chrétiens d’avec les Juifs ! et cependant, entrez dans nos écoles; examinez nos Testaments hébreux; puis, allez ensuite, dans leurs synagogues, demander à leurs rabbins leurs rouleaux sacrés : vous y trouverez les mêmes livres, sans la différence d’une lettre! — Quelles ‘distances séparent, dans leur culte, les Chrétiens Réformés d'avec les sectateurs de Rome! et cependant, examinez encore : vous trouverez dans nos écoles respectives le même Testament grec, sans la différence d’un iota. Nous prenons le leur, comme ïls reçoivent le nôtre, Érasme ou Bèze, Ximénès ou Mill, Scholz ou Griesbach ! —Quelles distances encore séparent l'Eglise Latine d'avec cette £glise Grecque qui se dit aussi catholique, mais orthodoxe, apostolique, fille d’Antioche, et condamnant les Romains comme des fils rebelles et schismatiques ! et cependant demandez
aux uns et aux autres leurs textes sacrés : vous ne trouverez ici non plus aucune différence ; les va-
riantes n’y feront point deux écoles qui les distin-
guent ; on y compulsera les mêmes manuscrits;
les prêtres et les popes, Munich et Moscou vous
feront entendre un même témoignage.— il a done
fallu que nous eussions, entre nous, Grecs, Latins
288 OBJECTIONS. ee
et Protestants , le même livre sacré du Nouveau- Testament , sans la différence d’un seul iota ! Nous en avons dit assez sur ce grand fait. Nous n’avons dû que l’aborder pour repousser une objection, puisqu'il nous sortait de notre sujet. Notre mission était de prouver un dogme, savoir, la premiere insptration de la sainte Ecriture; et l’on a cru pouvoir nous opposer que ce dogme, quand il serait vrai, serait rendu sans effet par les altérations que cette sainte Écriture a dû subir. — Il a fallu montrer que ces altérations sont un vain et innocent fantôme.—Nous faisions du dogme, avonsnous déjà dit; on nous a fait faire de l’histoire : nous allons donc retourner au dogme. Cependant,
avant d'y revenir, il faut encore une fois conclure
que non-seulement l’Écriture fut inspirée au jour où Dieu la fit écrire, mais que cette parole, inspirée il y a dix-huit siècles, nous la possédons, et que nous pouvons encore, en tenant d'une main notre texte sacré, et de l’autre toutes les leçons recueil lies par la science en sept cents manuscrits !, nous écrier avec reconnaissance : Je tiens donc en mes mains le testament de mon Père, la parole éternelle de mon Dieu !
(1). Scholz, pour les seuls évangiles , en a cité 674. i
ERREURS DE RAISONNEMENT. 289 SECTION IV.—Erreurs de raisonnement ou de doctrine.
Nous laissons les variantes, diront d’autres opposants, et nous reconnaissons qu'on peut regarder le texte sacré comme le langage original des Prophètes et des Apôtres; mais ce texte même, intact comme il l'est, nous ne pouvons l’étudier sans être forcés d'y reconnaître la part qu’y a faite la faiblesse humaine. Nous y trouvons des raisonnements mal amenés ou mal finis, des citations mal appliquées, des superstitions populaires, des préjugés et d’autres infirmités, tribut inévitable qu’a dû payer aux ignorances de leur temps et de leur condition la simplicité des hommes de Dieu. — « Saint Paul, à dit saint Jérôme lui-même 1, saint Paul ne sait pas développer une hyperbate, ni conclure une sentence; et ayant affaire à des gens grossiers, Il s’est servi de conceptions qui (si, d’entrée, 1l n’eût eu soin d’avertir qu'il parlait selon l’homme), eussent pu déplaire à des hommes de bon sens. »— Telles étant donc les traces d’infirmité que nous pouvons suivre dans les Ecritures, il demeure impossible de reconnaître en ‘un tel livre
(1) Comment. sur l’Ep, aux Galates (Liv. LL.) — à Tite (lv. 1, sur 1, 1.)—et aux Ephés. (liv. II, sur ni, 1.)
une inspiration qui soit descendue jusque dans les moindres détails de leur langage.
À ces accusations contre les Ecritures nous avons une quadruple réponse.
1. Nous nousélevons d’abord de toutes les forces de notre conviction contre de tels reproches. Nous soutenons qu'une étude plus attentive et plus sérieuse de la Parole de Dieu les réduirait à néant, et nous protestons qu'ils n’ont de fondement que dans les erreurs et la précipitation de ceux qui les avancent. — Nous pourrions le montrer en repoussant, une par une, toutes ces accusations , dans chacun des cas où l’on a voulu les renouveler. Ce serait une tâche plus longue que difficile, et ce n’en peut pas être ici la place, parce que le détail en est immense. — Il n’est, en effet, pas un raisonnement, 1l n’est pas une citation, il n’est pas un dogme, dont les adversaires de l’inspiration des Ecritures n'aient fait en divers temps un sujet de reproches ; et tout le monde sait assez que la plupart des objections, qui se font clairement en trois mots, ne se réfutent clairement qu’en trois pages. [Il faut donc qu’à mesure que les hommes du monde recommencent leurs attaques, l'Eglise renouvelle ses réponses , et que, comme ces serviteurs respectueux et infatigables qui, chez les
Orientaux, veillent nuit et jour près du visage de
leur roi, elle se tienne constamment à côté de la parole de son Dieu , pour en repousser ces volées d’objections qu’on voit, à mesure qu’on les chasse, s’y reporter par un autre chemin, et revenir sans cesse y replanter quelque aiguillon. Devant Pexamen (l’expérience de tous les siècles, et en parti- ‘culier celle de ces derniers temps, l’a suffisamment montré), devant l'examen, ces difficultés, qu’on opposait aux Ecritures, s’aplanissent; ces obscurités s’illuminent ; et bientôt des harmonies inattendues, des beautés qu'aucun œil humain jusque là n’avait soupçonnées, se révèlent dans la Parole de Dieu par les objections mêmes. — Aujourd’hui objets de doute, demain, mieux étudiées, elles vous seraient des motifs de foi; aujourd’hui, sujets de trouble, demain ce seraient des preuves.
2. Cependant nous prenons acte de toutes ces accusations que les adversaires de la pleine inspiration des Ecritures élèvent contre ce saint livre ; car c’est un avantage qu'ils nous donnent. — Oui, nous ne craindrons pas de le dire : à l’ouie de telles objections, nous nous sentons à la fois sous deux impressions opposées, de satisfaction et de tristesse : de tristesse, en voyant des hommes qui reconnaissent la Bible comme une révélation de
Dieu, ne pas craindre cependant d'élever si hâuivement contre elle les plus graves accusations ; et de satisfaction , en considérant avec quelle force un tel langage vient confirmer la doctrine que nous défendons. |
Dans la bouche d’un déiste, ce seraient des objections , et il faudrait répondre; mais dans celle des chrétiens qui les avancent , c’est un flagrant abandon de leur propre thèse , et c’est un aveu de tout le mal quis’y trouve.
Qu’on nous comprenne bien : ce n’est pas devant des incrédules de profession que nous soutenons ici la pleine inspiration des Ecritures; c’est devant des hommes qui disent tenir la Bible pour une révélation de Dieu. L'inspiration , leur avonsnous dit, est un dogme écrit dans ce livre sacré : selon son propre témoignage, toute l’Ecriture est donnée de Dieu, elle est parfaite, elle est pure, elle est un argent passé par sept fois au creuset. Qu’ont-ils répondu? — Ils ne rejettent, disent-ils, une telle inspiration qu’à l'égard du langage, des formes du discours et des détails sans importance ; ils croient d’ailleurs qu’une providence continuelle a dirigé les esprits des écrivains sacrés, pour les préserver de toute erreur grave. Mais comment prouvent-ils cette thèse”? Est-ce au langage seulement, est-ce aux formes du discours, est-ce à des détails insignifiants qu’ils s'en pren-
nent? — Hélas! écoutez-les : Il y a dans les dogmes des superstitions ; il y a dans les citations des vues fausses ; il y a dans les raisonnements des infirmités!... Vous le voyez donc, c’est ainsi que, pour attaquer la pleine inspiration des Ecritures, ils S'en vont descendre dans les rangs des incrédules qui jettent des pierres à la parole de Dieu; et s'ils ne veulent pas, comme eux, ôter Dieu de la sainte Bible, ils veulent au moins corriger Dieu dans la sainte Bible. — Lequel de ces . deux rôles est le plus outrageux ? Il serait difficile de le dire.
Nous concluons donc que, puisqu'on ne sait combattre la pleine inspiration sans accuser d’errear la parole du Seigneur, 1l faut que nous nous attachions toujours plus à cette sentence de l’Ecriture, que « toute l’Ecriture est divinement inspirée. »
3. Mais nous avons à représenter encore quelque chose de plus grave. Nous demandons : Où s’arrèteront-ils dans ce chemin où ils sont entrés? Et par quelles raisons y arréteront-ils à leur tour | - ceux qui voudraient y aller plus loin qu'eux? Ils osent corriger une parole de la parole de Dieu ; de quel droit alors blâmeront-ils ceux qui voudraient en redresser le reste? Êtres de trois jours, pendant qu'ils traversent cette terre en. courant, avec le
livre éternel de Dieu dans leurs mains, ils osent lui dire : Ceci, Seigneur, est digne de toi, ceci n’est pas digne de toi! Ils prétendent trier eux-mêmes dans les oracles de Dieu, y faire une part à la folie de l'homme, y séparer d'avec la pensée de Dieu les ignorances d'Esaie ou de Moïse, les préjugés de saint Pierre ou de saint Jude , les paralogismes de saint Paul, les superstitions de saint Jean! Lamentable témérité ! Nous le répétons : où s’arrêteront-ils dans ce travail funeste; car ils vont se placer à la même table dont les Socin, les Grimaldi, les Priestley occupent un côté, et les Jean- Jacques, les Volney, les Dupuis l’autre côté. Entre eux et Eichhorn, entre eux et William Cobbett, entre eux et Strauss, où est la différence ? Elle est dans l’espèce, elle n’est pas dans le genre. Elle est dans la quantité des imputations d'erreurs et des irrévérences ; elle n'est plus dans la qualité. Ily a différence dans la hardiesse, 1l n’y en a point dans Ja profanation. Les uns et les autres ont trouvé des erreurs dans la parole de Dieu ; ils ont prétendu la redresser. Mais, nous le demandons, est-il moins absurde , de la part d’une créature, de vouloir corriger dans les œuvres de Dieu la création de l’hysope qui sort de la muraille que celle du cèdre qui croit sur le Liban; de prétendre rectifier l'organisme d’un ver-luisant que de vouloir re-
mettre de la lumière dans le soleil? De quel droit.