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des ministres qui disent ne voir que le langage des préjugés Judaïques, dans les récits des Evangiles sur les démoniaques et sur les miracles de Jésus-Christ chassant les esprits impurs, dé quel droit trouveront-ils étrange que tel autre ne voie non plus, dans les miracles de la conversion de saint Paul, de la résurrection, de la multiplication des pains ou de la Pentecôte, qu’une utile et sage complaisance pour les ignorances d’un peuple ami du merveilleux? De quel droit un professeur qui nierait l'inspiration des raisonnements de saint Paul, blâmerait-il M. de Wette rejetant celle des prophéties de l’Ancien-Testament !, ou M. Wirgmann procédant à sa divarication du Nouveau- Testament ?, ou M. Strauss changeant en mythes les miracles et jusqu à la personne de Jésus- Christ ? |
Il y a trois ou quatre ans qu’un jeune ministre bernois nous fit lire un manuel de théologie qu’on avait mis, disait-il, entre ses mains dans une aca-
(1) C'était son opinion il y a quelques années. Nous ignorons si ce professeur, dont nous avons admiré la science et la candeur dans sa traduction du Nouveau-Testament , n’aurait point retiré de telles assertions. — (2) C’est le titre de son livre (traduit de l'anglais par Lambert, Paris, 1838.) —- « Il entend par là, dit-il, la séparation du Nouveau-Testament en Parole de Dieu, ou préceptes moraux, et Parole de l'homme, ou faits du monde sensible.»
démie de la Suisse orientale. Nous n’avons pas retenu le nom de l’Auteur, non plus que celui de sa résidence ; mais ayant, dans le temps, pris note de ses principaux arguments contre la pleine inspiration des Ecritures, nous pouvons reproduire ici les citations par lesquelles il cherchait à prouver que les livres saints, contenant des erreurs évidentes, ne peuvent être entièrement une parole de Dieu. — On comprendra que nous ne nous arrêtions pas ici à lui répondre. Nous ne voulons que donner une mesure de ces témérités.
«Saint Paul dit avoir livré un incestueux à Satan (1 Cor., V, 5). »— Ce passage (fanatique sans doute) pourrait-il être inspiré!
« Il leur dit que « nous jugerons les anges (1 Cor., vi, 3). » — Rêverie gnostique, sans ue Un tel passage serait-il inspiré !
«Il va même jusqu’à leur dire que, « en conséquence de leurs communions indignes, plusieurs d’entre eux sont malades, et quelques-uns sont morts (1 Cor., XI, 30).» — Ce passage ne peut être inspiré ! |
« Il leur dit encore que tous meurent en Adam (1 Cor., xv, 22). » — Superstition judaïque. Il est impossible qu’un tel passage soit inspiré !
«Et quand saint Paul assure aux Thessaloniciens (1 Thes.,1v, 15),et que saint Jacques répète (Jacq., v, 8) que « l’avénement du Seigneur est proche, »
une erreur si manifeste pourrait-elle être inspiréet?
C’est donc ainsi qu’on ose juger la parole éternelle! — Nous ignorons encore, avons-nous dit, si ces doctrines, professées en Suisse il y a dix ou douze ans, le furent à Zurich plutôt qu'ailleurs. Mais, si elles y eurent cours en effet, il faudrait excuser, hélas ! les magistrats de cette ville, pour n'être pas injuste. Ce n’est pas eux qui ont appelé M. Strauss dans leur patrie, pour y renverser la foi de tout un peuple; car Strauss était déjà dans leurs chaires, si de tels docteurs s’y faisaient entendre. Ils leur avaient vu de grands ciseaux dans
les mains, retranchant des Ecritures les erreurs
des saints Apôtres. Quelle différence pouvaientils apercevoir entre de tels hommes et celui qu'ils appelaient ? Un peu plus de science, de hardiesse, de conséquence dans ses principes ; et, dans ses mains mieux exercées, un instrument plus long et plus tranchant ; mais guère plus de mépris dans son cœur pour les Ecritures de Dieu !— Entre les juges du sanhédrin qui frappèrent Jésus au visage, nous
(1) Nous n’avons pas pensé devoir répondre à de telles accusations. Ce serait sortir de notre sujet. — La venue du Seigneur est proche de chacun de nous : d’un instant à l’autre, trois soupirs nous en séparent. Quand un homme meurt, il est aussitôt transporté dans le jour de Jésus-Christ. — Quant à la distance de ce jour relativement à ce monde, voyez, au 2€ chap. de la 2e Epit. aux Thessaloniciens, si l’apôtre Paul sy trompait.
mettons peu de différence, quant au nombre des coups qu'ils lui portèrent ; — et lorsque soixante conjurés, dans le palais de Pompée, renversèrent César de son trône d’or au milieu du sénat, Casca, qui le premier l’effleura de son épée, ne fut pas moins son meurtrier que Cassius lui fendant la tête, ou que les soixante conjurés lui montrant le glaive de toutes parts, et le perçant de vingt-trois blessures. — Le docteur qui nie l'inspiration d’un raisonnement ou d’un dogme des Ecritures est-il donc moins en révolte contre le Dieu des Ecritures que celui qui rejette l’inspiration d'un livre tout entier ? — Nous ne le pensons pas. | Nous concluons que, puisque, pour nier la pleine inspiration des Ecritures, on doit entrer dans la voie des témérités, et donner, par de premiers coups d'épée, le signal de toutes les révoltes contre la parole de Dieu, il faut, encore une fois, que nous prenions garde de plus près à cette parole du Saint- Esprit : «Toute l’Ecriture est divinement inspirée. » — Mais nous avons encore une dernière réflexion.
4. Nous ne comprenez pas la divinité, la convenance, la sagesse, l’utilité de tel ou tel passage des Ecritures ; et, à cause de cela, vous en niez l’inspiration ! — Est-ce un argument qui puisse avoir quelque valeur réelle, nous ne dirons pas à nos yeux, mais aux vôtres? Qui êtes-vous? « Quand tu
«vas dans la maison de Dieu, » faible enfant des hommes, «prends garde à ton pied; ne te précipite «point à parler ; approche-toi pour écouter, et n'of- «fre point le sacrifice des insensés ; car ils ne sa- «vent pas le mal qu’ils font. Dieu est au ciel, et toi «sur la terre.» Qui es-tu donc; pour juger les oracles de Dieu? L’Ecriture elle-même n’a-t-elle pas dit d'avance qu’elle serait « scandale pour les uns, «et folie pour les autres; » que c l’homme naturel «ne la comprendrait pas ; qu’il ne le pourrait même «pas, »et que « c’est par le Saint-Esprit qu'on en «juge? ? » Ne deviez-vous donc pas vous attendre à ressentir d'abord quelque répugnance dans l'esprit, dans le cœur, dans la conscience même, contre ses premiers enseignements : Il faut que l'homme retourne à sa place comme une créature infirme, ignorante et démoralisée ! Il ne peut comprendre Dieu qu'après s'être humilié. Qu'il aille se mettre à genoux dans son cabinet; qu'il prie, et il comprendra ! — Un raisonnement est mal fondé, parce que vous ne le saisissez pas ! un dogme est un préjugé, parce que vous ne l’acceptez pas ! une citation est sans justesse, parce que vous n’en avez pas compris le véritable sens! — Que resterait-il dans le monde, si Dieu n’y laissait que ce que vous pouvez expliquer ? — Les empereurs de Rome, ne
(1) Eccles., v, 1, 2:—(2) 1 Cor., 1, 28. n, 14.
pouvant comprendre ni la vie, ni la foi de nos martyrs, les jetaient aux bêtes dans l’amphithéätre, et les faisaient traîner au Tibre. C’est ainsi qu’on jette ses ignorances, comme un Croc impur, sür Ja parole de Dieu, et qu’on tire aux gémonies ce qu'elles n’ont pu comprendre et qu'elles ont condamné! |
Nous nous rappelons, en écrivant ces lignes, un docteur, d’ailleurs honorable, mais imbu de la sagesse de son siècle, qui s’attachait à prouver que les raisonnements de saint Paul ne sont pas inspirés. — Pour le montrer, que faisait-il ? il citait, comme un exemple convaincant, un passage (Galat., 111, 16) dans lequel saint Paul se propose, non de PROUVER (remarquez-le bien : toute la solution est là), non de prouver, mais d’AFFIRMER que la promesse faite de Dieu à Æbraham et à sa postérité regardait, non pas toutes ses postérités (puisqu'il était assez évident que ses postérites par Agar, par Kétura, par Esaü, avaient été rejetées), mais une postérité spéciale, élue et personnelle. Et que faisait le professeur, pour établir sa thèse sur ce passage ? Il y prêtait à l’Apôtre un raisonnement si puéril que le moindre enfant des Galates aurait pu l'en reprendre ! Saint Paul, selon lui, au lieu de ne faire qu'affirmer un fait, aurait argumenté du singulier d'un nom collectif pour prouver qu’un tel mot ne pouvait désigner qu'une seule personne!
ERREURS DE RAISONNEMENT. 301 Absurde pour nous, disait-il, cet argument pouvait être bon pour des Juifs, ou pour les grossiers Gaulois de l’Asie-Mineure. — Nous donnons cet exemple. — On en pourrait aisément alléguer cent autres de même valeur.
L'auteur oserait-il citer ici sa propre expérience? Il se rappelle avec autant d’humiliation que de gratitude ses premières et ses dernières impressions sur les Epitres de saint Paul. Il avait pu se convaincre déjà, dans ses plus jeunes années, que la Bible est de Dieu; mais il n’avait pas encore compris la doctrine qu'elle enseigne. Il voulait respecter les pages de l’Apôtre, parce qu'il avait vu, par d’autres caractères, que les sceaux inimitables du Dieu très-haut y sont suspendus; mais un trouble secret l’agitait en les lisant, et le repoussait vers d'autres livres. Saint Paul lui semblait raisonner faux, ne pas aller droit à son but, parler par des ambages et des discours embarrassés, tourner en longues spirales autour de son sujet; et dire les choses qu’on lui prêtait, tout autrement qu’on n'eût voulu soi-même les exprimer. — En un mot, 1l éprouvait, en les lisant, comme ce douloureux malaise d’un fils tendre et respectueux à côté d'un père qui décline, qui perd la mémoire, et qui parle en balbutiant. Oh! comme il voudrait cacher aux autres et se dissimuler à soi-même que son vénéré père baisse, et ne semble plus être lui-
même! —- Mais, dès que la grâce divine nous eut révélé cette doctrine de la justice de la foi, qui est la flamme ardente et brillante des Ecritures, alors chaque parole devint lumière, harmonie et vie; les raisonnements de l’Apôtre nous parurent limpides comme l’onde de la roche, ses pensées profondes et pratiques, toutes ses Epîtres une puissance de Dieu en salut pour ceux qui croient. Nous vimes des preuves abondantes de divinité éclater des parties mêmes des Ecritures qui nous avaient donné un si long malaise, et nous pûmes dire avec. la joie d’une découverte, et la reconnaissance d’une tendre adoration,en sentant en nous vibrer, à l'unisson de la parole de Dieu, des cordes inimitables et jusque-là silencieuses : « Oui, mon Dieu, toutes les Ecritures sont divinement inspirées! » … Mais on insiste :
SECTION V. — Erreurs daus les ‘récits: contradictions dans les faits.
On laissera, nous dit-on, s'il le faut, toutes ces Justes répugnances contre les raisonnements ou les doctrines des Ecrivains sacrés, en convenant que, sur ces matières, ce qui est une difficulté pour les uns peut n’en être point une pour les autres. Mais si maintenant on en appelle à des faits, si l’on montre qu'il y a des contradictions manifestes
dans les récits de la Bible, dans ses dates, dans ses allusions à l’histoire contemporaine, dans ses citations scripturaires, nous pourrons encore peutêtre reprocher aux objectants deles avoir-vues, de n'être pas conséquents avec eux-mêmes, et d'aller en cela plus loin que leur propre thèse. N'importe cependant; ce sont là des faits qu'aucune fin de non-recevoir ne peut débouter, et qu'aucun raisonnement ne saurait détruire. Un raisonnement ne détruit pas plus les faits qu'il ne les crée. — Si donc ces contradictions existent, ajoutent-ils, elles peuvent bien convaincre leur thèse d'insuffisance ; mais elles s'élèvent trois fois plus haut contre la nôtre, pour l’accuser d'erreur. dE
Nous commencerons par reconnaitre que, S'il était vrai qu'il y eût, comme ils le disent, des faits erronés et des récits contradictoires dans les saintes Ecritures, il faudrait renoncer à soutenir leur pleine inspiration. Mais nous n'en sommes point là. Ces erreurs prétendues n'existent pas.
Nous conviendrons sans doute que, parmi les nombreuses attaques faites aux plus petits détails des récits de nos livres sacrés, il en est qui peuvent, au premier coup d'œil, donner quelque embarras ; mais, dès qu’on vient à les regarder de plus près, ces difficultés s'expliquent et s’évanouissent. —- Nous en allons donner des exemples, et nous au-
rons soin de les choisir parmi celles que les adversaires d’une pleine inspiration ont paru regarder comme les plus insurmontables.
Nous les ferons précéder de quelques observations. |
1° Les Ecritures ont eu dans tous les siècles leurs adversaires et leurs défenseurs, leurs. Celse comme leurs Origène, leurs Porphyre comme leurs Eusèbe; leurs Castellion et leurs Calvin, leurs Strauss et leurs Hengstenberg. — Il y a seize cents ans que déjà Malchus Porphyre, ce savant et haineux Syrien qui vivait en Sicile sous le règne de Dioclétien, et que Jérôme appelle rabidum adversus Christum canem Ÿ, écrivit quinze livres contre le christianisme. Dans ces quinze livres, dont le quatrième était dirigé contre le Pentateuque, le douzième et le treizième contre Daniel, il y en avait un (le premier) consacré tout entier à rassembler toutes les contradictions qu’il prétendait avoir trouvées dans les Ecritures ?. Depuis Celse et Porphyre jusqu'aux incrédules anglais du XVIII siècle, et depuis ceux-ci jusqu’à Strauss, qui n’a eu guère qu à les copier, on n’a cessé d’en
(1) Un chien enragé contre Christ. Des Écriv. ecclés., préf. — (2) To +040? nipLeOY ccugxeury Urep6oln uso rpO6EG ANUEVOY , dit Eusébe, en parlant de lui. Eusèb., Prépar. évangél., liv. x, ch. 1x, et Eusèbe, Hist. ecclés. vr, 19. — (3) I à, dit-il lui-
chercher de nouvelles, en comparant Ecriture avec Ecriture, ligne avec ligne, mot avec mot, détail avec détail. — Il était donc facile de les multiplier, et d’en trouver même de spécieuses, dans un livre éminemment anecdotique, où les récits des mêmes événements sont répétés sous des formes variées, par des historiens différents, dans des circonstances diverses, dans des buts multipliés, et avec des développements plus ou moins étendus. — D’après cela, le lecteur doit comprendre que cette cinquième objection, qui ne se compose que d’observations détachées, et qui se résout en une infinité de petits détails, ne peut être non plus réfutée qu’en détail et que par des réponses détachées. — C’est done matière inépuisable. À chaque passage son objection, à chaque objection sa réplique. Notre seule réponse générale ne peut done être
que celle-ci : Examinez, et l'obscurité s’évanouira.
Il est d’ailleurs reconnu par tous les partis que les contradictions prétendues qu’objectent les adversaires de l'inspiration n'ont en elles-mêmes aucune importance religieuse, et ne regardent que des dates, des nombres ou d’autres circonstances très-minutieuses. Mais, si elles sont incapables d'affecter directement le dogme chrétien, elles
même, sur la critique des Évangiles, étudié et recueilli de Celse jusqu’à Paulus, et jusqu'aux fragments de Wolfenbuttel.
n’en tendraient cependant pas moins directement à renverser la pleine inspiration des Ecritures. — Il faut donc qu'on y réponde. — C’est ce qu'ont fait les amis de la Religion dans tous les siècles, et c'est ce que vient d'accomplir avec un si honorable succès M. Hengstenberg, à Berlin; et c’est ce qu'ont fait, dans ces derniers temps , MM. Barett, Hales, Gérard, Dick, Horne et autres, en Angleterre. |
20 Il est très-facile de dire d’une manière générale et d’un ton péremptoire qu’il y a des contradictions dans la Bible ; et il est arrivé souvent à des chrétiens irréfléchis, quoique pieux, de ne s'être pas donné le travail d'y regarder de plus près , et de s'être laissé entrainer à des maximes relâchées sur l'inspiration, avant d’avoir assez étudié, d’un côté, les témoignages généraux des Ecritures sur cette doctrine, et, de l’autre, la nature des objections qu’on leur avait opposées. On les a vus alors chercher, dans leur esprit plutôt que dans la Bible, un système mitigé d'inspiration, qui se pût concilier avec l'existence prétendue de quelques erreurs dans la parole de Dieu. C'était là, au XVIe siècle, la doctrine de Socin!, de Castellion? et de quelques autres; mais elle fut alors
(1) De autorit. Script.—(2) In Dialogis.
hautement repoussée par tous les hommes pieux. «Hoc non est causam tueri adversus atheos, disait François Turrettini 1, sed illam turpiter prodere:» — « Non est eo concedendum, ad ea conciliunda, ut dicamus codicem sacrum mendosum?, » disait le
savant et pieux Pierre Martyr, la « merveille de
l'Italie, » comme l’appelait Calvin.— De nos jours, le respectable docteur Pye Smith, en Angleterre, et le digne évêque de Calcutta À, se sont laissés aller à des sentences que nous déplorons, et que probablement ils corrigeraient, s'ils avaient à les refaire. Et à Berlin, le savant recteur de l’Université, M. Twesten, dont nous honorons d’ailleurs les travaux et la réputation, n’a pas craint de dire, dans sa Dogmatique Ÿ, que « tout n’est pas également inspiré dans la Sainte-Bible ; et que, si l’on n’admet pas d'erreur dans les détails des récits évangéliques, on se jette pour les expliquer dans des difficultés inextricables.» — Et quels exemples donne-t-il, en passant, pour justifier de telles maximes ? — Il cite deux des passagés que nous allons exposer (le premier, celui des aveugles de Jéricho; le septième, celui du dénombrement de Cyrénius).— Le lecteur pourra juger de la facilité avec
(1) Théol. elencht., tom. E, pag. T4. — (2) In Reg. vu, 17. — (3) Defence of doctor Haffner’s Preface to the Bible. — (4) XIIe Lecture on the Evid. of Christianity. — (5) Vorlesungen über die Dogmatik, t. 1, p. 421-429, Hamburg, 1829.
laquelle on abandonne le témoignage que les Ecritures rendent elles-mêmes de leur entière inspiration.
Nous allons donc présenter quelques exemples, soit des contradictions qu’on a cru pouvoir nous opposer, soit des causes de cette précipitation avec laquelle on s’est permis d'appeler contradictoires certains passages qui ne demandaient cependant qu’un peu de réflexion pour être conciliés.
Nous avons dit et nous répétons que, n’en pouvant citer ici qu'un petit nombre, nous avons eu soin de choisir ceux que les adversaires ont paru regarder comme les plus embarrassants.
Dans l'intervalle de la première à la seconde édition de ce livre, plusieurs personnes pieuses nous ont adressé le reproche d’avoir résolu des difficultés qui n’en étaient pas pour elles, et d’en avoir négligé d’autres qui leur semblaient d’un plus grand poids. D'autres lecteurs porteront sans doute sur ces valeurs relatives un jugement absolument contraire. Ce sont des appréciations toutes subjectives. Nul n’est juge du poids qu’on pourra donner ailleurs à ses objections sur de telles matières : aussi le champ en est-il sans bornes. —Nous avons pensé cependant devoir prendre encore en considération, dans ce volume , les nouvelles difficultés qu'on nous a signalées.
PREMIÈRE CAUSE D'IMPRUDENCE. — Le complément des circonstances de deux faits qui se passèrent en Orient, il y a dix-huit cents années, démeure inconnu, parce que les historiens sacrés nous les racontent avec une admirable brièveté. Cependant on se hâte, si le récit ne nous explique pas de quelle manière se sont conciliés quelquesuns de leurs traits, de les déclarer contradictoires! — Rien n’est plus irrationnel. — Supposez, pour en donner un exemple hors des Ecritures, qu’ug Pundit indou vint à lire trois histoires succinctes, mais toutes trois véridiques, de lillustre Napoléon. La première lui dira que la prise de Paris, précédée d’une grande effusion de sang aux portes de cette capitale, nécessita son abdication, et qu’une frégate anglaise dut le transporter dans une ile de la Méditerranée. Une seconde récitera que ce capitaine, vaincu par les Anglais, qui s’emparèrent de Paris sans coup férir, fut transporté par eux à Sainte-Hélène, où le général Bertrand voulut le suivre, et où il finit ses jours entre les bras de ce fidèle serviteur. Une troisième racontera que l’empereur déchu fut accompagné dans son exil par les généraux Gourgaud, Bertrand et Montholon. Tous ces récits seraient exacts; et cependant que de contradictions palpables dans ce peu de mots! dirait le savant de Bénarès. — Sainte-Hélène dans la Méditerranée! Qui ne sait
qu'elle s'élève comme un rocher. dans le grand Océan ? Première contradiction : l’un de ces livres est un mensonge, il faut le rejeter. — Mais encore,
Paris pris sans coup férir ; et Paris pris après un combat sanglant à ses rednes Deuxième contradiction. — Etencore, 1e1 un général, là trois géné-
raux ! Troisième contradiction. id |
Comparez maintenant ces imprudences supposées à plusieurs des objections qu’on élève contre les récits de nos Evangiles!
Premier exemple. — Marc (XVI, 5) nous réeite que les femmes virent UN JEUNE HOMME (un seul), assis du côte droit, qui leur dit : Ne soyez pas dans la stupeur.. Wous cherchez Jesus le Nazaréen, qui a êlé crucifie.…. 1l est ressuscité ;
Et Luc raconte (XX1IV, 4) que DEUX HOMMES se présentèrent à elles. qui leur durent : Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? Il rest point ici, mais il est ressuscité.
On nous objecte ces passages comme inconeiliables : mais de quel droit? Il y à différence, sans doute ; mais il n’y a ni contradiction ni désaccord entre les deux récits. S'ils sont tous deux vrais, pourquoi voudrait-on qu'ils fussent identiques ? — Il suffit qu'ils soient vrais, surtout en des histoires si admirablement succinctes. — Ne nous arrive-til.pas souvent, sans cesser d'être exacts, de racon-
ter deux fois de suite à diverses personnes la même aventure de deux manières très-diverses ? Pourquoi les Apôtres n’en feraient-ils pas autant ? Saint Luc raconte que deux personnages se présentèrent aux femmes, tandis que saint Marc ne parle que de celui des deux qui d’abord avait seul roulé la pierre, qui s'était seul assis du côté droit du sépulcre, et qui leur adressa la parole. — C'était ainsi que l’un de nos historiens de la vie de Bonaparte indiquait trois généraux, tandis que l’autre, sans cesser d’être vrai, ne parlait que de Bertrand. — C’est ainsi que Moïse, après nous avoir montré trois hommes dans l’apparitiou de Mamré (Gen., xvi), n’en fait bientôt plus parler qu’un (v. 2, 10, 17), comme s’il eût été seul.—Cest ainsi que je pourrais raconter deux fois de suite, et d’une manière diverse, la même circonstance, sans cesser d’être vrai: «J'ai rencontré trois hommes qui m'ont indiqué le chemin direct. J'ai rencontré un homme qui m'a remis sur la bonne voie. » — Si done il y a, dans les passages allégués, une différence notable, il n’y a cependant pas même l’apparence d’une contradiction.
Deuxième exemple. — Matthieu (xx, 30) dit que, comme Jesus partait de Jéricho, suivi d'une grande foule, deux aveugles, assis près du chemin, ayant oui dire que Jésus passait, crièrent en disant: Aie pitie de nous!
Et Marc (x, 46) nous dit que, comme Jesus partait de Jéricho, suivi d’une grande foule | le Jus de Timce, Bartimée, l'aveugle , assis pres du chemin , ayant appris que c'était Jésus de Nazareth, se mt à crier: Fils de David, aie pitié de moi!
Luc également Lie 35) ne parle que d'un seul aveugle.
Qu'y a-t-1l ici, nous le demandons encore, de contradictoire ou d’incorrect? — De ces deux aveugles que Jésus, au milieu de tant d’autres œuvres, guérit à Jéricho, il en était un plus remarquable que l’autre, plus connu peut-être dans la contrée, et qui prit seul la parole pour tous les deux. Marc ne parle que de celui-ci ; il va même jusqu'à nous dire son nom : il n’assure point qu'il fût seul. — Matthieu en a donc pu nommer deux. — Les récits des trois évangélistes sont également vrais, Sans être en tout semblables. Qu’y a-t-il donc là d’extraordinaire?
Mais il y a, nous dit-on, dans ce même récit, une difficulté plus grande; écoutons-la :
C’est un troisieme exemple. — Matthieu et Marc nous racontent que l’événement arriva comme Jésus partait de Jéricho ;
tandis que Luc nous dit qu’il eut lieu comme Jésus approchait de Jéricho. — Palpablé contradiction ! s’est-on plus d’une fois écrié.
Comment le prouverez-vous? qu’en savez-vous?
faut-il répondre. — Les détails de ce fait vous étant inconnus, comment vous serait-il possible de montrer qu’ils soient inconciliables; tandis qu’il est très-facile, au contraire, par la plus simple supposition, de les mettre d'accord ?
Saint Luc, comme il le fait si-souvent dans tout le cours de son Évangile, a réuni dans sa narration deux circonstances successives du même événement. — Remarquez bien qu'il est le seul des trois historiens qui fasse mention de la première question de Bartimée : Ayant entendu la foule qui passait, il s'informa de ce que c'était. Cette question, l’aveugle la fit avant l'entrée de Jésus dans Jéricho. Instruit alors de ce qu'était ce grand prophète qu’il n’avait point connu jusque-là, il le suivit, et s’alla ranger, pendant son repas chez Zachée, au milieu de la foule qui l’attendait à sa sortie. Ce fut alors qu’on lui annonça que Jesus le IVazaréen passait (ces paroles sont dans saint Luc). IL le suivit longtemps ainsi; l’autre aveugle s’était joint à lui, et leur guérison ne s’accomplit qu'au moment où déjà Jésus, en chemin vers Jérusalem, sortait de Jericho, où il ne s'était; arrêté que pour entrer chez l’heureux Zachée. — Cette explication si simple fait aussitôt disparaître le désaccord prétendu des trois textes.
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Quatrième exemple. — Saint Matthieu (en son chapitre XxvIr, 5) dit que Judas s’étrangla; saint Pierre, dans les Actes (1, 18), dit que, s'étant précipité, il creva par le milieu, et que ses entrailles
furent alors répandues.
On a dit encore qu’il y avait ici contradiction:
Nous nous souvenons qu'à Genève, dans une conférence publique où nous défendions cette même thèse, notre précieux ami, le professeur Monod, alors pasteur à Lyon, eita les traits analogues d’une mort lamentable dont il venait d’être presque le témoin. — Pour être plus sûr de son suicide et se donner une double mort, un malheureux habitant de cette ville, s'étant assis en dehors: de la fenêtre d’un quatrième étage, s'était tiré dans la bouche un coup de pistolet. Un même narrateur de ce triste événement, disait-il, en aurait pu faire: trois récits différents, et tous trois exacts. Dans le premier, il eût rapporté le fait tout entier; dans le deuxième, il aurait dit : Cet homme est mort d’un coup de feu; et dans le troisième: Il s'est précipité.
Tel fut aussi le RTS volontaire par lequel le malheureux Judas s’en alla dans son lieu. — Il s’étrangla et se précipita; son corps s’ouvrit, et toutes ses entrailles furent répandues. — Un seul détail de plus, sur ces affreuses circonstances d’une
même mort, nous en aurait montré la liaison. Il ne nous à pas été donné; mais qui oserait pour cela soutenir qu'il y ait ici contradiction ?
Cinquième exemple. — Iei se doivent placer la
plupart de ces cas ‘où divers calculs numériques
peuvent paraître en désaccord, comme celui des talents d’or apportés d'Ophir au roi Salomon ({ Rois, 1x, 28 ; 2 Chron., vint, 18); celui du dénombrement des [sraélites aux jours de David (2 Sam., xXXIV,9; { Chron., xx1, 5); celui des enfants du patriarche Jacob transportés en Egypte (Gen.,xLvi, 16,27; Deut., x, 22; Act.,vir, 14),etc. — Une seule circonstance de plus dans ces rapides récits vous eût aussitôt présenté la conciliation. Leroi Salomon pouvait, dans un cas, compter ses revenus bruts, et, dans l’autre, en déduire trente talents pour les dépenses de la flotte. — Le dénombrement de David pouvait présenter deux résultats, selon qu’on y comprenait ou qu’on en retranchait la milice ordinaire et déjà recensée du royaume (288,000 hommes avec leurs officiers de tout grade. 2 Chron.,xxvIL, 1; 2 Sam., xxHHI,8).--Enfin, vous pouviez avoir soixante-six, soixante-dix ou soixante-quinze personnes pour la famille du Patriarche , suivant que vous y comptiez où ny comptiez pas, d’un côté, Jacob avec Joseph et ses deux fils; de l’autre, Her, Onan et Dina; de l’autre
encore , les femmes des onze patriarches. — Nous n'entrons pas dans la combinaison de ces détails ; il fallait seulement les indiquer.
Sixième exemple. — Saint Matthieu, dans son chapitre xxvI (versets 9 et 10), cite, comme de Jérémie, des paroles qui ne se trouvent point dans le livre de ce prophète. — Ælors, dit-il, fut accompli ce dont il avait été parlé par Jérémie le prophete, disant : Etals ont recu les trente pieces d’argent, le prix de celui qui a cté apprécie, et que des (hommes) d’entre les fils d'Israël ont apprécie...
Erreur évidente, a-t-on dit! Ces paroles ne se rencontrent que dans le livre de Zacharie (xt, 13).
Nous ne répondrons pas, avec saint Augustin, que plusieurs manuscrits grecs ayant seulement ces mots : Ælors fut accompli ce dont il avait été parle par le Prophete, «on pourrait dire que l’on s’en «tient à ceux qui ne portent pas le nom de Jéré- «miet.»—]l est vrai qu'encore aujourd’hui, parmi les manuscrits grecs de nos bibliothèques, il en est deux qui n’ont pas le nom de ce prophète, et que, parmi les versions les plus anciennes, la syriaque et la persanne ne le portent pas non plus. — Toute-
(47 Possumus érgo dicere his potiüs codicibus esse credendum qui Jeremiæ nomen non habent. (De consensu Evang., bb; 109 @ 77 |
fois cette solution ne nous paraît pas conforme aux règles ordinaires de la Critique Sacrée ; et saint Augustin lui-même avouait ingénument n’en être pas satisfait, parce que, de son temps déjà, le plus grand nombre des exemplaires latins et des exemplaires grecs portaient dans cette phrase le nom de Jeremie. |
Quelques savants présument en conséquence que ce nom se sera facilement glissé au texte par quelque erreur , et que les copistes, ayant remarqué à la marge ces lettres Zou (qui signifiaient en abrégé le nom de Zacharie), en auront, par mégarde, fait Jou, et l’auront coulé dans le texte, pensant y lire le nom de Jérémie, — Cependant encore cette explication ne saurait nous contenter non plus, parce qu’elle ne repose que sur une hypothèse gratuitement opposée au témoignage des manuscrits, et qu'elle ouvre la porte des témérités. — Respect aux manuscrits! c’est notre sûreté.
Je préfère donc l'explication de Witby : la voici. Nous savons, dit-il, par saint Jérôme, qu'il existait de son temps un livre apocryphe du prophète Jérémie, où les paroles citées par saint Matthieu se lisaient en toutes lettres. On sait aussi que le deuxième livre des Maccabées (1, 1 à 9) rapporte
(1) Legi nuper, in quodam Hebraïco volumine quod Nazarenæ sectæ Hebræus mihi obtulit, Hieremiæ apocryphum , in quo hæc ad verbum scripta reperi. (Hieron. in Matth., XXVuL.)
bien des actions et des paroles de Jérémie qui sont prises d’un autre livre que de ses prophéties canoniques. Pourquoi donc les paroles citées par l’Évangéliste n’auraient-elles pas été prononcées réellement par Jérémie, et ne seraient-elles pas demeurées dans la mémoire de l’Église jusqu'aux jours de Zacharie , qui leur aurait alors lui-même donné théopneustiquement une place dans la sainte Eeriture (comme il est arrivé des paroles non-écrites d'Enoch citées dans l’Épître de Judet, ou des paroles non-écrites de Jésus-Christ citées par saint Paul dans le livre des Actes ?} ? — Ce qui confirme cette supposition, c'est que les paroles alléguées par saint Matthieu ne se trouvent qu’en partie dans Zacharie. — D'ailleurs, on sait que ce prophète aimait à rappeler les paroles de Jérémie*. Les Juifs avaient coutume de dire que lesprit de Jérémie était dans Zacharie, et que les deux prophètes n’en faisaient qu'un. — Mède regardait comme trèsprobable que les chapitres 1x, x.et x1 de Zacharie ont été écrits primitivement par Jérémie. Or c'est dans ce dernier chapitre que se trouvent les paroles citées par saint Matthieu. — Cet évangéliste pouvait donc les citer comme de Jérémie, de la même manière que l’apôtre Jude a
(1) Versets 14, 15.—(2) Act., xx, 35.—(3) Voyez Zacharie,1, 4, et Jér., xvri, 14; Zach., ut, 8, et Jér., xxut , d.
cité comme d'Enoch les paroles de ses versets 14 et 15°.
Septième exemple. — On a fait récemment, et surtout en Allemagne , beaucoup de difficultés sur le quadruple récit qui nous est donné de la résurrection du Seigneur.
Pour abréger, nous les traiterons toutes à la fois, en ayant soin de tes désigner, dans l’objection et dans la réponse, par des lettres correspondantes.
A. D’après saint Luc (a-t-on dit), les Galiléennes revenues du sépulcre auraient préparé leurs aromates avant le sabbat (Luc, xxu1, 56); tandis que, selon saint Mare (xv1, 1, 2), elles ne les auraient achetés que le samedi soir, après Ru px de ce repos sacré.
B. A lire saint Matthieu, ces femmes auraient été Marie de Magdala et l’autre Marie; tandis qu'il y aurait eu, de plus, Salomé, selon Marc (xv£, 1); et que même, selon Luc (xx1v, 10), il s’y serait encore trouvé Jeanne et d’autres avec elles.
C. D’après Marc (xv1, 2), elles seraient allées au sépulcre « le soleil étant levé : » d’après Jean (Kx1, 1), il aurait fait «encore obscur».
D. Si (d’après saint Matthieu seul) les Juifs
320 CBJECTIONS.
avaient mis des gardes au sépulcre , on à peine à comprendre que des femmes se hasardassent à le” visiter, et pensassent à l'ouvrir.
*E. D’après Matthieu (xxvin, 5) et Marc (xvi, 5), les femmes ne virent qu’un ange au sépulcre : elles en virent deux, d’après saint Luc (Xx1v, 4)!
F. D’après Mathieu (xxvin , 8) et Luc (xx1v, 9, 10), les femmes, sorties du sépulere « avec crainte et grande joie, » auraient couru raconter aux disciples ce qu’elles avaient vu; tandis que, d’après Marc (xv1, 8), elles se seraient enfuies; «le trem- « blement et le trouble les auraient saisies ; et elles « n'auraient rien dit à personne, parce qu ‘elles « avalent peur. »
G. Si, d’après le premier et le troisième évangile, 16e femmes informèrent les disciples de ce qui s’élait passé (Mat., xxvin, 8; Luc, XXIV, 9); d’après le quatrième, il n’y ar eu d avertis que Simon-Pierre et que Jean.
H. D’après les trois premiers évangiles, Marie de Magdala, arrivée au sépulere, y aurait vu des anges qui l’auraient informée de la résurrection de Jésus; tandis que, selon saint Jean Rux. 2): elle se serait contentée de dire aux disciples : «On «a enlevé du sépulcre le Seigneur! » et n'aurait
ERREURS DANS LES RÉCITS. 321 rien dit ni de sa résurrection, ni même des anges. « Nous ne savons où on l’a mis ! » ajoute-t-elle.
I. D’après Luc (xxiv, 12), il paraîtrait que Pierre, informé , courut seul au sépulere : d’après Jean , il y eut, avec Pierre, « l’autre disciple que « Jésus aimait (XX, 2). »
K. Si vous n’écoutez que les trois premiers évangélistes, plusieurs femmes vous semblent avoir été les témoins de l'apparition des anges et de la résurrection de Jésus; tandis qu’à lire saint Jean vous croiriez que Marie de Magdala fut seule honorée de ces révélations.
L. D’après Luc (xx1v, 23, 24), et même d’après Jean (xx , 2), Marie et les femmes, retournant du sépulcre, ne seraient venues annoncer aux disciples que l’enlèvement du corps de Jésus et que
l'apparition des anges : elles n'auraient point vu
le Seigneur lui-même; tandis que, d’après Matthieu (xxvIxt , 9), Jésus leur serait apparu «pendant «qu'elles étaient encore dans le chemin. »
Voilà donc, nous a-t-on dit, onge contradictions, qui n’affectent pas, il est vrai, le fond du récit sacré , et qui ne doivent aucunement affliger notre foi, mais qui s'élèvent irrésistiblement en témoi-
gnage contre la prétention d’une entière théopneustie.
Cette objection, nous l’avouerons, nous avait paru trop mal assise, et déjà trop souvent résolue, pour trouver place dans la première édition de ce livre. Cependant on nous l’a reproduite, et nous avons cru convenable d'y répondre.
La journée de la résurrection de Jésus-Christ, pour les disciples, commença dès les prèemières lueurs du matin (Jean, xx, {), et se prolongea jusqu’au milieu de la nuit (Luc, xx1v, 29, 33, 36). Le sépulcre où leur Maître avait été mis n'était point éloigné de leur demeure, puisqu'on le place aujourd’hui dans l'enceinte même de la Jérusalem moderne. Les disciples et les femmes purent donc s’y rendre souvent et de diverses manières, pendant le cours de ce dimanche incomparable. Mais, comme chacun des quatre évangélistes s’est prescrit, dans le narré de cet événement, une brièveté merveilleuse, il est tout naturel qu’au premier aspect leurs récits présentent, sur les innombrables incidents de la journée, une apparente confusion. Chacun doit dire la vérité, et rien que la vérité ; mais aucun n ’a dû la éditei tout entière ; et vous pouvez, à ’cause de cette concision , ne pas apercevoir aussitôt leur parfaite conborlé HE Ils racontent, chacun de son côté, suivant un point de
vue spécial , ét sans s’embarrasser d’une conciliation qu'ils savent être dans la réalité des faits. Que leur faut-il de plus? L’un parle surtout de Marie la Magdelaine, parce que c’est à elle que Jésus voulut accorder sa première apparition; l’autre, de Pierre , parce que Jésus se fit voir à lui malgré son crime, et qu’il était appelé à l’un des premiers rangs dans l’église de Dieu; deux autres, de l’étonnante rencontre d'Emmaüs, parce que cette manifestation fut la plus significative et la plus tendre ; trois autres enfin, de son apparition aux Onze, parce que ceux-ci RS être les fondements et les colonnes de l’Église.
D'ailleurs, vous pouvez voir dans leurs récits plusieurs traits qui vous indiquent assez qu’en vous rapportant quelques scènes ils s’abstiennent sciemment d'en mentionner d’autres dont le souvenir ne leur est pas moins cher, mais qu’il fallait taire, pour que leurs Évangiles fussent divinement courts. — Donnons-en quelques exemples.
{° Vous entendrez saint Paul rappeler aux Corinthiens ({ Cor., xv, 5) que Jésus « fut vu d’abord « de Céphas, et ensuite des Douze. » — Cependant aucun des quatre évangélistes ne nous a récité cette apparition de Jésus à Simon Pierre.—Certes, il est heureux qu’on lise plus tard dans saint Luc (xx1v, 34) ce mot dit en passant : « Le Seigneur
« est apparu à Simon. » Sans cette parole (qui ne se trouve qu'incidemment dans un dialogue des Onze et de Cléopas), les adversaires de la théopneustie n’eussent pas manqué de dire que Paul s’est trompé sur ce fait, et qu’il a mal lu ses Évangiles, puisqu'il n'est pas dit un mot de cette apparition dans leur quadruple récit de la résurrection:
20 C’est encore ainsi que saint Luc, qui (au verset 12) ne parle que de Pierre, a soin cependant de faire dire plus tard (24) aux disciples d'Em- « maüs : Quelques-uns des nôtres sont allés au « sépulcre. »
30 C’est encore ainsi que saint Marc, qui ne. mentionne ni l'apparition de Jésus aux femmes, ni celle à Simon Pierre, a soin cependant d’insérer dans son récit (XVI, %) un petit mot qui nous laisse comprendre d’autres manifestations dont il ne parlera pas.’ « Jésus, dit-il, apparut première- « ment (premièrement !) à Marie de Magdala. »
4° Enfin, C’est ainsi que Jean, qui n’a voulu que compléter les Évangiles précédents, et qui ne parle que de Marie la Magdelaine, nous indique, par un simple prono, que cependant celle-ci n’était pas seule : « On a enlevé le Seigneur, dit-elle, et nous « NE SAVONS où on l’a mis!»
Le
Ainsi donc, pour établir contradiction entre les diverses parties du quadruple récit, il faudrait les montrer inconciliables avec toutes les suppositions qu’on est obligé de faire sur l’enchainement inconnu des événements de la journée. Mais, qui le pourra ?— Au contraire, il est facile de se figurer la marche des faits telle que tous les traits du récit deviennent concordants. — C’est ce que plusieurs ont entrepris avec succès et par des voies différentes, tant le problème est loin d’être insoluble: Il leur a suffi pour cela de faire des suppositions diverses, mais également admissibles , sur le nombre et sur la suite des visites que Marie, les disciples et les femmes rendirent au tombeau. — Olshausen, Hess et Griesbach concilient les difficultés en admettant qu’au point du jour Marie de Magdala, dans le chemin qui conduisait au sépulcre, se sépara de ses compagnes et arriva la première. Jean Le Clerc se représentait plutôt que Marie, arrivée une deuxième fois au sépulcre, avec les deux apôtres, demeura plus longtemps qu'eux auprès du monument, et que les autres femmes s’y rendirent deux fois. M. Hengstenberg a fait d’autres suppositions plus simples peut-être, et non moins acceptables.
De telles hypothèses, dira-t-on, ne lèvent pas nécessairement la contradiction : elles montrent seulement qu'il pourra L n’y en avoir pas eu.—Que nous faut-il de plus? — Les adversaires de linspi-
ration ne font à leur tour que des hypothèses contraires.
Maintenant donc, plutôt que de répondre séparément à chacune des onze objections ci-dessus rapportées, nous nous contenterons d'exposer la suite des événements, telle qu'on la peut concevoir d’après l’ensemble des quatre récits. — C’est à peu près l’arrangement proposé par Jean Le Clerc, dans son « Harmonie Évangélique !. » D’autres préféreront peut-être celui qu'a présenté récemment Olshausen dans son « Commentaire Biblique ?, » ou celui que M. Hengstenberg, plus récemment encore, vient d'exposer dans sa Ga- « zette Évangélique %. » — Mais n'importe! — Notre récit, on le verra, va faire disparaître, l’une après l’autre, les onze contradictions prétendues. (Les mêmes lettres qui les distinguaient dans W'objection seront ici replacées devant les traits qui leur correspondent et qui servent à les résoudre.)
À. Jésus avait rendu l'esprit sur la croix, le vendredi soir, à la neuvième beure du Jour. Le sabbat, qui allait commencer trois heures après, était doublement solennel (sabbat de la semaine et sabbat de la Pâque). — Comme ÿ/ se faisait tard
(1) Pag. 224 ad 231. Lugduni, 1620.—(2) Zweyter Band, p. 517, Kœnigsberg, 1834. — (3) Evang. Kirchen-Zeitung, August., 1841, | 489—523.
ERREURS DANS LES RÉCITS. 327 (Matth., xxvir, 46, 57; Marc, xv, 34, 42), Joseph d’Arimathée était allé demander à Pilate le corps du supplicié : il l’avait obtenu, et accompagné de Nicodème, qui faisait porter au sépulcre un quintal de myrrhe et d'aloès (Jean, x1x, 39), il avait acheté un drap mortuaire; il avait fait déclouer de la croix le corps de Jésus; ill’avaitentouré d’aromates , lié de bandelettes (Jean, xix, 40), et enveloppé du linceul (Luc, xxu1, 53; Marc, Xv, 46; Matth., xxvit, 59); puis enfin, faute de temps, il s’était hâté de le déposer dans un sépulcre peu distant de Golgotha. — On concevra donc que les saintes femmes (qui avaient contemplé de loin ces scènes funèbres, jusqu’au moment où l’on ferma d’une très-grande pierre l'entrée du tombeau) n’eurent que bien peu de temps pour se retirer chez elles , et pour y préparer les parfums qu'elles avaient à leur disposition. Le sabbat allait commencer ; et, quelle que fût à leurs yeux la sainteté de leurs occupations, elles les cessèrent dès que le soleil eut disparu : rien ne put les distraire du repos et du silence de ce jour (äoüxacav — Luc, XXII, 56). Mais aussitôt qu’il fut accompli (c’est-à-dire dès le samedi, à six heures du soir), elles coururent acheter des aromates, pour compléter les préparatifs pieux qu’elles n’avaient pu que commencer. — Cette opération funéraire exigeait une quantité très-considérable de myrrhe, d’aloès et
d’autres substances; et sans doute, la veille, elles n'avaient pu voir, de si loin, que Nicodême avait déjà déposé dans le sépulcre jusqu’à cent livres de parfums,
Tout est donc jusqu'ici dans un accord parfait ; et c’est par ces détails touchants que Luc et Marc ont voulu relever, chacun de son côté, l’humble respect de ces saintes femmes pour la loi du septième jour : l’un (Luc, xxl11, 56), en nous montrant avec quelle soumission elles firent d’abord trève aux soins les plus sacrés ; et l'autre (Mare, XVI, 1), avec quel scrupule elles ne les reprirent qu’à l’heure où le travail leur fut permis.
B. Cependant elles sortirent pour aller au sépulcre. — Jean ne nomme que Magdelaine, parce que Jésus-Christ l'avait choisie pour être le premier témoin du plus grand des miracles, et qu’elle était l'acteur essentiel de sa narration. — Il a soin cependant de lui faire dire : « Nous né savons où on l’a mis (XX, 2)! » — En général, les évangélistes se montrent peu soucieux d’accumuler les témoignages. Et, si l’apparition dont les saintes femmes furent favorisées n’eût pas été la première, il est probable que les historiens sacrés n’en auraient pas même fait mention. — C’est ce que nous pouvons conclure, par analogie, de la manière dont procède Paul (1 Cor., xv, 5, 8), qui ne parle que
des apôtres , et qui ne dit pas un mot des femmes. Son silence complet nous explique assez le silence partiel des évangélistes t.
C. Il faisait presque nuit encore (Jean, xvr, f), quand les femmes sortirent de leur demeure, chargées de leurs aromates, pour se rendre au sépulcre (eis rè pymusins); mais le soleil était levé lorsqu'elles y arrivèrent (ri rù prausior, Marc, XI, 2). — On sait que , dans ces latitudes méridionales, les crépuscules du soir et du matin sont de très-courte durée.
D. Elles se demandaient en chemin comment elles pourraient rouler la pierre énorme dont la caverne sépulcrale était fermée (Marc, xvI, 3).— Durant le repos et le silence du sabbat (Lue, xxiH, 56), comment eussent-elles pu savoir qu’on y avait mis des gardes (Matth., xxvu1, 66)?
(1) C’est une remarque de Hengstenberg. Nous recommandons sa dissertation aux lecteurs désireux d’une explication plus étendue. — Pour montrer, à priori, combien sont invraisemblables les contradictions imputées aux évangélistes, il établit que Marc a eu évidemment sous les yeux le travail de Matthieu, et Jean celui de Luc. « Une comparaison attentive, dit-il, de Luc (vu, 12) avec Jean (vr, 3-10) ne permet pas d’en douter. Jean, pour coordonner clairement sa narration, plus complète, avec celle de Luc, lui emprunte presque tous les termes qu’elle avait employés. »
E. Cependant il y avait eu un tremblement de terre (Matth., xxvu1, 2). Un ange, brillant comme l'éclair et vêtu d’une robe resplendissante, était descendu du ciel et avait roulé la pierre. Les gardes, tout tremblants, après être devenus comme morts, s'étaient enfuis. — Mais quel ne fut pas l'étonnement des femmes, lorsqu’arrivées au monument elles le trouvèrent ouvert et vide! Seulement un jeune homme, vêtu d’une robe blanche, était assis dans le sépulcre, du côté droit (Marc, XVI, 5). Deux hommes se présentèrent alors à elles en vêtements resplendissants (Luc, XxX1V, 4) : C'étaient des anges (Marc et Matthieu ne mentionnent que celui qui avait roulé la pierre et qui leur avait adressé la parole). L
F. Cependant ces saintes femmes, sortant promptement du sépulcré, s’enfuirent pénétrées à la fois de terreur et de joie (Matth., xxvuT, 8; Marc, xv1, 8). Elles se gardèrent , en retournant à la ville, de rien dire à personne de ce qui venait d'arriver. Craignaient-elles la colère du Sanhédrin? Au moins ne voulaient-elles répandre leurs émotions que dans le sein de leurs frères? — Malgré l'heure matinale, elles durent rencontrer un grand nombre d’Israélites aux avenues et dans les places de cette ville immense, où, pendant les fêtes, on ne comptait pas moins de trois millions
d'habitants. Le gouverneur Florus, lan 65, y compta deux cent cinquante mille agneaux pascals , dit Joseph : ce qui suppose pour le moins deux millions et demi d’adorateurs, sans compter les malades, les personnes impures et les petits enfants Î,
G. Arrivées auprès des Onze et des autres disciples, les femmes leur rapportèrent tout ce qu'elles avaient vu (Mare, xxvit, 8; Luc, xx1v, 9). Mais ce récit ne leur parut « qu’une rêverie (Luc, XXIV, 10).» Alors Marie de Magdala, s'adressant plus particulièrement à Pierre et à Jean, les assura qu’au moins , si leur Maître n’était pas ressuscité, il fallait qu’on l’eût enlevé (Jean, xx, 2).
H. D'après le récit même de saint Jean, Marie dut nécessairement en avoir dit à ces deux disciples plus que ce que cet évangéliste ne nous en rapporte directement : car il ajoute qu’ils coururent au sépulcre, et qu’aussitôt que Jean eut vu l’arrangement des linges, 1/ crut.— Mais, hélas ! ce langage de Marie : « On a enlevé le Seigneur, et je ne sais «où on l’a mis ! » n’était que trop naturel! —L’apparition fugitive des anges n'avait pas produit en elle une conviction assez inébranlable pour que
(1) Guerre des Juifs, 1, 13.
sa foi ne reçût une violente secousse de l’acueil froid et incrédule des apôtres. Ces hommes aux directions desquels elle avait coutume de se ranger avaient réprimé sans doute plus d’une fois son imagination passionnée. Elle les voit traiter de réverte Sa vision céleste. Alors il ne lui reste plus d'assurance que pour attester la partie vulgaire et matérielle du fait. Au en dit-elle , le sépulere est ouvert, et le corps n’y est plus!
[. Cependant , à l’ouïe de ces paroles, et tandis que Cléopas partait pour Emmaüs , Pierre s’étant levé, nous dit saint Luc (Kx1v, 12), courut au monument, mais n'y courut pas seul (24); et Jean nous apprend qu'il fut accompagné de « l’autre « disciple que Jésus aimait (Jean, xx, 2, 3).» Jean, plus jeune, arriva le premier : il n’entra
pas; mais, s'étant baissé, il vit les bandelettes de
lin qui étaient à terre. Pierre, s'étant aussi baissé, vit les linges (Luc, xxiv, 12), et le mouchoir de la tête, qui était plié dans un lieu à part. Il eut le courage d'entrer, et 1l s’étonna de ce qui était arrivé (Luc, xx1v, 12); mais Jean fit mieux : il entra à
son tour, et il crut. Alors ils retournèrent chez
eux (Jean, xx, 10; Luc, xxIV, 12). — Iln'y a rien encore dans tout cela qui ne soit concordant.
K. Cependant Marie de Magdala, qui les avait
La
suivis, étant revenue au sépulcre, demeurait seule sur la place, versant des larmes et désolée de n’avoir pas même pu retrouver la dépouille de son Maître. Elle se pencha ‘pour regarder dans l’intérieur du monument, et ce fut alors que, de nouveau, deux anges vêtus de blanc s’y présentèrent à sa vue. Ils étaient assis, l’un à la tête et l’autre aux pieds de la place où le corps du Seigneur avait été couché (Jean, xx, 11, 13). — Bientôt après, Marie s'étant retournée, ce fut Jésus luimême qu’elle vit derrière elle. :— « Va, lui dit-il, « va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers « mon Père et vers votre Père, vers mon Dieu et « vers votre Dieu!» — Marie se hâta d’aller annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu’il lui avait dit ces choses (Jean, xx, 18); mais on ne la crut.pas (Marc, xvi, 10).
C’est donc ainsi, comme l’a dit saint Marc (xvi, 9), que Jésus apparut premierement à Marie de Magdala. |
Tout ce récit est naturel, harmonique; les historiens y sont dans un accord facile à saisir. — Seulement ils racontent chacun quelqu'un des grands faits de ce jour incomparable, sans se croire appelés à les réciter tous. |
L. Les deux disciples, à leur départ de Jérusalem pour Emmaüs (Luc, xxiv, 21, 24), n'avaient
encore su, des événements de la journée, que le premier rapport des femmes et des deux disciples : l'ouverture du sépulere, l'enlèvement du Seigneur, apparition des anges; mais ils n’avaient point appris les dernières nouvelles : l’apparition de Jésus à Simon Pierre et le second rapport de Marie (Jean, xx, 18; Marc, XVI, 10). — Voici cependant ce qui plus tard était arrivé. — A l’exemple de la Madelaine , qui était retournée une seconde fois au sépulcre après avoir informé les apôtres de ses premières découvertes, les autres femmes aussi s’y étaient reportées pendant que Marie revenait aux disciples : elles avaient retrouvé le tombeau vide; et, comme elles revenaient pour attester encore à leurs frères que le corps de Jésus ne s'y pourrait trouver, Jésus lui-même avait daigné se faire voir à elles, vivant et plein de sympathie.—Elles l'avaient adoré, et il leur avait dit : « Ne craignez point! Allez annoncer à mes frères «qu'ils s’en aillent en Galilée : là ils me verront « (Matth., xxvint, 9, 10)!»
Telle est donc l'harmonie des récits sacrés. Cet enchainement nous paraît satisfaisant. On en pourrait, avons-nous dit, proposer quelque autre ; mais c'en est assez. Nous ne saurions comprendre, il faut l'avouer, les difficultés qu’on y trouve, ni le bruit qu’on en a fait.
. AUTRE SOURCE D'IMPRUDENCE. — Certains règnes, comme celui de Nébucadnetsar, comme celui de Jéhojakim, et comme celui de Tibère, ont eu deux commencements ; et l’on tient comme inconciliables les dates qui s’y rapportent ! Le premier, avant de monter sur le trône, régna trois ans avec son père; le deuxième régna dix ans avec lé sien; le troisième fut associé par Auguste à l'empire, dès le 28 août de l’an IT de l’ère chrétienne, et ne lui succéda cependant que le 19 août de lan XIV (Velleius Patere., 11, e. 121).
Quelques exemples. — Voyez, pour Jotham, 2 Rois, XV, 33 (il régna seize ans seul, mais aussi quatre ans du vivant de son père qui était lépreux). — Voyez, pour Joas, 2 Rois, xitr, 1, 10 (il aura régné deux ou trois ans avec son père, comme firent Josaphat et son fils, 2 Rois, viir, 16). — Voyez 2 Rois, xxiv, 8; et 2 Chron., XxXvVI, 9. — Voyez aussi Daniel, 1, 15 11, 1; Jérém., xxv, 1; 2 Chron., xxx VI, 5-7. — Voyez encore Luc, ini, 1.
AUTRE SOURCE D'IMPRUDENCE. — Le dessein du Saint-Esprit, dans l’un des Évangiles, n’est souvent pas le même que son dessein dans un autre Évangile racontant le même fait ; et l’on voudrait cependant qu’ils eussent donné le même tour à leur récit; on prétend, à cause de leurs différen-
330 OBJÉCTIONS.
ces, les déclarer inconciliables, et les supposer en directe opposition !
Exemple. — Le Saint-Esprit, dans la généalogie de Jésus-Christ, écrite en saint Matthieu (1, 1-17), veut montrer aux Juifs que, selon toute la rigueur de leur loi, Jésus-Christ est le fils et l’héritier de tous les rois de Juda, par une descendance légale; tandis que le même Saint-Esprit, dans la généalogie donnée par saint Luc (11, 23-38), veut montrer aux Gentils que Jésus-Christ est le fils de David par une descendance naturelle. Et parce que, dans ce double but, ils nous donnent, l’un sa généalogie selon /a loi, par Salomon, fils de David, et par Jacob, père de Joseph, l'époux de Marie; et l’autre, sa généalogie selon la nature, par Nathan, autre fils de David, et par Héli, le père de Marie, on a cru très-mal à propos pouvoir les mettre en opposition! ! |
AUTRE SOURCE D'IMPRUDENCE. — Un texte al traduit produit un sens contraire à la raison ou à
l’histoire; et l’on accuse aussitôt l’Écrivain sacré
de l'erreur la plus grossière! On n’examine pas
(1) On n’insiste plus guère sur cette difficulté. Nous ne pouvons ici aw’en indiquer la solution.— Son exposition demande un développement qui ne saurait prendre place dans ces feuilles. On peut aisément la trouver ailleurs.
Lee È %
si, dans la simplicité d’une traduction littérale, ce passage, mieux rendu, ne se présenterait pas dépouillé de toute difficulté !
Premier exemple (c’est encore un de céux qu'a cités M. Twesten ): — Saint Luc, nous dit-on (1, 1), dès qu’il a parlé de l'enregistrement dont l'ordonnance fut publiée de la part de César-Auguste aux jours de la naissance de Jésus-Christ, ajoute ces mots, au v. 2 : Ce premier enregistrement se fit pendant que Cyrénius était gouverneur de Syrie. | | De là il résulterait que saint Luc serait ici surpris en flagrante contradiction avec l’histoire contemporaine ; car, à la naissance de Jésus-Christ, la Judée était gouvernée par Hérode, tandis que la Syrie l'était ou par Saturninus, ou plutôt (dès l'an V avant l'ère chrétienne) par Quintilius Varus, qui le remplaça, et pendant l'administration duquel mourut le grand Hérode. — Le Cyrénius ( Publius Sulpitius Quirinius) sous qui fut fait un deuxième dénombrement, ne fut envoyé en Orient que onze ou douze ans, pour le moins, après la naissance de Jésus-Christ, L’historien Joseph 1 nous dit, en termes exprès, que ce dénombrement se fit lan 37 après la défaite d'Antoine; et Jésus- Christ naquit, pour le plus tard, l'an 26 après ce
(4) Ant. Jud., xvii, 15 ; xviur, 3,
grand événement. — Il faut donc que saint Luc se soit trompé de onze ans, et qu’il ait confondu ces deux époques et ces deux dénombrements.
Avant de répondre à cette étrange accusation, nous voudrions en faire observer l'extrême invraisemblance, même à ne prendre saint Luc que pour un homme ininspiré. — Quoi! Luc, le seul des évangélistes qui fût érudit ; Luc, le médecin; Luc, qui, plus tard encore, reparle du dénombrement de Quirinius, en rappelant cette célèbre révolte de Judas le Galiléen qui remua toute la Judée et fit périr un grand peuple avec lui! ; Luc, écrivant pour toutes les nations et en vingt-quatre pages un livre d'histoire qu'il savait être immortel ; Luc se tromperait jusqu'à placer aux jours du grand Hérode un événement si grave, dont on n’était encore éloigné que de trente ans ! — Que dirionsnous aujourd'hui d’un médecin, qui, même en une simple conversation, mettrait la bataille d’Austerlitz aux jours de Catherine II et de la Convention nationale? Et si ce docteur publiait un court récit où se trouvât un tel contre-sens, quel accueil pensez-vous quil reçût de ses contemporains même les plus illettrés ?
C’est donc ainsi que souvent, lorsqu'il s’agit de mettre les écrivains sacrés en contradiction avec
(4) Act., v, 37.
eux-mêmes, on ne craint pas de les supposer si niais qu’il y a presque du miracle!
Mais revenons au passage. Il n’y a rien de plus simple que sa traduction : c’est une parenthèse. Suivant l’accent qu’on place sur le premier mot («imn), il devient ou un pronom démonstratif, ou un adjectif pronominal ; et, dans cette alternative, la phrase se doit traduire lttéralement, dans le premier Cas, par « ce premier enregistrement, » et dans le second cas, par « le premier enregistrement méme. » — C’est dans ce dernier sens que ce mot a été rendu par les auteurs de la nouvelle version publiée il y a quelques mois par une société de ministres en Suisse!, et c’est aussi celui que nous croyons devoir être adopté.
I n’y a donc plus rien que de très-naturel et de très-exact dans le récit de saint Luc. Après avoir parlé, au verset 1°", d’une ordonnance d’Auguste qui eut un commencement d'exécution sous le règne d’'Hérode, il avertit (dans la parenthèse du verset 2) qu’on ne doit pas confondre ce qui se fit alors avec le trop fameux dénombrement dont toute la Judée conservait encore un si tragique souvenir. Le premier enregistrement même, dit-il, se ft pendant que Cyrénius était gouverneur de Syrie. — C'est la traduction simple et littérale du grec ?.
(1) Lausanne, 1839, p, 105.—{2) D’autres, en prenant rporn
Deuxième exemple. — Saint Matthieu (1v, 5), immédiatement après la première tentation, dit qu’ALORS le diable mena Jesus dans la ville sainte... ;et quand cette deuxième tentation a pris fin, il ajoute (v. 11), pour commencer le récit de la troisième, que le diable le mena de NOUVEAU sur unetres haute montagne, etc.
Saint Luc, au contraire (1v, 5), immédiatement après la première tentation, dit qu'ENSUITE le diable l’emmena sur une haute montagne ; et quand cette deuxième tentation a pris fin, il ajoute, pour commencer le récit de la troisième: Z/ le mena aussi a Jerusalem.
Voilà donc les deux évangélistes en désaccord évident sur l’ordre des trois tentations. Il faut nécessairement que l’un des deux se soit trompé, en mettant la dernière avant la seconde. — Telle est l’objection.
Vous verrez également s’évanouir cette difficulté, dès qu’au lieu de suivre la version d’Ostervald, ou celle de Martin, vous vous attacherez à rendre plus fidèlement le texte original.— Nous pourrions
dans le sens de xpôrepa, comme le xpûrôs 105 y de Jean-Baptiste (Jean. 1, 15, 30), traduisent : « Ce dénombrement se fit avant que Cyrénius..» Cette traduction serait encore légitime, quoique moins naturelle peut-être. parce que le grec, dans ce sens, ressemblerait moins au style ordinaire de saint Luc.
citer ici bon nombre d’autres passages (surtout dans les Epiîtres), que ces deux traducteurs ont obscurcis , en ne respectant pas assez les conjonctions et les adverbes xxi, Ôë, yap, oùv, rôre, etu.
Tout le monde sait? que saint Luc, en écrivant son Evangile, ne s’est point astreint à l’ordre des temps, et qu'il s’est proposé, dans ses récits, de grouper plutôt les événements et les leçons d’après l’ordre des choses (xate£c). — L'une et l’autre de ces méthodes biographiques a ses avantages. Chez les profanes, par exemple, Népos a suivi la première, et Suétone la seconde. — Il fallait donc que les traducteurs de saint Luc, attentifs à son langage, ne lui prêtassent pas des adverbes de temps, d'ordre et de rang qu’il n’avait point eu la pensée d'employer, et qui viennent changer si maladroitement le sens de son discours. — Rétablissez ici les conjonctions du grec , et vous verrez aussitôt disparaitre la contradiction que les deux textes français vous avaient présentée.
Saint Matthieu, qui suit toujours l’ordre chronologique des faits , a soin d'employer des adverbes très-exacts, à mesure qu'il avance dans son récit de la tentation : rére, rôre, méluv, voté, vôre, alors, alors, de nouveau, alors, alors. — Mais, au contraire, Luc, qui ne s’est pas proposé de suivre la même
(4) Vovez Hornès , Introd., vol. I, part. mt, liv.-2, sect. 4,
marche, et qui n’a d’autre intention que de nous faire connaître les trois attaques auxquelles le Fils de Dieu a dû soumettre son humanité sainte, Luc s’abstient soigneusement d'employer aucun adverbe d'ordre ni de temps, et se contente de ler, par dix.fois, les faits de son récit par la copulative ET (x), que nos traductions ont si mal à propos rendue par l’adverbe ALORS ou ENSUITE. La contradiction n'appartient donc point au texte sacré 1. |
AUTRE SOURCE D'IMPRUDENCES. — L'on ne s’est pas assez souvenu que certains discours et certains actes se sont répétés plus d’une fois dans le ministère du Sauveur. Dés lors c’est très-imprudemment qu’on a voulu voir de la contradiction dans certains récits de deux évangélistes, où l’on ne retrouvait qu’une ressemblance incomplète, et où l’on s’imaginait cependant lire des faits identiques. Ra |
Exemples. — Nous avons, dans le double miracle de la multiplication des pains, un exemple trèsfrappant de la facilité avec laquelle on pourrait être induit en erreur par cette voie. — Deux fois Jésus-
(1) Dans une première édition de ce livre, nous relevions ici l'interprétation fautive qu’on a donnée à Job, xxxvir, 8. —- Nous ne l’avons supprimée que pour faire de la place à d’autres objections.
Christ, ému de compassion pour le peuple, a nourri dans le désert une multitude affamée. Les circonstances de l’un et de l’autre miracle ont entre elles des rapports nombreux et frappants. S'il était arrivé que deux des Evangélistes n’eussent récité que le premier, et deux autres que le second, on n’eût pas manqué de crier à l'identité des deux faits, et à la contradiction de leurs détails. Quoi! dans lun, cinq mille hommes nourris avec cinq pains; dans l’autre, quatre mille hommes nourris avec sept pains! Dans l’un, douze paniers (xoyivous) qu’on emporte ; dans l’autre, sept corbeïlles (orvpidas) |. Quel désaccord ! — Heureusement que si Luc et Jean n’ont fait mention que du premier, Matthieu et Marc, qui récitent le second, ont aussi rapporté l’autre. Sans cela, quel bruit n’eût pas fait un tel passage dans les écoles des adversaires !
Cette observation peut s'appliquer à plusieurs traits du Nouveau-Testament; par exemple, à l’Oraison dominicale, qui fut donnée au moins deux fois aux disciples, pendant le ministère de notre Seigneur (Matth., vi,9; Luc, x1, 2).
Voyez aussi Matth., x11, 39, et xvr, 1, 4; — Luc, vu, 21; x1, 27; et Matth., x11, 49.— Luc, 1x, 1, x, 1; et Matth., x, 1. |
Nous en proposerons encore un exemple.
Il ne parait point, quand on y regarde de près, que le sermon, appelé de la montagne (Matth., v,
vi, VI}, et celui que saint Luc nous récite dans la dernière moitié de son chapitre vi‘, aient été prononcés dans la même occasion 1. En effet : 1° Luc omet beaucoup de sentences rapportées par Matthieu ?, et il en ajoute seul quelques autres (v. 24 à 26); 2° Matthieu nous avertit que le sermon qu'il rapporte a précédé la guérison du lépreux (vu, 3), et Luc que le sien l’a suivie (Luc, v, 12); 3° Luc met Matthieu au nombre de ceux que Jésus avait déjà appelés à l’apostolat, et qui descendirent avec lui de la montagne avant qu'il leur adressât son discours ; tandis que Maithieu lui-même nous apprend que le sermon dont il parle précéda de longtemps sa vocation; 4° enfin, l’un des discours fut prononcé sur la montagne, pendant que Jésus, qui s'était assis, avait ses disciples rangés autour de lui; l’autre, au contraire, le fut dans la plaine, et avec d’autres circonstances.— Nous nous arrêtons sur cette remarque pour rassurer les personnes qui ont pu entendre alléguer contre la doctrine de l'inspiration la prétendue contradiction de la sentence où Matthieu (v. 40) fait dire à Jésus :. « À célui qui veut prendre ta tunique ( xrüva ) , laisse-lui même le manteau (are) ;» — et de celle où, suivant Eue, il aurait dit: «Si
(1) Voy. Witby sur Matth., v, 5.—(2) Par exemple, Matih., v, 13.39. Tout le chap. vi CL VIT, 6-16. |
« quelqu'un t’enlève ton manteau, ne l’empêche « pas de prendre aussi la tunique.» —On ne peut done plus, disons-nous, faire une objection de cette diversité, puisque ces deux sentences furent prononcées en des jours différents.
Cependant, nous devons le dire aussi, parce que cette remarque pourrait s'appliquer à plusieurs autres objections du même genre : Quand il eût été vrai que ces deux passages eussent été cités comme le même fragment d’un même discours, leur différence ne nous eût cependant encore causé aucune espèce d'étonnement. Nous croyons que le Saint- Esprit, quand:il cite le Saint-Esprit, n’est point astreint à l’emploi des mêmes termes, pourvu qu'il conserve les mêmes sens.—Un homme d’un esprit exact, lorsqu'il se répète ou qu’il se cite lui-même, ne se regarde nullement comme obligé de porter limitation jusque-là. Et nous pensons qu'ici toute la pensée du Seigneur se fût retrouvée egalement dans. ces deux sentences de Luc et de Matthieu.
AUTRE SOURCE D’IMPRUDENCES. — On a pu quelquefois ne prendre pas garde à une variante critiquement respectable , qui résolvait une difficulté; et l’on a préféré imputer à l’ Écrivain sacré me contradiction !
(1) Luc, vr, 29.
Exemple. — Suivant les trois premiers évangélistes (Marc, XV, 25, 33, 34; Matth., xXVIT, 45, 46; Luc, xxin1, 44, 45), notre Sauveur fut mis en croix à la éroisième heure du jour (c’est-à-dire à neuf heures du matin); le soleil s’obscureit à la sixième heure, et Jésus rendit l’esprit à la neuvième ; tandis que, si l’on en devait croire saint Jean (x1ix, 14), le supplice n'aurait commencé qu'à la sixième heure du jour (à midi).—Palpable contradiction !
Avant de répondre à cette difficulté, nous présenterons une remarque toute semblable à celle que nous avons déjà faite au sujet du dénombrement de Cyrénius. — Était-il vraisemblable que l’apôtre Jean ignorât la durée du supplice de son Maître, et s'y püt tromper de trois heures sur six, lui qui s'était tenu devant la croix! |
Mais, si nous consultons les manuscrits grecs de saint Jean, nous en trouvons quatre à lettres minuscules, et trois à lettres onciales (entre autres, le fameux cahier de Bèze conservé à Cambridge ), qui lisent ici la éroisieme heure au lieu de la sixième. — Les nombres, dans les manuscrits grecs, s’écrivant souvent en chiffres, c’est-à-dire par de simples lettres grecques , et le 3 et le G s’exprimant par deux lettres très-faciles à confondre ( le 7vux et l’érionpoy ), plusieurs anciens ont pensé que la va-
riante était venue de là. — Griesbach, qui a marqué cette variante d’un signe de préférence , cite Severus d'Antioche, et Ammonius dans Théophylacte ; et il ajoute que la Chronique d'Alexandrie en appelait, en faveur de cette leçon, aux meilleurs exemplaires , et même à l'original autographe ( roxeiss ) de l'Évangile de saint Jean.
AUTRE SOURCE D’IMPRUDENCES. — On ne saisit pas le sens de certains traits d’un récit , et l’on se hâte de conclure que l’auteur s’est trompé !
Prenuer exemple. — Jésus, dans saint Matthieu (Xxu1, 35, 36), dénonce aux Juifs, à cause du traitement qu'ils ont fait à ses Saints, les plus terribles jugements de Dieu; «afin, dit-il, que vienne « sur cette race (ou cette génération, 7) tout « le sang juste répandu sur la terre, depuis le sang « d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils «de Barachie, que vous avez tué entre le temple «et l'autel! »
Il y a certainement ici, nous dit-on, une fâcheuse inadvertance, non pas de Jésus-Christ, sans doute, mais de l’Évangéliste qui rapporte ses paroles, et dont la mémoire aura failli. — Nous savons, par le deuxième livre des Chroniques (xx1v, 21) , que ce Zacharie lapidé par les Juifs dans le lieu saint (26) était fils, non de Barachie, mais de Jehoja-
dah. C’est dont ici une erreur évidente. Elle n’affecte point le dogme, et ne saurait le moins du monde inquiéter notre foi; mais elle suffit pour attester que l'action théopneustique n’a pu descendre , comme on l’a prétendu, jusque dans le choix des expressions ou dans les détails indifférents des réciis inspirés. | La réponse est simple ; et nous voudrions qu'il füt aussi facile de la rendre courte qu’elle est concluante. Nous la dirons d’abord en deux mots. — Il n'est point ici question du Zacharie dont vous parlez : l'Évangéliste n’a donc point erré en ne le nommant pas, puisqu'il ne pensait point à lui. — Ne voit-on pas en effet l’incompatibilité d’une telle supposition avec la pensée de Jésus- Christ ? Que veut:il ici? rappeler la longue suite des homicides dont un compte sera redemandé à la race des Juifs. — Et tandis qu’il va prendre son premier meurtre au-delà du déluge, à la porte du paradis, pour les en rendre responsables, vous voudriez qu'il se contentàt de citer, pour le dernier , un crime commis depuis plus de huit siècles! Il commence par le fils d'Adam; et l’on imaginerait qu'il a pu finir par le fils de Jéhojadah, tenant ainsi les Juifs pour innocents du sang versé pendant les 873 années les plus honteuses de leur histoire! N’aurait-il pas été plus rationnel de commencer que de finir par ce Jéhojadah? Les Juifs
n’étaient-ils pas bien plus responsables de leurs homicides commis dans leurs neuf derniers sièeles, qu'ils ne pouvaient l'être d’un sang versé avant le déluge ? N’avaient-ils pas poursuivi, par exemple, et tué avec un affreux acharnement le prophète Urie, 240 ans après Jéhojadah (Jér., xxviI, 23)? « Quel est celui de vos prophètes (leur disait saint « Étienne), que vos pères n'aient pas persécuté? Ils « ont même tué ceux qui ont prédit l’avénement du « Juste (Act., viz, 52)!» — Il ne s’agit donc point du fils de Jéhojadah dans ce passage de saint Matthieu.
Notre réponse pourrait se terminer ici; mais on demandera sans doute quel a donc été ce Zacharie dont parle Jésus-Christ.— Quand nous ne lesaurions pas, ce ne serait point une difficulté ; et nous nous contenterions de répondre : C’était un juste que les Juifs tuèrent , non pas seulement dans /a cour du temple (705 ispo5 ) comme le fils de Jéhojadah , mais « entre le temple (705 vasÿ) et l'autel; » et ce juste était ls de Barachie !—Cependant, on peut encore aller plus loin; car l’histoire nous a nommé deux ou trois autres Zacharie, fils de Barachie (Bxpaxiov ou Bapoiyov ), entre lesquels les savants partagent leurs suffrages,
Le premier était. « un homme intelligent dans « les visions de Dieu » ( comme l’appelle le deu-
xième livre des Chroniques‘), et que l’on croit être le même que celui dont parle Esaie, en son chapitre vii?. — Toutefois, il a vécu trop peu de temps après le fils de Jéhojadah pour que nos objections contre l’un n'aient pas la même force contre l'autre.
Le deuxième est le prophète « Zacharie, fils de Barachie , et petit-fils de Hiddo (Zach. r, 1), » qui revint de Babylone avec Zorobabel, 325 ans après les jours de Jéhojadah , et dont les écrits forment l’'avant-dernier livre de l’Ancien-Testament.
L’Écriture, il est vrai, ne nous a pas récité son martyre , non plus que celui des autres prophètes qui furent presque tous persécutés et mis à mort.— Mais le temple et l'autel venaient d’être rétablis par ses soins comme par ceux d’Aggée (Esdras, 1v, 14, 15); et Zacharie, à ce qu’il paraît, fut tué «entre ce temple et cet autel.» Nous lisons dans le Zargum, ou la Paraphrase chaldaïque de Jonathan Ben- Uziel (contemporain, dit-on, de Jésus-Christ), le passage suivant, qui nous atteste quelle était déjà,
avant les jours de notre Seigneur, la tradition des
Juifs sur ce prophète, appelé indifféremment j£/s de Hiddo et fils de Barachie (Zach., 1, 1; Esdras, v, 1; vi, 14): —Le paraphraste (Lam., 11, 20) introduit
(1) xxvi, 5.— (2) Hieron, in Isaïam, vit, 2 (daus les Lxx, Zayapiav, do Bapayiou.—(3) Prolegom. de Walton, 12.
Csoié
la « Maison de Jugement» répondant à cette plainte de Jérémie : «Le sacrificateur et le prophète n’ont- « ils pas été tués dans le sanctuaire du Seigneur?» « Était-il bien à vous... de tuer un prophète, « comme vous fîtes de Zacharie, le fils de Hiddo, « dans la maison du sanctuaire de l'Eternel, parce « qu'il cherchait à vous retirer de vos mauvaises « voies 1?» — On voit donc que Jésus-Christ a pu rappeler aux Juifs le meurtre sacrilége de ce prophète, fils de Barachie et fils de Hiddo, avec lequel se devait clore la prophétie de l’Ancien-Testament. Cependant, il est encore un troisième Zacharie, fils de Barachie (ou de Baruch, Bapoiyou) , auquel la parole de notre Seigneur pourrait être appliquée avec encore plus de vraisemblance. — Flavius Josèphe nous l’a fait connaître dans cette inestimable « Histoire de la guerre des Juifs, » qui confirme déjà tant d’autres prophéties du Nouveau-Testament.—C’est trois ans seulement avant la dernière ruine de Jérusalem qu’on vit un Zacharie, fils de Baruch, massacré par les zélateurs des Juifs au milieu du lieu saint (à péce r& iépo 2), et son corps jeté dans la vallée par-dessus les murailles de la montagne du temple. C'était un homme juste, au rapport de Josèphe; on le haïssait pour ses vertus,
(1) Commentaire de Witby sur Matthieu, xxHt, 85, — (2) Bell. Judaïc., lib. 1v, c. 19.
Le
pour son influence, pour sa haine du mal et pour son zèle de la liberté 1. A la suite de cette affreuse nuit « qui fut, dit Josèphe, le vrai commencement de la ruine de Jérusalem» (et dans laquelle les zélateurs égorgèrent le chef de la nation, le grand sacrificateur Ananus, et, bientôt après, douze mille jeunes hommes de la noblesse israélite), ces furieux, affectant les formes de la justice, l'avaient trainé devant un tribunal de soixante-dix juges, qui tous cependant eurent le courage de le déclarer innocent. Alors, outrés de rage à l’ouie de ses reproches et de ses discours généreux, ils se précipitèrent sur lui, et le massacrèrent « au milieu du lieu sant. » — Voilà (pensent plusieurs des commentateurs } le dernier des justes dont le sang doit être redemandé à cette race homicide. Abel est le premier, Zacharie le dernier. — C’est pour cela que Jésus- Christ, dans le style des prophètes, employant le passé pour le futur, parle de ce crime comme déjà consommé. « J’ous l’avez tue, leur dit-il, entre le temple et l'autel! | | L’historien Josèphe, il est vrai, ne parle de Zacharie que comme d’un Juste, et non comme d’un chrétien ni comme d’un prophète; mais il ne pou-
vait, étant Juif, tenir un autre langage; et nous le | 2e
(1) Meoomovnpoy mapobuve dE airoûç To May Tè avO pos aa guAeheU-
Geouy.
voyons ailleurs (Antiq., lib. xx, c. 8) ne mentionner non plus l’apôtre saint Jacques (qui ce-
pendant aussi était un prophète) que comme un
homme de bien que le sacrificateur Ananus fit lapider, au grand déplaisir des honnêtes gens !, pendant l’interrègne qui suivit la mort Imopinée du gouverneur Festus.— Il ne nous à pas semblé non plus que la différence des terminaisons des noms Paracluie et Baruch suffit pour détruire l'argument qui résulte de leur ressemblance étymologique et radicale. Nous voyons en effet, dans le Nouveau- Testament, combien on était habitué, chez les Juifs, hébreux ou hellénistes, à changer la terminaison des noms propres (Silas et Silvanus ?, Prisca et Priscilla 3, Rabba et Rabbath, Lucas et Lucius #). |
Quoi qu'il en soit, nous concluons encore une fois que ce passage ne pouvait avoir trait au fils de Jéhojadah; et nous laissons au lecteur de décider lequel des deux personnages que nous venons d'indiquer était dans la pensée de Jésus- Christ.
Deuxieme exemple. — Mare, x1, 11-14. Jésus
(1 Émaxéorarur. —(2) 2. Cor.,1, 191. Thess., 1,1; Act.,
7 XV, 22-34-40; xvi, 25; xvI1, 15.—(3) Tim.,1v,19; Rom.,
XVI, 3; ACt., xvut, 2-26,—(4) Act., xurr, 15 Rom., x vi, 21; Philém., 24.
maudit un figuer qu n'avait que des feuilles; car ce n’élait pas la saison des figues.
Il y a là sans doute de l'erreur, dit-on: pourquoi chercher des fruits hors du temps où l’on peut raisonnablement en attendre ?
Il n’y avait cependant rien là que de très-simple. Si c’eût été la saison où l’on récolte les figues, cet arbre eût pu se trouver dépouillé de tout son fruit par la main des hommes ; et sa stérilité, dans ce cas, n’était point constatée. |
Mais un arbre, objecte-t-on encore (pour le dire en passant), est-il coupable pour n'avoir pas de fruits ? pourquoi le punir ? — Nous répondons que, dans ce miracle, qui est un type, l'arbre n’est pas plus malheureux qu’il n’est coupable , ni sa souffrance plus réelle que sa moralité. L’une est symbolique et l’autre l’est aussi. |
AUTRE SOURCE D'IMPRUDENCES. — Dans les
questions de chronologie on n’a pas pris garde à la
règle suivante (que nous aimons à exprimer ici
dans les propres paroles du grand réformateur de l'Italie, l'excellent Pierre Martyr!) :
Les grandes divisions des temps, dans l’histoire
AN Li
re d'é
GS
"| Éa 4 *
du peuple de Dieu, nous sont signalées par des ({) Dans son Commentaire sur 2 Rois, vin, 17, et 1 Rois, XVS Li
dates numériques d’une grande précision. — De la transmigration d'Abraham en Canaan à l'entrée de son petit-fils en Egypte, 215 ans; de là au passage de la mer Rouge, encore 215 ans; ainsi, en tout, 430 ans (Gal., nr, 17; Exod., x1r, 40); de là encore à la fondation du temple, 480 ans (1 Rois, 1, 1); et de là enfin à la captivité babylonienne, encore 422 ans.— Mais, en dedans de ces grandes divisions de l’histoire, l’arrangement précis et coordonné de toutes les petites dates intermédiaires, la conciliation des chiffres que nous présentent des livres d’une concision presque lapidaire et d’un âge contemporain du siége de Troie (celui des Juges, celui des Rois, celui des Chroniques), touchant les règnes et les interrègnes des juges d’abord, et ensuite des rois, surtout après la subdivision des douze tribus en deux royaumes distincts; cet arrangement, disons-nous, présente des difficultés nombreuses, pour lesquelles les éléments d’une entière solution nous manquent quelquefois. fe
Voici la règle de Pierre Martyr.
« Quoiqu'il se présente des passages obscurs, quant à la chronologie, il faut bien se garder de
prétendre les concilier en imputant des fautes au