‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 30 sur 44 · livre inspiré. — C’est pourquoi, s’il nous arrive · texte numérisé non relu

livre inspiré. — C’est pourquoi, s’il nous arrive

quelquefois de ne pas savoir nous rendre raison du nombre des années, il faut simplement avouer

notre ignorance, et considérer que les Ecritures s'expriment avec tant de concision qu'il ne nous est pas toujours possible de découvrir à quelle époque il faut commencer telle ou telle supputation.— Il arrive assez souvent que, dans l’histoire des rois de Juda et d'Israël, les nombres respectifs de leurs années ne se concilient pas aisément ; mais ces difficultés s'expliquent ou se justifient de plusieurs manières. — 1° La même année, commencée par l’un des deux et finie par l’autre, est attribuée à tous les deux. — 2° Souvent les fils ont régné avec leurs pères durant quelques années qui sont imputées tantôt aux uns, tantôt aux autres. — 3° Il y avait souvent des interrègnes que l'Ecriture attribue tantôt au prédécesseur, tantôt au successeur. — 4° Enfin, il arrive quelquefois que certaines années, où des princes oppresseurs et profanes ont régné, sont regardées comme non avenues, et ne sont pas comptées. »

Nous pensons que les exemples que nous avons cités jusqu'ici pourront suffire. Nous n’en alléguerons pas un plus grand nombre.— Ce que nous avons dit a pu donner la mesure de ce que pèsent ces difficultés ! ; car (nous le répétons) nous avons

(1) Voyez, pour plus de détails, les auteurs que nous avons cités , et en particulier l’utile recueil de Horne (Introduction to the critical study of the Bible).

pris soin de citer celles qu’on a données pour les plus graves. — Avertis par ces exemples et par tant d’autres, apprenons donc, s’il se présentait à nous désormais quelque embarras du même genre, à savoir penser comme faisait, il y a seize cents ans, l’ami d'Origène, Julius Africanus, et comme ont fait, avant et après lui, tous les hommes de Dieu. « Quoi qu’il en soit (disait-il à l’occasion des deux généalogies de Jésus-Christ qu’il avait conciliées), quoi qu'il en soit, certainement l’Evangile dit partout vrai! » — To pévror Etayyéhoy mavros

&hn0ever 1.

SECTION. VI. — Erreurs contraires à la philosophie de la Nature.

On admettra, nous a-t-on dit quelquefois, que les contradictions apparentes ou réelles des dates, des citations et des récits de la sainte Bible, soient susceptibles d’être levées par les ressources d’une exégèse plus ou moins laborieuse; — mais il en est d’autres que vous ne sauriez concilier : — Ce Sont toutes ces expressions où les Ecrivains sacrés se montrent en opposition manifeste avec les lois aujourd’hui mieux connues de la Nature. Toutefois (veut-on bien ajouter), si cet argu-

(1) Euséb., Hist. Eccles., lib. I, c. vur.

ment est irréfragable contre l'inspiration verbale des Ecritures, 1l ne compromet en rien la divinité de leurs doctrines, non plus que la vérité des grands faits religieux qu’elles nous rapportent. En inspirant ses apôtres et ses prophètes, Dieu voulait faire de nous, non des savants, mais des saints. Il a donc pu, sans danger, laisser ses écrivains parler avec ignorance sur les phénomènes d'un monde matériel; et leurs préjugés sur de telles matières sont innocents, bien qu’'incontestables. — Ne les entendez-vous pas souvent s’exprimer comme si la Terre était immobile, et le soleil en mouvement? Cet astre, suivant eux, se lève et se couche; « sa course se fait, dans les cieux, de l’un à l’autre bout (Ps. x1x); la lune et les étoiles sont également en mouvement ; le soleil, à l’ordre de Josué, devient immobile au milieu des cieux ; «il s'arrête sur Gabaon, et la lune sur Ajalon (Josué, X, 12); la Terre est fondée sur les mers (Ps. XXIV, 5); tirée de l’eau, elle subsiste parmi l’eau (2 Pierre, in, 5) ; Dieu en a posé les fondements; __ elle ne sera jamais ébranlée» (Ps. civ,5)...!> Pouvez-vous admettre que ce soit là réellement le langage du Créateur des cieux et de la terre parlant à sa créature? | Nous allons répondre à cette objection; et nous nous réjouissons de la rencontrer sur notre che-

min, parce qu'il ne ‘peut ressortir de son examen que la gloire des Écritures. j

Nous en conviendrons abondamment : s'il y avait quelques erreurs physiques, dûment constatées, dans le livre des Écritures, il ne serait pas entièrement de Dieu; mais nous allons établir qu’il n’en est point de telles; et nous oserons défier les adversaires d’en citer aucune dans toute la Bible.— Nous irons même beaucoup plus loin; et nous montrerons combien au contraire il s’y trahit de science latente sous la simplicité de son langage.

Nous commencerons par dire quelques mots du miracle de Josué, parce qu’on en a voulu souvent faire usage pour combattre ou la pleine inspiration, ou même la divine mission des hommes de Dieu.— Nous avons lu plusieurs écrivains incrédules qui l'ont attaqué avec cette superbe et cette ironie qui trop souvent lés caractérisent.—Mais il est facile de leur répondre.—Nous ne pensons pas à discuter ici les voies par lesquelles le miracle s’accomplit; nous voulons seulement faire remarquer, par cet exemple, avec quelle légèreté on se hâte de prononcer que, puisqu'on n’à pas compris certains passages de l'Écriture, ils ne peuvent être que déraisonnables.

Le soleil, au jour de la bataille de Béthoron, s’arréta au milieu des cieux, est-il écrit au X° chapitre de Josué; et &/ n’y eut jamais de jour semblable à celui-là, ni avant, ni apres.

En Allemagne on a dit : Cette phrase, prise dans son sens naturel, nous semble absurde; donc elle est erronée et tout humaine. Aïlleurs on a dit: Elle est absurde; donc il lui faut donner un autre sens. — Mais les uns et les autres ont conclu sur de fausses prémisses. — Le fait n’est rien moins qu'absurde ; il est seulement miraculeux.

Nous citerons l’objection dans les termes mêmes où elle a été faite : — « Le méthodiste le plus « intrépide, a-t-on dit, sera contraint de recon- « naître que, dans le système de notre globe, si le « soleil s’arrêtait un seul instant, ou si le mouve- « ment de la terre était FA les armées belli- «gérantes et tout ce qui est à la surface du sol « serait balayé comme la FEU que disperse la « tempête! »

Cependant c’est cette objection même qui est une erreur. — En effet, si le miracle, au lieu d’arrêter brusquement, dans un instant indivisible, la rotation de notre globe, a pris seulement le court espace de quelques secondes pour s’accomplir par une action souple et continue, alors vous avez assez de cette faible circonstance pour être assuré qu'un tel phénomène ne dut avoir mécaniquement d'autre effet bien sensible que de soulever d’occident en oriént les eaux répandues sur la surface de la terre. — Un enfant pourrait vous le dire. — Qu'un char rapide rencontre une borne : il s’y fra-

casse, parce qu'elle est immobile; et tous les voyageurs, lancés au loin, se brisent contre le sol. Mais qu'on l’arrête par une résistance continue, qui

s'exerce d’une manière successive et se con-.

somme en trois ou quatre secondes : alors les plus petits enfants assis dans la voiture resteront sur leur siége ; ils ne ressentiront même pas l'impulsion qui, trois secondes auparavant, leur était imprimée par le mouvement impétueux des chevaux, et qui, sans cette précaution, aurait suffi pour les lancer au loin.

La rotation de la Terre est, à l'équateur, de 1,426 pieds par seconde; à Jérusalem, de 1,212 pieds. — C’est la vitesse initiale d’un boulet de canon lancé par une charge du cinquième de son poids. — Elleest capable (abstraction faite de la résistance de l’air) d'élever ce projectile à l'extrême hauteur de 24,000 pieds ; et cependant un enfant de six ans, en deux tiers de minute, détrulrait sans danger toute cette force par l’action souple et continue de ses doigts. — Confiez à ses petites mains un boulet de guerre de huit livres de balles, pour le soutenir contre l’action de la pesanteur durant deux tiers de minute; et pendant le même temps laissez tomber librement à travers les airs, et de la hauteur du mont Hymalaya, un autre boulet tout semblable au premier. Au bout de quarante secondes seulement , la force de la gravitation, après

po

avoir agi par les mêmes impulsions sur l’un et l’autre de ces projectiles, n’aura fait, à l'égard du premier, que fatiguer les faibles doigts qui lui résistent, tandis qu’elle aura fait acquérir à l’autre une vitesse égale à celle que la rotation de la terre imprimait aux armées belligérantes sur la colline de Béthoron.— Puis done qu’un enfant pourrait détruire, par l'effort continu de ses petites mains, une force capable (si vous la concentrez sur un seul instant) de lancer un boulet de guerre à la hauteur du Chimborazo, il est facile de comprendre que , si Dieu , au jour de la bataille de Béthoron, eût employé deux tiers de minute pour arrêter , par des résistances courtes et successives, la rotation de notre globe, alors les impulsions projectives qu'une masse de huit livres de fer en aurait reçues continuellement, durant ces quarante secondes , n’auraient pas été même assez fortes pour qu’un petit enfant ne les pût détruire par le seul effort de ses doigts, et sans y dépenser plus de forces qu’il n’en doit mettre à soutenir de ses mains un poids de huit livres pendant le même espace de temps. — Et si la masse, au lieu d’avoir la forme d’un boulet, avait eu celle d’un palet ou d’un cube, il n'y aurait pas eu assez de cette impulsion pour lui faire vaincre la résistance du frottement , et changer sa place sur la surface du sol. | On objectera peut-être que la rotation de la

LES LOIS DE LA NATURE. 363 Terre, à Béthoron, était vingt-sept fois plus rapide que celle d’une voiture à vapeur sur un chemin de fer. — Il est vrai ; mais puisque la force retardatrice nécessaire pour épuiser une impulsion donnée est en raison inverse du temps qu’elle y emploie , faites consommer le miracle en dix-huit minutes ; prenez dix-huit minutes ( au lieu de quarante secondes) pour arrêter entièrement le mouvement du globe terrestre, à la voix de Josué; et alors « les armées belligérantes, au lieu d’être ba- « layées comme par la tempête, » ne se seront pas plus ressenties de ce qui se passait, que ne font, à chaque station, les milliers de voyageurs qu’on arrête sur un chemin de fer !!

On a fait d’autres difficultés du même genre sur ce miracle de Josué. — Si la Terre, a-t-on dit, eût suspendu son mouvement pendant dix heures, la force attractive du soleil, agissant isolément sur elle, l’eût déjà fait tomber de 900 lieues dans la direction de son puissant foyer ; et les conditions annuelles de notre orbite en eussent été sensiblement troublées. |

Cette objection n’a pas plus de réalité que la précédente.— Le miracle , en effet, ne suppose pas la moindre perturbation dans le mouvement progres-

(1) On peut lire d’ailleurs , sur ce miracle, de frappantes

considérations historiques et géologiques dans les Eléments de Géologie, de Chaubard.

sif de la terre ; 1l n’en demande que dans sa rotation. Or, d’après les lois de la Mécanique céleste, la rotation d’un astre sur son axe est entièrement indépendante du mouvement qui est imprimé à son centre de gravité, et qui le fait courir dans sa tra- Jectoire elliptique. — L'expérience l’attestait avant que le calcul l’eût démontré. On avait depuis longtemps observé que la vitessé du soleil (ou plutôt de la Terre) dans son orbite ne cesse de varier d’un bout de l’année à l’autre; et cependant il n'existe pas dans la nature de mouvement plus uniforme que celui qui fait tourner à nos yeux chaque jour toute la sphère céleste. — On s’est même assuré, par les observations du mouvement de la lune, que, depuis plus de 2,000 ans, le jour sidéral n’a pas varié seulement d'un centième de seconde.

Que l’on suppose donc un double choc imprimé à la Terre au-dessus et au-dessous de son centre, en deux sens contraires et parallèles ; et l’on aura expliqué comment sa rotation sur son axe pourrait avoir été suspendue sans que rien eût été changé dans son mouvement de progression. — Mais je m'arrête. Il serait téméraire, dirai-je ? il serait puérl de prétendre entrer dans les détails du prodige, pour en assigner les causes ; et je n'ai voulu que montrer la vanité des objections. La véritable, qu'on ne dit pas, c’est qu’on trouve le miracle trop

grand pour son objet. Mais, pour les hommes qui croient au grand miracle de la Rédemption par le Fils de Dieu, plus rien n'est trop grand, et tout marche en de justes proportions dans les révélations divines.—D'ailleurs, et je me hâte de le dire, il ne serait pas même nécessaire , pour se rendre compte de ce prodige, de supposer un acte aussi souverain de la Toute-Puissance que la suspension de la rotation de notre globe. — Dieu pourrait n’avoir mis en usage pour cela que l’un de ces nombreux moyens qui détournent la lumière de ses chemins et qui produisent les innombrables 1llusions de l’Optique : quelqu’une de ces réfractions, par exemple , qui déplacent chaque jour à nos yeux, en des mesures diverses, tous les astres de la sphère céleste. Ne sait-on pas que, dans les régions polaires, la puissance des réfractions horizontales fait voir le soleil aux habitants de ces froides contrées plus de dix jours avant qu’il se soit réellement élevé sur leur horizon? Telle pourrait être la cause du miracle de Béthoron.—Nous ne décidons rien; nous ne supposons même rien. Nous voulons dire seulement que le miracle a été dûment consommé (quels qu’aient été les moyens qui l'ont produit), pourvu que le soleil, aux yeux des habitants de la Palestine, se soit arrête sur Gabaon, et la lune sur la vallée d'Ajalon.

Cependant on reproche aux Écritures d’avoir, sur les phénomènes journaliers de la Nature, un langage qui semble attester de l'ignorance, et qui est incompatible avec une pleine inspiration. — A entendre les écrivains de la Bible, le soleil se lève, le soleil se couche, le soleil s'arrête, la Terre demeure ferme! — L’on voudrait que le Créateur, en nous parlant dans un livre inspiré de lui, nous eût plus clairement montré que l'Esprit qui faisait parler les historiens sacrés connaissait avant nous la rotation de notre globe , sa révolution périodique, et l'immobilité respective du soleil.

Examinons donc encore ce reproche.

Nous demanderons d’abord à ceux qui le font entendre s’ils eussent voulu que la Bible eût parlé comme Isaac Newton. — Oublieraient-ils que, si Dieu s’exprimait sur les scènes de la Nature, je ne dis pas seulement selon qu’il la voit, mais selon que la pourront voir les savants des siècles futurs , alors le grand Newton lui-même n'y eût rien compris ?— D'ailleurs, le langage même le plus avancé de la science n’est encore et ne sera jamais, après tout, que le langage des apparences. Le monde visible est, beaucoup plus que vous ne le pensez, une figure qui passe, une scène d'illusions et de fantômes. Ce que vous y nommez réalité n’est encore en soi-même qu'une apparence, relativement à une réalité plus élevée, et à une analyse portée

plus loin. Dans notre bouche mortelle, le mot réalité n’a rien d’absolu ; c’est un terme tout relatif, employé seulement pour exprimer qu’on pense avoir remonté d’un échelon nouveau la profonde échelle de nos ignorances. — L’œil humain ne voit les objets que sous deux dimensions, et les projette tous comme sur une même toile, jusqu’à ce que le toucher et quelques expériences leur aient rendu la réalité d’une profondeur ou d’une troisième dimension. Les couleurs sont des accidents, et n’appartiennent que par reflet et par illusion à l’objet qui vous les présente. L’impénétrabilité même des corps, leur solidité, leur étendue ne sont non plus qu’une apparence, et ne seprésentent à nous comme une réalité qu’en attendant qu'une science poussée plus loin lui en substitue une autre. Qui pourrait dire où doit s'arrêter cette analyse , et quel serait notre langage sur les êtres qui nous sont les plus familiers, si nous étions doués seulement d’un sens de plus, d'antennes, par exemple, comme les fourmis et les abeilles? — L'expression des apparences, pourvu qu’elle soit exacte, est donc entre les hommes un langage philosophiquement correct; et c’est celui que devaient prendre les Écritures. —Voudrait-on que la Bible nous eût entretenus des scènes de la Nature autrement que nous ne nous en parlons les uns aux autres dans nos rapports sociaux ou domestiques, autrement

même que n'en parlent entre eux les hommes les plus éclairés ?— Quand sir John Herschel demande aux gens de sa maison qu'on vienne le réveiller exactement à minuit, pour le passage de quelque étoile dans sa lunette méridienne, se croit-il obligé de leur parler de la rotation de la Terre, et du moment où elle aura ramené leur nadir dans le plan de son orbite? Je ne le pense pas; et si vous l’entendiez même converser dans l’observatoire de Greenwich avec le savant Airy, vous verriez que, même dans ce sanctuaire de la science ; le langage habituel de ces astronomes est encore tout semblable à celui des Écritures. Pour eux, les étoiles se lèvent, les équinoxes reculent , les planètes marchent et s’accélèrent , s'arrêtent et rétrogradent. — Vouliez-vous donc que Moïse parlât à toutes les générations humaines un langage plus scientifique que La Place ou qu'Arago? ,

Mais il y a plus. — Nous ferons remarquer 1c1 deux faits généraux qui brillent d’une grande lumière dès qu'on les étudie, et qui trahissent bientôt dans les Écritures la plume du Dieu toutpuissant.—Îci, comme partout ailleurs, les objections, quand vous les regardez de près, se retournent vers vous, se rétractent avec éclat, et deviennent des arguments.

Ces deux faits sont analogues à ce que vous pourriez observer dans les paroles d’un savant as-

tronome, conversant avec ses fils en bas âge, et leur montrant du doigt la terre et les cieux. Si vous le suiviez dans ces entretiens, où sa tendresse , s’abaissant à leur niveau, présente à leur naissante intelligence les images et les mots qu’elle peut Saisir, vous y remarqueriez bientôt son respect pour la vérité par un double ‘caractère. — Premièrement , il ne leur dirait jamais rien qui ne fût vrai; et, secondement, il y aurait dans ses paroles bien des indices qu’il en sait plus qu'il ne leur en veut dire. — Il ne prétendrait pas sans doute leur enseigner la science; mais, d’un côté, rien dans ses discours n’en contredirait les principes; et, de l’autre, plusieurs de ses paroles indiqueraient déjà qu’en s’en taisant 1] la connaît. — Plus tard, quand ses enfants, devenus des hommes, repasseront ses paroles, non-seulement ils les trouveront exemptes de toute erreur, mais encore ils reconnaîtront qu'habilement choisies, elles étaient déjà en une harmonie préétablie avec la science, et la leur présentaient à leur insçu dans son germe. — À mesure que leurs propres connaissances grandiront , ils verront avec admiration, sous la réserve et la simplicité de son langage, des sagesses cachées, des exactitudes savantes, des -tournures de phrase et des expressions qui s'harmoniaient à des faits alors inconnus pour eux, mais

depuis longtemps connus de lui.

Eh bien, telle est aussi la doulile observation que tout lecteur attentif pourra faire sur la parole des Écritures. — Elles parlent avec poésie, mais avec précision, le langage vrai des apparences. — On y entend un père qui condescend à s'adresser aux plus jeunes de ses fils; mais de telle manière que les plus grands ne puissent jamais y trouver une seule sentence contraire à la vraie condition des choses qu'il a créées; et de telle manière aussi que souvent il y laisse sans affectation échapper assez de paroles pour leur montrer que ce qu'ils ont appris de ses œuvres depuis quatre mille ans, il le savait avant eux et mieux qu'eux.— C’est ainsi que dans la Bible la Sagesse éternelle s'adresse à ses enfants. — A mesure qu’ils grandissent , ils voient l’Écriture faite pour leur âge, adaptée à leur développement , paraissant comme grandir avec eux, et leur présentant toujours les deux faits que nous avons signalés : d’un côté, absence de toute erreur; de l’autre, indications indirectes, mais incontestables, d’une science qui a précédé toute celle de l’homme.

Premier fait. I n'y a point d'erreur physique dans la Parole de Dieu. |

S'il y en avait, nous l’avons dit, ce livre ne serait pas de Dieu. Dieu n’est pas un homme pour mentir, ni un fils de l’homme pour se tromper. fl

LA

doit sans doute, pour être compris, s’abaisser jusqu à notre faiblesse, mais sans la partager en rien;. et son langage attestera toujours sa condescendance, jamais son ignorance.

Cette remarque est plus grave qu’on ne le pense avant d'y avoir réfléchi. — Elle devient éclatante quand on y regarde de près.

Examinez toutes les fausses théologies des anciens et des modernes; lisez, dans Homère ou dans Hésiode, les codes religieux des Grecs; étudiez ceux des Boudhistes, ceux des Brahmines, ceux des Mahométans : vous n'y trouverez pas seulement des systèmes repoussants sur la Divinité ; mais vous y rencontrerez, sur le monde matériel, les erreurs les plus grossières. Leur théologie vous révoltera, sans doute; mais aussi leur philosophie naturelle et leur astronomie, toujours liées à leur religion, supposeront les notions les plus absurdes.

Lisez, dans le Chou-King et le F-King des Chinois, leurs systèmes fantastiques sur les cinq éléments (le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau), et sur leurs influences toutes-puissantes dans les affaires divines et humaines f. — Lisez, dans le Schaster, dans le Pouran, dans les quatre livres du #’edham ou de la loi des Hindous, leur cho-

(1) Pauthier. Les livres sacrés de lOrient Paris, 1840), p. 15, 89, 94, 146, etc.

quante cosmogonie. — La lune ést à 50,000 lieues plus haut que le soleil; elle brille par elle-même ; elle anime notre corps. La nuit se forme par la descente du soleil derrière la montagne Someyra, située au milieu de la terre, et haute de plusieurs milliers de lieues. Notre terre est plate et triangulaire, composée de sept étages qui ont chacun leur degré de beauté, leurs habitants et leur mer, la première de miel, l’autre de sucre , l’autre de beurre, l’autre de vin; et enfin toute la masse est portée sur les têtes d'innombrables éléphants qui, en se secouant, causent ici-bas les tremblements de terre 1! — En un mot, ils ont mis toute l’histoire de leurs dieux dans les rapports les plus fantastiques à la fois, et les plus nécessaires, avec le monde physique et tous les phénomènes de l’univers. Aussi les missionnaires de l'Inde ont-ils souvent répété qu'un télescope, silencieusement planté au milieu de la sainte Bénarès ou dans l’antique Ava, serait uné batterie puissante comme le ton- “(erre pour renverser tout le système de Brahma et tout celui de Boudhou.

Lisez encore les philosophes de anti grecque et romaine, Aristote, Sénèque, Pline, Plutarque, Cicéron. —Que de sentences n’y trouvez-vous pas, dont une seule suffirait pour compromettre

(1) Modern. Univ. Hist., t. VI, p. 275.

ioutes nos doctrines de l'inspiration , si elle se pouvait rencontrer dans un livre quelconque de la sainte Écriture? — Lisez le Coran de Mahomet, faisant créer les montagnes « pour empêcher la terre de se mouvoir, et pour la faire tenir comme par des ancres et des cordages. » — Que dis-je ? lisez même la cosmogonie de Buffon, ou quelques unes des ironies de Voltaire sur la doctrine d’un déluge, ou sur les animaux fossiles d’un monde primitif.—Nous irons bien plus loin. Lisez encore, nous ne disons pas les absurdes raisonnements des paiens, de Lucrèce, de Pline ou de Plutarque, contre la théorie des antipodes, mais les Pères mêmes de l’église chrétienne. Écoutez l’indignation théologique de l'admirable saint Augustin, qui la dit être opposée aux Écritures; et l’éloquence scientifique de Lactance, qui la croit si contraire au bon sens. « Vum aliquid loquuntur!» s'écrie-t-il; y a-t-il quelqu'un d’assez inepte pour croire: qu il existe des hommes ayant les pieds audessus de la tête, des arbres ayant des fruits pendants de bas en haut, des pluies, des neiges et des grêles tombant sens dessus dessous! « Pour vous répondre , ajoute-t-il, ils prétendent que la terre est un globe!» « Quid dicam de us nescio, « qui, cum semel aberraverint, constanter in stul- « LG perseverant, et vanis vana defendunt !— On « ne sait que dire de tels hommes, qui, une fois

«égarés, s’enfoncent dans.leur folie, ét soutien « nent l'absurde par l’absurde t!»

Écoutez encore le légat Boniface, déférant au Pape, pour ce sujet, Virgilius comme un hérétique; écoutez le pape Zacharié traitant ce malheureux évêque d’homo malignus. «S'il est prouvé, éerit-il, que Virgilius soutienne l’existence d'autres hommes sous cette terre, assemblez un concile, condamnez-le, chassez-le de l’Église, et déposez-le de la prêtrise ! » — Écoutez plus tard tout le haut clergé d’Espagne, et surtout l’imposant Conseil de Salamanque, indigné contre le système géographique par lequel Christophe Colomb cherchait un monde. — Ecoutez, à l’époque de la naissance de Newton, le grand Galilée « qui montait, dit Kepler, sur les plus hautes murailles de l'univers, » et qui justifiait, par son génie comme par son télescope , le système méconnu et condamné de Copernie ; — voyez-le, gémissant, à l’âge de quatre-vingts ans, dans les prisons de Rome, pour avoir découvert le mouvement de la terre, après avoir dû prononcer - ces paroles, dix ans auparavant (le 28 juin 1633), devant léurs Éminences, au palais du Saint-Office : « Moi, Galilée , dans la soixante-dixième année de ma vie, à genoux devant vos Éminences, ayant devant mes yeux et touchant de mes propres mains

(1) De la Fausse Sagesse, liv. I, chap. 24.

LES LOIS DE LA NATURE. 919 les saintes Écritures, j'abjure, je maudis et je déteste l'erreur du mouvement de la terre. »

Que n’aurait-on pas le droit de dire des Écritures, si elles se fussent exprimées sur les phénomènes de la Nature comme en ont parlé tous les anciens sages ? — si elles eussent tout rapporté à quatre éléments, comme on l’a fait pendant un si long temps ? — si elles eussent dit les astres de cristal, comme Philolaüs de Crotone; et si, comme Empédocle, elles eussent éclairé de deux soleils les deux hémisphères de notre globe? — si elles eussent enseigné, comme Leucippe, que les étoiles fixes, embrasées par la vitesse de leur mouvement diurne autour de la terre, allument le soleil de leurs feux ? —si elles eussent formé les cieux et la terre, comme Diodore de Sicile et tous les sages de l'Égypte, par le mouvement de l’air et l'ascension du feu? — ou si elles eussent pensé, comme Philolaüs, que le soleil n’a qu’un éclat emprunté, et qu'il n’est qu'un miroir qui nous renvoie la lumière des sphères célestes?—si elles en eussent fait, comme Anaxagore, une masse de fer plus grande que le Péloponèse, et de la Terre une montagne dont les racines s’étendent à l’infini? —si elles eussent imaginé le ciel comme une sphère solide où s’attachent les étoiles fixes, ainsi que l’ont fait, avec Aristote, presque tous les anciens? — si elles eussent appelé la voûte céleste un frnamentum ou un orepéouæ, comme l'ont

fait ses Interprètes, soit en latin, soit en grec ? — si elles eussent parlé, comme on le faisait encore si récemment, et même chez les peuples chrétiens, de l'influence des mouvements des cieux sur les éléments de ce bas-monde, sur les caractères des hommes, et sur le cours des choses humaines ? Tel est le penchant naturel de tous les peuples vers: cette superstition que, malgré leur religion, les anciens Juifs, et les Chrétiens eux-mêmes, y sont également retombés. Les Grecs modernes, dit d’Alembert {, l’ont portée à l'excès : à peine se trouvet-il un de leurs auteurs qui, en toute occasion, ne parle de prédictions par les astres , d'horoscopes , de talismans; en sorte qu'il n’y avait presque pas un édifice à Constantinople et dans toute la Grèce qui ne fût élevé selon les règles de l’4strologie apotélesmatique. Les-historiens français observent que l’Astrologie était tellement en vogue sous Catherine de Médicis qu’on n’osait rien entreprendre d’important sans avoir consulté les astres; et sous Henri HI et Henri IV même, 1l n’était question, dans les entretiens de la Cour , que des prédietions des astrologues. On a vu vers la fin du siècle dernier, dit Ph. Giulani ?, un Italien envoyer au pape Innocent XI une prédiction en manière

(1) Encycl., ou Dict. rais. des sciences, etc., t. 1, p. 663. (Lucques, 1758.:—(2):1bid., p. 664.

d'horoscope , sur Vienne alors assiégée par les Tures, et qui fut très-bien reçue. Et de nos jours, le comte de Boulainvilliers a écrit très-sérieusement sur ce sujet.

Mais maintenant ouvrez la Bible; étudiez-en les cinquante auteurs sacrés, depuis cet admirable Moise, qni tenait la plume au désert, quatre cents ans avant la guerre de Troie, jusqu’à ce batelier, fils de Zébédée, qui écrivait quinze cents ans plus tard dans Ephèse et dans Patmos, sous le règne de Domitien ; — ouvrez la Bible, et cherchez si vous y trouverez rien de semblable. — Non. — Aucune de ces méprises que la science de chaque siècle découvre dans les livres des siècles précédents ; aucune de ces absurdités surtout que l’Astronomie moderne signale en si grand nombre dans les écrits des anciens , dans leurs codes sacrés , dans leurs philosophies , et dans les plus belles pages même des Pères de l'Eglise ; aucune de ces erreurs ne se pourra trouver dans aucun de nos livres sacrés; rien n’y Contredira Jamais ce qu'après tant de siècles les investigations du monde savant ont pu nous révéler de certain sur l’état de notre globe ou sur celui du ciel. — Parcourez soigneusement nos Écritures d’un bout à l’autre, pour y chercher de telles taches; et pendant que vous vous livrerez à cet examen, rappelez-vous que c’est un livre qui parle de tout, qui décrit la Nature, qui proclame ses

grandeurs, qui récite sa création, qui nous dit la formation des cieux, celle de la lumière , celle des eaux, celle de l’atmosphère, celle des montagnes , celle des animaux et des plantes ; — c’est un livre qui nous apprend les premières révolutions du monde , et qui nous en prédit aussi les dernières ; — c’est un livre qui les raconte dans des histoires circonstanciées, qui les exalte dans une poésie sublime, et qui les chante dans de fervents cantiques; — c’est un livre plein de verve orientale, d’élévation, de variété et de hardiesse; —c’est un livre qui parle de la terreet des choses visibles, en même temps que du monde céleste et des choses invisibles; —c'’est un livre où près de cinquante écrivains de toute culture, de tout état, de toute condition, et séparés par quinze cents années les uns des autres, ont mis successivement la main; — c’est un livre composé d’abord au centre de l’Asie, dans les sables de l’Arabie, ou dans les déserts de Juda, ou dans les parvis du temple des Juifs, ou dans les écoles rustiques des prophètes de Béthel et de Jéricho, ou dans les palais somptueux de Babylone, ou sur les rives idolâtres du Chébar; — et ensuite , au centre de la civilisation occidentale , au milieu des Juifs et de leurs ignorances, au milieu du polythéisme et de ses idoles. comme au sein du panthéisme et de sa folle philosophie; — c’est un livre dont le premier écrivain avait été pendant quarante

ans l’élève de ces magiciens d'Égypte pour lesquels le soleil, les astres et les éléments étaient doués d'intelligence, réagissaient sur les éléments, et gouvernaient le monde par de continuelles effluves; — c’est un livre dont les premières pages ont précédé de plus de NEUF GENTS ans les plus anciens philosophes de l’ancienne Grèce et de l'Asie, les Thalès, les Pythagore, les Zaleucus, les Xénophanes, les Confucius; —c’est un livre qui porte ses récits jusque dans les champs du monde invisible, jusque dans les hiérarchies des anges, jusque dans les espaces les plus lointains de l’avenir et les scènes glorieuses du dernier jour : — eh bien, — cherchez dans ses 50 auteurs, cherchez dans ses 66 livres, cherchez dans ses 1,189 chapitres et ses- 31,173 versets... , cherchez une seule de ces mille erreurs dont sont remplis les anciens et les modernes, lorsqu'ils parlent ou du ciel, ou de la Terre, ou de leurs révolutions, ou de leurs éléments; cherchez, vous ne trouverez pas.

Son langage est sans gêne, sans réticence ; il parle de tout et sur tous les tons ; il est le prototype, 1l est le modèle inaccessible , il à été l’inspirateur de tout ce que la poésie à produit de plus élevé. Demandez-le à Milton, aux deux Racine, à Young , à Klopstock. Ils vous diront que cette poésie divine est de toutes la plus lyrique; la plus hardie , la plus sublime : elle est montée sur un

380 OBJÉCTIONS.

chérubin; elle se promène sur les ailes du vent. Et cependant jamais ce livre ne fait violence aux faits n1 aux principes d’une saine philosophie de la Nature. Jamais vous ne le trouverez en opposition par une seule sentence avec les justes notions que la science a pu nous faire atteindre sur la forme de notre globe, sur sa grandeur et sa géologie; sur le vide et sur l’espace ; sur l’inerte et obéissante matérialité de tous les astres; sur les planètes, sur leurs masses, sur leur cours, sur leurs dimensions ou sur leurs influences ; sur les soleils qui peuplent les profondeurs de l’espace , sur leur nombre, sur leur nature, sur leur immensité. — De la même manière qu'en parlant du.

monde invisible, et du sujet si nouveau, si mconnu, si délicat des anges, ce livre ne vous présentera pas un seul de ses auteurs qui, dans le cours des 1,560 années qu’on a mis à l'écrire, ait varié dans le caractère de charité, d’humilité, de ferveur et de pureté qui appartient à ces êtres mystérieux ; de la même manière encore qu’en parlant des rapports du monde céleste avec Dieu, jamais aucun de ces cinquante écrivains, ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau-Testament, n’a proféré une seule parole favorable à ce continuel panthéisme qui caractérise toute la philosophie des Gentils; — de même aussi vous ne trouverez pas un seul des auteurs de la Bible qui ait, en parlant du monde visible , laissé

s'échapper de sa plume une seule dè ces sentences qui, dans d’autres livres, contredisent la réalité des faits; aucun qui fasse des cieux un firmament, comme font les Septante, saint Jérôme, et tous les Pères de l'Eglise; aucun qui fasse du monde, comme Platon, un animal intelligent; aucun qui réduise toutes choses 1ici-bas aux quatre éléments de la physique des anciens ; aucun qui pense avec les Juifs, avec les Latins , avec les Grecs, avec les meilleurs esprits de l'antiquité, avec le grand Tacite chez les anciens, avec le grand De Thou chez les modernes, avec le sceptique Michel Montaigne , que « les astres aient domination et puis- « sance, non-seulement sur nos vies et conditions

« de notre fortune, maïs sur nos inclinationsmême,

« nos discours , nos volontés ; qu'ils les régissent, « poussent et agitent à la merci de leurs influen- « ces; et que ( selon que notre raison nous l’ap- «prend et le trouve) tout ce bas-monde se meuve «au branle des moindres mouvements célestes.

« Facta etemim et vitas hominum suspendit ab as- « tris1;» — aucun qui ait parlé des montagnes comme Mahomet, de la cosmogonie comme Buffon, des antipodes comme Lucrèce , comme Plutarque, comme Pline , comme Lactance , comme saint Augustin, comme le pape Zacharie. — Certes, s'il se

(t) Essais, liv. 1, ch. 12.

trouvait dans la Bible une seule de ces erreurs qui abondent chez les philosophes tant anciens que modernes, notre foi dans la pléine inspiration des Écritures en serait plus que compromise; il faudrait reconnaître qu’il y a des erreurs dans la Parole de Dieu, et que ces sentences menteuses-appartiennent à un écrivain faillible et non point au Saint-Esprit; car Dieu n’est pas un homme pour mentir; il n’y a point en lui de variation ni aucune ombre de faussété; et Celui à qui les lèvres menteuses sont en abomination n eût pu se contredire lui-même, et dicter ce qui est faux.

Ï n’y a donc aucune erreur physique dans les Écritures; et ce grand fait, qui devient éclatant à mesure qu’on l’observe de plus près, est la preuve manifeste d'une inspiration portée jusque dans le choix de leurs moindres expres- SIONS. |

Mais il y a plus, et voici le second fait.

Non-seulement la Bible n’a point admis de sentence ni d'expression fausse, mais encore elle a laissé souvent échapper des paroles qui nous font reconnaître, à ne s'y pouvoir méprendre, la science. du Tout-Puissant. — Son grand but, sans doute, était de nous révéler les grandeurs éternelles du monde invisible, et non les stériles secrets de ce qui s’en va périr. Cependant encore il arrive souvent que son langage, quand on l'écoute avec at-

LES LOIS DE LA NATURE. 383 tention, laisse voir une science qu’il'ne veut point enseigner, mais qu’il ne peut ignorer, puisqu'elle est en lui un profond abîme. — Non-seulement il ne nous dira jamais rien de faux, même en passant; mais encore vous lui surprendrez souvent des paroles qui trahiront la voix du Créateur des mondes. — Souvent vous y remarquerez une sagesse, une prudenee, une exactitude, dont les siècles d'autrefois n'avaient pu se douter, et que les découvertes seules du télescope , du calcul et de la science des modernes ont pu faire apprécier; en sorte que son langage portera, par ces traits , les caractères évidents de la plus entière inspiration. Le choix discret et inusité de ses expressions, la nature de certains détails, dont la propriété parfaite et la convenance divine avec les faits ne se sont révélées que trois mille ans plus tard, la réserve du langage, quelquefois sa hardiesse même et son étrangeté pour le temps où il a été écrit : tous ces signes vous feront reconnaitre Je savant par excellence , l'Ancien des jours, qui s'adresse à des enfants sans doute, mais qui parle comme le père de famille , et qui connaît toute sa maison.

Quand l’Écriture parle de la forme de notre Terre, elle en fait UN GLOBE Î,— Quand elle parle de

(1) Isaïe, xz, 22: Job, xxvr, 10: Prov., var, 27.

la position de ce globe au sein de l’univers, elle le SUSPEND SUR LE MÉANT (5192 9 1). Quand elle parle de son âge, non-seulement elle met sa création, ainsi que celle des cieux, AU COMMENCEMENT, c'est-à-dire avant des siècles qu’elle ne peut ou qu’elle ne veut nombrer; mais encore elle a soin de placer, avant le débrouillement du chaos et la création de l’homme, celle des anges, des archanges, des principautés et des puissances, leur épreuve , la chute des uns et leur ruine, la persévérance des autres et leur gloire ?. Quand elle parle ensuite de l’origine de nos continents, et de la dernière création des plantes, des animaux et des hommes, elle donne alors à ce nouveau monde et à notre orgueilleuse race un âge si Jeune que tous les siècles, chez tous les peuples, et jusque dans nos écoles modernes, s’en sont follement révoltés; mais un âge auquel il à bien fallu se résigner, depuis que les travaux des De Luce, des Cuvier et des Buckland ont si pleinement démontré que l’état de la surface du globe, aussi bien que les monuments de l’histoire et que ceux de la science, devaient y soumettre les savants comme le vulgaire. — Quand elle parle des

(1) Job, xxvi, T (xpeuaèwv yñv éri oùdevos, disent les Lxx). —(2) Néhém., 1x, 6; Col., 1, 16; Dan., vis, 10, comp. avec Jude, 6; Gen., nt, 1, 13, 15.—Apoc., xx, 2 ; xur, 9, 12.— Gen., tr, 24; Jean, vin, 44.— 9 Pier., 11, 4,9, 10.— Jean,

YO

cieux , elle emploie, pour les désigner et les définir, l'expression la plus philosophique et la: plus belle; expression que les Grecs dans les Septante, les Latins dans la Vulgate, et tous les Pères de l'Église dans leurs discours, ont prétendu redresser, et qu’ils ont tordue, parce qu'elle leur semblait opposée à la science de leur temps. Les ciéux, dans la Bible, sont l’ÉTENDUE, l'expansum, vpn 1; c’est le vide, ou l'éther, ou l’immensité , et non pas le fermamentum de saint Jérôme; ni le orpéoux des interprètes alexandrins ; nile huttième ciel, ferme, solide, cristallin et imcorruptible d’Aristote et de tous les anciens. Et quoique ce terme si remarquable de l’hébreu revienne dix-sept fois dans l’Ancien-Testament, et que dix-sept fois les Septante l'aient rendu par orspéoue ( firmament) ; jamais le Nouveau-Testament n’a voulu faire usage, dans ce sens, de cette expression des interprètes grecs ?.— Quand elle parle de la lumière, elle nous la présente comme un élément indépendant du soleil, et comme antérieure de trois époques à celle où fut allumé ce grand luminaire ? : anticipant ainsi sur les systèmes des modernes, qui se sont vus conduits, avec le grand Newton, à supposer dans l'univers un éther, éminemment subtil, puissamment élastique (1) Gen., 1, 6; Ps. xix, 7. — (2) Elle l’a employée une

seule fois, et pour désigner tout autre chose que les cieux. — (3) Gen., 1, 4, 14. |

et partout répandu, dont les contractions et les dilatations produiraient, non-seulement les phénomènes variés de la lumière, mais ceux même de la gravitation ?. — Quand elle parle de la création des plantes, elle les fait végéter, croître et porter semence avant l'apparition du soleil, et sous des conditions de lumière , de chaleur et d'humidité, qui n'étaient point celles dont vivent aujourd'hui nos végétaux ? ; et c’est ainsi qu'elle nous révèle depuis plusieurs milliers d'années un ordre de choses que la Botanique Fossile de ces derniers jours vient de déclarer incontestable, et dont la nécessité est attestée par les formes gigantesques des végétaux récemment découverts dans le Canada et la baie de Baffin :— les uns, comme M. Marcel de Serres #, recourant, pour l’expliquer, à un magnétisme terrestre alors plus intense, ou à des aurores boréales plus lumineuses ; — les autres, comme M. de

(1) Cette hypothèse de pulsations éthérées et d’un milieu vibrant partout répandu, fut la constante pensée de cet incomparable philosophe, dans ses vues les plus élevées sur la constitution de l’Univers. IT en déduisait même l’explication de tous les phénomènes de combinaison , de cohésion, d’élasticité et de mouvement qui semblent produits par des principes intangibles et impondérables, (Voyez sa Lettre au docteur Bayle sur la cause de la pesanteur; son Mémoire adressé à la Soc. Roy. de Londres, en déc. 1675 : — et deux articles du baron Maurice dans la Bibl. Univ. de Genève(1822, p.79).—(2) Gen., 1, 12.—(3) Mémoires de Marcel de Serres.

LES LOIS DE LA NATURE. 387 Candolle !, à une grande inclinaison de l'éeliptique, bien qu’en réalité (d’après le fameux théorème de La Grange), la Mécanique Céleste renferme entre des limites très-étroites cette variation des orbes planétaires ?. — Quand elle parle de l'air, dont la pesanteur était méconnue avant Galilée, elle nous dit qu'à la création, « Dieu donna à l'air soN Poips (pur), et aux eaux leur juste mesure. » — Quand elle parle de notre atmosphère et des eaux supérieures #, elle leur donne une importance que la science des modernes a pu seule constater 5, puisque, d'après leurs calculs, la force employée annuellement par la Nature pour la formation des nuages est égale à un travail que l'espèce humaine tout entière ne pourrait faire qu'en 200,000 années 6.— Et quand elle sépare les eaux supérieures d'avec les eaux inférieures, c’est par une étendue, et non par une sphère solide , comme l’ont voulu faire, soit en latin, soit en grec , ses imprudents traducteurs. — Quand elle parle des montagnes, elle les distingue par le fait en primitives et se-

(1) Bibliothèque universelle, Lvin, 1835.— (2) Les oscillations de l’écliptique, de part et d’autre de sa position moyenne, ne peuvent pas dépasser 10 1/4. — (3) Job, xxvirr, 25. — (4) Gen., 1, T.—(5) Voy. les calculs de Leslie. —(6) Annuaire du Bur. des Longit., 1835, p. 196. — Arago, dans ce.calcul, suppose que 800 millions forment la population du globe, et que la moitié seulement de ce nombre puisse travaiiler.

condaires ; elle les fait zaître, elle les fait surgir, elle les fait fordre comme de la cire; elle abaisse leurs vallées ; en un mot, elle parle comme ferait de nos jours un poète géologue. « Les montagnes « s’élevèrent, à Éternel, et les vallées s'abaissè- « rent, au lieu que tu leur avais établit! » Quand elle parle des races humaines de toute tribu, de toute couleur et de toute langue, elle leur donne une même et unique origine, bien que la philosophie de tous les siècles ait voulu si souvent se révolter contre cette vérité, tandis que celle des modernes s’est vue enfin forcée de la reconnaître? — Quand elle parle de l’état intérieur de notre globe , elle nous déclare deux grands faits longtemps ignorés des savants, mais rendus incontestables par leurs dernières découvertes : l’un relatif à sa croûte solide, et l’autre aux grandes eaux qu’elle recouvre, Quand elle parle de son enveloppe solide, elle nous apprend que, si sa surface nous donne le pain, « au-dessous (nnn) « la terre est EN FEU Ÿ ; que d’ailleurs elle est ré- (4) Ps. civ, 8, 6, 9; Gen., n1, 14; vu, 4; Ps. xe, 23 Pro., vin, 25; Ps. xcvit, 5: exLiv, 6; Zach,., XIV, 4 8; Ezech., xLVII. — (2) Voyez Sumner : The Records of the creation, vol. I, p. 286; et le professeur Zimmerman : Histoire géographique de homme. — Wiseman, 3° Discours sur l'histoire naturelle de la race humaine, tome I, p. 149. — (3) Job,

xxviu, 5. Littéralement : « Au-dessous, elle est bouleversée, “ et comme de feu. » |

« servée pour le feu, et qu’elle sera brûlée dans « les derniers temps aver tous les ouvrages qui s’y « trouvent . » — Et quand elle parle des eaux que contient notre globe , elle rend seule raison, au moins sous ce rapport, des immenses cataclysmes qui l'ont (au dire des savants eux-mêmes ) complétement . et longuement submergé à diverses époques. Et tandis que ceux-ci nous parlent du peu de profondeur des mers ; tandis qu'ils nous assurent qu un soulèvement de deux cents mètres seulement, ou d’une fois et demie la hauteur de la. tour de Strasbourg, suffirait pour faire disparaître la mer Baltique, la mer du Nord, la Manche et le canal Saint-Georges ; et que le Mont-Blanc, ou du moins le Chimborazo, jeté dans le plus profond de l'océan Pacifique , serait assez haut pour y faire un îlot; tandis que La Place a cru pouvoir conclure de la grandeur des marées que la profondeur moyenne de l'Océan ne dépasse pas un millier de mètres (la hauteur du Salève ou de l’'Hékla ); tandis qu'on nous démontre ainsi l’absolue insuffisance des mers pour les immenses submersions que notre globe a subies; l’Écriture nous enseigne que « la terre à été tirée de l’eau, qu’elle subsiste parmi l'eau ?, et que sa croûte solide recouvre un GRAND ABIME (127 On), dont les eaux

(4) 2 Pier., au, 7, 10. — (2) 2 Pier., 14, 5.

firent effraction (%P23) avec brisement et violence !, à l’époque du déluge, comme à celle du chaos et des âges sans nombre qui l'avaient précédé. » — Quand elle parle du déluge, elle suppose des submersions et des bouleversements que tous les incrédules des temps anciens disaient trop grands pour être crus, et qu'aujourd'hui les géologues trouveraient plutôt insuffisants pour expliquer toutes les ruines que notre terre leur a découvertes.-—- Quand elle raconte les préparatifs et les progrès de cet immense cataclysme, elle révèle des faits que la science des modernes peut n'avoir point encore universellement adoptés, mais qu'elle n’a pu contredire non plus par d’autres faits : elle suppose un feu intérieur qui, en élevant la température des mers et des eaux profondes, dut amener, d’un côté, une énorme évaporation et des pluies impétueuses , comme si les bondes des cieux s’étaient ouvertes, et, de l’autre, une dilatation irrésistible, qui non-seulement souleva les eaux de leurs profondeurs , brisa les fontaines du GRAND ABIME , et en éleva les puissantes ondes jusqu'au niveau des plus hautes montagnes ?, mais qui causa

(1) Gen., vi, 11. — (2) L'eau se dilate de 1/,;, en passant de la température de la glace fondante à celle de l’eau bouillante : une élévation de 16 ou 17° Réaumur augmentera donc son volume de t/4. — Or, on trouve, par un calcul facile, que la quantité d’eau nécessaire pour subwerger la Terre

d'immenses stratifications de carbonate calcaire, sous la double action d’une énorme chaleur, et d’une pression équivalente à 8,000 atmosphères.— Quand elle décrit l’état de notre globe, aux Jours qui précédèrent le débrouillement de son chaos, elle lui suppose une chaleur interne et des feux sous-marins, en le couvrant tout entier des eaux dans un état de liquidité !. — Quand elle raconte la création des oiseaux et des poissons, elle leur donne une origine commune ; et l’on sait que les naturalistes modernes ont constaté, entre ces deux classes d'animaux, des rapports intimes, que rien n'indique à nos yeux, mais qui se révèlent dans leur anatomie, et jusque dans la forme microscopique des globules de leur sang 2. — Quand elle

jusqu’à la hauteur de 1/59 du rayou de notre globe est égale à 1/3 de son volume entier (ou 1/4,, de son tiers). Si donc où suppose que le tiers du globe terrestre soit métallique {à la pesanteur spécifique moyenne de 12 !/ j; que le deuxième tiers soit solide (à la pesanteur de 2 1/, ); et que le dernier tiers soit de l’eau ; alors, 19 la pesanteur moyenne spécifique du globe entier sera égale à 5 12 (conformément aux conclusions de Maskeline et de Cavendish); et 2° il aura suffi d’une élévation de 16° Réaumur, dans la température moyenne de la masse des eaux, aux jours du déluge, pour submergerla Terre jusqu’à la hauteur de 6,368 mètres, c’est-à-dire jusqu’à 1,946 mètres au-dessus du Mont-Blanc. — C’était à peu près déjà l’hypothèse de sir Henri Englefield.

(1) Gen.,1, 2. — (2) Mémoires du dr J.-L. Prevost, à Genève.

fait arrêter le soleil, c’est-à-dire la rotation de la Terre, aux jours de Josué, fils de Nun, elle a soin de faire arrêter aussi la lune, dans la même mesure que le soleil, et par la même cause : précaution , comme l’a montré Chaubard !, que n'aurait jamais imaginée une astronomie étrangère à la connaissance de notre mouvement diurne; puisqu'il ne s'agissait après tout dans ce miracle que de prolonger la durée du jour ?. — Quand elle fait arriver le Seigneur comme un éclair, en un clin-d'œ1l, au dernier jour , elle rend encore une fois témoignage à la rotation de la Terre et à l'existence des antipodes : car, en ce solennel moment, 1l sera Jour, dit-elle, pour une partie des hommes, et il sera nuit à la même heure pour une autre partie *. Quand elle décrit les richesses passées et futures du pays de Canaan, auquel une puissance merveïlleuse de végétation est promise pour les derniers temps, elle le dit riche,non-seulement en fontaines,

(1) Eléments de géologie, par Chaubard; 1 vol, in-8°, Paris. — L'auteur y établit, par de nombreux arguments, la coincidence chronologique du miracle de Josué avec les déluges d'Ogygès et de Deucalion. Il y fait remarquer que ces deux cataclysmes se rapportent à la même époque, durent le même temps, sont accompagnés des mêmes catastrophes, ct produisent des courants dirigés dans le même sens (d’occident en orient). — (2) Josué, x, 12. — (3) Luc, xvir, 31, 34; Mat., xxiv, 2, ete - d

mais en «ondes souterraines 1, » et semble anticiper sur les perforations par lesquelles les modernes viennent d'apprendre à fertiliser une contrée aride, en y faisant sourdre du sol des eaux jaillissantes. — Quand elle parle du langage des hommes, elle lui donne une unité primitive, que semble. contredire une première étude de nos innombrables idiomes, mais que vient confirmer un examen plus approfondi. — Quand elle décrit la délivrance de Noé, elle donne à l’arche des dimensions qu'au premier aspect nous trouvons trop étroites, que nous eussions centuplées si nous avions été chargés de ce récit, mais qu’une étude du fait a reconnues suffisantes.— Quand elle nous parle du nombre des étoiles, au lieu d’en supposer un millier (1,022), comme le catalogue d'Hipparque, ou comme celui de Ptolémée ? ; tandis que ; dans les deux hémisphères réunis, les yeux les plus exercés n'en savent découvrir que 5,000 ; tandis qu'avant l'invention du télescope on n'en pouvait, dans la plus belle des nuits, apercevoir que mille, l'Écriture les dit INNOMBRABLES : elle les compare, comme ferait Herschel , au sable de la mer; elle nous dit que Dieu les a semées de sa main

(1) Deut., vur, 7. C’est-un pays de torrents d’eau, de fontaines et d’abîmes qui naissent dans les campagnes et dans les montagnes (mn). — Voyez aussi Esaïe, xxxv, 6; Ezech., xxx, 4; Ps. LxxvIN, 15, 16. — (2) Exactement , 1,026,

dans l’espace infini comme de la poussière,-et que cependant «1l les appelle toutes par leur nom. » — Quand elle parle de cette immensité , écoutez avec quelle sagesse savante et sublime elle vous la dépeint ; comme elle demeure prudente dans sa noble poésie, et qu’elle est sage dans sa sublimité ! « Les cieux racontent la gloire du Dieu fort; « L’'ÉTENDUE donne à connaître l'ouvrage de ses « mains : il n’y a point en eux de discours, il n'y « a point de langage; toutefois nous entendons leur « VOix. » —Quand elle parle des rapports des astres avec ce monde sublunaire, au lieu de les supposer animés, comme faisaient les anciens; au lieu de leur attribuer jamais quelque influence sur les choses humaines, comme l’ont voulu même si longtemps les peuples chrétiens de l'Italie et de la France jusqu’au jour de la Réformation ; c’est une matière inerte, vous dit-elle, brillante sans doute, mais agencée et soumise; les cieux, même les cieux des cieux , marchent avec l’ordre, l’ensemble et l'unité d’une armée qui s’avance en bataille. « Éle- « vez vos yeux en haut, et regardez : qui a créé « toutes ces choses ? c’est Celui qui conduit leur « armée par ordre, et qui les appelle toutes par « leur nom. Il n’en manque pas une. Pourquoi donc « dirais-tu , à Jacob : Mon état est caché à l’Éter- « nel, et Dieu ne soutient plus mon droit 1!» — (1) Esaïe ,.x£ ; 26, 27. À

Quandelle décrit les cieux, elle a soin d’en distinguer trois : d'abord le ciel des oiseaux, des tempêtes, des puissances de l'air et des malices Spirituelles ; puis le ciel des astres; et enfin le troisieme ciel, les cieux des cieux. Mais quand elle parle du Dieu de tout cela, écoutez-la! que son langage est beau ! et aussi, qu’il est tendre! « Le son de son « tonnerre est en la rondeur de l'air, nous dit- « elle {; mais les cieux, et même les cieux des «cieux, ne le peuvent contenir 2. En quel lieu le « rénfermeriez-vous? et à quoi le feriez-vous res- «sembler ?Il a mis sa majesté par-dessus les cieux, « et il s’abaisse même encore quand il regarde les «cieux ! Si vous prenez les ailes de l’aube du jour, « et que vous voliez avec la rapidité de la lumière, « où iriez-vous loin de sa face , où fuiriez-vous « loin de sa présence ?? » — Mais quand elle croit avoir assez parlé de toutes ces grandeurs visibles, « Ce ne sont encore là, nous dit-elle, que les bords « de ses voies ; et combien est petite la portion que « nous en connaissons! » — Et enfin, quand elle pense avoir dit toutes les grandeurs du Créateur même de ces immensités, écoutez-la encore . « Îl « compte le nombre des étoiles, vous dit-elle, et il « guérit ceux qui sont brisés de cœur, et il

(4) Ps. Lxxvn, 19. — (2) 1 Rois, vus, 27. — (3) Esaïe, xL, 18. — Ps, vit, 1, 10.—PSs. cxin, 6: — Ps. cxxxix, 7.

« bande leurs plaies {. Admirable en conseils et «magnifique en moyens, il recueille vos larmes « dans ses vases; un passereau ne s’abat pas en «terre sans sa permission; les cheveux même « de vos têtes sont comptés ?. » — « O droiturier, «c'est une retraite que le Dieu qui est de tout « temps , et que d’être sous les bras éternels à !— « O mon Dieu, que tes œuvres sont en grand nom- «bre! et tu as mis ta miséricorde au-dessus de « toute ta renommée #! »

Et maintenant, au milieu de toutes ces grandeurs...., « où trouvera-t-on la sagesse! où est la « demeure de l'intelligence? L’abime dit : Elle n’est « pas chez moi; et la mer répond : Elle n'est pas «au-dedans de moi! Dieu seul connaît le chemin « qui conduit à elle, le lieu de son ressort; lui qui « voit jusqu'aux extrémités du monde , et qui re- « garde sous tous les cieux. Quand il donnait à « l'air son poids, et aux eaux leur juste mesure ; « quand il prescrivait une loi à la pluie, et un che- « min à l'éclair des tonnerres, 1l vit alors la sa- « gesse, il la sonda jusqu’au fond; puis il dit à « l’homme, Voici : pour toi, craindre l'Éternel, « voilà la sagesse ; et s'éloigner du mal, voilà lin- « telligence st

(1)Ps. cxLvir. — (2)Ps. Lvi, 9. — Esaie, xxvin, 29. —

Matth., x, 29, 30. — (3) Deut., xxxut, 26, 27. — (4) Ps. XXXVI, 2.—(5) Job, xxvur.

Telle est donc l'inspiration des saintes Écritures; et c’est ainsi qu'on y voit des reflets célestes, par les endroits mêmes où l’on avait cru pouvoir y surprendre. des taches. — Si vous écartez d'une main Calme et respectueuse le voile quelquefois obscur qu'elle a dû mettre pour vous sur son visage, vous y découvrez un éclat majestueux; car elle descend, comme Moïse, de la sainte montagne, et vous apporte dans ses mains les tables du témoignage ! — Là où vous aviez craint une obscurité, vous trouvez une splendeur; là où l’on avait écrit une objection, Dieu la traduit en un témoignage ; là où il y avait un doute, là se pose une assurance.

Nous concluons donc qu’à l'égard de cette septième objection , les difficultés deviennent encore des preuves ; et que, par cet endroit comme par tous les autres, il faut qu’à chaque page on reconnaisse dans la Bible entière une parole de Dieu.

Mais écoutons encore une dernière objection.

Section VII. — Les aveux mêmes de saint Paul.

Il serait superflu de vouloir disputer sur le fait d'une inspiration partielle et intermittente des

LAUE

Écritures (nous dit-on quelquefois), puisque l’apôtre saint Paul lui-même a tranché nettement la question. N’a-t-il pas eu soin, en effet, de distinguer ce qu'il prononçait par inspiration de ce qu’il n’avançait qu'en son propre nom, comme simple fidèle”? Et ne l’entend-on pas, dans sa première épitre aux Corinthiens, exprimer très-clairement et par trois fois cette distinction, à l’occasion de diverses questions qu’on lui avait adressées sur le mariage ?

d’aberd, au ÿ. 25 du chap. vi, lorsqu'il dit, en tout autant de termes : « Pour cè qui est des « vierges, Je n’al PAS DE COMMANDEMENT DU « SEIGNEUR ; mais je donne un Avis, comme «ayant reçu miséricorde du Seigneur pour être a fidèle ; »

puis, au ÿ. 10, lorsqu'il écrit : « Et quant à ceux « qui sont mariés, JE leur commande (Non Pas « MOI, MAIS LE SEIGNEUR) que la femme ne se . sépare pas de son mari, et que le mari ne renvoie pas sa femme ; » | et enfin, au ÿ. 12, lorsqu'il ajoute : « Mais aux autres je leur dis (MOI, ET NON LE SEIGNEUR : Si quelque frère à une femme infidèle. qu’il ne « Ja renvoie pas... etc. »

On voit donc clairement, par ces trois sentences, qu'il y a dans les épiîtres de l’Apôtre des passages qui sont de Paul, et d'autres passages qui sont de

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AVEUX DE SAINT PAUL. 399 Dieu; c’est-à-dire des passages inspirés, et d’autres qui ne le sont pas.

La réponse est facile.

Dès qu'on voudra regarder de plus près aux passages objectés, on reconnaîtra qu'on n’en saurait faire aucun usage contre la doctrine d’une pleine inspiration. — Bien loin de mettre des limites à la divinité des paroles apostoliques, ces versels, au contraire, tiennent un langage que la plus entière et la plus souveraine inspiration a pu seule autoriser. Saint Paul n’a pu parler ainsi qu’en mettant ses épîtres, comme la fait saint Pierre !, j'allais dire « AU NIVEAU des AUTRES saintes Écri- «tures , » il fallait dire AU-pEssus d'elles (en tant qu'il y fait entendre une expression plus récente et plus obligatoire des volontés du Seigneur). — ‘On. en va juger.

Que fait, dans ce chapitre vur®, l’apôtre de Jésus-Christ? — Il y traite trois cas de conscience : Quant à l’un de ces cas, Dieu, dit-il, n’a rien commandé, ni rien interdit. « Celui qui marie sa fille ne pèche pas. Je ne suis donc ici chargé d'aucun ordre ; mais, en qualité d’apôtre, c’est un conseil seulement que je viens vous donner de la part du Seigneur ; » — et il a soin d'ajouter, au ÿ. 40 : «Et

(1) Pier., 111, 6,

« je pense que J'ai aussi l’Esprit du Seigneur! » Le Seigneur 101 veut donc vous laisser libres, dit l’Apôtre ; 1l ne veut point vous tendre un piége ; et si vous ne croyez pas devoir suivre le conseil général qui vous est donné, vous ne violez aucun commandement; vous ne péchez pas. — Seulement, «qui marie fait bien; qui ne marie pas fait « MIEUX. »

Quant à l’autre cas, au contraire, prenez-y garde; Car IL Y A UN COMMANDEMENT DU SEI- GNEUR. Le Seigneur à déjà prononcé sa volonté (Matt., v, 31, 32; Malach., 11, 14, 15); etje n’ai rien de nouveau à vous déclarer : lAncien-Testament et Jésus-Christ ont parlé. Ce n’est donc pas Moi, apôtre de Jésus-Christ, c'est LE SEIGNEUR , qui déjà vous a fait connaître sa volonté : «A ceux « d’entre les chrétiens qui sont mariés, je leur « commande, non pas moi, mais le Seigneur, que «la femme ne se sépare pas de son mari, et que « le mari ne renvoie pas sa femme (ÿ. 10 et 11.»

Mais, quant au troisième cas, je veux dire, quant aux frères qui se trouveralent associés à une femme infidèle, vous aviez un commandement du Seigneur sous l’Ancien-Testament; je viens le révoquer ; et « j'estime que j'ai aussi l'Esprit du Seïgneur! » J’abolis done l’ancien ordre, et je suis chargé de le remplacer par un ordre contraire. Ce n’est pas le Seigneur (ÿ. 12), qui vous dit de garder

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