‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 36 sur 44 · COM CON EN M · texte numérisé non relu

COM CON EN M

Si l’on veut donc y réfléchir, on reconnaitra bientôt avec admiration les puissances constantes de l’inspiration dans toutes les parties de ces Ecritures ; et l’on s’assurera que, s’ilest dans la Bible des pages qui eussent besoin d’être inspirées dans toutes leurs lignes et dans tous leurs mots, ce sont les livres historiques : ils prêchent, ils révèlent, ils dogmatisent , ils législatent , ils prophétisent.

Ne les comparez donc pas à d’autres histoires : ils ont une tout autre portée.

Il la leur fallait, cette pleine inspiration, pour réciter, sans aucune erreur, des faits inaccessibles à la connaissance de l’homme, la création de l’univers , le débrouillement du chaos, la naissance de la lumière, le surgissement des montagnes, les interventions des anges, les secrets conseils de Dieu, les pensées du cœur de l’homme et ses fautes ignorées ; mais il la leur fallait surtout pour préfigurer le Christ par mille et mille types inaperçus de l'écrivain lui-même, et pour exposer ainsi, jusque dans leurs récits du passé, les caractères du Messie, ses souffrances, sa mort, et les gloires qui les devaient suivre. — Il la leur fallait pour parler convenablement des événements même qui leur étaient connus; pour taire les uns, pour réciter les autres, pour les caractériser, pour les juger, et pour y montrer ainsi la pensée de Dieu; mais 1l la leur fallait surtout pour décrire

» Ad

dans la juste mesure de cette pensée de Dieu et des besoins de l'Église à venir, les scènes ou nationales, ou domestiques , qui devaient porter avec elles les types de l’œuvre de la rédemption, préfigurer les derniers temps, et prendre un grand sens, des milliers d'années après eux. Il la leur fallait pour la mesure de leurs confidences, pour celle de leurs réticences, pour l'emploi discret de leurs expressions, et pour cette admirable retenue qu'ils ont toujours su garder. |

79 Nous voudrions avoir le temps de parler ici de leur puissance dramatique (s’il est permis de s’exprimer ainsi), puissance divine et indéfinissable, attrait mystérieux et sans cesse renaissant, qui s'attache à toutes leurs narrations, qui vient captiver l’âme de l’homme sous tous les climats, qui fait qu'on y trouve, {oute sa vie, comme aux scènes de la Nature, un charme toujours nouveau, et que ces récits incomparables, après nous avoir saisis et remués dans notre première enfance , nous attendrissent encore dans la blanche vieillesse. -— Certainement , il doit y avoir que!que chose de surhumain dans l'humanité même de ces formes si familières et si naïves. — Les hommes ne savent pas raconter ainsi. — Qui nous dira le secret de cet entrainement? Où est-il? Nous aurions de la peine à le dire, peutêtre : 1! semble qu'il se trouve dans un mélange

ineffable de simplicité et de profondeur, de naturel et d’inattendu , de couleur locale et de spiritualité ; 1l est encore dans ce que les récits ont tout à la fois de rapide et de naïf, de détaillé et de concis ; il est enfin dans l’harmonie et la vérité des sentiments ; c’est l’homme, c’est la nature, dans son intime réalité.—En un mot, vous ne sauriez ne pas éprouver (même sans vous en rendre compte) que celui qui parle dans ce livre a sous les yeux toutes les fibres les plus secrètes du cœur de l’homme, pour les toucher à son gré tour à tour, d’une main légère et puissante, dans la juste mesure que son Esprit s’est proposée. Relisez les scènes de Ruth et de Booz aux champs de Bethléem, celles d’Abraham et d’Isaac sur la montagne de Moriïja, celles de David et de Jonathan, celles d’Élie et d’Élisée , celles de Naaman le Syrien, de la veuve de Sarepta ou de la Sunamite, et, par-dessus tout, celles de la vie et de la mort du Fils de Phomme ; et, après cela, cherchez partout ailleurs, dans les livres des hommes , si vous trouverez rien de semblable. Lisez, si vous le voulez, les quatre Vedahs et le volumineux recueil de Pauthier, les livres sacrés de l’Orient, Confucius, Manou, Mahomet; et voyez

(1) Les Livres sacrés de l'Orient, comprenant le Chou- King, ou Livre par excellence; le Sse-Chou, ou les Quatre livres moraux de Confucius et de ses disciples ; les Lois de

s'il sy rencontre nulle part huit lignes qu'on puisse comparer à ces incomparables narrations de l’Écriture. — Sans la crainte de nous trop étendre , nous aurions voulu faire iei quelques rapprochements, et prendre tour à tour l’histoire des mêmes faits dans l’Ancien-Testament et dans le Koran, dans le Nouveau-Testament et dans les faux Évangiles, dans les scènes patriarcales de la Genèse et dans ce qu'en ont fait les hommes toutes les fois qu’ils les ont racontées. Relisez, par exemple, dans Moise, la vie de Joseph, son enfance, ses malheurs, ses tentations, et jusqu’à cette scène inimitable des onze fils de Jacob comparaissant devant leur frère; jusqu’à ce « Mon fils, Dieu te fasse grâce!» (xLui, 29), et jusqu’à ce « Moi, Joseph (4pv x)!» qu'aucun âge ne peut relire sans un attendrissement nouveau ; et, après cela , allez reprendre cette histoire dans Mahomet ; allez lire son chapitre XIT, intitulé Joseph, écrit à la Mecque en cent onze versets, et commençant par ces mots : « Nous avons fait descendre du ciel ce livre en langue arabe, afin qu’on le comprenne, et nous allons te raconter la plus belle histoire que nous t’ayons révélée dans ce Koran. »

« Viennent maintenant, dit le célèbre Duplessis-

Manou, premier législateur de lindc; le Koran de Hahomet, par Pauthier ; Paris, 1840.

Mornay !, viennent les plus durs cœurs et les plus desgoutez palais du monde à lire ces histoires de nostre Bible ;..... ils sentiront un frémissement en leur corps, une esmotion en leur cœur, une tendresse d’affection en un seul moment, plus grandes que si tous les crateurs de Rome ou d'Athènes leurs preschoyent mesme matière en Jours entiers.—Que s’ils viennent à lire ces mesmes histoires en Flavius Josephus, auquel l’empereur Titus ordonna une statue pour l'élégance de son histoire. il les lairra plus froids et moins esmeus encor qu'il ne les aura pris. — Que sera-ce dongq si cette Escriture a en son humilité plus de hauteur, en sa simplicité plus de profondeur, en sa naïfveté plus d’attraits, en sa grossièreté plus de vigueur et de poincte que n’en saurions trouver ailleurs ? »

Oh non ! il faut le dire des Ecritures historiques , même à cet égard, jamais les hommes n’ont raconté comme elles , ni avant, ni après.

8° On n’a pas assez remarqué peut-être, on n’a pas assez admiré leur divine brièveté. — Si vous voulez, sous ce rapport, apprécier les Ecritures , comparez-les avec les biographies qu’écrivent les hommes, ou avec les corps de doctrines qu’ils nous

donnent , quand on les laisse faire. — Voyez, par

exemple, l'Eglise moderne des Juifs, et voyez celle

(1) De la vérité de la religion chrétienne, p. 613, 614.

des Latins. — Tandis que la première a joint à l'Écriture, en leur attribuant une même autorité divine, ses deux Tamulds , dont l’un (celui de Jérusalem) forme un grand volume in-folio , et dont l’autre (celui de Babylone), qui est le plus suivi, et qui doit être étudié par tous ses docteurs, est un ouvrage de douze volumes in-folio !; et tandis que l'Eglise romaine, dans son concile de Trente, a déclaré « recevoir, avec la même affection et ré- « vérence que la sainte Écriture , ses traditions « concernant la foi et les mœurs, » c’est-à-dire l'immense répertoire de ses actes synodaux , de ses décrétales, de ses bulles, de ses canons, et des écrits des saints Pères ?; — voyez ce qu'a fait le Saint-Esprit dans la Bible, et admirez-y la céleste prudence de son inimitable briéveté.

Qui de nous eût été, pendant trois ans et demi, le témoin constant, l’ami passionné d’un homme comme Jésus-Christ, et eût su faire en seize ou vingt petits chapitres, ou en huit cents lignes, l’histoire de toute cette vie, de sa naissance, de

(1) La dernière édition d'Amsterdam. Maïnonides en a fait un savant extrait dans son ad Hachazakah. — Voyez Prideaux , Histoire des Juifs. Amsterdam, vol. Il, page 130. — (2) Concile de Trente, sess. 4, 1er et 28 décrets publiés le 28 avril 1546.—Bellarmin, de Verbo Dei, lib. 1v, cap. 8, 5, 6. — Coton, lib. 11, cap. 24, 34, 35. — Baile, Traité I. Du Perron contre Tilenus.

son ministère, de ses miracles, de ses prédications, de ses souffrances, de sa mort, de sa résurrection, et de son ascension dans les cieux ? — Qui de nous eût pu se taire sur les trente premières années d’une telle vie? — Qui de nous eût récité tant de bontés sans exclamation , tant de miracles sans réflexions, tant de pensées sublimes sans aucune emphase, tant de souffrances sans plainte, tant d’injustices sans amertume; tant d’infirmités innocentes du Maitre, ou tant d’infirmités coupables des disciples, sans aucune réticence; tant d'ingratitude dans leur lâche abandon, tant de résistances, tant d’ignorance, tant de dureté de cœur, sans aucune apologie et sans aucun commentaire? — Est-ce ainsi que l’homme raconte?

Qui de nous encore eût su distinguer ce qu’il fallait dire en courant de ce qu’il fallait réciter avec détail ? Qui de nous, par exemple, eût cru devoir raconter toute la création du monde en un chapitre de trente et un versets ; puis, l'épreuve, la chute et la condamnation de notre race en un autre chapitre de vingt-quatre versets; tandis qu'il eût consacré tant de chapitres et tant de pages à la construction du tabernacle et de ses ustensiles, parce qu'il y avait là pour les âges futurs un tableau continuel et typique de J.-C. et de sa rédemption’ — Qui de nous, par la même raison, eût employé la cinquième partie de la Genèse à raconter l’his-

toire d’un seul des douze enfants de Jacob, tandis que deux chapitres lui eussent paru suffisants pour mille sept cents années de l’histoire des hommes, depuis la chute d’Adam jusqu'au déluge ? — Qui de nous eût imaginé, comme Matthieu, de ne mentionner que quatre femmes (et quelles femmes!) dans les quarante-deux générations des ancêtres de Jésus- Christ, et d’y inscrire ainsi l’incestueuse Thamar, l'impure Rahab, Ruth la Moabite et l'épouse adultère d'Urie, sans en tempérer le scandale par une seule réflexion? — Qui de nous eût su ne consacrer qu'un seul verset à la conversion d’un proconsul romain (AcCt., xI11, 12)? — Qui de nous, après avoir partagé pendant dix ans les travaux de saint Paul, ses dangers, ses prisons, ses prédications et ses dons prophétiques , eût su raconter vingt-deux années d’une telle vie sans dire un mot de soi, et sans faire connaître autrement que par le seul changement du pronom personnel (au chap. Xv1, au verset 10), que depuis Troas jusqu’à Jérusalem et Césarée, et que depuis Jérusalem et Césarée jusqu'à Malte et jusqu'à Rome, il avait été son compagnon souffrant, fidèle, infatigable ?—II faut, pour nous l'apprendre, que ce soit Paul lui-même qui, dans sa dernière prison, écrive à Timothée : « Dans ma première défense, personne n’a été avec moi, tous m'ont abandonné; Luc seul est avec moi.» (2 Tim. 1v, 16, 11. Philém., 24.—Coloss.,1v, 14.)

— Sainte et céleste réserve; humble et noble silence ! L'Esprit divin seul avait pu l’enseigner ! Où trouveriez-vous, parmi tous les narrateurs ininspirés, un homme qui eût écrit comme saint Luc les Actes des saints Apôtres? qui eût su raconter en trente pages l’histoire ecclésiastique des trente plus belles années du christianisme , depuis l'ascension du Fils de l’homme au-dessus des nuées du ciel jusqu'à la prison de saint Paul dans la capitale du monde romain? — Histoire incomparable! Voyez à la fois qu’elle est courte et qu’elle est grande! Que n’y trouve-t-on pas? — Des prédications aux Juifs, aux Grecs, devant les tribunaux, devant l’Aréopage et devant le Sanhédrin, dans des places publiques et devant un proconsul, devant des synagogues et devant des rois; des descriptions admirables de l’Église primitive; des scènes miraculeuses et dramatiques dans son sein; des interventions d’anges, pour délivrer, pour avertir ou pour punir; des controverses et des divisions dans les assemblées chrétiennes; des institutions nouvelles dans l’Église; l’histoire d’un premier concile, et son épître synodale; des commentaires de l’Écriture; des récits d’hérésie ; des jugements de Dieu, solennels et terribles ; des apparitions du Seigneur dans le chemin, dans le temple et dans la prison; des conversions détaillées, souvent miraculeuses, et singulièrement

variées : celle d'Énée, celle de l’eunuque, celle du capitaine Corneille, celle du geôlier romain, celle du proconsul, celle de Lydie, celle d’Apollos, celle d’un peuple nombreux à Jérusalem ; sans parler de celles qui ne furent que commencées, comme dans les émotions du roi Agrippa, dans les troubles de Félix, dans les professions de Simon de Samarie, dans les terreurs de Félix, dans les bienveillances du capitaine Jules; — des courses missionnaires; des solutions diverses de divers cas de conscience; des divisions permanentes sur des choses extérieures, entre des chré-

tiens de diverses classes; des préventions mu-

tuelles; des disputes entre des frères et entre des apôtres; des vivacités, des explications, et cependant des triomphes de l'esprit de charité sur ces obstacles; des communications de militaire à militaire , de proconsul à proconsul ; des résurrections ; des révélations faites à l’Église pour hâter la vocation des Gentils; des collectes pour les pauvres d’une église à l’autre; des prophéties; des scènes nationales; des supplices ou consommés ou préparés; des comparutions devant des tribunaux juifs ou des municipalités romaines , devant des gouverneurs et des rois; des assemblées chrétiennes de maison en maison; leurs émotions, leurs prières, leur charité, leurs doutes; un roi persécuteur frappé par un ange et rongé

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des vers, dans le même temps où, pour plaire à la populace, il avait accompli le supplice d’un apôtre et préparé celui d’un autre; des persécutions sous toutes les formes, par les synagogues, par les princes, par les municipes, par les Juifs ou par des soulèvements populaires ; — des délivrances des hommes de Dieu, tantôt par un enfant , tantôt par un ange, tantôt par un tribun romain ou par un Capitaine de vaisseau, par des magistrats paiens, ou par des soldats idolâtres ; — des tempêtes, des naufrages, avec des détails qui, par leur exactitude nautique, charment encore (nous l’avons vu) les marins de nos jours. — Et tout cela dans trente pages, ou vingt-huit petits chapitres.— Admirable brièveté! Ne fallait-il pas le Saint-Esprit de Dieu pour cette concision, pour ce choix des détails, pour cette manière pieuse, variée, brève, richement significative, qui emploie si peu de mots, et qui enseigne tant de choses? — Plénitude, coneision, clarté, onction, simplicité, élévation, richesse pratique : voilà le livre d'histoire ecclésiastique qu’il fallait au peuple de Dieu. — II est vrai; mais, encore une fois, ce n’est pas ainsi que les hommes racontent.

Trouveriez-vous sur la terre un homme qui fût capable de réciter l'assassinat de sa mère avec le calme, la mesure, la sobriété, l’impassibilité apparente de ce quadruple récit des Évangélistes

racontant le supplice de Jésus, de ce Jésus qu'ils . aimaient plus qu’on n’aime sa mère, plus qu’on n'aime sa vie ? de ce Jésus qu'ils avaient vu prosterné en Gethsémané, puis trahi, abandonné, traiîné les mains liées dans Jérusalem, et enfin cloué nu sur une croix, pendant que le soleil éteignait sa lumière, que la terre se fendait, et que celui qui ressuscitait les morts était réduit à l’état des morts! — Ne fallait-1l donc pas l'Esprit de Dieu à chaque ligne, à chaque mot d’un tel récit, pour en choisir convenablement les détails, au milieu d’un siècle et d’un monde de souvenirs ?

9° II fallait d’ailleurs en être entièrement guidé pour cette réserve prophétique que les historiens sacrés ont su garder à tant d’égards, et pour cette prudence toute divine qui se révèle non-seulement dans leurs enseignements, mais dans leurs réticences ; non-seulement dans les termes qu’ils emploient, mais dans ceux qu'ils évitent.

Et pour en donner ici quelque mesure, voyezles , par exemple, quand ils parlent de la mère de Jésus. Quelle prévision divine, et quelle sagesse prophétique , soit dans leurs récits, soit dans leurs expressions! Combien il eüt été facile que, dans leur ardente adoration pour le fils, il s’'exprimassent sur la mère en des termes trop respectueux ! Un seul mot échappé à l’imprudence si naturelle de leurs premières émotions n’eût-il pas à jamais

autorisé les idolâtries des siècles à venir envers Marie , et le crime du culte qui lui est rendu? — Mais, ce mot, ils ne l’ont jamais proféré. — L’ontils seulement appelée la mère de Dieu ? Non, pas même ; bien qu’il soit pour eux l’Emmanuel, l'Homme-Dieu, la Parole qui était au commencement, qui était avec Dieu, qui était Dieu, et qui a été faite chair. — Écoutez-les. — Que diront-ils d’elle,

après la mort et la résurrection de leur Sauveur ?

Une seule phrase, après laquelle ils s’en tairont à tout jamais ? « Tous ceux-ci persévéraient en prières « avec les femmes, et avec la mère de Jésus, et avec « ses frères. » («Ji omnes erant perseverantes « unanimiter in oratione cum mulieribus, et Mariä « matre Jesu, et fratribus ejus.» )—s ne l'y nomment ni la première, n1 la dernière; elle y paraît, comme mère de Jésus, entre les frères de Jésus et les femmes de Galilée. Et que diront-ils d'elle avant la mort du Seigneur? Remarquez-le bien ; ah! ce n’est pas ainsi que les hommes racontent ! Entre toutes les paroles que Jésus-Christ a pu dire à sa mère, depuis l'ouverture de sa mission, ils n’en ont choisi que trois pour nous les rapporter. Voici la première : « Femme (quand elle se mêle de son ministère qui commence, et qu’elle lui demande un miracle), « femme (femme !), qu’y a-t-il entre toi «et moi 1?» — Quand ensuite une femme du peuple,

(1) Jean, 11, 4.

dans son ardent enthousiasme , s’est écriée du milieu de la foule : « Heureux les flancs qui t'ont porté! » — Dis plutôt : « Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent!» Voilà la deuxième.— Écoutez maintenant la troisième : « Sa mère et ses frères étaient ébranlés dans leur foi ; on les avait entendus qui disaient : «Il est hors de sens» (dicebant enim : Quoniam in furorem versus est); et l’on vint lui dire : « Ta mère et tes frères sont là dehors qui désirent de te voir. » a Qui est ma mère? » répondit-il; et étendant sa main vers ses disciples : « Voilà ma mère... toute femme qui fera la volonté de mon Père qui est aux cieux, celle-là est ma mère. — Æcce mater mea. » — Et quand enfin il la verra du haut de sa croix, il ne l’appellera plus du nom de mère; mais il la léguera au disciple qu’il aimait, en disant : « Femme, voilà ton fils; Jean, voilà ta mère; » et dès cette heure, ce disciple la recevra chez lui, non pour l’adorer, mais pour la protéger, comme un être faible et souffrant dont une épée a transpercé l’âme. | Est-ce donc ainsi, nous le redemandons, que l’homme raconte, et ne fallait-il pas que l'Esprit prophétique füt le seul narrateur de tous ces faits ?

Nous aimerions à citer d’autres exemples : ils se

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présentent en foule à cette heure devant les yeux de notre esprit, et c’est un sacrifice pour nous que de les taire; car plus on étudie de près ces livres historiques, plus la sagesse prophétique de l'Esprit de Dieu qui les a dictés s’y révèle dans les détails d’abord les plus inaperçus. Nous aimerions à signaler entre autres la sagesse toute prophétique avec laquelle souvent l'Esprit saint, lorsqu'il vient à rapporter plus d’une fois un même fait important, a soin de varier ses expressions, pour prévenir les fausses interprétations qu'on en aurait pu donner, et pour condamner d’avance les erreurs qui s’y devaient rattacher dans un lointain avenir. — Nous voudrions citer, par exemple, la manière si remarquable et si peu attendue dont la dixième loi du Décalogue a été répétée dans le Deutéronome 1, avec une remarquable transposition de ses premiers termes; le Saint-Esprit voulant ainsi confondre prophétiquement l’artifice par lequel les docteurs de Rome devaient chercher, quinze siècles plus tard, à séparer ce commandement en deux, pour voiler le coupable retranchement qu’ils ont osé faire du deuxième : « Et tu ne te feras point « d'image taillée, ni aucune ressemblance. ; tu « ne te prosterneras point devant elles, et ne les «serviras point. » — Nous aimerions à faire re-

(1) Deut., v, 21. — Exod., xx, 17. — Luc, vin, 25.

marquer encore les expressions variées avec lesquelles le Saint-Esprit nous a rapporté l’institution divine de la sainte Cène , et l’a plusieurs fois paraphrasée, dans le but de nous y faire mieux comprendre la pensée de Jésus-Christ , et de condamner à l'avance le sens charnel qu’on devait donner à ces paroles : « CECI EST mon sang ; » — « cette COUPE EST la nouvelle ALLIANCE en mon sang , » a-t-il dit aussi; — « cette coupe est la COMMUNICATION du sang de la nouvelle alliance. » — Nous voudrions faire observer avec quelle sagesse prophétique, pour confondre ceux qui prétendraient dans la suite que Judas n’a point pris part à la dernière eène (et qu'il sortit avant ou qu'il n’entra qu'après), le Saint-Esprit a eu le soin de nous faire savoir, par Marc et Matthieu !, que Jésus annonça la trahison de Judas, avant la communion , Judas étant présent ; et par Luc, qu'il l’annonça encore après, Judas étant présent ?.— Nous aimerions à montrer chez tous les écrivains du Nouveau-Testament la constante sobriété de leurs paroles, lorsqu'il est question des rapports des pasteurs avec les églises ; et cette admirable prudence avec laquelle ils se sont toujours abstenus d'appliquer, même une seule fois, aux ministres de

(1) Matth., xxvi, 21-26. — Marc, xiv, 19-33.— (2) Luc, XXH,:19:25:

l'Église chrétienne, le nom de sacerdotes ou de sacrificateurs ; leur réservant ce titre d'anciens (prétres), qu’on donnait aux laïques en Israël, ‘et les distinguant toujours de la race sacerdotale (qui représentait Jésus-Christ, et qui devait cesser quand le seul et vrai Sacerdote aurait paru). — Nous aimerions à signaler aussi cette prudence avec laquelle jamais une âme n'est ramenée à un autre pasteur, à un autre directeur (rxünmris) 1 que Jésus-Christ, et avec laquelle, en recommandant la déférence envers les guides spirituels, l’Écriture a soin de les nommer toujours au pluriel, afin qu'on ne s’autorise jamais d'elle, pour appuyer cette idée si naturelle aux pasteurs et aux ouailles, que toute âme doit avoir son pasteur parmi les hommes. « N’appelez personne, sur la terre, votre « père ; et ne vous faites pas appeler DIRECTEUR , « car Christ seul est votre directeur. » — Quelle précaution, quelle retenue dans les récits, pour ne jamais rien donner de trop à l’homme , et pour raconter les grandes choses que « Dieu avait faites par le moyen des apôtres?,» de manière à ce que le moi de tous soit abaissé, à ce que toute gloire revienne à Dieu, et à ce que tous les esclaves du Seigneur apprennent à dire, comme le dernier

- (1) Matth., xx, 8, 10.—(2) Act., x1v, 27. Rom., xv, 8.

1 Cor., 111, 6.

prophète de l’Ancien-Testament et le premier prophète du Nouveau : «Il faut qu'il croisse, et moi que je diminue. »

Nous le répétons, il faut se faire violence, pour avoir le livre de la Bible devant ses yeux et pour ne pas en citer davantage.

De tous ces traits réunis, nous devons donc conclure que, si toute l’Ecriture est divinement inspirée , les livres historiques font éclater encore plus que tous les autres cette intervention divine; 1ls la montrent plus indispensable; ils attestent que, pour de telles pages, 1l était nécessaire que l’invisible et toute-puissante main du Saint-Esprit se posât sur celle de Écrivain sacré, et la conduisit depuis la première ligne jusqu’à la dernière. Il y fallait plus que des savants, plus que des saints, plus que des esprits illuminés, plus que des anges ou des archanges ; 1l y fallait Dieu.

Nous dirons donc, avec Origène , que c« les vo- « lumes sacrés respirent la plénitude de l'Esprit ; «et qu’il n’y a rien, ni dans les Prophètes, ni dans « la Loi, ni dans l'Évangile, ni dans l’Apôtre, qui «ne descende de la plénitude de la majesté de «Dieu !; — et avec saint Ambroise ? : Bois à l’une

4) Homilia 1, in Jerem., cap. L. — (2) « Utrumque poculum bibe Veteris et Novi-Testamenti, quia ex utroque

= Christum bibis. Bibe Christum, ut bibas sanguinem quo re-

« et à l’autre coupe de l’Ancien et du Nouveau- « Testament; car, dans l’une et dans l’autre, c’est « Christ que tu bois. Bois Jésus-Christ, afin de « boire le sang qui t’a racheté. Bois Fe hs nee) «afin de je toutes ses paroles. On boit la « sainte Ecriture, on dévore la divine Ecriture, « lorsque les sues du Verbe éternel descendent « dans les veines de notre intelligence, et pénè- « trent la puissance de notre âme. »

Et avec Augustin 1 : « Admirable profondeur «que celle de tes oracles! Voici, la surface en « charme les petits; mais admirable profondeur, ô. « mon Dieu, admirable profondeur ! On frémit, on « tremble à la sonder de ses regards : Héniéamens « de révérence et tremblement d'amour !

Mais, quoi donc (a-t-on dit encore quelquefois)! faudra-t-il croire que la lettre du païen Lysias? ou la harangue du Juif Gamaliel ÿ, ou les discours des durs amis de Job, aient été des paroles inspirées ?

demptus es : bibe Christum , ut bibas sermones ejus.—Bibitur Scriptura sacr&, et devoratur Scriptura divina, cüm in venas mentis ac vires animi succus verbi descendit æterni, ” (4m: brosius, in Psalm. 1 Enarratio. | (1) « Mira profanditas eloquiorum tuorum, quorum ecce « ante nos superficies blandiens parvulis; sed mira profundi- «tas, Deus meus, mira profunditas! — Horror.est intendere | « in eam, horror honoris et tremor amoris! (Confess., lib. XIE, cap. 14.)—(2) Act., XXI, 25,—(3) Act., v, 34. L

—Non, sans doute! — pas plus que celles de Caïn, ou de Lémec, ou de Rabsaké, ou de Satan.— Mais les Ecrivains sacrés furent aussi réellement conduits de Dièu pour nous les transmettre, que pour nous dire ! ou le cantique de Marie au pays des montagnes, ou celui des Séraphins en l’année de la mort du roi Hozias, ou celui de l'Armée céleste à Bethléhem. — L’esprit-Saint n’est pas constamment l’auteur des paroles qu’il rapporte; mais il en est toujours l'historien.

Cependant on fait encore une autre évasion, pour excepter de la théopneustie une partie des Ecritures. Si ce n’est pas l’objection la plus grave, elle est peut-être l’une des plus fréquemment avancées.

Section III. — L’insignifiance apparente de certains détails de la Bible autoriserait-elle à les excepter de l'inspiration?

Etait-il de la dignité de l’inspiration d’accompagner la pensée de lapôtre saint Paul jusque dans ces détails vulgaires où nous le voyons descendre dans plusieurs de ses lettres? Le Saint-Esprit en serait-il venu jusqu’à lui dicter ces salutations banales qui les terminent’ — ou ces conseils d’hygiène qu’il y donne à Timothée sur son estomac et ses fréquentes indispositions?— ou ces commissions

(4) Luc, 1, 46; Esaie, vi, 8 ; Luc, u1, 14.

DÉTAILS VULGAIRES. Gi

dont il le charge, à l'égard de ses parchemins et d’un certain manteau qu'il avait laissé chez Carpus, à Troas, lorsqu'il avait quitté l'Asie ?

Que le lecteur nous permette de le supplier d'y prendre garde, lorsque, tenant une Bible dans ses mains , il n'arrive pas à reconnaître, dès ses premières lectures, les signes de Dieu sur tel ou tel passage de la Parole. Que ces mains imprudentes n’aillent pas en jeter un seul verset hors du temple des Écritures. Elles tiennent un livre éternel, dont tous les auteurs ont dit, comme saint Paul : « Et je pense que, moi aussi, J'ai l'Esprit du Seigneur ! » — Si donc il ne voit encore rien de divin dans tel ou tel verset, la faute en est à lui, et non pas au passage. Qu'il se dise plutôt comme Jacob : « Certainement l'Éternel est dans ce lieu, et je n’en savais rien!»

Examinons de plus près les passages allégués.

Saint Paul, du fond de sa prison, redemande son manteau : 1l l’a laissé chez Carpus, à Troas; il prie Timothée de se hâter avant l’hiver, et de ne pas oublier de le lui rapporter. — Ce détail domestique , tant de milliers de fois objecté contre l’inspiration des Écritures, depuis les jours des Anoméens dont païle saint Jérôme?, ce détail vous

(1) Gen., xxvin, 16. — (2) Voyez : Proemium in epist. ad Philem.

semble trop trivial pour un livre apostolique, ow du moins trop insignifiant et trop étranger à l’édification, pour la dignité de l’inspiration. — Malheureux , cependant , qui n’en aperçoit pas la pathétique grandeur !

Jésus-Christ aussi, le jour de sa mort, parlait de son manteau et de sa robe de dessous. Voudriezvous qu'on Ôtàt ce passage du nombre des paroles inspirées’ — C'était après une nuit de fatigues et d’angoisses. On l’avait promené dans les rues de Jérusalem pendant sept heures consécutives , à la clarté des flambeaux, de rue en rue, de tribunal en tribunal, lui donnant des soufflets, le couvrant d'un voile, lui frappant la tête de coups de bâton. Le soleil du lendemain n’était pas levé que déjà on lui attachait les mains, pour l’emmener. encore des palais sacerdotaux au prétoire de Pilate. Là, déchiré de verges, arrosé de son sang, puis livré pour le dernier supplice à des soldats féroces , il s'était vu arracher tous ses vétements, pour être enveloppé d’un manteau d’écarlate, pendant qu'on s’agenouillait devant lui, qu'on plaçait un jonc dans ses mains, et qu’on lui crachait au visage. Ensuite, avant de poser la croix sur ses reins déchirés, on avait rejeté ses vêtements sur ses plaies, pour le mener au Calvaire ; mais , quand on dut procéder à son exécution, on les lui ôta pour la troisième fois; et c’est

alors que , dépouillé de tout, d’abord de son manteau, puis de ses habits, puis même de sa tunique, 11 dut mourir nu sur le gibet des malfaiteurs , à la vue d'un peuple immense. — S'est-il jamais vu sous le ciel un homme qui n’ait trouvé ces détails remuants, sublimes , inimitables ? et s’en est-il jainais vu qui, du récit de cette mort, pensât à retrancher, comme inutile ou trop vulgaire, l’histoire de ces habits qu’on se partage , et de cette robe qu'on tire au sort? L’incrédulité même n’at-elle pas dit, en en parlant, que la majesté des Écritures l’étonnait, que leur simplicité parlait à son cœur, que la mort de Socrate fut d'un sage, mais que celle de Jésus-Christ est d’un Dieu 1 ? — Et si l'inspiration divine était réservée pour une portion seulement des livres saints, ne serait-ce pas pour ces détails mêmes ? Ne serait-ce pas pour l’histoire de cette charité qui, après avoir vécu sur la terre plus pauvre que les oiseaux de l'air et que les renards de la campagne, a voulu mourir plus pauvre encore, dépouillée de tout, jusqu’à ses vêtements et sa robe de dessous, attachée nue au gibet des malfaiteurs, les bras étendus et cloués sur le bois? — Ah! tranquillisez-vous pour l’Esprit-Saint ! il n’a point dérogé; et bien loin quil ait cru trop descendre en disant ces faits à la

(1) Emile de Rousseau.

terre, il avait hâte de les lui réciter; et c’est mille

ans à l’avance, c’est au siècle de la guerre de Troie, qu’il les chantait déjà sur la harpe de David : « Ils m'ont percé les mains et les pieds (disait- « il); ils me contemplent, ils me regardent; ils « partagent entre eux mes vêtements, et ils jettent « le sort sur ma robet! »

Eh bien, c’est ce même Esprit qui a voulu nous montrer saint Paul écrivant à Timothée, et demandant son manteau. — Écoutez-le. Lui aussi s’est dépouillé de tout. — Bien jeune encore, il était grand parmi les hommes, favorisé des princes, admiré de tous : il a tout quitté pour Jésus- Christ. Il y a trente ans et plus qu'il est pauvre, en travaux plus que les autres, en blessures plus qu'eux, en prison davantage : cinq fois 1l a reçu des Juifs quarante coups moins un; trois fois il a été battu de verges ; une fois il a été lapidé ; trois fois il a fait naufrage; souvent en voyage; en péril sur les fleuves , en péril dans les villes, en péril dans les déserts, en péril sur la mer; souvent en veilles, dans la faim et dans la soif, dans le froid et dans la nudité ( nous citons ses propres paroles?). Écoutez-le maintenant : le voilà avancé en âge; il est dans sa dernière prison; il est à

(1) Ps. xxn, 18; 19. Jean, x1x, 23, 24. — (2) 2 Cor.,.xt, 23-27,

hé

Rome ; il attend sa sentence de mort; il a combattu le bon combat; il a achevé sa course; il a gardé la foi : mais il a froid; on est à l’entrée de l'hiver; et 1l manque de vêtements! Enfoncé dans un cachot des Prisons Mamertines , il porte un tel opprobre que tous les chrétiens mêmes de Rome ont eu honte de lui, et que, dans sa première comparution, personne n’a voulu l’assister. Naguère , il y a dix ans, déjà prisonnier dans Rome, et chargé de chaînes, il avait au moins reçu quelque argent des Philippiens, qui, sachant sa misère, s'étaient cotisés dans leur indigence, pour lui faire arriver là quelque aumône ; mais aujourd'hui, le voilà délaissé ; personne n’est avec lui que saint Luc; tous l’ont abandonné; l'hiver approche. Il aurait besoin d’un manteau ; il a laissé le sien à deux cents lieues , chez Carpus, à Troas; il n’y a dans les froids cachots de Rome personne pour lui en prêter un : n’a-t-il pas tout quitté avec joie pour Jésus 1? n’a-t-il pas estimé toutes les gloires de ce monde comme de la boue, afin de gagner Christ; et ne souffre-t-il pas volontiers toutes choses pour l'amour des élus?? — Nous étions nous-même à Rome l’an dernier, en un hôtel, au commencement de Novembre, en un jour de pluie. Avec quelle vivacité, sous les froides

(4) Phil., 1m, 8. — 2 Tim., 1, 10.

ee.

impressions du soir, nous nous représentions le saint apôtre Paul dans les cachots souterrains du Capitole, dictant la dernière de ses lettres, regrettant son manteau, et priant Timothée de le lui rapporter avant l'hiver!

Qui est-ce qui voudrait maintenant retrancher des épîtres inspirées un trait si saisissant et si pathétique? Le Saint-Esprit ne vous y fait-il pas entrer dans la prison de Paul, pour y surprendre sur le fait son tendre renoncement et sa sublime pauvreté; de la même manière qu’il nous faisait voir aussi, comme de nos yeux, sa charité , quelque temps auparavant , lorsqu'il lui faisait dire dans sa lettre aux Philippiens : « Je pleure en « vous écrivant, parce qu'il y en a plusieurs parmi « vous qui ne s’attachent qu'aux choses de la terre, « et qui finiront par la perdition! » Ne semble-t-il pas que vous le voyez dans sa prison, chargé de sa chaine, pendant qu'il écrit et que ses larmes tombent sur son parchemin ? Et ne vous semble-t-il pas voir aussi ce pauvre corps , aujourd hui mal vêtu, souffrant et transi; demain décollé et traîné dans le Tibre, en attendant le jour où la terre rendra ses trépassés, et la mer les morts qui sont en elle, et où «Christ transformera le corps de notre humilia= tion, pour le rendre conforme au corps de sa gloire?» — Et si ces détails sont beaux, croyez vous qu'ils ne soient pas utiles? Et s’ils sont utiles déjà pour celui

PE

qui les lit comme une simple vérité historique, que

ne deviennent-ils pas pour celui qui croit à leur.

théopneustie, et qui se dit : «O mon âme, ces paroles

sont écrites par Paul ; mais c’est ton Dieu quite les

adresse ! » —Qui pourrait dire la force et la consola-

tion que, par leur familiarité même et leur actualité,

elles ont pu porter dans des cachots et dans des chaumières ? Qui pourrait compter les pauvres et les martyrs à qui de tels traits sont venus donner l’encouragement, l'exemple et la joie? — Nous nous rappelons, en Suisse, à cette heure, le pasteur Juvet, à qui l’on refusait une couverture, il y a vingt ans , dans les prisons du canton de Vaud. On se souvient, dans l’Église universelle, de ce Jérôme de Prague, enfermé trois cent quarante jours dans les cachots de Constance, au fond d’une tour puante et ténébreuse, et n’en sortant que pour paraitre devant ses meurtriers. On n’a pas oublié non plus , chez les Anglais , le saint évêque Hooper, tiré de sa fosse humide et dégoûtante , couvert de méchants habits et d’une robe empruntée, s’en allant au bücher, appuyé sur un bâton, et plié par une sciatique. — Frères vénérés, heureux martyrs, vous vous rappeliez alors sans doute votre frère Paul, enfermé dans les cachots de Rome, souffrant du froid et de la nudité, demandant son manteau! —— Ah ! malheureux qui ne sent pas la sublime humanité, la tendre grandeur, la sympathie pré-

voyante et divine , la profondeur et le charme d’un tel mode d'enseignement ! mais plus malheureux peut-être encore celui qui le déclare humain parce qu'il ne le comprend pas! — Nous voudrions citer ici les belles paroles du respectable Haldane ! sur ce verset de saint Paul. — «Ce passage, dit-il, si

vous considérez la place qu’il occupe dans cette

épitre et dans les solennels adieux de saint Paul à ses disciples, présente cet apôtre à nos regards dans la situation la plus propre à nous remuer. Il vient de comparaître devant l'Empereur; 1l va finir ses jours par le martyre, son délogement est proche, la couronne de justice lui est réservée : le voilà sur la limite des deux mondes. — Dans celuici qu'il va quitter, près d’être décapité, comme un malfaiteur, par les ordres de Néron; dans celui-là qu’il va posséder, couronné comme un juste par le Rois des rois et le Seigneur des seigneurs ; — dans celui-ci, abandonné des hommes ; dans celui-là, accueilli des anges ; — dans celui-ci, manquant d’un

(1) The verbal inspiration of the Old and New-Testament, maintained and established by Robert Haldane, Esq"°, Edinburgh, 1830. — Nous aimons à recommander à nos lecteurs : le livre d’un homme dont le souvenir doit être si cher à nos Eglises, et dont le court séjour dans Genève à porté tant de fruits.—Nous indiquerons aussi, sur le même sujet, un traité de M. Alexandre Carson : « The theories of inspiration, elc., etc.,

Dublin, 1830. » L'an et l’autre de ces ouvrages nous ont été très-utiles. |

ue

pauvre manteau pour se couvrir; dans celui-là, couvert de la justice des saints, revêtu de son édifice céleste de lumière et de joie, jusqu'à ce que ce qui est mortel soit englouti par la vie.»

Ah! plutôt que d’objecter de tels passages pour dépouiller les Écritures de leur infaillibilité, il y fallait reconnaître cette sagesse de Dieu , qui, si souvent, par un seul trait, a su nous donner des enseignements pour lesquels, sans cela, de longues pages eussent été nécessaires. Il fallait adorer cette tendre condescendance, qui, s’abaissant jusqu’à notre faiblesse , s’est plu, non-seulement à nous révéler les plus hautes pensées du ciel dans les plus simples paroles de da terre, mais encore à nous les offrir sous des formes si vivantes , si dramatiques , si pénétrantes , en les concentrant souvent, pour les rendre plus saisissables , dans l’étroit espace d’un seul verset.

C'est donc ainsi que saint Paul, par ces paroles jetées avec abandon jusque dans les dernières commissions d’une lettre familière, lance pour nous une rapide clarté sur son ministère, et nous découvre d’un mot toute une vie d'apôtre, comme un seul éclair, dans la nuit, illumine en un instant toutes les sommités de nos Alpes, et comme certaines personnes vous disent quelquefois toute leur àme par un regard.

' # Lu”

Que d'exemples frappants nous en pourrions citer ! ils se présentent en foule; mais nous sommes obligés de nous restreindre ; et nous devrons plutôt nous en tenir aux passages mêmes qu'on nous objJecte.

Il faut cependant que nous le disions avant d’aller plus loin : nous avons presque honte de défendre sous cette forme la parole du Seigneur ; et nous éprouvons, pour ce genre d’apologie , comme un dégoût de la conscience. Est-il entièrement convenable? et peut-on s’y livrer sans quelque 1rrévérence? — IT faut prendre garde en tous temps à la manière dont nous défendons les choses de Dieu , et ne pas imiter l’imprudence de Huza étendant sa main contre l’Arche de Dieu, et la voulant

retenir, parce que les bœufs avaient glissé. « La

Lé … colère de Dieu, nous est-il dit, s’enflamma sur son

indiscrétion!. »

S'il est bien reconnu de part et d'autre qu'une parole est dans le canon des oracles de Dieu , pour-

quoi la défendre... comme digne de lui, par des rai- - sonnements d'homme? Vous le pourriez sans doute

devant des incrédules ; mais, avec des hommes qui reconnaissent la divinité des Ecritures, n'est-ce pas faire injure à cette parole ; n’est-ce pas prendre une position fausse, et porter sa main sur l'Arche,

(1) 2'Saim., vi,.6. 7.

à la manière de Huza ? Cette parole se présentâtelle à nos yeux comme une racine qui sort d’une terre aride, fût-elle sans aucun charme , et n'y eût-1l en elle ni forme ni apparence, ni rien, à la voir, qui la fit désirer, vous devriez encore la véné:rer, et tout attendre pour elle de Celui qui l’a donnée. — N'est-ce donc pas lui manquer, quand il parle, que de vouloir prouver le respect qui lui est dû? N’aurais-je pas eu honte, quand on m'aurait montré mon Sauveur et mon Dieu se levant du souper, prenant un bassin, dépouiilant sa robe, se ceignant d'une serviette, et venant laver les pieds de ses disciples, n’aurais-je pas eu honte de me mettre à prouver que, malgré tout cela, il était encore le Christ! Ah! j'aurais plutôt voulu l'adorer plus que jamais! — Eh bien, la majesté des Éeri-

tures veut s’abaisser aussi jusquesà nous ! La voyezvous qui se lève de table, qui pose sa robe, qui se revêt de l’habit des serviteurs, et qui s’agenouille

devant des pécheurs, pour leur laver les pieds? « Si je ne te lave, tu n'auras aucune part avec moi!» N'est-ce pas dans cette humiliation même qu’elle se révèle à nous avec le plus de charme. comme la voix du Verbe humilié ?

Quant à nous, 1l nous semble qu'il n’est pas d’arrogance comparable à celle d’un homme qui, reconnaissant la Bible pour un livre de Dieu, prétend ensuite y trier de sa main le pur d'avec l’impur,

l'inspiré d’avec l’ininspiré, Dieu d’avec l’homme. C'est renverser tous les fondements de la foi; c’est

la mettre, non plus à croire Dieu, mais à se croire soi-même. Il nous doit suffire qu’un chapitre ou qu'une parole fasse partie des Ecritures pour la savoir divinement bonne ; car Dieu a prononcé sur elle, comme sur la Création : « Jai vu tout ce que J'ai fait, et voilà, tout était bon. » — Nous ne dirons donc jamais : Je trouve cette parole admirable, donc elle est de Dieu; et encore moins : Je n’en vois pas l’utilité, donc elle est de l’homme. Dieu nous en garde ! Mais nous dirons : Elle est dans les Ecritures, donc elle est de Dieu. Elle est de Dieu, done elle est utile, donc elle est sage, donc elle est admirable; et si je ne la vois pas telle encore, la faute n’en est qu'à moi. Nous tenons pour un égarement cette protection que la sagesse de l’homme voudrait accorder à celle de Dieu; nous tenons pour un outrage ce timbre grossier dont elle prétend légaliser les saintes Écritures, et cette folle signature dont elle ose en marquer les pages.

Si donc nous allons encore ici nous appliquer à faire ressortir la divine sagesse de quelques passages qu’on ose trouver humains, ce n’est pas pour fonder leur divinité sur les jugements de notre sagesse mieux informée, ni pour les faire respecter après coup par le seul fait de la beauté qui s'y révèle. Notre respect a précédé : il s'était fondé sur ce

que le passage est écrit dans les «oracles de Dieu. » Dés lors, avant d’avoir vu, nous avons cru.—Nous ne pensons donc qu’à réfuter l’objection par quelques exemples de sa témérité. — Ecoutons encore deux ou trois passages, auxquels on a prétendu refuser les honneurs de l'inspiration , parce qu’on a cru d’abord les trouver sans portée spirituelle. — Nous n'en pouvons citer ici qu’un très-petit nombre. On a bientôt dit d’une sentence qu’elle est inutile ou vulgaire : pour montrer que l’objection se trompe, il faut des pages.

L'un des passages que nous avons le plus souvent entendu mettre en avant, quand on voulait justifier une distinction entre ce qui est inspiré dans la Parole de Dieu et ce qui ne l’est pas, c’est la recommandation de Paul à Timothée, sur les maux d'estomac et les maladies dont ce jeune disciple était affligé. « Ne bois plus uniquement de l'eau; « mais use d’un peu de vin, à cause de ton estomac « et de tes fréquentes maladies 1. »

Cependant, examinez de plus près ce passage : quelle admirable et vivante révélation de la grandeur de la vocation apostolique et de l’amabilité du caractère chrétien! — Remarquez d’abord que c'est comme dans le temple de Dieu qu'il a été prononcé; car, immédiatement avant,

(1) 1 Lim,, v, 23. k

vous entendez ces paroles solennelles : « Je te « parle en présence du Dieu et Sauveur Jésus- « Christ et des anges élus , afin que tu gardes ces « Choses sans préjugé, ne faisant rien avec partia- « lité. N’impose les mains à personne avec préci- «pitation; conserve-toi pur toi-même; ne bois « plus uniquement de l’eau. » — On voit que c’est en présence de leur commun Maïtre et de ses saints anges que saint Paul à voulu parler à son disciple : entrons donc dans le même temple pour le comprendre, plaçons-nous aux mêmes hauteurs, « devant le Seigneur Jésus et ses an- «ges élus; » alors nous reconnaîtrons bientôt combien ces paroles révèlent de beautés soit dans le ministère des apôtres, soit dans les voies du Seigneur. — Le célèbre Chrysostôme lavait bien compris, lorsque, prêchant sur ces paroles mêmes, 1l faisait remarquer comment les plus utiles serviteurs de Dieu doivent peu s'étonner s’il arrive que leur Seigneur juge convenable de les éprouver, comme Timothée, par des infirmités dans leur poitrine, ou dans leur cerveau, ou dans leur estomac ; s’il leur met quelque écharde en leur chair, et s’il les soufflète ainsi par quelque ange de Satan, afin de les dresser, d’un côté, à la sympathie, aux affections cordiales, aux tendres compassions ; et, de l’autre, à la patience, à l'abandon d'eux-mêmes, au renoncement , et sur-

tout à la prière. — Relisez avec gravité, et comme à la lumière du dernier jour, ce beau passage de l'Apôtre : bientôt, dans l’espace étroit de ce seul verset, vous admirerez combien d'enseignements précieux le Saint-Esprit a voulu nous y donner, outre celui qu'a signalé le pieux évêque de Constantinople. Que de paroles et presque de chapitres eussent été nécessaires pour nous en dire autant sous une autre forme! — Vous y apprendrez, par exemple, la sobriété de Timothée : il avait voulu, comme saint Paul, réduire son corps en servitude ; il s’abstenait entièrement de vin. — Vous y verrez, en troisième lieu , avec quelle tendre et paternelle délicatesse l’Apôtre le reprenait , ou de son imprudence , ou d’une austérité portée trop loin.— Vous y remarquerez avec quelle sagesse le Seigneur autorise, invite même par ces paroles, les hommes de Dieu à prendre de leur santé les soins nécessaires, dans le temps où cependant il juge à propos de la compromettre par des maladies. — Vous y admirerez, en cinquième lieu, avec quelle prévision prophétique cette parole, placée dans la bouche d’un apôtre, vient condamner à l'avance les traditions humaines qui, dans la suite, devaient interdire aux fidèles l’usage du vin comme une impureté. — Vous y verrez, en sixième lieu, avec quelle tendre sollicitude et quelle vigilance paternelle,

l’Apôtre, au milieu de ses hautes fonetions, et mal-

gré «les soucis dont l'accablaient toutes les églises (depuis Jérusalem jusqu'en Illyrie, » et depuis l’Illyrie jusqu’en Espagne), reportait ses regards sur les circonstances personnelles de son disciple, sur sa santé, sur ses faiblesses d'estomac, sur ses fréquentes maladies, et sur les habitudes imprudentes de son régime journalier. — Vous y apprendrez encore un fait historique qui jettera pour vous une utile lumière sur la nature des dons miraculeux. Malgré tout l'intérêt de saint Paul pour les maux de son disciple, il ne lui est pas possible de rétablir Timothée, à lui qui cependant avait si souvent guéri des malades, et même ressuscité des morts; car les apôtres (et nous l’apprenons encore par ce verset, comme par la maladie d'Épaphrodite 1) n'avaient point reçu le don continuel des miracles, non plus que celui de la théopneustie : cette vertu leur était renouvelée pour chaque occasion particulière. |

Mais si ces nombreuses leçons de l’Apôtre sont importantes, et si nous les recevons toutes ainsi dans un seul verset, et de la manière la plus propre à nous toucher, oh! qu’elles deviennent pénétrantes, pour une âme chrétienne, dès qu'elle a la certitude que ce n’est pas ici la parole d’un homme de bien seulement; que ce n’est pas même

(1) Philip., 11, 27.

celle d’un apôtre seulement; mais que c’est la voix de son Dieu, qui lui veut enseigner, sous une forme si affectueuse, la sobriété, l’affection fraternelle, l'intérêt tendre des uns pour la santé des autres, l'utilité des afflictions et des infirmités pour les plus zélés serviteurs de Dieu, et qui, pour lui donner tant de précieuses leçons, daigne s'adresser à lui par la bouche d’une simple créature!

On nous oppose souvent encore ces salutations qui terminent les épîtres de saint Paul, et qui n’équivalent après tout, nous dit-on, qu’à ces compliments vulgaires dont nous usons tous en finissant une lettre. Il n’y a rien là d’indigne d’un apôtre, sans doute; mais il n’y a rien là non plus d’inspiré. Le Saint-Esprit y a laissé courir la plume de Paul, comme nous laisserions nous-mêmes un secrétaire terminer seul, par les formules d’usage, une lettre dont nous lui aurions dicté les premières pages.— Qu'on voie, par exemple, le derniér chapitre de l’Épiître aux Romains. N'est-il pas assez évident que l'Apôtre s’y livre, pendant seize versets, aux réminiscences toutes personnelles de son amitié? L’aride nomenclature de toutes ces personnes avait- elle besoin d'inspiration ? L’Apôtre en indique dix-huit par leurs noms, sans compter toutes celles qu'il fait saluer collectivement dans la maison d’Aquilas, dans celle de Narcisse, ou dans celle d’Aristobule.

Ces versets ne demandent point d'inspiration; et il aura suffi, tout au plus, pour les faire écrire, de cette surveillance que l’Esprit-Saint exerçait encore sur les Écrivains, alors même qu'il les abandonnait à leur personnalité.

Nous ne craindrons pas de l’avouer : nous prenons plaisir à rappeler ici ces seize versets si souvent objectés ; car ils sont au contraire du nombre des passages dont la divine sagesse se recommande par elle-même; et si vous y regardez de près, vous admirerez bientôt avee nous la fécondité , la condescendance et l'élévation de ce mode d’enseignement; vous y trouverez, sous la forme la plus pratique et la plus naïve, un vivant tableau d’une église primitive; et vous y reconnaitrez à quelle hauteur peuvent s'élever dans son sein les plus ignorés même et les plus faibles d’entre eux.

Ecoutez d’abord avec quel tendre intérêt l’Apôtre recommande à la charité de l’église de Rome cette humble femme qui, de Corinthe, faisait, à ce qu il paraît, le voyage d'Italie pour ses affaires temporelles. C'était une sœur bien-aimée, qui s'était mise au service des saints, et qui n'avait pas craint d'ouvrir sa maison à un grand nombre de fidèles, et à Paul lui-même, malgré les périls de cette hospitalité. Elle était servante de l’église de Cenchrée. Il fallait donc que les frères établis à Rome l’accueillissent selon le Seigneur, et qu’on l’assistât

dans tous ses besoins.— Voyez ensuite quel exemple l’Apôtre nous donne, en quelques mots, de cette urbanité chrétienne qui devrait caractériser tous les rapports mutuels des enfants de Dieu. Admirez, pendant qu’il passe si rapidement en revue les frères et les sœurs de l’église de Rome, comment il sait répandre, jusque sur cette nomenclature qu’on dit aride, la douce onction de sa charité. II a quelques mots d'encouragement et de tendre estime pour chacun d’eux : il y rappelle l’hospitalité généreuse de Phœæbé, les dangers de mort qu'Aqui- - las et sa compagne ont affrontés pour lui, l’honneur d'Épainète d’avoir été le premier des Achéens convertis à Jésus-Christ, les grands travaux d’Andronique et de Junias, qui l'ont même précédé dans la foi ; son amour chrétien pour Amplias, les œuvres évangéliques d’Urbain, la fidélité éprouvée d’Apelles, les travaux multipliés de Tryphène et de Tryphose dans le Seigneur, et ceux de la bienaimée Perside.—Quel appel encore à la conscience de tout lecteur sérieux que ce rapide catalogue! Voilà donc, devra-t-il se dire , ce qu’étaient les fidèles qu’on faisait saluer dans l’église de Rome! Et si le même apôtre écrivait une lettre à l’église où j'océupe moi-même une place pour quelques jours, que dirait-1l de moi? mon nom s’y trouverait-il? pourrait-il y ajouter que j'accueille, comme Phœæbé, les saints dans ma maison ; que je tiens, comme

Aquilas et Priscilla, des assemblées chrétiennes sous mon heureux toit? que j'ai, comme Marie, pris beaucoup de peine pour les ministres du Seigneur ; que j'ai souffert pour Jésus-Christ, comme Andronique et Junias; que je suis un homme éprouvé en Christ, comme Apelles; que je suis élu en notre Seigneur, comme Rufus; que je suis, comme Urbain, son compagnon d'œuvre; queie prends de la peine en notre Seigneur, comme Tryphène et Tryphose; et que j’en prends même beaucoup, comme Perside la bien-aimée ?

Mais voyez surtout quelle leçon pour les femmes chrétiennes, dans ces admirables versets! Dans la naïve familiarité des salutations qui terminent cette lettre, comme il révèle la hauteur de leur vocation ! Quel rôle important leur est donc assigné dans l’Église, et quelle place dans les cieux ! Sans avoir encore vu la ville de Rome, Paul y mentionne par leur propre nom, entre ses compagnons d'œuvre, jusqu’à neuf ou dix femmes. C’est d’abord, outre Phœbé, cette admirable Priscilla, qui avait été jusqu’à s’exposer au supplice pour l’Apôtre, et envers qui toutes les églises des gentils sentaient tant de reconnaissance. C'est ensuite une dame nommée Marie, qui avait, dit-il, pris beaucoup de peine pour fes apôtres ; c'était Tryphène, c'était Tryphose, qui travaillaient encore dans le Seigneur; c'était Perside, qu

lui était particulièrement chère, et qui avait pris beaucoup de peine en notre Seigneur; c’était Julie; c'était la sœur de Nérée; c'était peutêtre Olympie1 ; c'était enfin la vénérable mère de Rufus. Et remarquez, en passant , avec quel respect il a nommé cette dame, et avec quelle délicatesse il va la saluer du tendre nom de mère. N'est-ce pas là cette politesse chrétienne qu'il recommandait à ces mêmes Romains, au chapitre 12° de cette épitre : « Saluez Rufus , élu au Seigneur, écrit-il, et sa mère qui EST AUSSI LA MIENNE? !» — Quel touchant modèle encore ces mêmes versets ne proposent-ils pas aux maris et aux femmes, dans la personne d’Aquilas et de Priscilla !— Vous les voyez ici dans Rome; vous les aviez pu voir, cinq ans auparavant, chassés d'Italie par l’empereur Claude, arrivant à Corinthe, et recevant chez eux l’apôtre saint Paul ; puis, dix-huit mois après, partant avec lui pour lAsie, et demeurant à Éphèse, où ils avaient déjà une église dans leur maison, et où ils accueillaient avec tant de succès le jeune et brillant Apollos, qui, malgré ses talents, se trouvait heureux de se mettre à l’école de leur conversation chrétienne et de leur charité. Maintenant que Claude va mourir pour faire place à Né-

(1) Ou Olympias. Ce nom pourrait être ceiui d’une femme ; mais il est plus probablement celui d’un homme, — (2) Rom., x, 10.— (3) 1 Cor., xvi, 19.

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