DE LA CRITIQUE SACRÉE, DANS SES RAPPORTS AVEC LA THÉOPNEUSTIE
Il faut qu'on nous comprenne. Loin de nous la pensée d’attacher aux travaux de la Critique Sacrée la moindre défaveur! Nous les honorons, au
. contraire; nous les disons nécessaires ; nous les étudions ; nous pensons que tous les ministres de l'Evangile sont tenus de les connaître, et que
l'Eglise chrétienne leur doit une vive gratitude.
— Elle est noble cette science! Elle l’est par son objet : étudier les destinées du texte divin, son ca-
non, ses manuscrits, ses versions, ses témoins et ses innombrables citateurs!... — elle l’est par ses services : que de triomphes remportés sur l’incrédulité, que d’objections réduites au silence, que de mauvais doutes dissipés pour toujours! — elle l’est par son histoire : que d'hommes éminents lui ont consacré ou le dévouement d’une vie pieuse, ou la puissance du plus beau génie! -- elle l’est enfin
par ses immenses travaux, dont personne peutêtre n'aura jamais la mesure, s’il ne l’a pas étudiée. |
Dieu nous garde donc d’opposer ici la foi à la science ; la foi, qui vit de la vérité, à la science qui l’étudie! la foi, qui la va saisir dans la main de son Dieu, à la science qui la cherche ailleurs plus indirectement, et qui souvent la trouve! Tout ce qui est vrai dans un lieu est en harmonie préétablie avec ce qui est vrai dans un autre lieu plus élevé. La foi sait donc dès l’abord, ét avant d’avoir rien vu, que toute vérité lui rendra témoignage. Toute science vraie, quelle qu’elle soit, est son amie; mais la Critique Sacrée est plus que son amie : elle est presque de sa parenté. — Cependant elle n’est tout cela qu’aussi longtemps qu’elle demeure vraie et quelle reste à sa place. Dès qu’elle en sort, 1l faut la réprimer : ce n’est plus alors une science ; c’est une folle divination. — Or, comme elle a trois tentations d’en sortir, nous désirons recommander iei trois précautions aux jeunes hommes qui l’étudient.
SECTION 1re.—La Critique Sacrée est une savante, et non pas up juge.
D'abord la science critique ne demeure plus en sa place, quand, au lieu d’être une savante, elle
veut être un-jJuge; quand, non contente de recueillir les oracles de Dieu , elle les compose , les décompose, les canonise, les décanonise ; et quand elle rend elle-même des oracles! — Alors elle ne tend à rien moins qu à renverser la foi pa sa base. Nous l’allons montrer.
Employez votre raison, votre temps, toutes les ressources du génie, à vous assurer si le livre qu'on à mis dans vos mains, sous le nom de Bible, renferme en effet les mêmes oracles dont le premier dépôt fut confié, sous la Providence divine, au peuple des Juifs !, et dont le second dépôt, sous la même garantie, fut remis à l'Eglise universelle dès les temps apostoliques. — Assurezvous ensuite si ce livre est authentique, et si les copistes ne l’ont point altéré. —Tout ce labeur est légitime, rationnel , honorable ; 1l a été fait avant vous avec abondance ; et si les investigations d’autrui ne vous ont pas satisfait, reprenez-les , poursuivez-les ; instruisez-nous : toutes les églises de Dieu vous en rendront grâces. Mais quand ce travail est accompli, quand vous avez constaté que la Bible est un livre authentique, et que les sceaux irrécusables du Dieu tout-puissant y sont suspendus, alors écoutez ce que vous crient et la science et la raison ; alors, écoutez Dieu ; alors,
GRO tir. 172;
sursum oculi, flexi poplites, surstm corda! alors, à genoux ! les cœurs en haut, dans la révérence, dans l'humiliation! alors la science et la raison n ont plus à juger, mais à recevoir ; plus à prononcer, mais à comprendre. — C’est une tâche encore, et c'est une science, si vous le voulez ; mais ce n’est plus la même : c’est celle de l’intelligence et de la soumission.
Que si votre sagesse, au contraire, après qu'elle a reçu la Bible comme un livre authentique, prétend se constituer le juge de ce qui s’y trouve contenu ; si, de cette Écriture, qui se dit inspirée , et qui déclare vous devoir juger vous-même au dernier jour, elle ose retrancher quelque chose ; si, s’asseyant, comme les anges du Jugement dernier !, pour tirer le livre de Dieu sur les rivages de la science, pour recueillir dans ses vases ce qu’elle y voit de bon, et pour jeter dehors ce qu’elle y trouve de mauvais, elle prétend y trier la pensée de Dieu d’avec celle de l'homme; si, par exemple (pour n’en citer qu'un seul trait entre mille), elle ose nier, comme Michaëlis, que les deux premiers chapitres de saint Matthieu soient de Dieu, parce qu’elle n’en approuve pas les citations seripturaires ; puis, nier l’inspiration de Marc et celle de
(1) Matth., xun, 48, 49,
Luc, parce qu’elle les a trouvés, dit-elle, en contradiction avec saint Matthieu!; en un mot, si elle pense pouvoir soumettre le livre, reconnu pour authentique , au contrôle outrageux de son ignorance et de son sens charnel; alors, il faut qu’on la réprouve : elle est en révolte, elle juge Dieu; ce n’est plus là de la science, c’est de la fascination; ce n’est plus du progrès, c'est de l’obscurantisme.
On en pourra juger si l’on compare à ce mauvais travail des théologiens sur la parole de Dieu la marche plus raisonnable que suivent les physiciens et les naturalistes dans leurs études sur ses œuvres. Ici, du moins, on tient d'avance pour axiome que tous les objets de la Création répondent à des fins pleines de sagesse et d'harmonie. Iei, la science s'applique, non pas à contester ces fins, mais à les découvrir. Ici, ce qu'on appelle progrès, ce n'est pas la témérité de contrôler les œuvres de son Dieu; c’est le bonheur de les avoir sondées, d’en avoir mieux reconnu les merveilles, et d’avoir pu les proposer sous quelques aspects nouveaux à l'admiration des hommes.
Pourquoi donc les chrétiens ne feraient-ils pas des œuvres de Dieu dans la Rédemption ce que les
(1) Introdaction au Nouv.-Test., par Michaëlis, t. 11, p. 17; t. 1, p. 206, 214. (Traduction anglaise.)
naturalistes font des œuvres de Dieu dans la Création ? Pourquoi, si, parmi les paiens mêmes, un médecin , le grand Galien , a su dire « qu’en décrivant les diverses parties du corps humain il composait un hymne en l'honneur de Celui qui nous a faits , » le chrétien ne comprendrait-il pas que, décrire avec vérité les diverses parties de la Parole de Dieu, ce serait toujours « composer un hymne en l'honneur de Celui qui l’a faite ? » — Ainsi pensalent les Pères apostoliques; ainsi, le pieux Irénée, le disciple de Polycarpe, lélève de saint Jean : « Les Ecritures sont parfaites, disait-il. — Que, « dans les Ecritures, Dieu enseigne toujours; et « que l’homme apprenne toujours ! C’est par là que, « du sein de la polyphonie confuse de leurs ensei- « gnements, une seule et admirable symphonie se « fera entendre en nous, louant par ses hymnes le « Dieu qui a fait toutes choses 4. »
Quand on viendrait nous dire qu'il existe une nation très-studieuse, chez qui la science de la Nature, prenant une direction nouvelle, a commencé d'immenses travaux dans le but d'établir qu'il y a des méprises dans la Création, des plantes mal
(1) « Sic, per dictionum multas voces, una consonans melodia in nobis sentietur, laudans hymnis Deum qui fecit omnia. » D’après le grec conservé par Jean Damascène : Ait rûç Tüv ]e- Écov nolupuviass & cüpouvor péoc év'apiv aiabnosrar. (Adv. Hœreses, lib. 11, c. 47.
construites, des animaux mal conçus, des organes mal adaptés ;... que penseriez-vous de ce peuple et de son grand labeur? Diriez-vous qu'on y fait progresser lascience ? Ne croiriez-vous pas plutôt qu'on l’obscurcit, qu’on la dégrade, et qu'on s’y fatigue doctement à trouver l’art d'ignorer ? — Tant que les anatomistes n’ont pu s’expliquer l’usage du foie dans le corps de l’homme ou des antennes dans celui des insectes, ils ne s’en sont pas pris à la Nature :ils n’en ont accusé que leur propre ignorance ; et ils ont attendu. Pourquoi donc, quand vous ne découvrez pas encore l’usage d’une parole dans les Écritures, vous en prendriez-vous à d’autres qu’à vous-même , et n’attendriez-vous pas ?
Cette pensée n’est pas nouvelle; 1l y a seize cents ans qu'un homme pieux l’exprimait mieux que nous, et la prêchait avec onction aux hommes de son temps. « Si jamais, en lisant l’Écriture, dit « Origène (en la trente-neuvième de ses homélies!), « tu viens à heurter contre quelque pensée qui de- « vienne pour toi comme une pierre d’achoppement «et un rocher de scandale, n’en accuse que toi « Seul (aitu cavré ); ne doute pas que cette pierre « d’achoppement et ce rocher de scandale n’ait un « grand sens ( #xew voiuaræ), et ne doive accomplir « cette promesse : « Celui qui croira ne sera point
(1) Origenes adamantius, Hom. xxx1x. In Jerem., xLIV, 22.
« confus (Rom., IX, 33). » Commence donc par « croire, et bientôt tu trouveras, sous ce scandale « imaginaire, une abondante et sante utilite 1. Si « nous avons reçu le commandement de ne pas pro- « noncer des paroles oiseuses, parce que nous en « rendrons compte au dernier jugement, combien « plus devons-nous penser, à l’égard des prophètes « de Dieu , que toute parole sortant de leur bouche «avait son œuvre à faire et son utilité 2? — Je crois donc que, pour ceux qui savent user de la
« vertu des Écritures, chacune des lettres écrites
« dans les oracles de Dieu a son but ét son œu- « vre (spyäeræ ), jusqu'à un iota et un seul trait de « lettre. Et de la même manière que, parmi les « plantes, il n’en est pas une qui n'ait sa vertu, et « que cependant il n’appartient qu'à ceux qui ont « acquis la science botanique de nous savoir dire « comment chacune doit être appliquée et préparée « pour devenir utile ; de même aussi, quiconque est « un botaniste saint et spirituel de la parole de Dieu « (ris Boravrxds Écriy 0 Gyuos rai myeupatixos %: celui-là, re- « cueillant chaque iota et chaque élément, trou- « vera la vertu de cette parole, et reconnaîitra que «rien, dans ce qui est écrit, n'est superflu « (ére 090 rapéleu ), — Voulez-vous une autre com- « paraison ? — Chaque membre de notre corps a
(1) Holnvy wypeleïas ayrav. — (2) Épyurixdy fe
« sa fonction, pour laquelle il y a été placé par le « grand Architecte. Cependant il n’appartient pas « à tous d'en connaître l’usage et la vertu, mais « seulement à ceux des médecins qui se sont oc- « Cupés d'anatomie... Eh bien! je considère les « Écritures comme l'ensemble des plantes de la « parole, ou comme /e corps parfait de la parole. « Que si tu n’es ni botaniste des Écritures , ni ana- « tomiste des paroles prophétiques, ne va pas t’I- « maginer qu’il y ait quelque chose de superflu; « et quand tu nas pu trouver la raison de ce qui « est écrit, ne t'en prends pas aux saintes lettres ; « n’en accuse que toi-même!.» — Ainsi parlait Origène ; mais nous aurions pu trouver des pensées toutes semblables dans d’autres Pères, et particulièrement dans l’évêque Irénée?, plus proche encore des temps apostoliques.
Cependant, il faut bien le faire remarquer encore, cette prétention de juger la parole de Dieu renverse tous les fondements de la foi. Elle la rendrait même impossible dans le cœur de tous les hommes un peu conséquents. Il n’est que trop facile de le démontrer.
(1) Etil ajoute : Toùro moi Tù mpooimoy elpnrat xabohixüs ; ApAoumoy elvau Juvapevoy êts OÂv Thv Ypapnv, iv TooTpArwauw où JÉÀOVTES TOOGÉYELV TÂ AVAVVOOELS undëv Taparéure bat &vaËëTa Toy xai veËessbynroy Jpäuua. — (2) Irenée, Adv. Hæres., lib. If, cap. 47.
Pour qu'une âme reçoive la vie, il faut qu’elle recoive la foi; pour qu’elle ait la foi, il faut qu’elle croie Dieu ; pour qu'elle croie Dieu, il faut qu’elle commence par renoncer aux préjugés de sa propre sagesse sur le péché, sur l'avenir, sur le jugement, sur la grâce, sur elle-même, sur le monde, sur Dieu, sur toutes choses... N’est-il pas écrit que «l'homme naturel ne reçoit pas les choses de « l'Esprit de Dieu, qu’il ne peut même les rece- « voir, et qu’elles lui semblent une folie! ?» L’Évangile choquera donc sa raison ou sa conscience , ou l’une et l’autre tout ensemble. Et cependant il faut qu'il s’y soumette sur le seul témoignage de Dieu; et ce n’est qu'après s’y être ainsi rangé qu’il le reconnaîtra comme étant « la sagesse de Dieu «et la puissance de Dieu, à salut pour tout croyant.» — Il faut donc qu’il croie sans avoir vu; c’està-dire que l'Évangile, avant qu’il l'ait compris, doit confondre sa propre sagesse, soulever son cœur naturel, souffleter son orgueil, damner sa propre justice! — Comment donc le feriez-vous jamais accepter à des hommes qui voudraient, comme vous , attendre d’avoir tout approuvé, pour tout recevoir? Imbus de vos principes, ils imputeront à l’homme , dans les Écritures, tout ce qui choque leur sens charnel. Ils croiront en devoir
(1) 1 Cor., 11, 14. — 1, 23.
retrancher les prejuges des apôtres sur les conséquences du péché d'Adam, sur la Trinité, sur l'expiation, sur les peines éternelles, sur la gébenne, sur la résurrection des corps, sur la doctrine des démons, sur l'élection, sur la justification gratuite du pécheur par la foi, peut-être aussi sur les miracles. — Comment un homme, s'il a le malheur de vous imiter, trouvera-t-il jamais la vie, la paix et la joie, par le moyen de la foi? Comment espérera-t-il contre espérance ! Comment se croira-t-il jamais sauvé, lui misérable? — I] faudra donc qu'il passe ses jours dans des doctrines vagues, vaporeuses, incertaines ; et que sa vie, sa paix, son amour, son obéissance demeurent , jusqu’à sa mort, telles que ses doctrines! — Nous concluons donc par ce premier conseil : Faites de la science critique une savante ; n’en faites pas un juge. |
SEcrTion II. — Que la Critique Sacrée soit une historienne, et non pas une devineresse.
Il est, relativement à l’inspiration des Écritures, une autre précaution non moins importante, qu’il nous faut signaler dans l’emploi de la science.
L'œuvre de la Critique Sacrée est de recueillir des faits sur les Ecritures : ne lui permettez pas de vous engager dans de vaines hypothèses; elle vous
y ferait beaucoup de mal. Ce doit être une historienne; n'en faites pas une prophétesse. Quand elle devine, ne l’écoutez plus, tournez-lui le dos; car elle dissiperait votre temps et plus que votre temps. — Or, la sauvegarde du fidèle, ici, c’est encore la doctrine de l'inspiration , telle que nous l’avons signalée ; je veux dire de l’inspiration, non des hommes, mais du livre.
Toute l’Écriture est divinement inspirée : voilà ce que nous déclare le livre authentique des Éeritures. Mais que s'est-il passé dans l’entendement et dans la conscience de l’écrivain sacré ! Voilà ce qui ne nous est presque Jamais révélé, et ce dont la connaissance ne nous est point demandée. Ona fait de longues pertes de temps et de paroles pour avoir méconnu ce grand principe. L’Ecriture est inspirée, soit que l’auteur ait eu connaissance préalable de ce que Dieu lui faisait écrire, soit qu'il ne l’ait point eue. — Qu’on ait donc étudié, dans chaque livre de la Bible, les particularités de son style, de son langage, de son raisonnement, et toutes les circonstances de son écrivain sacré, nous ne saurions voir.que du bien dans ces recherches : elles sont utiles, légitimes, respectueuses; et c'est bien là de la science.— Qu'on ait ensuite cherché, par ces Caractères mêmes, à en fixer la date et l’occasion; nous ne saurions encore voir rien que d’instructif et de convenable dans une telle étude.
Il peut être bon, par exemple, de savoir que c’était sous un Néron que saint Paul écrivait aux Juifs 1 : « Soyez soumis aux puissances qui subsistent. » [l peut être utile de connaître que saint Pierre était marié depuis plus de vingt-trois ans lorsque saint Paul rappelait aux Corinthiens ? que cet apôtre (le premier des papes , comme on l’appelle) menait encore sa femme avec lui dans tous ses voyages apostoliques, et que les autres apôtres, et que saint Jacques même (réputé la première des colonnes de l'Eglise?) en faisaient autant. C’est encore là de la science. — Nous estimons à haut prix, pour l’église de Dieu, tout travail qui lui fait mieux comprendre un passage , oui, ne füt-ce qu'un seul mot de la sainte Ecriture. — Mais qu'on en vienne ensuite à de creuses hypothèses sur les écrivains sacrés, pour faire dépendre leur parole du hasard de leurs circonstances présumées, au lieu de considérer leurs circonstances comme préparées et voulues de Dieu pour leurs enseignements ; qu’on subordonne la nature, l’abondance ou la concision de ces enseignements au concours plus ou moins fortuit de leurs ignorances ou de leurs souvenirs : c’est dégrader l'inspiration; c’est poser les fondements de l’incrédulité ; e’est oublier que «les hommes de Dieu parlèrent, par le mou-
(4) Rom., xur, 1.—(2) 1 Cor., 1x, 5.—(3) Gal., 11, 9.
«vement du Saint-Esprit (opéusv), non avec des « paroles que dictât la sagesse humaine, mais avec « celles que dicte le Saint-Esprit !. »
Les évangélistes , a-t-on demandé, se sont-ils lus l’un l’autre? -- Et que m'importe, pourvu qu'ils aient «été mus par l'Esprit; et si, à l'exemple des Thessaloniciens ,je «reçoisleur livre, non comme la parole « deshommes, mais, ainsiqu’elle est véritablement, « comme la parole de Dieu? ? » — Qu’on ait fait, en passant , cette question , elle peut être très-innocente ; mais elle ne l’est plus, à la manière dont on Ja traite, et avec l'importance qu’on lui donne.
Qu'on demande si saint Jean a lu les Evangiles des trois autres; si saint Marc et saint Luc ont lu l'Évangile de saint Matthieu, avant d'écrire le leur (comme le veulent le docteur Mill et le professeur Hug ;, et comme ne le veulent pas le docteur Lardner £ et le professeur Michaëlis6); qu’on demande si les évangélistes ne firent que transcrire avec discernement les portions les plus importantes de la tradition orale (comme l’a voulu le docteur Gieseler 7); qu’on fasse là-dessus de gros volumes, pour attaquer ou défendre ces systèmes , comme
(1) 1 Cor., 11, 12. — 2 Pier., 1, 21. — (2) 1 Thes., nr, 13. — (3) Millii Proleg., { 108. — (4) Einleitung in die Schriften des Neuen-Testaments. Stuttgart, 1821.—(5) Vol. vr, p. 220- 250.—(6) Introduction, etc., tom. 1, pag. 112-129.—(7) Historisch-kritischer Versuck , etc. Minden, 1818.
si la foi et même la science y étaient véritablement intéressées, et comme s’il en devait résulter de grandes choses pour l'Eglise chrétienne ; qu’on affirme que les trois premiers Evangélistes avaient consulté quelque document original maintenant perdu, grec selon les uns, hébreu selon les autres (comme le songeait d’abord Jean Le Clerc , et comme l’ont imaginé, soixante ans après lui, MM. Kopp, Michaëlis, Lessing , Niemeyer, Eichhorn, et d’autres*); qu’on s'enfonce encore plus loin dans ce champ romantique ; qu’on arrive jusqu’au drame si compliqué de l’évêque de Landaff?, avec son premier document historique hébreu, son second document hébreu dogmatique, son troisième document grec, son quatrième document (traduction du premier), puis ses documents de deuxième classe, formés par la traduction de Luc et de Marc et de Matthieu, ce qui réduit enfin les sources au nombre de sept, sans en compter trois autres particulières à saint Luc et à saint Marc; ou bien encore, qu’avec M. Veysie*, en Angleterre, et le docteur Gieseler, en Allemagne, on fasse dériver ou les trois premiers Evangiles, ou les quatre Evangiles, des narrations apocryphes répandues antérieurement dans les églises chrétiennes ; qu’on veuille, avec le pre-
(1) Horne’s, Introduction, vol. 11, p. 443, édit. 1818. — (2) Bishop Marsh’s Michaëlis, vol. IT, part. n, p. 361.— (3) Veysie’s Examination, p. 56.
mier de ces docteurs, que Mare les ait copiées avec une exactitude plus littérale que Luc, en raison, dit-on , de son ignorance du grec, tandis que Matthieu , d’abord écrit en hébreu, aura sans doute plus tard été traduit en grec, par une personne qui l’aura modifié sur saint Marc et saint Luc, et nous l'aura transmis enfin tel que nous le possédons ; — qu’on n'ait pas essayé ces systèmes dans quelques phrases, comme une industrie de curiosité passagère , mais qu'on ait écrit là-dessus tant et de si gros volumes, comme si les intérêts du règne de Dieu s'y trouvaient engagés, oh ! nous devons le dire, nous éprouvons, à la vue de toute cette science, un sentiment très-douloureux. —Mais , après tout, est-ce là de la science ?—L’Astrologie Judiciaire estelle une science ? — Non! ce ne sont plus là des savants : ils ont abandonné les faits ; ils prophétisent l’histoire du passé ; ce sont les astrologues de la théologie. — On pense, en astronomie, qu'un livre d'observations sur le plus faible satellite découvert près d'Uranus , ou sur une seconde de parallaxe trouvée à quelque étoile, ou sur une simple tache mesurée dans la lune, est une acquisition précieuse pour la science, tandis que tous les écrits du comte de Boulainvilliers, et que trois cents volumes sur
la Sphère Barbarique, sur les influences, les aspects
ou les horoscopes des sept corps planétaires, ne * peuvent être pour elle qu’une folie et qu'un van
à 2 =. Lee
tx
encombrement. Ainsi nous estimerons très-haut, dans les études de Critique Sacrée, tout ce qui pourra jeter quelque lumière de plus sur le moindre passage des Ecritures ; mais à quoi pourront Jamais servir toutes ces creuses hypothèses ? On y quitte les routes lumineuses de la science, aussi bien que celles de la foi; on s’y fatigue dans la recherche du vide ! Vain et bruyant travail de conjJectures vaporeuses portées sur les nuages !Il n’en peut descendre rien de bon! Malheureuses études qui enseignent à douter, là où Dieu enseigne à croire! «Quel est celui-ci, dit l'Eternel, qui vient obscurcir, par des discours sans science, les conseils du Très-Haut?»
En effet, plût à Dieu qu'il n’y eût encore là que de vaines fantaisies et qu'une énorme perte de temps! Mais on fait bien pis que d'y dissiper ses heures : on y perd sa foi; on y fascine les yeux de son esprit; on y distrait la Jeunesse studieuse du grand et premier auteur des Ecritures. Il est évident que ces recherches oiseuses ne peuvent procéder que d’un manque de foi dans l’inspiration des Ecritures. Croyez un moment que Jésus-Christ a donné à ses apôtres (le rs xairi, Matth., x, 19, 20) le quoi et le comment de ce qu’ils devaient dire ; admettez que le Saint-Esprit leur a fait ra-
conter la vie de Jésus-Christ, comme il leur a fait réciter sa séance à la droite de Dieu; et aussitôt
vous sentez toutes ces hypothèses s’en aller à néant. Non-seulement elles ne vous apprennent rien, et ne peuvent rien vous apprendre ; mais elles donnent le change à vos pensées de foi; elles sapent à petits coups la doctrine de l'inspiration ; elles infirment indirectement le témoignage de Dieu , sa certitude, sa perfection; elles détournent de leur vraie direction les pensées de votre piété; elles égarent la jeunesse qui cherchait les eaux vives au bord du puits des Ecritures, et qu’on amène s’échauffer dans les sables, loin des sources Jjaillissantes en vie éternelle. Qu’y trouvera-t-elle après tout? des citernes crevassées, des nuées sans eau; et tout au plus, peut-être, ces ruisreaux fantastiques que le soleil de la vaine gloire lui dessinera pour quelques jours, comme un mirage trompeur, au-dessus des déserts de la pensée humaine. | Que diriez-vous d’un docteur qui prétendrait aller chercher, dans les enseignements de Joseph le charpentier, ou dans les leçons des écoles de Nazareth, la raison des discours et des doctrines de Jésus-Christ? Oiseux et pernicieux ! vous écrieriez-vous. — Eh bien! il en faut dire autant de tous ces systèmes divinatoires qui veulent nous rendre humainement raison de la confection des Ecritures. Oiseux et pernicieux ! disons-nous. — Admettez l'inspiration, et tout ce travail s’évanouit
comme une folle fantaisie, — Les Ecritures sont la parole de Dieu ; elles sont données de lui; et nous Savons que «jamais prophétie ne fut apportée « par une volonté d'homme, mais que c’est pous- « sés par l’Esprit-Saint que les saints hommes de : « Dieu parlèrent 4.» L'histoire du neveu de saint Paul, avertissant son oncle dans la prison de l’Antonia , est inspirée de Dieu, quoique Luc ait pu l'entendre vingt fois de la bouche de l’Apôtre, avant de l’avoir reçue de celle du Saint-Esprit ; cette histoire est inspirée , comme celle de cet ange invisible qui vint frapper, de la part de Dieu, le roi des Juifs sur son trône, dans la ville de Césarée. L'histoire des brebis marquetées et tachetées de Jacob est donnée de Dieu, comme celle de la création des cieux et de la terre. L'histoire de la chute d’Ananias et de Saphira est théopneustique, comme celle de la chute de Satan et de ses anges.
Ah! sans doute les évangélistes eurent un document commun, d’après lequel ces saints hommes de Dieu parlèrent; mais, comme l’a si bien dit l’évêque Gleig ?, ce document n’est autre chose que la prédication même et que la vie de notre divin Sauveur. Voilà leur prototype.
Quand donc vous entendrez demander de quels
(1) 2 Pier., 1, 21.— (2) Remarks on Michaëlis Introd. ta the N.-T., p. 32 et suivantes. — Horne’s Introd., 11, p. 458. Ed. 1818.
documents Matthieu a pu tirer ses récits de la nais= sance de Jésus-Christ ; Luc, ceux de ses premières années ; Paul, l'apparition du Sauveur à saint Jacques, ou les paroles du Sauveur sur le bonheur de donner ; Osée, les larmes de Jacob, et Jude, la prophétie d'Enoch et la contention de Michaël sur le corps de Moïse, répondez : Ils les ont puisés à la même source où Moise avait appris la création du ciel et de la terre.
Nous venons de dire comment une doctrine saine sur l'inspiration des Écritures mettra la jeunesse studieuse à Pabri des deux grands écarts de la Critique moderne, en même temps qu’elle lui fera tirer de cette noble science tout le bien qu’elle sait donner. Le premier de ces égarements, avons-nous dit, c’est de prétendre juger les Écritures, après en avoir reçu le recueil comme authentique; le second, c’est de se livrer, sur les livres saints, à de dangereuses divinations. Mais il nous reste encore à faire une importante réflexion sur les rapports de la science avec la grande question qui nous occupe.
Secrion I.— La Critique Sacrée est la portière du temple; elle n’en est pas le Dieu.
Cette réflexion se présentera, tout à la fois, sous la forme d’un conseil et d’un argument. Mais qu'on
ne s’en alarme pas : nous ne nous permettons le conseil que parce qu'il amène à l'argument ; car nous n'oublions pas que notre tâche, dans ce livre, est d'établir l'inspiration divine , et non de la Lo cher. — Voici d’abord le conseil.
La science est une portière qui vous conduit au temple des Écritures : n’oubliez donc jamais qu’elle n’en est pas le Dieu, et que sa maison n’est pas le temple. En d’autres termes, prenez garde, quand vous étudiez la Critique Sacrée, d'en rester là, même sous le rapport de la science : elle vous laisse dans la rue ; il faut entrer. — Et voici l’argument.
Si vous pénétrez en effet dans le sanctuaire des Ecritures, alors, non-seulement vous trouverez écrit de la main de Dieu, sur tous ses murs, que Dieu le remplit, et qu’il y est partout ; mais encore vous en recevrez la preuve par votre expérience : vous l'y verrez partout; vous l’y sentirez partout. En d’autres termes : quand on lit avec soin les oracles de Dieu, on n’y rencontre pas seulement la fréquente déclaration de leur entière théopneustie ; mais encore on y reçoit, par des éclats inattendus, et souvent par un seul verset, ou par la puissance d’un seul mot, une conviction profonde de la divinité qui s’y trouve partout empreinte.
Quant au conseil, il ne faudrait pas imaginer que nous layons donné pour discréditer les investigations de la science : nous le proposons au
contraire dans leur intérêt même, et pour les compléter. — En effet, il arrive trop souvent qu’une étude prolongée des dehors du saint Livre (de son histoire , de ses manuscrits, de ses versions, de son langage), absorbant entièrement lattention des hommes qui s'y livrent, les laisse inattentifs à ses caractères plus intimes, à son sens, à son but , à la puissance morale qui s'y déploie, aux beautés qui s’y révèlent, à la vie qui s'y répand. Et comme il existe cependant des rapports nécessaires entre ces caractères et les formes extérieures , il résulte de cette préoccupation deux grands maux. Comme homme , on y étouffe sa vie spirituelle, on y compromet sa vie éternelle (mais ce n’est pas de ce malheur que nous parlons dans ces pages); comme savant, on y compromet sa science, et l’on se rend incapable d’une saine appréeiation des objets mêmes qu’elle étudie. Elle demeure incohérente, boiteuse, et par là même rétrécie et rampante. Peut-on connaître le temple? on n’en a vu que les pierres ; on ne sait rien du Shekinah! Peut-on comprendre les types ? on n’en soupçonne pas même l’antitype : on n’a vu que des autels, des brebis, des couteaux, des ustensiles, du sang, du feu , de l’'encens , des costumes et des cérémonies ; on n’a pas vu la rédemption du monde, l'avenir, le eiel, la gloire de Jésus-Christ ! Et, dans cette condition , on n’a pas même pu saisir lés rapports que
ces objets extérieurs ont entre eux; parce qu'on n’a point compris leur harmonie avec l’ensemble. Un savant sans foi, qui, dans les jours de Noé, aurait étudié la structure de l'arche, y aurait perdu son âme sans doute, mais encore 1l serait demeuré dans l’ignorance d’une grande partie des objets mêmes qu’il prétendait apprécier.
Qu'un voyageur romain, aux jours du grand Pompée, ait voulu décrire Jérusalem et son temple. — Arrivé dans la ville en un jour de sabbat , il se rend au lieu saint avec son guide; il en fait le tour; il en admire les pierres énormes ; 1l en mesure les portiques ; 1l s’en fait dire l’antiquité , et nommer les architectes ; il en passe les portes gigantesques, que deux cents hommes ouvrent chaque jour au lever du soleil et referment à. midi; il y voit arriver avec ordre, par milliers, les lévites et les chantres , dans leurs habits de lin; et tandis que, dans l’intérieur, les enfants d'Aaron accomplissent leurs rites ; pendant que les psaumes du roi-prophète retentissent sous les voûtes sacrées, et que des milliers de chantres, les accompagnant de leurs instruments, S'entre-répondent dans leurs sublimes antiphonies ; tandis que la loi se lit, que la parole se prêche , et que les âmes qui attendent la consolation d'Israël s'élèvent avec délices aux grandeurs invisibles , et s’'émeuvent à la pensée de ce Dieu « auprès duquel la rédemption se trouve en
500 LA CRITIQUE SACRÉE abondance ; » pendant que les vieillards Siméon élèvent leurs pensées « à ce salut glorieux attendu sans cesse; » que des pécheurs se convertissent ; que plus d’un pauvre publicain se frappe la poitrine; que plus d’une pauvre veuve, délicieusement émue, prépare ses deux pites pour le trésor de Dieu, et que tant de prières invisibles, mais ardentes, montent vers le ciel,.… que fait le voyageur ? — Il compte les colonnes, admire les pavés, mesure les parvis, examine l’assemblée, dessine l'autel des parfums, le chandelier, la table’ des pains, l’encensoir d’or ; puis sort, monte aux créneaux de la forteresse, descend au Xyste ou au Cédron , fait le tour des murailles en nombrant ses pas, et retourne à son hôtel, pour y rédiger ses observations et préparer son livre. — Il pourra se vanter sans doute d’avoir vu le peuple, le culte et le temple des Hébreux : 1l publiera son voyage, et de nombreux lecteurs y chercheront instruction; mais, même sous le rapport de la science qu'il y voulait répandre, combien de jugements faux s’y seront inscrits! et combien ceux qui adorent dans le temple n’auraient-ils pas à y relever d’erreurs ! ; Voici donc notre conseil , dans les seuls intérêts de votre science. — IL faut, à cause des rapports nécessaires qui existent entre les fins éternelles de la Parole de Dieu et ses formes extérieures, que,
pour bien juger même de celles-ci, vous ayez pris connaissance des autres.
Si vous vouliez juger de ce qu'est un médecin , vous vous informeriez sans doute de son pays, de ses études , des universités qu’il a suivies et des attestations qui le recommandent; mais quand il viendrait le premier à vous dire vos maux les plus cachés ; quand il vous révélerait en vous des impressions jusque-là vaguement ressenties, et dont vous reconnaïtriez la réalité secrète aussitôt qu'il vous les aurait définies; quand surtout il vous ferait boire le seul remède qui jamais ait pu vous soulager ; oh ! alors, une telle expérience ne vous en dirait-elle pas bien plus que ses diplômes ?
Eh bien, voilà le conseil que nous osons donner à tous ceux de nos lecteurs qui ont pris quelque connaissance de la Critique Sacrée. — Lisez la Bible , étudiez la Bible en elle-même et pour ellemême ; demandez-lui, si vous le voulez, où elle a pris ses grades, et dans quelle école ses écrivains ont étudié; mais venez à ses consultations comme un malade passionné de guérir; mettez autant de soin à faire l’expérience de ses paroles que vous en avez pu mettre à l’étude de son langage et de son histoire; et alors, non-seulement vous serez guéri (ce qui n’est pas ici la question), mais vous serez éclairé. — « Celui qui m’a guéri
m'a dit : Emporte ton brancard, et marche! S'il est un pécheur, je ne sais; je sais seulement une chose : c’est qu'ayant été aveugle, maintenant je voisi!» |
L'auteur ici voudrait dire comment il avait soif de livres apologétiques pendant les études de sa jeunesse ; comment Abbadie, Leslie, Huet, Turrettin, Grotius, Littleton, Jennings , Reinhardt, Chalmers étarent ses lectures habituelles ; et comment, travaillé de mille doutes, il ne put être enfin convaineu et satisfait que par la parole même des Écritures. — Elle se rend témoignage , non-seulement par ses assertions, mais par ses effets, comme la lumière, comme la chaleur, comme la vie, comme la santé ; car elle porte dans ses rayons la santé , la vie, la chaleur, la lumière. — On pourrait me prouver, par de bons calculs, qu’en ce moment le soleil doit être sur l'horizon; mais en aurai-je besoin , si mon œil le voit, sises rayons m'inondent et me raniment?
Lisez done la Bible, complétez votre science, assortissez-la. C’est la Bible qui vous convaincra. Elle vous dira si elle vient de Dieu. Et quand vous y aurez entendu une voix tantôt plus puissante que le bruit des grandes eaux, tantôt douce et subtile comme ce son que perçut Élie :
EN
(1) Jean, 1x, 25.
« L’éternel, le miséricordieux, le compatissant, le « Dieu qui a pitié, tardif à colère, l’abondant en « grâce, le Dieu qui console, le Dieu qui pardonne « tant et plus! !.....» oh! alors, nous osons vous le prédire, il arrivera que la seule lecture d’un psaume, d’un récit, d’un précepte , d'un verset, d'un mot dans un verset, viendra vous attester plus puissamment la divine inspiration de toutes les Écritures que ne l'avaient pu faire tous les raisonnements les plus solides des docteurs ou des livres. — Alors vous verrez, vous éprouverez que Dieu y est partout. Alors vous ne leur demanderez plus si elles sont inspirées; car vous les sentirez puissantes et eflicaces, scrutatrices des pensées et des affections du cœur, plus pénétrantes qu’une épée à deux tranchants, s’enfonçant jusqu à la division de votre âme et de votre esprit, jusque dans vos jointures et dans vos moelles, faisant couler vos larmes d’une source profonde et inconnue, vous renversant avec une puissance irrésistible, et vous relevant avec une tendresse et des sympathies qu’on ne trouve qu'en Dieu. |
Ce que nous venons de dire n’est encore qu’un conseil ; mais nous allons montrer à quel égard cependant ces considérations peuvent être présentées, sinon comme une preuve, au moins comme une puissante présomption en faveur de l’inspiration des mots mêmes de l’Écriture. Nous y signale-
rons en effet à nos lecteurs une triple expérience, qui de tous temps à porté, chez d’autres chrétiens, de profondes convictions , et dont le témoignage doit au moins leur sembler digne de la plus sérieuse considération.
Sans doute l’une des plus fortes preuves de la divinité des Écritures, c’est cette majesté qui nous y pénètre d’étonnement et de respect; c’est l’imposante unité de ce livre composé, pendant quinze cents années, par tant d'auteurs dont les uns écrivaient déjà deux siècles avant les temps fabuleux d'Hercule, de Jason et des Argonautes, d’autres aux jours héroiques de Priam , d'Achille et d'Agamemnon, d’autres aux temps de Thalès et de Pythagore , d’autres au siècle de Sénèque, de Tacite, de Plutarque, de Tibère et de Domitien, et qui tous cependant poursuivent un même plan, s’avançant constamment, comme s'ils se fussent entendus, vers une seule et grande fin, l’histoire de la rédemption du monde par le Fils de Dieu ; c’est cette vaste harmonie de toutes les Ecritures ; cet Ancien-Testament rempli de Jésus-Christ comme le Nouveau; cette histoire universelle que rien n'arrête, qui raconte les révolutions des empires jusqu'à la fin des temps, et qui, lorsque ses tableaux du passé sont à leur terme, les continue encore par ceux de l'avenir, jusqu'au moment où
tous les empires du monde seront devenus la possession de Jésus-Christ et de ses saints : — à la première page, la terre créée, pour recevoir l’homme qui ne pèche point ; aux pages suivantes, la terre maudite, pour recevoir l’homme qui pèche toujours; à la page dernière, une nouvelle terre, pour recevoir l’homme qui ne pèchera plus! — à la première page, l'arbre de vie interdit , le paradis perdu, le péché entrant dans le monde par le premier Adam, et par le péché la mort; à la dernière page, le paradis retrouvé, la vie rentrée dans le monde par le second Adam, la mort vaincue, tout deuil disparu, l’image de Dieu rétablie en l’homme, et l’arbre de vie au milieu du paradis de Dieu. — Certes, il y a dans cet ensemble majestueux , qui commence avant quil y ait des hommes et qui se continue jusquà la fin des temps, une unité puissante et toute céleste, une convergence séculaire, universelle, immense, dont la grandeur saisit la pensée, dépasse toutes nos conceptions humaines , et proclame la divinité de son auteur aussi irrésistiblement que peut le faire, en une nuit d'été, la vue d’un ciel étincelant d'étoiles, et la pensée de tous ces mondes lumineux qui circulent nuit et jour dans les immensités de l'étendue. « Des myriades de choses dans une inti- « mité et une symphonie parfaites, » dit un des
premiers Pères de l’Église {.—Cependant, outre les beautés de cet ensemble que présentent les Écritures, nous avons à contempler encore quelque chose de non moins glorieux, qui nous révèle aussi l’action de Dieu dans leurs moindres parties, et qui nous atteste leur inspiration verbale.
Trois ordres de personnes, ou plutôt trois ordres d'expériences , nous en rendent témoignage.
1° Et d’abord, si vous consultez les ministres qui ont employé toute leur.vie à méditer les Écritures pour en nourrir journellement les troupeaux du Seigneur, ils vous diront que, plus ils se sont livrés à cette étude bienheureuse, et se sont appliqués à regarder de près aux oracles de Dieu, plus aussi leur admiration pour la lettre de cette Parole s’est accrue. Surpris graduellement par des beautés inattendues, ils y ont reconnu, jusque: dans les moindres expressions, des prévisions divines, des rapports profonds, des grandeurs spirituelles, qui s’y révélaient par le seul fait d’une traduction plus exacte, ou d’une attention plus longtemps arrêtée sur le détail d’un seul verset. Ils vous diront que l’homme de Dieu qui tient quelque temps près des yeux de son âme quelque texte de ce saint livre se sent bientôt appelé au même langage que le naturaliste étudiant au microscope une
(1) «Mupix oila nai cououve. » Theophilus ad Autolyc., lib.r, cap. 36.— Voyez aussi Justin-Martyr, ad Græcos cohort., €, 8.
feuille de la forêt, ses téguments, ses nervures, ses mille pores et ses mille vaisseaux. Celui qui a fait la forêt a fait la feuille ! s’écrie celui-ci; oui, dit l’autre; et celui qui a fait la Bible-en a fait aussi les versets !
2° Un second ordre d'expériences dont nous invoquons aussi le témoignage, c'est celui des interprètes des prophéties. — Tous ils vous diront avec quelle évidence, dès qu’on a donné quelque temps à cette étude, on reconnaît que, dans ces pages miraculeuses , il faut que chaque verset, chaque mot, sans aucune exception, et jusqu à la particule en apparence la plus indifférente , aient été garantis de Dieu. La plus faible altération dans un verbe, dans un adverbe, ou dans la plus simple conjonction, pourrait entrainer l'interprète dans l'erreur la plus grave. Et l’on a souvent remarqué que , si les prophéties qui sont maintenant accomplies furent mal entendues avant l'événement, cela vint en grande partie de ce qu’on n'avait pas fait un examen assez attentif de tous les détails de leur texte. — Nous en pourrions citer beaucoup d'exemples.
3° Mais il est encore un ordre de personnes qui nous attestent plus hautement, s’il est possible, la pleine inspiration des Ecritures jusque dans leurs moindres parties : ce sont les chrétiens qui en ont éprouvé la puissance, d’abord dans la conversion
de leur âme, et puis dans les combats qui l’ont suivie. — Allez chercher, dans les biographies de ces hommes qui furent grands au royaume de Dieu, le moment où ils passèrent de la mort à la vie ; interrogez, autour de vous, sur le même fait, les chrétiens qui ont à leur tour éprouvé cette vertu de la Parole de Dieu : 1ls vous rendront tous un témoignage unanime, — Lorsque la sainte Écriture, s'emparant de leur conscience, vint Îles abattre au pied de la croix, et leur y révéler l’amour divin, ce qui les saisit, ce ne fut pas l’ensemble de la Bible, ce ne fut pas un chapitre; ce fut un verset; ce fut même presque toujours une parole de ce verset; oui, une parole, qui fut pour . eux comme l’humble et puissant bouton d’une pile électrique dont les disques monteraient au ciel, ou comme la pointe d’une épée que manierait la main même de Dieu. Ils la sentirent vivante et efficace. C'était une vertu d'en haut qui se concentrait dans une seule parole, et qui ia faisait devenir pour eux «comme un feu, dit l'Éternel, et comme un marteau qui brise la pierre f. » —Ils avaient lu, dans le moment du besoin, un psaume, ou quelques paroles des prophètes, ou quelques sentences des Épitres, ou quelques récits de l’histoire sacrée; et pendant qu'ils lisaient , voici, une parole était venue saisir
(1) Jérém., xxmi, 29.
leur conscience avec une force inconnue, entrai- : nante, irrésistible. — Ce n'était qu'un mot, mais ce mot æestait sur leur âme; il y parlait , 1l y préchait, il y retentissait, comme si toutes les cloches de la cité de Dieu se fussent ébranlées pour les appeler au jeûne, à la génuflexion , à la prière, à la rencontre de Jésus-Christ!-—Ce n'était qu'un mot; mais ce mot était de Dieu.— Ce n'était qu’une des cordes les plus chétives en apparence de la harpe descendue du ciel ; mais cette corde était tendue à l'unisson du cœur de l’homme; il en sortait des tons inattendus , des accords tout-puissants, qui remuaient tout leur être; et 1ls sentaient alors que ces tons sont miraculeux, que ces accords viennent du ciel. Ils y avaient reconnu l'appel de Jésus- Christ. |
Telle est donc la voix de l'Église; telle a été de tout temps le témoignage unanime des saints.
Cette inspiration que la Bible s’attribue, ont-ils dit, nous l’avons éprouvée. Nous la croyons, sans doute, parce qu’elle l’atteste ; mais nous la croyons aussi parce que nous l’avons vue, et que nous en pouvons nous-mêmes rendre le témoignage d’une bienheureuse expérience et d’un sentiment irrésistible.
On pourrait citer par milliers de tels exemples. Contentons-nous de nommer ici deux des plus nobles intelligences qui aient servi de guide à l’hu-
manité. Qu'on se rappelle comment furent allumées les deux plus grandes lumières des temps anciens et modernes : ce fut une parole, une seule parole des Ecritures, qui vint, dans le moment préparé de Dieu , mettre en leur âme les clartés du Saint- Esprit.
Luther, moine encore, s’en allait à Rome. Il était malade dans son lit, à Bologne, dans une terre étrangère, abattu sous le poids de son péché, et se croyant aux portes de la mort. Ce fut alors que ce verset 17° du chapitre If de l'Epitre aux Romains, « Justus ex fide vivet, — le juste par la foi vivra, » — vint éclairer tout son être comme un rayon du ciel. Cette seule parole le saisit par deux fois avec une puissance surhumaine : d’abord à Bologne, pour le remplir de force et d’une paix inexprimable; puis ensuite dans Rome même, pour l'arrêter et le relever, pendant qu'avec une foule idolâtre il traînait son corps à deux genoux sur l'escalier fabuleux de Pilate. Ce fut par ce mot que la réformation de l'Occident fut commencée. « Parole créatrice pour le réformateur et la réformation » (s’écrie à ce sujet mon précieux ami Merle d'Aubigné); ce fut par elle que Dieu dit alors : «Que la lumièré soit ; et la lumière fut 1!» En vérité, dit le réformateur lui-
(1) Préface de PHistoire de la Réformation, tom. F, p. 218.
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