‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 39 sur 44 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

PORTIÈRE DU TEMPLE. 5t1 même , Je me sentis comme entièrement renaître ; et cette parole fut pour moi la vraie porte du paradis. ic me prorsus renatum esse sensi, et apertis portis in ipsum paradisum inträsse 1,

Ne se rappellera-t-on pas encore 1e le plus grand des docteurs de l’antiquité chrétienne (l’admirable Augustin), quand, dans son jardin près de Milan, malheureux , sans paix, sentant aussi, comme Martin Luther, un orage dans son âme, couché sous un figuier, « jactans voces nuserabiles, et dimittens habenas lacrynus,» gémissant et versant d’abondantes larmes, il eut entendu d’une maison voisine cette jeune voix qui chantait et répétait en rapide refrain : «7'olle, legel tolle, lege! » «Prends, et lis; prends, et lis! » — Il alla prendre près d’Alypius le rouleau des Épitres de Paul qu'il y avait laissé (adripui, aperui et legiin silentio); il le saisit, il l’ouvrit, et il y lut en silence le chapitre où se portèrent d’abord ses yeux. Et quand il en fut venu au verset 13 du chapitre XIII de l'Epitre aux Romains, alors tout fut décidé d’un mot. — Jésus avait vaincu : la grande carrière du plus saint des docteurs venait de commencer. — Un mot, mais un mot de Dieu, avait allumé ce fanal puissant dont les flammes devaient illuminer dix siècles de l'Église, et dont les clartés la réjouissent en-

(1) L. Opp. lat. in præf.

core, — Après trente et un ans de révolte, de combats, de rechutes, de misère, la foi, la vie, la paix étaient descendues dans cette âme aimante; un jour nouveau, mais un Jour éternel, s'était levé pour elle. — Après ces paroles, il n’en voulut pas davantage ; il ferma le livre, nous dit-il; il n'avait plus de doute. « Nec ultrà volui legere, nec opus erat; » Car, «avec la fin de cette sentence, un ruisseau de lumière et de sécurité s'était versé dans son âme; et toute la nuit de ses doutes s’était évanouie. » — Statim quippé cum fine hujusce sen- Lentiæ, quasi luce securitatis infus& cord! meo, . omnes dubitationis tenebræ diffugerunt\.

— Ilest encore une expérience du même genre dont nous avons été trop profondément frappés pour ne la pas signaler dans ces feuilles, bien que le témoignage n’en puisse probablement être admis que par des hommes déjà pieux. — Plus une personne avance dans la vie chrétienne et reçoit une mesure abondante de l’Esprit de Dieu, plus aussi vous aurez à remarquer ce que deviennent pour elle, en deux sens contraires, d'un côté nos livres saints, et de l’autre les meilleurs écrits des hommes. Tandis que vous la verrez toujours plus indépendante de ceux-ci, parce qu'elle en sait davantage, qu'ils n'ont presque plus rien à lui ap-

(1) Confessions, iv. VHE, ch. xur.

prendre, ou du moins, parce qu'après les avoir lus une fois, elle a reçu tout ce qu'ils avaient à lui donner, admirez comme il en est tout autrement pour elle des paroles divines , et par quel merveilleux contraste on la voit toujours plus attachée à la lettre des Ecritures, toujours plus convaincue de la sagesse qui s’y révèle et de la puissance divine qui s'y exerce, toujours plus altérée de leurs moindres paroles, toujours plus capable d’être délicieusement nourrie, pendant des jours et des nuits, par un seul passage et par un seul verset! — Il y a certainement dans ce fait, pour qui Pa vu , quelque chose de saisissant. Nous l’avons vu.

Tel est donc le triple témoignage que nous voulions invoquer, et par lequel l’Église nous atteste une vertu de Dieu répandue dans les moindres parties de la Parole sainte , tellement que « toute Écriture est divinement épées

Cependant il faut qu'on nous ait bien compris. Nous n’avons point ici prétendu imposer aux uns les expériences des autres. Des preuves de sentiment ne sont des preuves que pour ceux qui ont senti. Elles ont, sans doute ; une force irrésistible pour les hommes qui, les ayant éprouvées, ont vu se confirmer en eux avec évidence les témoignages de la Parole; mais rien ne serait moins logique que de les proposer comme des démon-

d {4 LA CRITIQUE SACRÉE

strations aux âmes qui leur sont étrangères.

— Si vous les aviez faites, ces expériences, vous seriez plus que convaincus, et nous n’aurions plus rien à vous dire. Nous ne les avons donc présentées que comme de fortes présomptions historiques, pour vous disposer par cet endroit à recevoir avec une plus prompte soumission les preuves scripturaires déjà mises sous vos yeux. — Tout un peuple de gens instruits et pieux, disons-nous, vous atteste depuis des siècles, et par une triple expérienee, qu'en étudiant de près la Parole de Dieu, on est conduit à reconnaitre avec évidence son inspiration jusque dans ses mots. Que ce vous soit au moins une puissante recommandation pour écouter avec respect et sans préjugés contraires les témoignages où la Bible elle-même vous a dit ce qu'elle est. Qu’au moins cette voix de l'Eglise vous crie comme d'une maison voisine : Prends, et lis ; prends, et lis ! — adripe, apert, lege in silentio ! —Lisez-la dans le silence ; et vous sentirez vous- . même jusqu'où va son inspiration. Plus de doute ! direz-vous comme Augustin; car l’étoile du matin s’est levée dans mon cœur! — et vous n’aurez pas besoin d’en lire davantage. « Nec ultrà voles legere, nec opus erit ; statim quippe cum fine unius sententiæ , quasi luce securitatis infusà cordi tuo, omaes dubitationis tenebræ diffugient! »

CO eus.

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