‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 40 sur 44 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

On à demandé si la Bible est inspirée jusque dans son langage. Nous l’avons affirmé. — En d’autres termes (car nous avons consenti volontiers à réduire toute nôtre thèse à cette seconde expression, équivalente à la première), on à démandé si les hommes de Dieu nous ont donné les Écriturés exemptes de toute erreur, soit grande, soit petite, soit positive, soit négative. — Nous l'avons affirmé. |

Les Éceritures se composent de livres, de phrases et de mots. Sans faire aucune hypothèse sur la manière dont Dieu les a dictées, nous soutenons, avec les Écritures, que cette parole est diviné sans aucune exception. — Et si quelqu'un nous demandait comment Dieu s’y est pris pour en garantir tous les mots , nous attendrions, pour lui répondre, qu’on nous ait fait savoir comment Dieu s’y sera pris pour en garantir toutes les pensées ; et nous rappellerions cet enfant qui disait à son père : « Mon père, où Dieu prend-il ses couleurs pour vernir toutes

les cerises d’un si beau rouge ? — Mon enfant, je vous l’apprendrai dès qu'on m'’aura fait savoir comment il en a teint toutes les feuilles d’un si beau

vert. »

SECTION 1°. — Regard en arrière.

La théopneustie, avons-nous dit, n’est pas un système : elle est un fait; et ce fait, attesté de Dieu, nous est un dogme. Mais c’est le livre qui est inspiré ; C'est du livre qu'il s’agit avant tout, el non des écrivains. On pourrait presque se passer de croire à l'inspiration des pensées, tandis qu’on ne peut se passer de croire à celle du langage. Si les paroles du livre sont de Dieu, que m'importent, après tout, les pensées de l'écrivain ? IL pourrait être stupide, que ce qui sortirait de ses mains se. rait toujours la Bible ; tandis que, si les pensées lui sont données et que les paroles ne le soient pas, ce n’est pas une Bible qu’il me donne ; c’est un peu plus qu’un sermon. |

Cependant nous avons eu grand soi de prendre nos réserves. :

L’Écriture est entièrement la parole de l’homme, et l’Écriture est entièrement la parole de Dieu. O homme, avons-nous dit, c’est ici surtout que tu dois l’admirer! Elle a parlé pour toi et comme toi; elle est venue au-devant de toi, toute revêtue d'hu-

REGARD EN ARRIÈRE. 517 manité ; l'Esprit éternel (à cet égard, du moins, et dans une certaine mesure) s’est fait homme pour te parler, comme le Fils éternel s’est fait homme pour te racheter. C’est dans ce but qu'il a choisi, avant tous les siècles, des hommes soumis aux mêmes affections que toi{. Il a prévu pour cela et il a préparé leur caractère, leurs circonstances, leur style, leur manière, leur temps, leur chemin. Et c’est par là que l'Evangile est la tendresse de Dieu et la sympathie de Dieu, comme il est «la sagesse et la puissance de Dieu , » pour parler avec saint Paul. |

Qu'on n’imagine donc pas que l'empreinte du caractère individuel des écrivains sacrés dans les divers livres de la Bible nous autorise à regarder leur inspiration comme intermittente ou comme incomplète. Peu importe au fait de la théopneustie l'absence ou le concours des émotions de l'écrivain sacré. Dieu peut les employer ou s’en passer. S'il use de causes secondes dans toutes ses autres œuvresS, pourquoi s’en abstiendrait-il dans la théopneustie ? —D'ailleurs, avons-nous dit, cette individualité qu’an objecte se montre également dans les parties de l’Ecriture les plus incontestablement dictées de Dieu. — Ce système d’une inspiration graduelle et intermittente présente à la fois des

(1) Jacq., v, 17.

caractères de complication, de témérité et de puérilité; mais ce qui le condamne surtout, c’est qu’il est diréctement contraire au témoignage que l’'Écriture a rendu de ce qu’elle est. — Après tout, ne pensez pas qu'en employant notre personnalité, elle l'ait fait au hasard, Non; tous ses divers écrivains ont été choisis avant la fondation du monde pour l’œuvre à laquelle ils étaient destinés, et Dieu les lui a préparés, comme saint Paul, « dès le ventre de leur mère. » —Oh! que les livres saints sont admirables par cet endroit; qu'ils se montrent incomparables , et qu'on y reconnaît bientôt avec abondance la puissance divine qui les a fait écrire |

L'Écriture est donc de Dieu ; elle est partout de Dieu , et partout elle est entièrement de Dieu. — C’est là notre thèse; et voici ce que nous avons fait pour l’établir : nous ne le pouvions que par l’Écriture. ;

Si Dieu se révèle, c’est à lui de nous dire , dans cette révélation même, en quelle mesure il l’a voulu faire. Loin de nous les vaines hypothèses ! Nous n'y rencontrerions que nos propres fantaisies , et nous y fascinerions l'œil de notre foi. Que disent done les Écritures? c’était là toute la question.

Elles nous déclarent d’abord, avons-nous dit, que toutes les paroles des prophètes sont entièrement données et garanties de Dieu. En second lieu,

elles nous attestent que toutes les Écritures de l’Ancien-Testament sont des paroles de prophètes. Enfin, elles nous démontrent que les Écritures du Nouveau-Testament ne le sont pas moins. — Donc toutes les paroles des deux Testaments sont éga- . lement garanties de Dieu. |

Aussi était-ce là la persuasion des apôtres de Jésus-Christ. Voyez l’usage qu'ils ont fait de la Bible. Qu’était-elle pour eux’ Ne croyaient-ils pas à son entière théopneustie’ Est-il possible de ne pas conclure de toute leur conduite que, pour eux, les Écritures étaient inspirées de Dieu jusque dans leurs moindres expressions ?

Mais il est pour nous une preuve plus décisive encore que tout le reste. Consultons l'exemple du Fils de Dieu lui-même. Qu'on l'écoute quand il parle des Écritures. Qu’on l'écoute surtout lorsqu'il les cite. — Certes (il ne faut pas craindre de le dire), parmi les défenseurs les plus ardents de leur inspiration verbale, on ne saurait trouver aucun homme qui se soit jamais exprimé avec plus de respect pour l’autorité toute divine et la pérennité de leurs moindres expressions que ne l’a fait l'homme Jésus. Et quand un écrivain moderne viendrait à citer la Bible à la manière de Jésus-Christ, pour en déduire quelque dogme, vous le verriez aussitôt mis au rang des partisans les plus exaltés de notre doctrine théopneustique.

Cependant nous avons dû considérer les obections. | |

Quelques-uns nous opposaient la nécessité des traductions et leur inévitable imperfection ; quelques autres , les nombreuses variantes présentées par les anciens manuscrits dont on s’est dû servir pour imprimer nos Écritures. — Nous avons répondu que ces deux faits ne sauraient affecter en rien la question. Il s’agit du texte primitif, — Les apôtres et les prophètes ont-ils été chargés de nous donner une Bible entièrement inspirée et sans mélange d’aucune erreur? Voilà la question. — Mais, en même temps, nous avons pu triompher avec l'Eglise de l’état où se trouvent nos manuscrits sacrés, et de l’étonnante insignifiance des variantes. La providence du Seigneur a veillé sur cet inestimable dépôt.

On objectait encore, contre l’inspiration des mots, l'usage que les apôtres ont fait, dans le Nouveau-Testament, de la version des Septante ; mais nous avons au contraire rappelé que, dans la manière indépendante et souveraine dont ils l’ont employée, vous avez une preuve nouvelle de l’'Ésprit qui les a fait parler.

Enfin , l'on est allé jusqu’à nous objecter qu’'après tout il y a des erreurs dans les Écritures; et ces erreurs, on nous les a citées. — Nous avons nié le fait. Parce qu'on n'a pas compris d’abord

quelque récit ou quelque sentence, on se hâte de s’en prendre à la Parole de Dieu! — Nous avons désiré donner quelques exemples de l’imprudence et de l'erreur de ces reproches; mais en même temps nous nous sommes hâté de prendre acte de cette objection, pour montrer à ses auteurs qu’ils ne peuvent attaquer l'inspiration du langage qu’en imputant de l’erreur aux pensées du Saint-Esprit. — Imprudents qu'ils sont! Tout en disant de la Bible, comme Pilate de Jésus-Christ, « Quel mal a-t-elle donc fait?» ils la font descendre à la barre de leur tribunal! Que ferez-vous alors à ceux qui lui donnent des soufflets , qui lui crachent au visage , et qui lui disent : Prophétise quel est celui qui t'a frappée! — Ah! descendez de votre tribunal, descendez !

On reprochait au langage des Écritures des expressions erronées qui trahissent chez les auteurs sacrés une ignorance (d’ailleurs bien pardonnable, disait-on,) sur la constitution des cieux, et sur les phénomènes de la Nature. — Mais ici, comme ailleurs, les objections, vues de plus près, se changent en sujets d’admiration; car, en nous faisant, par un examen plus attentif, égriser les diamants de la sainte Ecriture, elles y produisent des éclats inattendus , et ne servent qu’à faire jaillir à nos yeux de plus brillants reflets de sa divinité. — £n même temps que vous ne sauriez trouver dans

la Bible aucune de ces erreurs qui abondent dans les livres sacrés de tous les peuples païens et dans toutes les philosophies de l'Antiquité ; elle décèle par mille endroits, dans son langage, la science de «l’Ancien des jours ; » et vous vous assurerez bientôt que, soit par les expressions employées, soit par celles qu'elle évite, ce langage était, depuis trente siècles, en une savante et profonde harmonie avec l’éternelle vérité des faits. — Ce que tu sais depuis trois Jours, je ne t'en parlais pas, vous dit-elle ; mais Je le savais d’éternité. |

On nous objectait aussi les paroles de saint Paul où cet apôtre distingue ce que dit le Seigneur d'avec ce qu'il dit lui-même. Nous croyons avoir montré qu'au contraire il ne pouvait pas donner une preuve plus convaincante de son inspiration que la hardiesse d’une telle distinction ; puisque, avec une autorité toute divine, il y vient révoquer des lois de l’Ancien-Testament.

Mais ce n'était pas tout encore; et nous avons dû répondre à d’autres objections qui se présentent plutôt sous forme de systèmes, et qui prétendraient exclure de l'inspiration une partie du livre de Dieu.

On a voulu quelquefois admettre l'inspiration des pensées de la Bible, et contester seulement celle de son langage; mais nous avons rappelé d’abord qu'il exite une dépendance si nécessaire

entre les pensées et les mots, qu’on ne saurait concevoir une inspiration complète des premières sans une pleine inspiration des autres.

Nous avons reproché d’ailleurs à ce fatal système de n'être qu'une hypothèse tout humaine, fantastiquement assumée, sans que rien l’autorise dans les Écritures. — Aussi mène-t-il inévitablement, avons-nous dit, aux suppositions les plus attentatoires à la Parole de Dieu , tandis qu’en même temps il ne lève pour notre esprit aucune difficulté, puisqu’après tout Il ne fait que remplacer une opération inexplicable de Dieu, par une autre opération qui ne l’est pas moins.

Mais encore, avons-nous ajouté , à quoi bon ce système, puisqu'il est incomplet, et que, de l’aveu même de ceux qui le soutiennent, 1l ne regarde qu’une portion des Écritures ?

D'autres encore ont voulu quelquefois nous concéder la pleine inspiration de certains livres, mais enen excluant les écrits historiques. — Outre que toute distinction de ce genre est gratuite, téméraire, opposée aux termes des Écritures, nous avons désiré montrer que ces livres sont peut-être, de toute la Bible, ceux dont l'inspiration est la plus attestée, la plus nécessaire, la plus évidente ; ceux que Jésus-Christ à cités avec le plus de respect; ceux qui sondent les cœurs et qui disent les secrets des consciences. Îls prophétisent l’avenir

le plus important dans leurs moindres détails ; ils annoncent constamment Jésus-Christ ; ils décrivent le caractère de Dieu ; ils dogmatisent ; ils législatent , ils révèlent. En un mot, ils brillent d’une sagesse divine , et dans ce qu’ils disent, et dans ce qu'ils taisent. — Pour les écrire, il fallait plus que des hommes, et plus que des anges.

On nous demandait enfin si nous pouvions découvrir quelque divinité dans certains passages des Écritures, trop vulgaires, disait-on, pour être inspirés. — Nous croyons avoir montré combien de sagesse, au contraire, reluit dans ces passages, dès que, au lieu de les juger à la hâte, on y veut chercher l’enseignement du Saint-Esprit.

Enfin nous avons supplié le lecteur d’aller directement aux Écritures, pour consacrer à les étudier par elles-mêmes, avec prière , le temps qu'il a pu mettre naguère à les juger ; et nous lui avons ga-. ranti, sur le témoignage de toute l'Église, et d’après une triple expérience, que l'inspiration divine des moindres parties de la Parole sainte se

révèlera bientôt à lui, s’il la sait étudier avee

respect. | 11 faut enfin conclure.

CONCLUSION. 525 SEcrion Ïil.

De tout ce que nous venons de lire, il résulte qu'il n'y a dans le monde chrétien que deux écoles, ou que deux religions : celle qui met la Bible au-dessus de tout; et celle qui met quelque chose au-dessus de la Bible. — La première fut évidemment celle de Jésus-Christ; la seconde fut celle des rationalistes de toutes les dénominations et de tous les temps. S

La devise de la première est celle-ci : « Toute la Parole écrite est inspirée de Dieu , jusqu’à un seul iota et à un seul trait de lettre : l’Écriture ne peut être anéantie. »

La devise de la seconde est celle-ci : « Il y a des juges humains de la Parole de Dieu. »

Au lieu de mettre la Bible au-dessus de tout, c’est au contraire ou la science, ou la raison, ou la tradition des hommes, ou quelque inspiration nouvelle, qu’elle place au-dessus de ce livre. De là tous les rationalismes ; de là toutes les fausses religions.

Ils corrigent la parole de Dieu, ou la complètent; ils la contredisent , ou l’interdisent ; ils la font lire avec irrévérence à leurs élèves, ou ils leur en défendent la lecture. |

Les rationalistes, par exemple, qui professent aujourd'hui le Judaisme, mettent au-dessus de la

Bible, sinon leur propre raison, au moins celle des IE", Ie, IVe, Ve et VI siècles ; c’est-à-dire les traditions humaines de leurs Targums, la Mischna et la Gemara de leurs deux énormes Talmuds. C’est là leur Alcoran : ils ont étouffé sous son poids la loi et les prophètes.

- Les rationalistes qui professent la Re/rgion romaine mettront à leur tour au-dessus de la Bible, non pas leur propre raison, mais, d’abord, la raison des VIL°, VILL*, IX°, X°, XI°, XILe et XIIF° siècles, qu’ils appellent tradition (c’est-à-dire la raison de Denys-le-Petit, de Hincmar, de Radbert, de Lanfranc, de Damascène , d'Anastase-le-Bibliothécaire, de Burkardt, d’Ives de Chartres, de Gratien, d’'Isidore-le-Marchand); —et ensuite, celle d’un prétre, ordinairement italien, qu'ils appellent Pape, et qu'ils déclarent infaillible dans la défrrution des

choses de la foit. — La Bible demandait-elle qu'on

adorût la Vierge, qu'on servit les anges, qu’on payât les pardons, qu'onrendit un culte auximages, qu'on se confessät à l’oreille d’un prêtre, qu’on empêchàt de se marier, qu’on défendit l’usage des viandes,

(1) C’est la doctrine des ultramontains, soutenue et par des

papes (Pascal, Pie, Léon, Pélage, Boniface, Grégoire), et par

des conciles.—Bellarmin, Duval et Arsdekin assurent que c’est le sentiment de tous les théologiens de quelque distinction. « Hæc doctrina communis est intér omnes nôtæ theologos. » (Arsdekin, Theol., vol. T, p. 118. Anvers, 1682.)

RL ne

CONCLUSION. 527 qu'on priât en langue étrangère, qu’on interdit au peuple les Écritures!; qu’on eût un souverain pontife ? Et quand elle parle d’une Rome future?, est-ce autrement (tous les premiers Pères de l’Église en conviennent) qu’en la désignant comme le séjour de l'Homme de péché ; comme le centre d'une immense apostasie; comme une Babylone, ivre du sang des saints et des témoins de Jésus- Christ, qui a fait boire à toutes les nations du vin de la fureur de sa fornication ; comme la mère des fornicateurs et des abominations de la terre ?

Les rationalistes qui professent un Protestantisime

(1) Prohibemus etiam, ne libros Veteris Testamenti aut Novi laïci permittantur habere, nisi forte psalterium, vel breviarium pro divinis officiis, aut horas beatæ Mariæ, aliquis ex devotione habere velit. Sed ne præmissos libros habeant in vulgari translatos, arctissimè inhibemus. (Le x1v canon du concile de Toulouse, sous le pape Grégoire IX (l'an 1229.) Concilia Labbæi., tom. n1, pars. 1. Paris, 1771.) — (2) 2 Thess., 11, 1 à 12. — Apoc., xt, 1 à 8, xvuit, 1 à 24. — (3) S. Jérôme, Exhortat. à Marcella, pour la faire émigrer de Rome à Bethléem : « Lege Apocalypsim Johannis; et quid de muliere purpuratà , etc..., septem montibus, et Babylonis cantetur exitu, contuere, etc. » — Tertullien : « Sie et Babylon apud Johannem nostrum romauæ urbis figura est, etc.» (Adv. Judæos, Parisiis, 1675). —Saint Chrysostôme (Hom., 4: in 2 epist. ad Thessal., c. 2) «“ Ce qui empêchait, dit-il (de son temps), la manifestation de j'Homne de péché, e’était lempire romain : » Touréore »

auyû À opaim, Otay oÛn.éx HéTOoU, TOTE ÉEÎVOS n£eEL.

impur, et qui rejettent les doctrines de la Réformation, mettront au-dessus de la Bible, sinon la raison de Socin et de Priestley, ou de Eichhorn et de Paulus, ou de Strauss et de Hegel , au moins la leur propre. Il y a du mélange, diront-ils, dans la parole de Dieu. Ils la trient, ils la corrigent; et c’est la Bible à la main qu'ils viennent vous dire : Point de divinité en Christ, point de résurrection des corps, point de Saint-Esprit, point de Diable, point de démons, point d'enfer, point d’expiation dans la mort de Jésus-Christ, point de corruption native dans l’homme, point d’éternité dans les peines, point de miracles dans les faits (que dis-je même ?), point de réalité en Jésus-Christ ! |

Les rationalistes enfin qui professent le Mysticisme (les Illuminés, les Trembleurs, les Paracelcistes, les Bourignonistes, les Labadistes , les Bæhmistes), mettront au-dessus du texte sacré leurs hallucinations , leur verbe intérieur, leurs révélations, et le Christ qui (disent-ils) est au-dedans d’eux. is parleront avec dédain de la lettre, du sens littéral, des faits évangéliques, de l’homme Jésus, ou du Christextérieur(commeils lappellent), de la croix de Golgotha, dela prédication, du culte, des sacrements. Ils sont au-dessus de ces aides charnelles! De Ïà leur aversion pour les doctrines de la justice judiciaire de Dieu, de la réalité du péché, de la colère divine contre le mal, de la

. grâce, de l'élection, dela satisfaction, de la justice

imputée de Christ, des peines à venir.

Disciples du Sauveur, écoutons-le dans sa parole : c'est là qu’il nous parle; c’est là notre raison, là notre inspiration , là notre sûre tradition. Elle est la lampe de nos pieds. — «Sanctifie-moi par ta vérité, à Éternel : ta parole est la vérité! »

Que notre raison emploie donc toutes ses forces, sous le regard de Dieu, d’abord pour reconnaître que les Écritures sont de lui, et ensuite pour les étudier. Qu’elle se penche de plus près chaque jour sur ses divins oracles, pour se corriger par eux, non pour les corriger par elle; pour y chercher le sens de Dieu , non pour y mettre le sien ; pour se présenter devant leur parole sainte comme une servante tendre et docile, et non comme une sybille bruyante et vaniteuse. Que sa prière de tous les Jours, pendant la nuit qui l’environne , soit celle de l’enfant du tabernacle : «Parle, Seigneur : ta servante écoute! »— « La loi de l'Éternel est parfaite; les paroles de l'Éternel sont des paroles pures; c’est un argent affiné au fourneau de terre, et purifié par sept fois au creuset {. »

Et d’un autre côté, cherchons le Saint-Esprit ; « soyons-en oints de par le Saint, » soyons-y bap-

(1) Ps. x11, 7.

tisés. C’est l'Esprit seul qui nous conduira dans toute la vérité des Écritures; qui répandra par elles l'amour de Dieu dans nos cœurs, et qui nous rendra témoignage, avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu, en nous en appliquant les promesses, en nous y donnant les arrhes de notre héritage et les gages de son adoption. En vain porterions-nous en nos mains, pendant dix-huit cents ans, la sainte Écriture; comme font encore les Juifs : sans cet Esprit nous n’y comprendrions point les choses qui sont de l'Esprit de Dieu : “elles nous paraîtraient une folie; parce que l'hommenaturel ne les reçoit point, que même il ne le peut, et que c’est par le Saint-Esprit qu'on en juge !.» — Mais en même temps, en distinguant toujours l'Esprit d'avec la lettre, gardons-nous de les séparer jamaïs. Que ce soit toujours devant la Parole, dans la Parole , et par la Parole, que nous cherchions cet Esprit divin. C’est par elle qu'il agit; par elle qu’il éclaire et qu’il touche; par elle qu’il renverse ou qu'il relève. Son œuvre constante est de la faire comprendre à notre âme, de la lui appliquer, de la lui faire aimer.

La Bible est donc de Dieu dans toutes ses parties.

(1) 1 Cor., 11, 14.

Il devra sans doute encore s’y rencontrer pour nous bien des passages dont nous n’apercevrons ni l’usage ni la beauté ; mais la lumière du dernier jour en fera bientôt éclater les splendeurs. Et, comme il arrive dans les profondeurs longtemps obscures de ces cavernes cristallines où l’on a fait apporter des flambeaux, le lever du jour de Jésus- Christ, inondant toutes choses de ses clartés, en pénétrera toutes les Ecritures , et, nous y révélant de toutes parts des diamants encore inaperçus, les fera resplendir de mille feux. Alors la beauté, la sagesse, les proportions, l'harmonie de toutes leurs révélations seront manifestées ; et cette vue remplira les élus d’une admiration ravissante, d’un attendrissement sans cesse renaissant, d’une joie inénarrable.

L'histoire du passé doit nous faire à cet égard anticiper déjà celle de l'avenir ; etnouspouvons juger, par des faits accomplis, de l’éclat de lumière qui doit être versé pour nous sur les Ecritures, à la seconde venue de Jésus-Christ.

Voyez déjà quelles vives clartés furent répandues sur toutes les parties de l’Ancien-Testament, à la première apparition du Fils de Dieu ; et comprenez, par ce seul fait, ce que deviendra la splendeur des deux Testaments, à son second avénement. Alors le plan de Dieu sera consommé; alors notre seigneur et notre roi, «plus beau qu'aucun des fils

« des hommes, sera révélé du ciel, porté sur la « parole de vérité, de débonnaireté et de justice; » alors sa lumière remplira les cœurs de ses rachetés; et l’imposante grandeur de l’œuvre de la rédemption se produira dans toute sa gloire aux regards des enfants de Dieu. Voyez déjà combien de chapitres de l’Écriture, au siècle de Jérémie, ou plus tard, dans le long règne des Machabées, et pendant toute la durée du second temple , depuis Malachie jusqu’à Jean-Baptiste, voyez, disons-nous , combien de chapitres de l'Écriture, qui resplendissent aujourd’hui pour nous du plus divin éclat, devaient paraître alors insignifiants et ternes aux yeux des hommes rationalistes de l’ancienne synagogue. Comme on devait trouver puérils, vulgaires , sans portée, sans utilité, tant de versets et tant de chapitres qui nourrissent aujourd'hui notre foi, qui nous pénètrent d’admiration pour la majestueuse unité des Écritures, qui font couler nos larmes , et qui ont amené déjà tant d’âmes travaillées et chargées aux pieds de Jésus-Christ! — Que disait-on du Lie chapitre d’Esaïe ? — sans doute avec l'Ethiopien de la reine Candace : « Comment le compren- « drais-je, si quelqu'un ne me guide? de qui « parle Esaïe? est-ce de lui-même ou de quelque «autre? » — À quoi devait sembler servir cette histoire mystérieuse de Melchisédech? — Pourquoi

En

ces longs détails sur le tabernacle, sur les vêtements d’Aaron, sur les choses pures et impures, sur le culte, sur les sacrifices? — Que voulaient dire ces paroles : « Vous ne lui romprez pas les jambes?» — Quel sens devaient présenter les psaumes XXII, LXIX, et tant d’autres : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? ils m'ont percé les mains et les pieds! » — Pourquoi (devait-on penser ) David nous occupe-t-il si longuement, dans ses cantiques, des vulgaires détails de sa vie aventureuse? Quand est-ce, d’ailleurs, qu’on a partagé ses vêtements, et jeté le sort sur sa robe? Que veulent ces paroles : « Tous ceux qui me voient hochent la tête; il se remet, disent-ils, à l'Éternel; qu’il le délivre, puisqu'il prend son plaisir en lui?» — Qu'est-ce done que ce vinaigre, et que signifie ce fiel : « Dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre ; ils m'ont donné du fiel pour mon repas ? » — Et ces paroles exagérées et inexplicables : « Je n’ai point caché mon visage arrière des opprobres et des crachats ; ils me donnent des soufflets sur la joue; ils ont labouré mon dos ? » — Et que voulait le prophète : « Voici, une vierge sera enceinte ? » — Qu'est-ce encore que ce roi abject et monté sur un âne : « Sion, voici ton Dieu : il viendra lui-même, et vous délivrera. Voici ton roi, abject et monté sur un âne , et sur un änon, poulain d’une ânesse ? » — Qu'est-ce donc que cette

sépulture : «On avait ordonné son sépulere avec les méchants, mais 1l a été avec le riche en sa mort ? »

Que toutes ces paroles, et tant d’autres semblables , devaient sembler étranges et peu dignes du Seigneur aux scribes présomptueux de ces jours reculés! Que d'humanité, devaient-ils dire, que d’individualité , que d’occasionnalité. (pour prêter à ces anciens hommes le langage d'aujourd'hui}! On professait alors, sans doute, dans leurs académies, de savants systèmes et de longues divinations sur les conjonctures des prophètes écrivant de tels détails ; et l’on ne savait trouver dans leurs paroles que l'empreinte vulgaire des circonstances toutes personnelles qui les avaient émus.

Mais que faisaient alors les vrais disciples de la parole de vie ? Que faisiez-vous , Ezéchias , Daniel, Josias, Néhémie, Esdras, nos frères dans la même espérance et dans la même foi, et vous ausse, saintes femmes qui espériez en Dieu , et qui attendiez la consolation d'Israël? — Ah! vous vous penchiez avec respect sur toutes ces profondeurs, comme font encore les anges de lumière, et désirant y voir jusqu'au fond, vous attendiez ! — Oui, ils attendaient ! — ils savaient que, dans le passage le plus insignifiant à leurs yeux, il peut y avoir, comme l’a dit un Père de l’Église, « des montaœnes de doctrine. » C’est pourquoi, « cherchant à

« découvrir (comme l’a dit saint Pierre) ce que « l'Esprit de Christ, qui était dans les prophètes, « avait fait écrire touchant le temps et les con- « jonctures des souffrances du Messie, ou touchant « ia gloire dont elles seraient suivies, » ils ne doutaient pas que, plus tard, quand le temps et les événements seraient venus passer leur main sur cette encre sympathique, il n’en ressortit des pages étonnantes, tout empreintes de divinité, et toutes pleines d'évangile ! —Le jour devait venir, après la première apparition du Messie, où le plus petit dans le royaume de Dieu serait plus grand que le plus grand des prophètes ; et ce jour est arrivé. — Mais nous savons aussi nous-mêmes que le jour doit encore venir, après sa seconde apparition, où le plus petit des rachetés sera plus grand en connaissance que ne l’ont été les Augustin, les Calvin, les Jonathan Edwards, les Pascal, Les Leighton;—car alors les oreilles des enfants entendront, et leurs yeux verront «des choses que les apôtres mêmes ont désiré de voir, et n'ont point vues; d'entendre, et n’ont point entendues. »

Eh bien! ce que les docteurs, les prophètes et Les saints faisaient des passages encore obscurs pour eux, et maintenant lumineux pour nous, nous le ferons pour les passages encore obscurs pour nous, mais bientôt lumineux pour les héritiers de la vie, alors que toutes les prophêties s’accompli-

ront, et que Jésus-Christ apparaîtra sur les nuées, dans la dernière épiphanie de son glorieux avénement.

De quel éclat, dès qu’on l’a connu, n’a-t-on pasvu briller tant de passages, tant de psaumes, tant de prophéties, tant de types, tant de descriptions dont on n avait point encore aperçu la profonde beauté ! — Quel évangile en est sorti! quels appels aux consciences ! quel déploiement de l'amour de rédemption ! — Attendons-nous donc à des révélations analogues, mais bien plus glorieuses encore, pour le jour où notre Maître redescendra des cieux; «car il y à dans les Écritures , » dit saint Irénée, des «difficultés que nous pouvons réseudre « dès à présent par la grâce de Dieu; mais 1l en est «d’autres que nous lui abandonnons, non-seule- « ment pour ce siècle, mais pour le siècle qui est à « venir, afin que perpétuellement Dieu enseigne, « et que perpétuellement aussi l'homme apprenne «de Dieu les choses qui sont de Dieuf. »

Si les lumières de la grâce ont fait pâlir celles de la nature, que sera-ce des lumières de ia gloire, faisant à leur tour pâlir celles de la grâce ? — Que d'étoiles de première grandeur, invisibles encore pour nous, s’allumeront à l’approche de ce grand

(1) Irenæus, adv. bæres., lib. n, cap. 47. be 0 Osdc PRE

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jour, dans le firmament des Écritures? et quand enfin il se sera levé sans voile sur le monde racheté , quelles harmonies, quelles teintes célestes, quelles gloires nouvelles, quelles splendeurs inattendues, manifestées aux héritiers de la vie éternelle !

Alors, on verra le sens de tant de prophéties, de tant de faits, et de tant d'instructions, dont la divinité ne se révèle encore que par des traits détachés ; mais dont les beautés évangéliques resplendiront de toutes parts. Alors on connaîtra toute la portée de ces paraboles, déjà si imposantes, du Figuier, du Maître revenant d’un pays éloigné, de l’'Époux et de l’'Épouse, du Filet retiré sur le rivage d’éternité , de Lazare, des Conviés, des Talents , des Vignerons, des Vierges, des Noces. — Alors on saura toute la gloire des paroles telles que celles-ci : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : « Sieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j'aie mis « tes ennemis pour le marchepied de tes pieds. » — «Ton peuple, Seigneur, sera un peuple de franc- « vouloir, au Jour que tu assembleras ton armée « en sainte pompe. » — « La rosée de ta Jeunesse te «sera du sein de l’aube du jour. » — «Il froissera « les rois au jour de sa colère. » — «Il froissera le « Chef qui domine sur un grand pays. »— «Il boira « du torrent par le chemin : c’est pourquoi il lèvera « baut la tête! »

Alors aussi se montrera dans toute sa gloire à nos regards Jésus-Christ, le sauveur, leconsolateur, l'ami du misérable, notre Seigneur et notre Dieu! lui qu’on a vu mort, mais qui est Celui qui vit aux siècles des siècles !—Alors toute la science du ciel, ce sera lui! — Ce fut toujours toute la science du Saint-Esprit qui descend du ciel; — ce fut toute celle des Écritures;—car «le témoignage de Jésus «est l'Esprit de la prophétie. » C’est déjà toute la vie des saints; «leur vie éternelle, c’est de le connaitre! »

Le voyageur célèbre qui, le premier, nous apporta de Constantinople le seul marron d'Inde qu’eût encore vu notre Occident, et qui le planta, dit-on, dans la cour de son hôtel, eût-il su dire tout ce qu'il tenait dans le creux de sa main, et tout ce qui devait en sortir? L’infini dans le fini! d'innombrables forêts dans un humble fruit et sous son insignifiante écorce ; des arbres par milliers, décorant de leurs feuillages majestueux et de leurs grappes fleuries nos jardins et nos campagnes, couvrant de leur ombre les places, les terrasses et les avenues de nos cités; nos peuples célébrant sous leurs larges berceaux leurs fêtes nationales; nos enfants se jouant à leurs pieds, et le passereau de nos maisons cherchant sa com-

(1) Apoc., xix, 10.

pagne dans leurs branches ; tandis que chacun de ces arbres produira lui-même, d'année en année, des millions de fruits semblables à celui qui lui a donné le jour, et portant tous aussi, chacun dans son sein, les germes emboîtés de mille millions de. forêts, dans mille et mille générations!

Ainsi le voyageur chrétien , arrivant de l église militante dans sa patrie HAE en la cité de son Dieu, à la maison de son père, avec un des mille passages de la sainte Bible entre ses mains, sait qu’il y apporte l'infini dans le fini ; un germe de Dieu, dont 1l peut entrevoir déjà, sans doute, les développements et la gloire, mais dont il ne saurait dire encore toutes les grandeurs. — Ce peut n'être que la plus petite des semences ; mais il sait qu'il en doit sortir un grand arbre, un arbre éternel, sous les branches duquel les habitants des cieux viendront prendre leur abri. Pour beaucoup de ces passages, il n’a pu voir peut-être jusqu'ici que leur germe, Sous une grossière écorce; mais il sait aussi qu'une fois admis dans la Jérusalem d’en haut, sous les clartés du soleil de la justice, il verra rayonner, dans ces paroles de la Sagesse, à la lumière dont l’Agneau est l'éternel flambeau, des splendeurs aujourd'hui latentes et couvertes - encore de leur première enveloppe. — C’est alors que, dans un ineffable attendrissement de reconnaissance et de bonheur, il découvrira des ac-

cords, des harmonies, des gloires, dont il n'avait ici-bas que le soupçon ou qu'une attente respectueuse. Préparées avant la fondation du monde dans les conseils éternels de Dieu, et déposées en germe dans sa parole de vie, elles éclateront sous ce nouveau ciel et pour cette nouvelle terre où la justice habitera.

Toute la parole écrite est donc inspirée de Dieu.

Dessille mes yeux , à Éternel, afin que je voie les merveilles de ta loi!

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