‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 5 sur 44 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Trois ordres de personnes, en ces derniers temps, sans désavouer la divinité du Christianisme, et sans

prétendre décliner l'autorité des Écritures, se sont cru permis de repousser cette doctrine.

= Les uns ont méconnu jusqu’à l'existence de cette

action du Saint-Esprit ; d’autres en ont mé l’uni-

versalite ; d’autres enfin la plénitude.

Les premiers , comme le docteur Schleiermacher !, le docteur Dewette, et plusieurs autres théologiens allemands , rejettent toute inspiration miraculeuse , et ne veulent attribuer aux écrivains sacrés que ce que Cicéron accordait aux poètes : afflatum spiritüs divin, « une action divine de la nature , une puissance intérieure semblable aux autres forces vitales de la nature ?. »

Les autres, comme le docteur Michaëlis *, et comme autrefois Théodore de Mopsueste #, tout en admettant l'existence d’une théopneustie , ne la veulent reconnaître que pour une partie des livres saints : pour le premier et le quatrième des quatre évangiles, par exemple; pourune partie des épiîtres; pour une partie de Moïse , une partie d’Ésaïe, une partie de Daniel. — Ces portions des Écritures sont de Dieu , disent-ils ; les autres-sont de l’homme.

Les troisièmes, enfin, comme M. Twesten en Allemagne, et comme plusieurs théologiens en

(1) Schleiermacher, der christliche Glaube. Band. 1,$. 115. —(2) Dewette : Lehrbuch Anmerk.Twesten : Voslesungen über die Dogmatik, tome I, p. 424, etc. — (3) Michaëlis, Introd. au N.-T. — (4) Voyez notre chap. V, sect. 2, quest. 44. —

MN" L "Lu OUR ST AU + D 07 ART CEE, L. # : sa Le "4 : LS F4 , ; # +” # y Re 2" % M: : HUE NI #9 DIVERS SYSTÈMES. 33 dndtorre , étendent , ilest vrai, la notion d’ une org théopneustie à à toutes es parties de la Bible, mais ne non pas a toutes également (nicht jcidiisséste PA EE P 8 ( 8 8). ’e À de - — L'inspiration , à les entendre , serait bien universelle, mais inégale, souvent imparfaite, accom- +" “+ %

pagnée d'erreurs innocentes, et portée, suivant la nature des passages, à des mesures très-différentes, dont ils se constituent eux-mêmes plus ou moins les juges.

Plusieurs d’entre eux, surtout en Angleterre, ont été jusqu'à distinguer quatre degrés d’inspiration divine : inspiration de survetllance, ont-ils dit, en vertu de laquelle les auteurs sacrés auraient été constamment préservés d'erreur grave , dans tout ce qui est de la foi et de la vie ; inspiration d’éleva-

tion, par laquelle encore l'Esprit divin , en faisant

monter les pensées des hommes de Dieu dans les régions les plus pures de la vérité, aurait indirectement imprimé les mêmes caractères de Sainteté et de grandeur à leur parole; inspiration de direction , sous l’action plus puissante de laquelle les dou sacrés auraient été conduits de Dieu pour ce qu’ils devaient taire et pour ce qu ils devaient dire. Enfin , inspiration de suggestion. lei,

disent-ils, toutes les pensées, et même les mots, au-

raient été donnés de Dieu , par une opération plus

(1) Les docteurs Pye Smith, Dick, Wilson.

CN

. Ro

énergique encore et plus directe de son Esprit.

« La théopneustie, dit M. Twesten , s’étend sans contredit jusqu'aux mots, mais uniquement lorsque leur choix ou leur emploi est lié avec la vie religieuse intérieure , car 1l fâut faire à cet égard, ajoute-t-il, des distinctions entre l’Ancien et le Nouveau-Testament, entre la loi et l’évangile, entre l’histoire et la prophétie, entre les récits et les doctrines , entre les apôtres et leurs aides apostoliques. »

Toutes ces distinctions, selon nous, sont fantastiques ; la Bible ne les a point autorisées ; l’église des huit premiers siècles de l’ère chrétienne ne les a point connues; et nous les croyons erronées et funestes.

Notre dessein, dans ce livre, contrairement à ces trois systèmes, est donc de prouver l'existence, l'universalité et la plénitude de la théopneustie.

Il s’agit de savoir d’abord s’il y eut pour les Écritures une inspiration divine et miraculeuse. Nous l’affirmons. — Il s’agit de savoir ensuite si les parties de l’Écriture qui sont théopneustiques le sont également et entièrement ; ou, en d’autres termes , si Dieu a pourvu, d’une manière certaine, bien que mystérieuse, à ce que les paroles mêmes de son saint livre fussent toujours ce qu’elles devaient être , et à ce qu'il ne contint aucune erreur. Nous l’affirmons encore. — Enfin, il s’agit de sa-

voir si ce qui est ainsi inspiré de Dieu, dans les Écritures, c’est une partie des Écritures, ou toutes les Écritures. Nous disons que c’est toutes les Éeritures : les livres historiques comme les prophéties, les épîtres comme les cantiques , les évangiles de Marc et de Luc comme ceux de Jean et de Matthieu; l’histoire du naufrage de saint Paul dans les eaux Adriatiques, comme celle du naufrage de l’ancien monde dans les eaux du déluge ; les scènes de Mamré, sous les tentes d'Abraham, comme celles du jour de Christ dans les tentes éternelles ; les prières prophétiques où le Messie, mille ans avant les jours de son premier avénement , s’écrie dans les Psaumes : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu «abandonné ?ils ont percé mes mains et mes pieds; «ils ont jeté le sort sur ma robe; ils me contem- «plent , ils me regardent ; » comme les récits qu’en ont pu faire saint Jean, saint Marc, saint Luc ou saint Matthieu.

En d’autres termes , notre but est d'établir, par la parole de Dieu, — que l’Écriture est de Dieu, — que l’Écriture est partout de Dieu, — et que partout l’Écriture est entièrement de Dieu.

Cependant il faut, avant d’aller plus loin, nous être fait comprendre. —En maintenant que toute l’Écriture est de Dieu, nous sommes fort éloignés de penser que l’homme n’y soit pour rien. — Nous reviendrons dans une section suivante sur cette

pensée ; mais nous avons sentile besoin dela consigner ici.—Tous les mots y sont de l’homme, comme tous les mots y sont de Dieu. — Dans un certain sens, l'Épitreaux Romains est tout entière unelettre de Paul ; et dans un sens encore plus élevé, l’Épitre aux Romains est tout entière une lettre de Dieu. Pascal eût pu dicter une de ses Lettres Provinciales à quelque artisan de Clermont, et une autre à l’abbesse de Port-Royal. La première eût-elle été, pour cela, moins pascalienne que toutes les autres ? Non, sans doute. — Le grand Newton, quand il voulut transmettre au monde ses merveilleuses découvertes, eût pu faire écrire à quelque enfant de Cambridge la quarantième, et à quelque domestique de son Collége la quarante-unième propasition du livre immortel des Principes, tandis qu'il en eût dicté les autres pages à Barrow et à Halley. — En eussions-nous moins possédé les découvertes de son génie et les raisons mathématiques qui devaient ranger à nos yeux sous une même loi tous les mouvements de l’univers ? L’ouvrage entier en eût-il moins été de lui? Non, sans doute. — Peut-être, cependant, quelque homme de loisir eût-il pris encore quelque intérêt à connaître les émotions de ces deux grands hommes, ou les naïves pensées de cetenfant, ou les honnêtes préoccupations de ce serviteur, pendant que leurs quatre plumes, également dociles, traçaient les

sentences latines qui leur étaient dictées. On vous eût dit que les deux derniers, tout en écrivant, promenaient indifféremment de vagues souvenirs dans les jardins de la Cité, ou dans les cours de Trinity-College ; tandis que les deux professeurs, s’attachant avec de vifs transports à toutes les pensées de leur ami, et soulevés dans son vol sublime , comme les enfants de l'aigle sur le dos de leur mère, s’élançaient avec lui dans les hauteurs de la science, portés sur ses puissantes ailes, et planant avec délices dans les espaces nouveaux et sans bornes qu'il leur avait ouverts. — Cependant (vous eût-on dit encore), parmi les lignes dictées, il en est peut-être que ni l'enfant n1 les professeurs eux-mêmes n'auront pu saisir. — Peu m'importent ces détails, eussiez-vous répondu ; je n’y perdrai pas mon temps; j'étudierai le livre. Sa préface, son titre, sa première ligne, sa dernière ligne , tous ses théorèmes, faciles ou difficiles, compris ou non compris , sont du même auteur, et céla me suffit. Quels qu’aient été les écrivains, et à quelques hauteurs diverses que se soient tenues leurs pensées , leur main fidèle et surveillée traçait également les pensées de leur maître sur le même cahier ; et j'y puis étudier toujours avec une égale confiance , dans les paroles mêmes de son génie, les principes mathématiques de la philosophie de Newton.

Tel est le fait de lathéopneustie (à celà près qu’en faisant écrire ses livres à des hommes inspirés, le Saint-Esprit a presque toujours mis plus ou moins en œuvre leur intelligence, leur volonté, leurs souvenirs , et toutes les puissances de leur personnalité, comme nous serons appelés à le redire bientôt. ) Et c’est ainsi que Dieu , qui voulait donner à connaître à ses élus, dans un livre éternel, les principes spirituels de la philosophie divine , en a fait écrire les pages, durant seize cents années , à des prêtres, à des rois, à des hommes de guerre, à des bergers , à des publicains, à des bateliers, à des scribes, à des faiseurs de tentes, en y associant plus ou moins , selon qu’il l’a trouvé convenable, leurs affections et leurs facultés. — Tel est done le livre de Dieu. Sa première ligne, sa dernière ligne, tous ses enseignements, COMpris ou non compris , SOnt du même auteur, et cela nous doit suffire. Quels qu’aient été les écrivains, leurs circonstances, leurs impressions, leur intelligence du livre et la mesure de leur individualité dans cette opération puissante et mystérieuse, ils ont tous écrit d’une main fidèle et surveillée, dans un même cahier , sous la conduite d’un même maître, pour qui mille ans sont comme un jour ; et il en est sorti la Bible. Je ne perdrai donc pas mon temps à de vaines questions ; J étudierai le livre. C’est la parole de Moïse, la parole d’Amos, la parole de Jean, la parole de Paul, mais

c'est la pensée de Dieu et la parole de Dieu.— « C’est toi, Seigneur, qui as dit par la bouche de David, ton serviteur.» — « L'Esprit de l'Eternel a parlé par moi, disait-il ; et sa parole a été sur ma langue (1).»

Ce serait donc, selon nous, tenir un langage très-erroné que de dire : Certains passages dans la Bible sont de l’homme, et certains passages dans la Bible sont de Dieu. Non; tous les versets, sans exception, y sont de l’homme; et tous les versets, sans exception, y sont de Dieu ; soit qu'il y parle directement en son nom, soit qu'il y emploie toute la personnalité de l’écrivain sacré. Et comme saint Bernard a dit des œuvres vivantes de l’homme régénéré, « que notre volonté n’y fait rien sans la grâce, mais que la grâce n'y fait rien que dans notre volonté ; »de même il faut dire que, dans les Écritures, Dieu n’a rien fait que par l’homme , et l'homme n’a rien fait que par Dieu.

Il en est en effet de la théopneustie comme de la grâce efficace. — Dans les opérations du Saint- Esprit faisant écrire les saints livres, et dans celles du même Esprit convertissant une âme, et la faisant marcher dans les voies de la sanctification, l’homme est à différents égards entièrement passif et entièrement actif. Dieu y fait tout ; l’homme y

(1) Act., IV, 25-2. Sam., XXII, 1-2.—Voyez notre chapitre 11, sect, TE

fait tout ; et l’on peut dire, pour l’une comme pour :

l’autre de ces œuvres, ce que saint Paul disait de l’une d’elles aux Philippiens : « C’est Dieu qui opère « en l’homme et le voulorr et le faire 1. » — Aussi verrez-vous que, dans les Écritures , les mêmes opérations sont attribuées alternativement à Dieu et à l’homme : Dieu convertit , et c’est l’homme qui se convertit; Dieu circoncit le cœur, Dieu donne un cœur nouveau, et c’est l’homme qui doit circoncire son cœur et se faire un cœur nouveau. « Non-seulement parce que nous devons employer les moyens d'obtenir un tel effet, » dit le fameux président Edwards (dans ses belles remarques contre les erreurs des Arméniens), « mais parce que cet effet lui-même est notre acte comme notre devoir: « God producing all, and we acüng all?.» |

Telle est donc la parole de Dieu. — C’est Dieu parlant dans l’homme, Dieu parlant par l’homme, Dieu parlant comme l’homme, Dieu parlant pour l’homme !— Nous l'avons affirmé; ilfaudra l’établir.

Peut-être cependant sera-t-il convenable d’avoir

auparavant défini cette doctrine avec plus de pré- CISIion.

(1) Phil., If, 43.— (2) Edward’s Remarks, etc., p. 251.

de

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