‹ Théopneustie; ou, Inspiration plénière des Saintes ÉcrituresChapitre 7 sur 44 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

PREUVE SCRIPTURAIRE DE LA THÉOPNEUSTIE.

Ouvrons les Ecritures. Que disent-elles de leur inspiration ? |

Secrion l"°.— Toute l’Ecriture est théopneustique.

Nous commencerons par reproduire 1ei ce passage si souvent répété (2 Tim.,111, 16): « Toute l Écriture est théopneustique, c'est-à-dire que toutes les parties en sont données par l’Esprit ou par le souffle de Dieu.

Cette sentence n’admet point d'exception et point de restriction. 8

Point d’éxception : e’est TOUTE L'ÉCRITURE, C’est tout ce qui est Ccrit (räca ypayà ); C'est-à-dire que ce sont les. pensées qui ont déjà reçu l’empreinte du langage. — Point de restriction : toute cette Ecriture est tellement une œuvre de Dieu qu'elle nous

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est représentée comme proférée par le souffle divin, de la même manière que la parole d’un homme est proférée par le souffle de sa bouche. Le prophète est la bouche de l'Eternel.

La portée de cette déclaration de saint Paul demeure la même dans les deux constructions qu’on peut donner à ses paroles ; soit qu’on place, comme le font nos versions , sur le mot Gérwevaros ( divincment inspirée ) l'affirmation de la phrase, et le verbe sous-entendu (toute l'Écriture est divinement inspirée, propre...) ; Soit que, reportant ce verbe sur les mots suivants, on ne prenne Géémvevoros ( divinement inspure) que pour un adjectif détérminatif (toute Écriture divinement inspirée de Dieu est propre... )— Cette dernière construction donnerait même à la déclaration de l’Apôtre plus de force que la première. Car alors , sa proposition se rapportant nécessairement à toute Ecrituredes santes Lettres (ra tpa ypapuara) dont il vient de parler, supposerait, comme un principe admis et incontestable, que, nommer les saintes Lettres, c’est indiquer par là même des Ecritures inspirces de Dieu (1).

Cependant 1l sera convenable d'exprimer encore cette même vérité par quelque autre déclaration de nos livres saints.

(1) Voyez encore, sur ce passage, notre chap. IH, quest. 27.

SecrTion Î}.-—Toutes les paroles prophétiques sont données de Dieu. |

Saint Pierre , en sa deuxième Epitre, à la fin du chapitre premier, s’énonce ainsi :« Sachons pre- « mièrement ceci : C’est qu'aucune prophétie de « l’Ecriture n’est d’une explication particulière. « Car jamais prophétie ne fut apportée par une vo- «lonté d'homme; mais c’est portés par l'Esprit « saint que les saints hommes de Dieu ont parlé. »

Remarquez, sur ce passage :

1° qu'il s’agit ici des révélations écrites (rpoynteis peus) ; |

2° que jamais (oi ré) aucune d'elles ne fut apportée sous l'impulsion ou le gouvernement d’une volonté d'homme ;

3° que ce fut pousses et portés par le Saint- Esprit que ces saints hommes écrivirent et parlèrent; |

4° enfin, que leurs écrits sont appelés du nom de prophetie. |

Il sera donc convenable , avant que nous allions plus loin, d’avoir déterminé avec précision le sens scripturaire de ces mots prophétie, prophétiser, prophète (#53) ; parce que cette connaissance est indispensable à la recherche qui nous occupe, et

qu'elle répand aussitôt un grand jour sur toute cette question.

On a donné vulgairement au terme biblique de prophète des sens variés, et souvent très-inexacts ; mais un examen attentif des passages où il est employé nous convaincra bientôt qu’il désigne constamment, dans les Ecritures, «un homme dont la bouche prononce des paroles de Dieu. »

Chez les Grecs, on n’appelait d’abord de ce nom que l'interprète et l’organe des vaticinations prononcées dans les temples (énynris veu pavrely), — Ce sens est disertement expliqué par un passage de Platon, dans son Timée !. — Les prophètes les plus célèbres de lantiquité païenne étaient ceux de Delphes. Ils conduisaient la Pythie au trépied, et ils étaient chargés d'interpréter ou de rédiger les oracles du dieu. Et ce ne fut ensuite que par une extension de ce premier sens que le nom de prophete fut donné chez les Grecs aux poëtes, qui, commençant leurs chants par l’invocation d’Apollon et des Muses , étaient censés faire entendre le langage des dieux, et parler sous leur inspiration. |

Un prophète, dans la Bible, est donc un homme dans la bouche duquel Dieu place les paroles qu'il veut faire entendre à la terre; et c'était encore par allusion à la plénitude de ce sens que Dieu disait

GA} T. IX, éd. Bipont., p. 392.

à Moïse ! « qu'Aaron serait son prophète auprès de Pharaon, » selon ce qu’il lui avait dit (au chap. 1v, verset 16) : «Il te sera pour bouche, et tu lui seras pour Dieu. » xs

Ecoutez, dans l’Ecriture , les prophètes témoigner de l'Esprit qui les fait parler, et de l'autorité toute divine de leurs paroles : vous retrouverez toujours dans leur langage une même définition de leur office et de leur inspiration. — Ils parlent ; c'est bien leur voix qui se fait entendre ; c’est leur personne qui est agitée; c’est bien même aussi leur âme qui souvent est émue; mais leurs paroles ne sont pas d'eux seulement : ce sont en même temps les paroles de l'Eternel.

« La bouche de l’Eternela parlé; » — « l'Eternel a parlé, » disent-ils sans cesse ?. — «J’ouvrirai ma bouche au milieu d’eux, » dit l’Eternel à son serviteur Ezéchiel. — « L'Esprit de l'Eternel a parlé par moi, et sa parole a été sur ma langue,» disait le roi psalmiste $.—« Ecoutez la parole de l'Eternel ! » c’est ainsi que les prophètes annoncent ce qu'ils vont proférer #.— « La parole de l'Eternel fut alors sur moi, » disent-ils souvent.— «La parole de Dieu

(1) Exod., vit, 1.—(2) Mic., 1v, 4.—Jér., 1x, 125 xin, 15; XXX, 4; L, 15 L1, 12.—Esaie, vuir, 11.—Amos, 111, 1,—Exod., 1V, 30.—Deut., xvur, 21, 22,—Jos., xx1v, 2.—(3) 2 Sam., XXI, 1, 2. — (4) Esaïe, xxvinr, 143 — Jér., x1x, 26: x, 1; Xv11, 20, Fr

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vint à Shemaïah ; — la parole vint à Nathan ; — Ia parole vint à Jean dans le désert 1. » — « La parole qui vint à Jérémie de par l'Eternel ; » — « La parole qui fut donnée à Jérémie ?.» — «La charge de la parole de l'Eternel, par le moyen de Malachie $. » — «La parole de l'Eternel qui vint à Osée #. » — « La seconde année de Darius, la parole fut par le moyen d'Aggée, le prophète. »

Cette parole descendait sur ces hommes de Dieu, quand elle le voulait, et souvent de la manière la plus inattendue.

C’est ainsi que Dieu , lorsqu'il envoya Moïse, lui dit : «Je serai avéc ta bouche 6 ; »et que, lorsqu'il fit parler Balaam, «il mit la parole, est-il écrit, dans la bouche de Balaam 7.» — Aussiles apôtres, faisant, dans leur prière, une citation de David, s’expriment-ils en ces mots : « C’est ro1, Seigneur, QUI AS DiT , par la BOUCHE de David ton serviteur 8. » — Et saint Pierre, s'adressant à la foule des disciples : « Hommes frères , 1l fallait que fût accomplie cette « Ecriture que LE SatNT-EspriT a prononcée d’a-

(1) 1 Rois, x11, 22; — 1 Chron., xvn, 8; — Luc, 1, 2. — CARE EXO TE VIT, 13 XVII, 15 XXT, L5 XAV, PCONMENESTERONVET, f; xxx, 1; et souvent ailleurs.—Voyez Es., 1, 2; —Jér., 3, 1. 2, 9,14.—Ez., ur, 4, 10, 11. —Osée, 1, 1, 2, etc.— (3) Malach., r. 1. — (4) Osée, 1, 1, 2.—(5) Agg., 1, 1.—(6) Exod., 1V, 12, 15. (7) évéBees Ü où LXX ). — Nomb., xxur, 5. — (8) AC., IV, 25.

« Vance , PAR LA BOUCHE de David, touchant Ju- « das 1, » Aussi le même apôtre, dans le saint lieu , sous le portique de Salomon, criait-il au peuple de Jérusalem : « Le Dieu de vos pères a accompli les choses qu’iL AVAIT ANNONCÉES d'avance PAR LA BOUCHE DE TOUS SES PROPHÈTES ?. »

Pour les apôtres donc, David dans ses cantiques, et tous les prophètes dans leurs écrits, quelles que fussent les pieuses émotions de leur âme, n'étaient que la bouche du Saint-Esprit. C'était David qui DISAIT ; C’étaient les prophètes QUI ANNONCAIENT ; mais aussi C'était Dieu QUI DISAIT PAR LA BOUCHE de David, son serviteur ; c'était Dieu QUI AVAIT ANNONCÉ PAR LA BOUCHE de tous ses prophètes.

(Actes, I, (6,—1IT. 18-21,—IV, 25.)

Et qu'on veuille bien encore examiner avec soin, d’après le grec, cette expression qui revient si souvent dans l'Evangile, et qui est si concluante : «Afin « que füt accompli ce qui avait été dit PAR LE MOYEN « DU PROPHÈTE,—(etmême)—ce qui avait été dit « PAR LE SEIGNEUR , PAR LE MOYEN DU PRO- « PHÈTE (AIA TOÙ TPOYATOU, — ef même — YO roi « Kupiou, AIA +05 TpoghTo ), disant 3...»

C'ést dans un sens tout à fait analogue que la sainte Ecriture donne le nom de prophètes et de faux prophètes aux hommes imposteurs qui mentaient

(1) Act., 1, 16. — (2) Act., im, 18.—(3) Matth, 1, 22; nn 5, 19, 23; XH1, 385; xxt, 45 xxXVIT, 9: 1v, 143 vais, 17: X11, 17.

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parmi les gentils, dans les temples des faux dieux, soit qu'ils ne fussent que des fourbes vulgaires, prétendant faussement à des visions de Dieu; soit qu'ils fussent réellement la bouche d’un pouvoir occulte, d’un ange malfaisant, et d’un esprit de Python !

Et c’est encore dans ce même sens que saint Paul , en citant un vers d’Epiménide, poète, sacrificateur et devin chez les Crétois, l’appelait « un de leurs prophètes ; » parce que tous les Grecs le consultaient comme un oracle; que Nicias l’alla prendre en Crète, de la part des Athéniens, pour purifier leur ville; et qu’Aristote, Strabon ?, Suidas ÿ et Diogène Laërce * nous disent qu’il prétendait annoncer l’avenir et découvrir les choses inconnues.

De toutes ces citations, il demeure donc établi que, dans le langage des Ecritures, les propheties sont «des paroles de Dieu, mises dans la bouche de l’homme. »

C’est donc aussi par un abus évident que, dans le langage vulgaire , on semble n’entendre par ce mot qu’une prediction miraculeuse. — Les prophéties pouvaient révéler le passé aussi bien que l’ave-

(1) Act., xu1, 6. — Jérém., xxIx, 1-8. — 9 Rois, X, 19.— Deut., xut, À, 3-5. — Zach., x1r1, 2. — 1 Rois, xvrur, 19.— Les Lxx rendent souvent N°23 par Yevdorcounrns, (Jér., VI. 13, xx VI, 7-8, 11-16; xxvu, 1: xxXIX, 1-8. —— Zach., xin, 2.) — (2) Georg., lib. X. — (3) In voce Eriues. — (4) Vita Epimeu.

nir : elles dénonçaient les jugements de Dieu; elles interprétaient sa parole; elles chantaient ses louanges; elles consolaient son peuple; elles exhortaient les âmes à la sainteté ; elles rendaient témoignage de Jésus-Christ.

Et comme « aucune prophétie n’avait lieu par une volonté d'homme, » un prophète, comme nous l'avons déjà donné à entendre, n’était prophète que par intervalles , et selon que l'Esprit le faisait parler (Act., 11, 4).»

Un homme prophétisait quelquefois sans le prévoir, quelquefois encore sans le savoir , et quelquefois même sans le vouloir.

J’ai dit sans le prévoir, et souvent même au moment où il pouvait s’y attendre le moins. Tel fut le vieux prophète de Béthel ({ Rois, xin1, 20). — J’ai dit sans le savoir : tel fut Caïphe (Jean, x1, 51). — J'ai dit enfin sans le vouloir : tel fut Balaam, lorsque , voulant par trois fois maudire Israël, il ne put, par trois fois, faire sortir de sa bouche que des paroles de bénédiction (Nomb., XXI11, XXIV ).

Nous en donnerons d'autres exemples, pour compléter la démonstration de ce que c’est en général qu'une prophétie, et pour arriver ainsi à comprendre plus pleinement l'étendue de l’action de Dieu dans ce que saint Pierre appelle la prophétie éerite ( TPOPNTELRY Ypayñs ).

(UTP

88 PREUVE SCRIPTURAIRE. À

Nouslisons, au xiedesNombres(25 à 29), qu'aussitôt que l'Eternel eut fait reposer l'Esprit sur les” soixante et dix anciens, «ils prophétisèrent ; » mais (est-il ajouté) «ils ne continuèrent pas. » — L’Esprit vint donc sur eux dans un moment inattendu ; et après qu'il eut ainsi « parlé par eux, » et que« sa parole eut été sur leur langue (2 Sam.,xxuH, 1, 2)» ils ne conservèrent plus rien de ce don miraculeux, et. ne furent prophètes que pour un jour.

Nous lisons,au premier livre de Samuel (chap. x),

avec quelle puissance imprévue l'Esprit de l'Eter-

nel saisit le jeune roi Saül, au moment où, cherchant les ânesses de son père, il rencontra une compagnie de prophètes, qui descendaient du saint lieu. « Qu'est-il arrivé au fils de Kis? » se demandait-on l’un à l’autre; « Saül aussi est-il entre les prophètes? » | | Nous lisons, au x1° chapitre, quelque chose de plus frappant encore. — Saül envoie des hommes à Rama, pour se saisir de David; mais aussitôt

qu’ils ont rencontré Samuel et lassemblée des

prophètes qu’il préside, l'Esprit de l'Eternel vient sur ces hommes de guerre; et eux aussi font les prophètes.» — Saülen envoie d’autres; et «eux aussi ‘ont les prophètes.» —Saülenfin s y rend lui-même; «et lui aussi fait le prophète, tout ce jour-là et toutela nuit, en la présence de Samuel.» — «L'esprit de Dieu, nous est-il dit, S'ÉTAIT SAISI DE LUI. »

Mais c’est particulièrement par une étude attentive des chapitres x11 et x1v de la première Epitre aux Corinthiens que l’on arrive à l’exacte connaissance de ce qu’étaient, dans la prophétie, l’action de Dieu et la part de l’homme.

L'Apôtre y donne à l’église de Corinthe les regles qu’on y devait suivre dans l’usage de ce don miraculeux. — Ses conseils répandront un grand jour sur cet important sujet. On y reconnaitra bientôt les faits et les principes suivants.

io Le Saint-Esprit conférait alors aux fidèles, pour l'utilité commune , des dons très-variés (XIT, 7-10): à l’un, celui des miracles; à l’autre, celui de guérir; à l’autre, de discerner les esprits; à l’autre, de se faire entendre en des langues étransères que lui-même ne comprenait pas en les parlant; à un autre, de les interpréter; à un autre enfin, de prophetiser, c’est-à-dire de prononcer en sa propre langue des paroles dictées de Dieu.

2° Un seul et même esprit distribuait à son gré ces divers pouvoirs miraculeux 1.

3° Ces dons étaient un Juste sujet de zèle et d’ambition chrétienne (no5x, x1v, 1, 39). Mais celui de tous qu'il fallait regarder comme le plus désirable, c'était celui de propheuser ; car on pouvait parler une langue inconnue sans édifier personne ; et ce

(1) Verset 11.—Voyez aussi Eph., 1v, 7; et Ael., x1x, 1 à 6.

miracle était « plutôt utile aux incrédules qu'aux « croyants; » tandis que « le don de prophétiser édi- « fait, exhortait, et consolait (1 Cor. x1v, 1-3). » 4° Cette prophétie, c’est-à-dire ces paroles qui descendaient miraculeusement sur les lèvres que le Saint-Esprit avait choisies pour un tel office, cette prophétie revêtait des formes très-diverses. — Quelquefois l'Esprit donnait un psaume ; quelquefois c'était une instruction; quelquefois une révélation; quelquefois aussi c’était une interprétation miraculeuse de ce que d’autres avaient exprimé miraculeusement en des langues étrangères !.

5° Il y avait évidemment dans ces prophéties une œuvre de Dieu et une œuvre de l’homme. — C’étaient les paroles du Saint-Esprit; mais c’étaient aussi les paroles du prophète. — C'était Dieu qui parlait, mais en des hommes, mais par des hommes, mais pour des hommes ; et vous y eussiez retrouvé le son de leur voix, peut-être aussi les tournures habituelles de leur style , peut-être encore des allusions à leurs propres expériences, à leur position présente, à leur individualité.

6” Ces faits miraculeux se prolongèrent dans l'Eglise primitive pendant la longue carrière des apôtres. Saint Paul, qui écrivait sa lettre aux Corinthiens vingt ans après la mort de Jésus-Christ ,

(1) Vers. 26 à 31.—Et { Sam., x, 6; xvut, 10.

leur en parle comme d’un ordre de choses commun et habituel , qui existe depuis un certain temps au milieu d'eux, et qui doit encore s’y continuer.

7° Les prophètes, bien qu’ils fussent la bouche de Dieu , pour faire entendre ses paroles , n'étaient cependant pas absolument passifs, pendant qu'ils prophétisaient.

« Les esprits des prophètes, dit saint Paul, étaient soumis aux prophètes ( 1 Cor., xIvV , 32);» c'est-à-dire que les hommes de Dieu, tandis que sa parole prophétique était sur leurs lèvres, pouvaient cependant en arrêter l'essor par l’action répressive de leur propre volonté, à peu près comme un homme suspend , quand il le veut, le cours d’ailleurs presque involontaire de sa respiration. — Ainsi, par exemple, si quelque révélation descendait sur « l’un de ceux qui étaient assis ,»il fallait que le premier qui parlait alors « se tût, se rassit et le laissât parler. »

Appliquons maintenant ces principes et ces faits à la prophétie de PEcriture (rf rpognreix ypagñs) , et au passage de saint Pierre pour l'explication duquel nous les avons exposés.

« Aucune prophétie de l’Ecriture, disait-il, n’est « d’une explication particulière; car jamais pro- « phétie ne fut apportée par une volonté d'homme « (2 Pier., 1, 21); mais c’est portés par le Saint- « Esprit que les saints hommes de Dieu parlèrent.»

92 PREUVE SCRIPTURAIRE.

Voilà donc l'inspiration pleine et entière des Ecritures clairement établie par l'Apôtre; voilà l'ECRITURE assimilée à ces prophéties que nous venons de définir. — Elle n’est « point apportée par une volonté d'homme ; » elle est entièrement dictée par le Saint-Esprit; elle nous donne les propres paroles de Dieu; elle est entièrement (66 et dirveuoros) donnée par le souffle de Dieu.

Qui oserait donc, après de telles déclarations, soutenir que, dans les Écritures , les expressions ne sont pas inspirées” Ce sont des PROPHÉTIES ÉCRITES (race TDOPNTELX vpagùs ). On ne saurait donc plus opposer à notre conclusion qu’une seule difficulté. Le témoignage et le raisonnement sur lequel elle s'appuie sont d’une telle évidence qu'on n'y peut échapper que par cette objection : Nous convenons, dira-t-on, que la prophétie écrite (rpopnteix ypusñs) a, sans contredit, été composée par cette puissance du Saint-Esprit qui agissait dans les prophètes ; mais le reste du livre, mais les Épitres, les Évangiles et les Actes, mais les Proverbes, les Livres des Rois, et tant d’autres écrits purement historiques, n’ont point de titres pour être placés au même rang.

Arrêtons-nous donc ici ; et, avant que de répondre , reconnaissons jusqu'où notre argument a été conduit.

11 doit être déjà bien reconnu qu’au moins toute

la partie des Écritures appelée PRoPHÉTIE , quelle qu'elle soit, a été completement dictée de Dieu ; en sorte que les mots mêmes, aussi bien que les pensées, y ont été donnés de lui.

Mais maintenant, qui nous Ts d'établir une distinction entre l’un quelconque des livres de la Bible et tous les autres livres? — Tout n'y estil pas donné par prophétie? — Oui, sans doute, tout y est également garanti de Dieu; c’est .ce que nous allons prouver. |

Secrion III.—Toutes les Écritures de l’Ancien-Testament sont prophétiques.

Et d’abord toutes les Écritures sont indistinetement appelées LA PAROLE DE DIEU. — Ce titre déjà tout seul devrait nous suffire pour nous montrer que, si Ésaïe a commencé ses prophéties en invitant les cieux et la terre à prêter l'oreille, parce que l'Éternel a parlé {, la même sommation doit sortir pour nous de tous les livres de la de parce qu'ils sont tous appelés « la parole de Dieu. » — « Cieux, écoutez; et toi, terre, prête l’ are: « car l Éternel a parlé!»

Nous ne saurions trouver nulle part un seul pas-

(1) Esaïe, 1, 2.

94 PREUVE SCRIPTURAIRE.

sage qui nous permette d'en détacher une seule des parties comme moins divine que toutes les autres. — Dire que ce livre tout entier est «la parole de Dieu,»n'est-ce pas attester que les phrases mêmes dont il se compose ont été données de lui?

Or la Bible tout entière n’est pas seulement nommée « la parole de Dieu (à Aôyos roÿ 605) ; »elle est appelée, sans distinction, LES ORACLES DE DIEU (r& héqua 05 0205 )1, Qui ne sait ce qu'étaient les oracles, dans la pensée des hommes anciens? Étaitil donc un mot qui püt exprimer plus absolument une inspiration verbale et complète ? — Et comme si ce terme qu'emploie saint Paul ne suffisait pas, nous entendons encore Étienne « rempli du saint Esprit » les appeler des ORACGLES vVIVANTS (hôyeæ Zävra ); « Moïse, dit-il, reçut les oracles vivants pour nous les donner (Act., vit, 38 )»

Toutes les Écritures , sans exception, sont donc une parole continue de Dieu; c'est sa voix miraculeuse ; ce sont ses prophéties écrites et ses oracles vivants. — Laquelle de leurs diverses parties en oseriez-vous donc retrancher ? — Les Apôtres les distinguent souvent ez deux parties, quand ils les appellent « Moïse et les Prophètes. » — Jésus-Christ les distinguait en trois parties 1, quand il disait à ses Apôtres : « [Il fallait que toutes les choses qui

(1) Rom., 11, 2,—(2) Luc, xx1v, 44.

« sont écrites de moi, dans Moïse, dans les Prophè- «tes et dans les Psaumes, fussent accomplies. » — D'après cette division, où notre Seigneur se conformait au langage de son temps, l’Ancien-Testament se composerait donc de ces trois parties : Moise, les Prophètes et les Psaumes; comme le Nouveau-Testament se compose des Évangiles, des Actes, des Épîtres et du Livre des Révélations. — Laquelle donc de ces trois parties de l'Ancien- Testament, ou laquelle de ces quatre parties du Nouveau, oseriez-vous sortir de ?’ Écriture des prophetes (rpognreius ypayüs) | ou de la parole inspirée ( 6605 oyou — ypayñs Oeorveu groÿ )?

Serait-ce Moïse ? — Mais qu'y a-t-il de plus saint et de plus divin, dans tout l’Ancien-Testament, que les écrits de cet homme de Dieu? — II était tellement un prophète que ses saints livres sont mis au-dessus de tout le reste, et s'appellent LA LOT, par excellence. — Il était tellement prophète qu'un autre prophète, en parlant uniquement de seslivres, disäit : « La loi de l’Éternelest parfaite (Ps. x1x, 7); « les paroles de l’Éternel sont des paroles pures : « c'est un argent affiné au fourneau de terre, épuré « par sept fois (Ps. xn, 6).»—Il était tellement prophète qu’il ne se compare qu’au Fils de Dieu. « C’est ce Moïse, est-il écrit, qui disait aux enfants d'Israël : « Le Seigneur, notre Dieu, vous suscitera «UN PROPHÈTE TEL QUE MOI, d’entre vos frères :

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« écoutez-le (Act., vi1,37)!»— Il était tellement un prophète qu'il avait coutume de faire précéder ses ordres de ces paroles : « Ainsi dit l'Éternel. » —- Il était tellement prophète que Dieu lui avait dit : « Qui est-ce qui a fait la bouche de l’homme? « n'est-ce pas moi l'Éternel ? Va donc maintenant ; « Car je serai avec ta bouche, et je t’'enseignerai ce « que tu auras à dire(Exod. vi, 11, 12).»—Il était tellement prophète enfin qu'il est écrit : « Et «il ne s’est jamais levé de prophète en Israël comme « Moïse, qui ait connu l'Éternel face à face » (Deut. XXXIV, 10). .

Quelle autre partie de l’Ancien-Testament excluriez-vous donc des Écritures prophétiques? — Serait-ce la seconde ? celle que Jésus-Christ appelle les prophètes, et qui comprend tout l’Ancien- Testament, à l'exclusion de Moïse et des Psaumes, et quelquefois à la seule exclusion de Moïse? — Il est bien digne de remarque que Jésus-Christ, et les Apôtres, et tout le peuple, appellent habituellement du nom de prophetes tous les auteurs de l'Ancien-Testament. — On avait coutume de dire, pour désigner l’Ecriture entière : « Moïse et les prophètes (Luc, xx1v, 25,27, 44; Matth., v, 17; vin, 125 x1, 13; X11, 40; Luc, XVI, 16, 2987 xx, 42; Act., 1, 20; 11, 21, 22% VIT, 55,37 vin, 285 XXVI, 22, 27; XXW1,/285 ROM: 1 Sa, 21; x, 5; ete., etc. ).» — Jésus-Christ appelait tous

leurs livres les Prophetes : — ils étaient prophètes. — Josué donc était prophète; les auteurs des Chroniques étaient prophètes, tout comme Ésaïe, Jérémie , Ézéchiel, Daniel, Osée et tous les autres, jusques à Malachie.

Ils écrivaient donc tous des Écritures prophétiques (rpogpnciar ypañs); tous, des paroles dont saint Pierre nous a dit « qu'aucune d’elles ne fut ap- « portée par une volonté d'homme; » tous, ces is ypépuara, cesc Saintes Lettres » que l’Apôtre déelare « divinement inspirées 1. » — L'Éternel disait d’eux tous, comme de Jérémie : « Voici, j'ai mis mes paroles en ta bouche ? ; » et comme d’Ézéchiel : « Fils d'homme, va, et leur prononce MES paroles ; — parle-leur, et leur dis que le Seigneur, l'Éternel A AINSI PARLÉ Ÿ! »

Et que toutes les phrases, toutes les paroles leur fussent suggérées de Dieu, c’est ce que montre avec évidence un fait qui nous est plus d’une fois rapporté , et que l'étude de leurs écrits nous remet fréquemment sous les yeux, savoir : qu’ils étaient chargés de transmettre à l’Église des oracles dont la signification leur devait encore demeurer voilée. — Daniel, par exemple, déclare plus d’une fois qu'il n’a pu saisir le sens prophétique des paroles sorties de ses propres lèvres, ou tracétes de sa

(1) 2 Tim., ut, 16. —(2) Jér., 1, 1, 2, 9. —(3) Ezéch., mi

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main !. — Les types, imprimés de Dieu dans tous les événements de l’histoire primitive, ne devaient être reconnus que bien des siècles après les hommes chargés de nous en réciter les traits; et le Saint- Esprit nous déclare que les prophètes, après avoir tracé leurs saintes pages , s’appliquaient à les étudier avec l'attention la plus respectueusé, comme ils eussent fait des autres Écritures, « cherchant à «comprendre CE QUE L'ESPRIT DE CHRIST, qui « était en eux, PRÉDISAIT, touchant les souffrances « et les gloires futures du Messie ?. y — Les voyezvous , ces hommes de Dieu, courbés sur leurs propres écrits? Ils y méditent les paroles de Dieu et les pensées de Dieu : vous en étonnerez-vous, puisqu'ils viennent d'écrire , pour les élus de la terre, et pour les principautés et les puissances des cieux 3, les doctrines et les gloires du Fils de Dieu ; et puisque ce sont « des choses dans lesquelles les anges désirent de voir jusqu’au fond? »

Voilà pour Moïse et pour les Prophètes; mais que direz-vous des Psaumes? — Seraient-ils moins donnés que tout le reste par l'Esprit de prophétie? Les auteurs des Psaumes ne sont-ils pas toujours nommés Prophetes 4? Et s'ils sont quelquefois , comme Moïse, distingués des autres prophètes ,

(1) Dan., xur, 4, 8, 9; vint, 27; x, 8, 21. — (2) 1 Pier., 1, 10, 11, 12.—(3) Eph., nt, 10, 11.—(4) Matth., xiu, 35; pour Asaph (Ps. LXXVIN).

L'A.-T., PROPHÉTFOUE. 9g n'est-ce pas évidemment pour leur assigner une place plus éminente? — « David était prophète , » dit saint Pierre (Aet.,11, 30). — Écoutez-le luimême parlant de ce qu’il est : « L'Esprit de l’Éter- « nel à PARLÉ PAR MOI, dit-il, et SA PAROLE a été « SUR MA LANGUE (2 Sam., XXII, 1.2). — Ce que David écrivait, et même, le détail de ses mots, il écrivaits PARLANT PAR LE SAINT-ESPRIT, »a dit notre Seigneur (Mare, x11, 36). — Aussi les Apôtres, en le citant (dans leur prière), ont-ils soin de dire : « Il fallait que fût accomplie cette Écriture qu'avait dite le Saint-Esprit par la bouche de David (Act.,1, 16 ).» — «C’est toi, Éternel, qui as dit par la bouche de ton serviteur David (Act. 1V, 25).» — Que dis-je? ces psaumes étaient à tel point tous dictés par l'Esprit, que les Juifs et que Jésus-Christ lui-même les appelaient du nom de Lot :toutes leurs paroles faisaient lo:; leurs moindres mots étaient de Dieu. —« N’est-il pas écrit dans VOTRE LOI, » disait Jésus en les citant, et en les citant même POUR UN SEUL MOT (comme nous serons appelés à le montrer bientôt).

(1) Jean, x, 34; x11, 84. = Saint Paul (Rem., 111, 19) appelle également du nom de LOI tout l’A.-T., et plus spécialement Esaïe, les Proverbes et les Psaumes (qu’il venait de citer). Cette remarque n’a pas échappé à Chrysostome ( Homil VIT) : éyrauba roùs Vahuoës Nomov éxähese, et Théophylacte ajoute : xoi ra vou Howicu.

Tout l'Ancien-Testament est done, dans le sens scripturaire de cette expression, une PROPHÉTIE ÉCRITE (rpognis ypavñc). Il est donc pleinement inspiré de Dieu , puisque, suivant le témoignage de Zacharie, « c’est Dieu qui a parlé par la bouche de « ses saints prophètes, qui ont été de tout temps, » et que, suivant celui de Pierre, « e’est poussés par «le Saint-Esprit qu'ils parlèrent ?. »

Ilest vrai que, jusqu'ici, nos raisonnements et les témoignages sur lesquels ils se fondent ne regardent directement que les livres de l’Ancien- Testament ; et l’on pourrait peut-être nous objecter que nous n'avons encore rien prouvé pour le Nouveau. |

Nous commencerons , avant de répondre, par demander s’il serait probable que le Seigneur eût voulu donner à son peuple des révélations successives , et-que cependant la plus récente et la plus importante de ces révélations fût inférieure à la première. Nous demanderons s’il serait rationnel d'imaginer que le premier Testament , qui ne contenait que « les ombres des choses à venir, » eût été dicté de Dieu dans tout son contenu, tandis que le second Testament, qui nous présenté le grand objet auquel se rapportaient toutes ces ombres, et qui

(1) Luc, 1,170.—(2) 2 Pier., 1, 21.—Voyez aussi Matth., 1, 29: xx1r, 43.—Marc, x, 96.

L'A.-T., PROPHÉTIQUE. 101 nous décrit les œuvres, le caractère, la personne et les paroles même du Fils de Dieu, serait moins inspiré que le premier. — Nous demanderons si l’on peut croire que les Epitres et les Évangiles, destinés à révoquer plusieurs des ordonnances de Moïse et des Prophètes, fussent moins divins que Moïse et les Prophètes ; et que l’Ancien-Testament fût tout entier une parole de Dieu, tandis qu’il serait remplacé , ou du moins modifié et consommé, par un livre, en partie parole de l’homme, et en partie parole de Dieu!

Mais il n’est pas même besoin de recourir à ces puissantes inductions pour établir l'inspiration prophétique de l'Évangile , et même sa supériorité sur Moïse et les Prophètes.

SECTION IV. — Toutes les Ecritures du Nouveau-Testament sont prophétiques.

L’Écriture, dans son langage constant, place les écrivains du Nouveau-Testament sur le même rang que les prophètes de l'Ancien; et même, quand elle établit entre eux quelque différence , c’est toujours pour mettre les derniers venus au-dessus des premiers , autant qu’une parole de Dieu est supérieure (non pas en divinité, sans doute, non pas en dignité, mais en autorité) à la parole qui l’a précédée.

Qu'on veuille bien donner son attention au pas-

102 PREUVE SCRIPTURAIRE.

sage suivant de l’apôtre saint Pierre. Il est trèsimportant, en Ce qu'il nous fait voir que , du vivant des Apôtres, le livre du Nouveau-Testament était déjà presque entièrement formé, pour faire un seul tout avec celui de l’Ancien. — C'était vingt ou trente ans après la Pentecôte, que saint Pierre se plaisait à citer « TOUTES LES ÉPITRÉS DE PAUL,

« son frère bien-aimé; et qu'il en parlait comme « d'écrits sacrés, » qui, déjà de son temps, faisaient partie des Saintes Lettres (por ypéuvarw), » et se devaient classer « avec LE RESTE DES ÉCRITURES (de aai rüs Dourës ypayus \. » I] leur assigne le même rang ; et il leur déclare que« les hommes igno- «rants ne les peuvent tordre qu'à leur propre « perdition. » — Voici ce passage important : « No- « tre frère bien-aimé Paul, dit-il, vous a écrit selon « la sagesse qui lui a été donnée, comme 12 l'a fait « dans TOUTES SES ÉpiTREs, où il parle de ces « choses parmi lesquelles il en est de difficiles à « comprendre, que les personnes ignorantes et mal « affermies tordent, ainsi que le RESTE DES ÉGRI- « TURES, à leur propre perdition !. »

L’apôtre, au verset 2 du même chapitre , s'était déjà mis, avec les autres apôtres, au même rang et revêtu de la même autorité que les écrivains sacrés de l'Ancien-Testament, lorsqu'il avait dit :« Sou-

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