THÉ0K1E CATHOLIQUE
ayant tout ce qu’il faut néanmoins pour arriver à tle grandes destinées; siècle instruit, mais sans pensée vivace et inspiratrice; siècle de mouvement , mais sans loi morale pour régler son activité ; siècle de puissance, où le génie manque ; siècle de conception , mais qui se perd par l’absence de l’unité.
Et ce que nous disons du siècle, lui-même l’atteste par ses travaux vagues et indécis. Il l’atteste par ses efforts singuliers pour saisir quelque part une croyance qui le vivifie. Vous l’avez vu par ces étonnantes proclamations d’un dogme nouveau, d’un christianisme rajeuni. Si d’une part il s’élève des voix qui disent que le christianisme est une ruine, d’autre part voici des voix qui disent qu’il va revivre sous une autre forme. On dirait des voyageurs égarés qui se précipitent vers un rayon de lumière qui perce la nue! La nuit les trouble, ils aspirent après le soleil; ils le nomment dans leur douleur; heureux si, le soleil venant à leur apparaître, ils le saluent avec reconnaissance et avec amour.
Que le siècle ne s’y trompe pas. Il chercherait vainement le principe qui doit féconder son énergie, s’il ne se tourne pas vers le christianisme, cette religion des esprits, cette communication du ciel à l’humanité!
Il ne lui suffit pas d’aspirer à une vérité inconnue, s’il ne la saisit dès qu’elle lui est montrée.
Et toutefois nous louons et nous bénissons cet instinct qui le précipite vers la pensée chrétienne, tout en imaginant de la transformer; nous louons cette simple acceptation même du mot christianisme, que précédemment il fallait arracher de la langue philosophique comme un mot suspect , et nous tirons bon augure de cette modification de la science humaine, qui tout à l’heure était si superbe et si railleuse.
Que dirons-nous enfin ? voici peut-être un signe qui va marquer l’avenir de notre siècle. Au siècle précédent il fallut offrir un vaste travail de doute et d’anarchie, où la science fût par degrés exercée à briser la loi d’autorité ou d’enseignement dont Dieu a fait le principe du développement moral de l'humanité; à notre siècle il faut offrir un vaste travail d’unité et de certitude, où la science apprenne à coordonner ses découvertes , et à les rattacher par une chaîne d’or à la voûte lumineuse des deux.
C’est là peut-être , disons-nous , tout le présage de la grandeur de notre siècle. Car ainsi se révèle le besoin qu’il a de se raviver lui-même par la croyance. Et de même que l’Encyclopédie du dix-huitième siède exprima la force de destruction qui sourdement agissait au sein de la société ancienne, de même l’Encydopédie présente sera l’expression de la force d’unité qui réagit sur les débris épars de la société nouvelle.
Que les talens de notre époque soient rendus au calme de la foi, et leurs créations en seront mieux inspirées; que la poésie soit chrétienne, et elle
ne ressemblera plus à un délire; que la science proclame Dieu, et elle perdra son âpreté ; que les arts soient religieux, et ils seront féconds; que l’histoire soit catholique, et elle comprendra les siècles; que la politique se souvienne de la providence, et elle sera humaine; que la législation soit charitable, et elle sera sociale; qu’ainsi toutes les connaissances soient animées par une pensée d’unité, et les hommes béniront le bienfait de la civilisation, et la paix consolera la terre, et l’humanité suivra doucement sa course vers le ciel.
C’est à ce progrès que l’Encyclopédie du dix-neuvieme siècle convie les intelligences contemporaines; et c’est à ce prix qu’elle promet à notre âge la réalisation de ses destinées. Si quelques-uns pensaient que cette espérance n’est qu’un rêve, encore la respecteraient-ils comme un vœu de philantropie ; car voici encore un présage que nous aimons , c est que désormais la bienveillance reste acquise à toutes les pensées de conviction et de probité; et cela même est un retour vers le christianisme, dont la loi est la persuasion, et la domination est l’indulgence.
Indiquons avec rapidité comment l’Encyclopédie entend rétablir cette grande unité des sciences par l’inspiration chrétienne.
Pour l’objet que nous nous proposons toute classification généalogique des sciences paraît inutile; et d’ailleurs ce travail serait superflu, après la savante théorie que M. Gerbet vient d’exposer sur ce grand sujet.
Suivons des nomenclatures vulgaires. Elles nous serviront bien toujours à ramener la philosophie des sciences à Dieu , qui est la loi fondamentale et harmonique des êtres. Observons seulement qu’en de pareilles divisions, la faiblesse de l'intuition humaine se fait tristement sentir; car les objets des connaissances se rapportant les uns aux autres et se mêlant pour se coordonner, la pensée, au lieu de les séparer par des classifications , souvent arbitraires , devrait pouvoir les embrasser dans leur ensemble; ou bien, si elle les distingue, à cause de la variété des rapports qui existent entre les êtres, elle devrait pouvoir saisir cette réalité de natures diverses, sans rompre le lien qui les rattache à un même centre. Mais la science humaine est impuissante à comprendre pleinement, soit cette unité féconde, soit cette distinction précise; et ses plus ingénieux travaux sont exposés à n’atteindre tantôt qu’à une apparence de confusion, s’ils procèdent par voie de synthèse , tantôt qu’à une apparence de caprice, s’ils