‹ Theorie catholique des sciences par m. LaurentieChapitre 4 sur 6 · VU · texte numérisé non relu

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Ne semble-t-il pas que par cet aperçu des sciences qui ont l'homme moral et la société pour objet, toute l’humanité est expliquée ?

Aussi désormais nous pourrons marcher plus rapidement dans l'examen philosophique des autres sciences. Voici que le christianisme nous a montré la lumière qui les éclaire; nous ne les suivrons pas dans le détail de leurs découvertes, mais nous distinguerons en chacun de leurs efforts le principe meme d’où dérive la certitude de leurs notions, et la puissance de réflexion par laquelle l’homme les élabore en lui-inéme et les répand ensuite toutes fécondées au dehors de son intelligence-.

Les sciences historiques viennent les premières confirmer les principes généraux que nous avons posés.

L’histoire , dans le système scientifique que nous résumons, n'est pas apparemment une simple collection de souvenirs, qui se rapporteraient à l’existence privée ou publique des hommes, mais qui ne se rattacheraient à aucune pensée antérieure de création ou d’autorité; l’histoire, ainsi restreinte à des laits même importons, mérite à peine le nom de science; c’est une compilation faite peut-être avec éloquence, mais qui manque d’instruction morale et philosophique; c’est un drame, c’est une épopée, c'est une œuvre de j>oésie grande et belle, mais une œuvre sans rapport avec le système scientifique de l’humanité.

Agrandissons l’histoire pour en faire quelque chose de supérieur aux travaux artificiels des poètes, et surtout aux travaux mécaniques des compilateurs.

Peu s’en faut que de la sorte nous ne fassions de l'histoire la première ’ ries sciences. Et du moins elle les embrasse toutes sans exception dans son domaine. L’histoire embrasse l’homme, la famille, la société, l’humanité. L’histoire touche au berceau du monde. Elle suit le mouvement des êtres; elle voit naître la création; elle entend et elle voit Dieu conversant avec l’homme; elle recueille les premiers accidens de la vie humaine; elle a le secret des misères qui couvrent la terre ; elle voit se former les peuples; elle garde la mémoire (h-s crimes et des expiations; rien ne lui est voilé, et par elle l’homme, à quelque point qu’il soit jeté dans l’immensité des temps , peut toujours avoir la révélation des mystères qui l’enveloppent, et l’explication des doutes que le désolent.

En un mot l’histoire est comme une philosophie où vont se dénouer toutes les difficultés des philcsophies qui ont l’homme et le monde pour objet.

Nous cherchons l’uuité des sciences ; elle est dans l’histoire.

L’histoire est en dernière analyse la raison de toutes les croyances de l’homme. Comment en serait-il autrement? La pure théorie ne saurait être propre à l’humanité. Tout pour elle se réduit en faits constatés en quelque sorte, jusqu’à la religion, la science des purs rapports des êtres intelligens avec Dieu, suprême intelligence.

En effet ces rapports , en tant qu’enseignés ou montrés à l’homme, lui deviennent des faits, ne fût-ce que dans leur mode de révélation. Et il les croit avant de les comprendre.

C’est pourquoi la démonstration la plus philosophique de la religion', c’est l’histoire.

La philosophie, par ses efforts de raisonnement, arrive bien à montrer les lois de l’humanité, mais l’histoire les avait d’abord indiqués à la philosophie.

On ne fait pas attention à cet ordre harmonique qui met l’histoire, ou les faits de l’humanité, avant la philosophie ou la réflexion.

Dans toutes les choses de la vie morale il en est ainsi. La«science des devoirs serait futile, si l’histoire ne la précédait ; car c’est l’histoire qui dit à l’homme l’origine des lois formelles de son existence.

De même dans la vie sociale. Comment la philosophie démontrera-t-elle la société, si l’histoire ne la lui montre comme un fait primitif indépendant de l’homme même ?

Sans l’histoire, il n’y a point de science humaine.

Pauvre science humaine ! Le premier soin qui la travaille est de détruire l’histoire ; c’est comme si elle se détruisait elle-même.

Pour ne parler que d’nn seul, fait historique, mais du fait auquel sont attachés tous les anneaux de l’histoire, du fait de la création, n’est-il pas visible qu’en le faisant disparaître, la science des temps modernes couvrait le monde d’une vaste obscurité ?

Car enfin l’homme a commencé sur la terre. Il est trop visible qu’il n’est pas éternel , lui, être chétif qui naît et meurt dans la faiblesse et la honte ; lui frappé de tous les stygmates visibles de la destruction.

Que la science donc recule, tant qu’il plaît à son caprice, l’apparition de l’homme sur la terre, afin de donner un démenti à l’histoire, qui le montre à une époque précise et récente ! Plus elle se perd dans les temps, plus elle se ment à elle-même; car si l’homme est antique, la civilisation ne l’est pas. Cette civilisation, nous la touchons partout du doigt, nous touchons ses menu mens épars dans les ruines des peuples. Or si la civilisation a commence à un moment qui n’est pas très lointain , il va falloir que la science admette une succession antérieure et indéfinie d’âges ou de siècles dans lesquels l’humanité serait restée inféconde ! La pensée se

pmi dans rot le simple hypothèse, qui, une fois admise, doit être étendue jusqu’à l’infini.

Mais encore, après tout, il fandra bien toucher à une limite: ainsi ne voulant point de la création à une époque certaine et historique, voilà que la science est contrainte de l’admettre à une époque indécise et hypothétique, laissant ensuite un immense vide, impossible à remplir, et désolant’à imaginer. Quelle rêverie !

Revenons à l’histoire, et voyons comment dans la marche <Jes temps elle nous explique l’humanité.

Il est remarquable qu’ayant établi par le raisonnement la nécessité pour l’homme de déduire ses connaissances morales d’un fait primitif de révélation, l’histoire vienne nous montrer précisément par ses récits que toute la science humaine repose en effet sur une telle base.

L’histoire nous fait assister à l’origine de l’homme, de la famille et des sociétés , et sans ce souvenir fidèlement conservé la science humaine ne serait qu’un affreux mystère.

A sa naissance, sous la main de son créateur, l’homme est complet. Ce n’est pas un enfant longtemps bercé sur les genoux de sa mère, et apprenant péniblement à bégayer une langue qu’il ne sait pas, pour exprimer des pensées douteuses encore. C’est une créature achevée, pensante et parlante, douée par conséquent de toutes ses facultés intellectuelles, et répondant pleinement, dès son premier moment d’existence, à la pensée que Dieu a voulu réaliser en disant en lui-même : Faisons l’homme!

Pourquoi la science ne se fixe-t-elle pas à ce souvenir solennel de l’histoire ?

Il lui épargnerait bien des doutes, bien de vaines recherches et de désolantes chimères.

L’histoire explique l’homme par cette simple communication avec Dieu. Elle explique le langage humain 5 elle explique la pensée ; elle explique l’enseignement; elle explique l’universalité de certaines notions qui vivent dans le fond du cœur de l'humanité.

Puis, tout étonnés que nous sommes de je ne sais quelle fatalité qui pèse sur le front des hommes , et les voyant noyés dans les larmes et courbés sous- le poids des douleurs, souvenons-nous de l’histoire encore afin d’avoir le secret de cette créature née dans la gloire et tombée dans l’ignominie.

La destinée de l’humanité n’est intelligible qu’à celui qui a ainsi suivi l’histoire de son origine et de sa déchéance. Toute philosophie doit avouer sans cela son ignorance sur toutes les choses qui tiennent le plus à l’objet naturel de ses recherches.

Ainsi l’histoire préside à la science humaine. Elfe est comme la lumière de l'humanité, non-seulement dans les faits qui se rapportent à la vie extérieure des hommes et des sociétés, mais dans les faits qui se rattachent à leur vie intime ou intelligente, c’est-à-dire dans les opinions, les mœurs, les arts, les sciences proprement dites, les lois, les cultes, les religions, et la fable même.

L’histoire sans doute n’a point toujours été considérée de la sorte. C’est encore au génie chrétien que nous devons cet agrandissement de ses études. Et voici comment, à chaque besoin des hommes, le christianisme répond par une inspiration féconde, comment, à chaque erreur nouvelle, il répond par une effusion de lumières inconnues.

La science ayant voulu armer l’histoire contre le christianisme , il est arrivé que le christianisme a appelé l’histoire comme un témoin de plus de son vieux droit au respect des hommes.

Que n’a-t-on pas demandé à l’histoire, pour servir d’attaque aux croyances chrétiennes?

On a fouillé les mythologies antiques. On a fouillé les temps de barbarie et de superstition. On est remonté dans les vieux âges. On a pénétré dans l’Inde. On a interrogé les débris des cultes éteints. On a demandé à la Chine ses titres d’antiquité. On a sondé le sein de la terre pour lui arracher ses monumens mystérieux. On a fait parler l’orient. On a fait parler les astres mêmes ; et comme de toute cette recherche désordonnée des chose* inconnues, il devait par hasard sortir des révélations plus ou moins analogues à une pensée primitive qui vit entière et resplendissante dans le christianisme, on a cru toucher le moment où la civilisation tout entière se lèverait sur tous les points du globe pour accuser le christianisme de n’ètre qu’une imitation de ces souvenirs épars, de ces dogmes confus, de ces folies disséminées dans l’humanité.

Eh ! bien, Dieu a voulu laisser aller la science jusqu’au bout de sa curiosité hostile et imprévoyante. Puis quand tous les monumens ont été recueillis, quand tous les Ages ont été explorés, quand le triomphe a paru bien assuré à cette pauvre philosophie qui voulait se passer d’une révélation, l’histoire, inspirée par le christianisme, est arrivée au milieu de ces souvenirs amoncelés, et s’est prise à remercier la science de ses labeurs, les trouvant bons et profitables, et les coordonnant merveilleusement à cette grande philosophie de l’humanité dont le secret est dans la tradition de nos livres saints.

L’histoire a pris dès lors un mouvement tout nouveau d’expansion qui a fécondé toutes les sciences , et surtout la science de l’antiquité.

Les mythologies des temps divers avaient été jusque-là un objet de

curiosité poétique ; elles sont devenues un objet de recherche philosophique et de comparaison traditionnelle.

La fable a eu son côté historique; elle a eu son importance morale jusque dans la folie de ses chimères et dans le scandale de ses orgies.

L’unité a paru même dans l’idolâtrie.

Le monde, tel que nous le connaissons par le christianisme, œuvre merveilleuse et divine, s’est retrouvé, quoique informe et incomplet, dans la tradition obscure et dénaturée du monde ancien.

Ainsi l 'archéologie, la soience monumentale du genre humain, a eu sa certitude et sa lumière.

Ainsi la linguistique est devenue comme une partie de l’histoire.

Ainsi toutes les sciences, Fastronomie comme la morale, sont entrées dans son domaine philosophique, et par elle sont arrivées à l’unité, en remontant par elle à une origine commune de toutes les notions de l’humanité.

Certes l’histoire ainsi agrandie présente le plus beau spectacle qui puisse être offert à un regard de philosophe; et il faut bien reconnaître que jamais rien de semblable n’eût pu se voir dans aucun système scientifique, en dehors du christianisme.

Toutefois l’histoire n’a pas perdu son caractère propre, qui semble principalement consister dans la conservation des souvenirs publics de chaque société, ou des exemples mémorables que les grands ou les saints personnages ont laissés au monde.

Mais encore alors elle a retenu cette mission supérieure de faire ressortir de la marche des temps et des révolutions qu’ils produisent, un ensemble moral et une pensée d’ordre qui survit à tous les évènemens et plane sur toutes les ruines: •

De là une science qui n’est pas nouvelle, mais qui semble principalement avoir été formée pour un âge comme le nôtre, âge de trouble et de doute, où l’harmonie providentielle a besoin d’être montrée aux hommes. Cette science , c’est la philosophie de l’histoire.

Si la philosophie de l’histoire n’était qu’un vague raisonnement sur l'histoire, cette science serait funeste, et même elle ne serait pas une science; elle serait une théorie, non pas même sur les faits, mais à côté des faits de l’histoire.

La philosophie de l’histoire ne voile point le passé; au contraire elle le ' tient à découvert, avec tous ses évènemens, avec tous ses crimes, avec toutes ses gloires, avec toutes ses erreurs.

Elle suppose donc la connaissance de tout ce qui se rapporte à la vie des nations. Mais cette vie a ses mystères comme la vie de l'homme; et ce sont ces mystères que la philosophie veut éclaircir.

Comment le pourra-t-elle si elle ne monte au-dessus des puissances matérielles qui se disputent la terre par le ravage, par le meurtre, parla destruction ?

Expliquer l’histoire par les résultats de l’histoire, c’est du fatalisme, et un fatalisme désolant et grossier avec lequel il n’y a rien de beau sur la terre, ni la vertu, ni le malheur.

Et puis ce n’est pas là une science : c’est encore, sous d’autres termes, un retour au travail mécanique des compilateurs. Des faits et toujours des faits, et dans cette succession des faits, le succès pour toute raison. N’est-ce pas là de quoi anéantir la raison même ?

Non, telle n’est pas la philosophie de l’histoire; et telle ne la fait pas le christianisme avec sa haute lumière.

Il y a dans la marche de l’humanité quelque chose qui domine les accidens de la force ou du hasard. Et il le faut ainsi, puisque l’humanité est l'ensemble des êtres intelligens jetés sur la terre, et que la force ni le hasard n’est une loi propre de l’intelligence. ,

Et toutefois l’humanité s'étant primitivement altérée, Dieu l'a soumise, même dans cet ensemble que nous considérons, à une condition fatale d’expiation.

Cette condamnation formidable, vous la voyez partout marquée au front de l’humanité.

Vous la voyez dans les guerres d’extermination et dans les révolutions sanglantes; vous la voyez dans la chute des empires et dans les bouleversemens des cités; vous la voyez enfin dans les mystérieuses calamités qui viennent de loin à loin frapper et meurtrir les races royales, ces images personnifiées de la puissance (iuvacn;); et même alors l’expiation a quelque chose de plus manifeste et de plus terrible. Car l’expiation devant se faire par la souffrance, la souffrance même ressemble mieux à un sacrifice dès qu’elle atteint ce qu’il y a de plus haut ou de plus saint parmi les hommes. Voilà pourquoi, sans doute, Famé humaine se sent plus profondément émue aux désolations des rois; et nul ne se défend de cette émotion, pas même ceux qui servent d’instrument à cette loi de l’expiation et de la douleur; ou bien lorsqu’ils ont rempli leur infernale mission, vous les voyez se traîner long-temps dans la vie sous un coup d’anathème et de malheur, semblables à ces ensevelisseurs de l’antique Egypte qui, après avoir touché les morts, s’enfuyaient au désert poursuivis par la malédiction et le courroux des hommes.

Donc la philosophie de l’histoire, en racontant toutes ces vicissitudes dé la gloire et de la douleur, les illumine par une pensée haute qui part du ciel.

La philosophie de l’histoire, c’est, à bien dire, l’intervention de la Pro-

. DES SCIENCES. • 4y

vident* tlnps l’humanité. Et sans cela tout reste enseveli dans, l’ombre, et l’histoire n’est qu’une succession devènemens sans nulle conduite et sans nulle raison; et enfin le génie même n’est qu’un accident fortuit, un météore dans l’air r une flamme qui brille et meurt.

L’histoire ainsi matérialisée ne saurait suffire à l’avidité scientifique des hommes; elle ne pourrait tout au plus que la désespérer.

Aussi la philosophie de l’histoire, née de nos jours, a senti bientôt le besoin de sortir du néant que lui avait fait une certaine doctrine de'fatalisme qui, voulant expliquer le monde, se contentait de le prendre, tel qu’il est , comme un fait subordonné à la loi aveugle de la victoire.

Mais encore pour échapper à cette fatalité dégradante de la force, il n’y a évidemment d’autre asile que le christianisme. Nulle part ailleurs vous ne sauriez trouver la raison de l’histoire.

Et ici, il le faut bien reconnaître, la pllilosophie de l’histoire se trouvait toute faite, avant même qu’on eût inventé un nom pour la désigner comme science. Et la preuve, c’est que Bossuet, long-temps avant, avait écrit cet ouvrage immortel, «e chef-d’œuvre de la pensée humaine, où il semble qu’on découvre à chaque moment je ne sais quelle trace de la Providence empreinte sur la ruine des empires et des cités.

C’est le Christianisme cpii est la véritable philosophie de l’histoire, parce qu’il est la véritable raison de l’humanité. ■ • ,

La philosophie antique avait profondément médité le mystère de l’homme, mais elle n’avait pas entrevu le mystère de la société.

Aussi l’histoire des anciens, racontée d’une manière si dramatique et si pénétrante, n’a pas même un soupçon à laisser échapper sur l’ordre providentiel , où viennent se noyer les catastrophes de toute sorte, et se coordonner les crimes eux-mêmes.

C’est que la raison chrétienne était absente de l’histoire.

Chose merveilleuse à dire! le Christianisme, comme science, est toute la lumière du monde. 11 n’est pas seulement une loi morale supérieure à l’humanité, il est encore la raison de l’humanité.

11 n’est pas seulement une manifestation de Dieu; il est encore, en quelque sorte, une manifestation de l’homme.

Ainsi toujours nous revenons an Christianisme, non point par une pensée de système scientifique, mais par une loi de nécessité hors de laquelle toute philosophie expire. Voilà la raison humaine; la voilà complette; la voilà soutenue dans ses faiblesses; la voilà illuminée dans ses efforts de curiosité active; la voilà triomphante de tout le mystère de la société.

Après cela tout l’objets des sciences secondaires va se dérouler.

Arrêtons-nous un moment avant de passer outre.

Nous n’avons point voulu faire de système, avons-nous dit, et cependant voici qu’un grand ordre se présente dans letcÿtuen des sciences, tel qu il est fait sous la lumière féconde du christianisme.

Déjà nous pouvons voir en effet dans notre classification des sciences une certaine loi naturelle qui en explique l’origine et la progression.

Cette loi , la voici. ; i -, • c ! i

L’homme reçoit les sciences qui ont polir objet le rapport des êtres ; et les sciences, à bien dire, constituent l'intelligence, constituent la société.

Puis méditant sur ces sfciencès, il les étend par sa puissance propre de. réflexion à des objets d’application et d'utilité* ■

De là deux ordres de notions ; celles qui tiennent* à l’enseignement ou à la tradition, et celles qui tiennent à La réflexion; ou à l’expérience.

Or c’est principalement aux trois sortes de sciences que nous venons d’examiner que se rapporte cette distinction ; car ces sciences sont d’abord traditionnelles ou monumentales; puis la raison qui les a reçues, se les rend propres en les pénétrant par sa conception. Tel est le fondement de l’édifice intellectuel de l’humanité.

L’Encyclopédie du xvm e sciècle disait : Ixs sciences sont l’ouvrage de la réflexion et de la lumière naturelle des hommes (i). L’Encyclopédie devait ainsi parler, voulant exclure Dieu de son système des sciences. Mais aussi elle jetait son système dans les airs ; car il est manifeste que la réflexion ne s’exerce que sur un objet déjà connu. Et quant à la lumière naturelle , il est manifeste encore qu’à moins de la confondre avec la religion, ce qui est vrai chrétiennement, elle ne saurait d’elle-même produire les sciences.

La lumière naturelle, dans l’ordre scientifique que nous exposons, tient précisément à cet enseignement naturel des sciences que l’homme ne fait pas, mais qu’il reçoit toutes faites, et qu’ensuite il s’assimile et se rend propres par sa puissance de réflexion. •

Et cette double manière d’entendre la constitution généalogique des sciences fait toute la différence d’une encyclopédie matérialiste à une encyclopédie chrétienne’. Ceci se .voit eu quelques mots encore.

Les philosophes disaient : « On peut diviser toutes nos connaissances en directes et en réfléchies. Les directes sont celles que nous recevons immédiatement sans aucune opération de notre volonté, qui, trouvant

(!) Suite de l'Introduction. — Explication du système dos connaissances humaines.

ouvertes, si ou peut parler ainsi, toutes. les portes de notre aiue, y entrent sans résistance et sans effort. Les connaissances réfléchies sont celles quel’esprit acquiert en opérant sur les directes, en les unissant et en les combinant. »

Quoi! n’est-ce pas là notre propre distinction, en des termes différens? Il le semble. Mais les philosophes ajoutent : « Toutes nos connaissances directes se. réduisent à celles que nous recevons par les sens; d’où il s’ensuit que c’est à nos sensations que nous devons toutes nos idées (i).»

Ici le christianisme disparaît! Mais tout disparaît, et la philosophie même.

Est-il possible, philosophes ! C’est à nos sensations que nous devons toutes nos idées, même l’idée de bien, même l’idée d’équité, même l'idée de devoir, même l’idée de temps, d’espace, d'infini, de perfection ! Quelle chimère !

Écoutons’ au contraire la grande voix de Bossuet. « D'où me pourrait venir l’impression de la vérité ? Me vient-elle des choses mêmes? Est-ce le soleil qui s’imprime en moi pour faire connaître ce qu’il est, lui que je vois si petit malgré sa grandeur immense ! Que fait-il en moi ce soleil si grand et si vaste, par le prodigieux épanchement de ses rayons? Que fait-il que d’exciter dans mes nerfs quelque léger tremblement, d’imprimer quelque petite' marque dans mon cerveau? N’ai-je'pas vu que la sensation qui s’élève ensuite ne me représente 'rien de ce qui se fait ni dans le soleil ni dans mes organes? Et que si j’entends que le soleil est si grand, que ses rayons sont si vifs, et traversent en moins d’un clin d’œil un espace immense, je vois ces vérités dans mes lumières intérieures, c’est-à-dire dans ma raison, par laquelle je juge et des sens, et de mes organes et de leurs objets (2). »

Ainsi parle le grand homme. Et puis disons avec lui que les sensations, ou plutôt les sens, sont un moyen naturel de communication que Dieu a donné à l’homme pour recevoir sa connaissance ; et de la sorte l’origine des sciences directes est enfin bien comprise. L’homme les reçoit en effet par toutes les portes de son ame, et c’est l’enseignement qui les dépose en nous, sans aucune opération de, notre volonté. # \insi encore les sensations gardent leur office, dans la destination naturelle de l’homme que Dieu n’a pas fait en pur esprit ; et cet office n’est pas de produire les idées et toutes les idées, mais de servir d’instrument à leur transmission, et sans doute aussi à leur développement.

Ainsi enfin la nature intelligente deThomme est gardée intacte, et si les

(t) Introduction de d'Alembert. ,

(2) De la connaissance de Dieu et de sui-mêinc. •! 0 > 1

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