L'ÉCRITURE SAINTE RÈGLE DE VIE
Quand les philosophes anciens veulent nous exhorter à la pratique de la vertu, ils nous engagent à vivre conformément à notre nature, à prendre la raison comme guide. L’Ecriture à des vues plus profondes. Elle nous dévoile le fond corrompu de notre être d’où il ne peut surgir que des pensées coupables, des actions entachées d’égoïsme. Elle nous ouvre de nouvelles voies.
Si elle nous présente la Loi c’est pour provoquer en notre âme un désespoir passager et nous contraindre à attendre notre salut de la seule miséricorde de Dieu qu'eile nous offre. Celui qui, sollicité et aidé par l'Esprit, l’acceple, doit renoncer désormais à lui-même, se vider pour ainsi dire de toute volonté personnelle pour faire place à l'Esprit de Christ qui veut le façonner à son image. Les philosophes n'ont pas même soupçonné celte transformation, unique voie de la vraie vie (iv. IL, chap. vi, sect. m1, 1vV; chap. vi, SEC TL)
Mais pour la condüuile comme pour la foi, l'Esprit n'affranchit pas de l'Ecrilure. Elle est la règle du bien et du mal. C’est elle qui doit êlre l’inspiratrice de nos
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actions (liv. H1,chap.1v, sect. xxvnr; lv. I, chap. xvin, sect. vin; liv. IV, chap. x, sect.xxx).
Christ nous est donné comme exemple. Nous devons nous efforcer de réaliser son image en notre vie liv. I, chap. vi, sect. 1 el 11).
Il ne faudrait pas croire davantage que Christ, idéal vivant, rende inutile la Loi (morale, le Décalozue). Elle est l'expression de ce que Dieu veut de nous. Tout ce qu'il faut pour vivre saintement s’y trouve. Elle à été et reste pour tous les siècles la Loi. Jésus-Christ n'est pas venu pour enseigner une autre manière de vivre. Il s’est contenté d'en montrer en sa personne la réalisation concrète » (liv. If, chap. vu, sect. x; liv. I ehap xx, sect chap.xx; sect ve heiNe Chap. HU, sect ete.
La Loi est utile pour le fidèle. Quoiqu'il seute dans les profondeurs de son être la présence permanente de l'Esprit qui l'unit au Christ dont le corps est localisé au Ciel, il a besoin d'elle pour le guider. En cette prison de chair où les retours inopinés du vieil homme sont si fréquents, elle est pour lui un salutaire aiguilion : « puisque l’homme spirituel n’est point encore délivré du fardeau de sa chair, la Loy luy sera un aiguillon perpétuel, pour ne le laisser point endormir ny appesantir » (lv. Il, chap. vis, sect. xui).
Ce n’est plus en esclaves serviles et tremblants que nous regardons à elle. C’est en enfants libres et obéissants : « Les consciences ne servent point à la Loy
comme contraintes par la nécessité de la Loy; mais estans délivrées de la Loy (latin : sed legis ipsius jugo liberæ) elles obéissent libéralement à la volonté de Dieu » (iv. IT, chap. xix, sect. 1v).
Désormais avides d'obéir à Dieu nous allons lui demander en sa Loi comment nous devons vivre pour lui plaire. Quoique la Loi soit écrite en nos cœurs et que nous ayons par l'influence de l'Esprit, le désir de lui être agréables, nous avons besoin de la voir clairement exprimée en l'Ecriture. Là aussi les deux révélations s’éclairent et se soutiennent (liv. Il, chap. vi, sect. x).
Cependant Dieu a jugé à propos d'ajouter quelques exhortalions : renoncement à nous mêmes, sobriété, justice, piété, charité, espérance de la vie éternelle. I] nous ordonne la patience en la pauvreté, la modération en l'abondance (liv. HE, chap. vu, sect. 1; chap. x, sect. 1).
On fait aux pauvres âmes une plaie mortelle en leur imposant mille autres obligations. L'homme alors est en un continuel tourment, en une perplexité incessante. Ce n'est plus l'être libre et joyeux que Dieu a voulu enfanter par Christ. «Ils (les papistes) ont usurpé un empire excessif et barbare sur les povres âmes desquelles ils sont vilains bourreaux. Car ils veulent que les loix qu'ils font sovent spirituelles et qu'elles appartiennent à l’âme : affermans qu’elles sont nécessaires à la vie éternelle » (liv. IV, chap. x, sect. ret 11).
Dieu « donné des règles générales de conduite qui
doivent nous suffire. Pour le détail, pour les choses indifférentes, il nous laisse libre d'agir sous son regard. Nul ne doit se mettre à la place de Dieu, nous ravir cette liberté acquise par le sang de Christ (Liv. I, chap. 1v, sect. xxiv; chap. x, sect. ret nr; liv. IV, chap. x, sect. 1,11 et vin, Chap. xnt, sect. 1).
En nous conviant à nous acquitter des devoirs de notre vocation ii nous a donné en particulier une rèole singulièrement féconde : « Chacun donc doit réputer à son endroict que son estat luy est comme une station assignée de Dieu, à cé qu’il ne voltige et circuisse cà et là inconsidérément tout le cours de sa Vie Ce sera un allègement bien grand en tous soins, travaux, fascheries et autres charges, quand chacun sera persuadé que Dieu luy est guide et conducteur à cela. Les magistrats semployeront plus volontiers à leur charge; un père de famille se contraindra à faire son devoir de meilleur courage : bref, chacun se portera plus patiemment en son estat et surmontera les peines, sollicitudes, chagrins et angoisses qui y sont, quand tous seront bien résolus que pul ne porte autre fardeau, sinon celuy que Dieu luy a mis sur les épaules. De là 1] nous reviendra une singulière consolation : c’est qu'il n’y aura œuvre si mesprisée, ne sordide, laquelle ne reluyse devant Dieu, et ne soit fort précieuse, moyennant qu’en icelle nous servions à nostre vocation {liv. IT, chap. x, sect. vi).