‹ Théorie de Calvin sur l'Écriture SainteChapitre 8 sur 14 · PREUVE DIVINE. — LE TÉMOIGNAGE DU SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

PREUVE DIVINE. — LE TÉMOIGNAGE DU SAINT-ESPRIT

Une objection se présente naturellement à l'esprit : «Qui me prouve que Dieu a parlé. » Rousseau l’a faite au siècle dernier : « Dieu a parlé! Voilà certes un grand mot. Et à qui a-t-il parlé? Ia parlé aux hommes. Pourquoi donc n’en ai-je rien entendu? I] a chargé d’autres hommes de vous rendre sa parole. J'entends : ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. J'aimerais mieux avoir entendu Dieu lui-même ; 1l ne lui en aurait pas coûté davantage et J'aurais été à l'abri de la séduction. H vous en garantit en manifestant la mission de ses envoyés. Comment cela? Par des prodiges. Et où sont ces prodiges? Dans les livres. Et qui a fait ces livres? Des hommes. Et qui a vu ces prodiges? Des hommes qui les attestent, Quoi! toujours des témoignages humains! tou-

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jours des hommes qui me rapportent ce que d’autres hommes ont rapporté! Que d'hommes entre Dieu MOMENT IV, tU1E,0p7 589; édition Furne, 1835). Calvin avait prévu cette objection; il y a répondu à l'avance pour ses contemporains qui lui posaient la même question.

L'Eglise catholique prétendait et prétend encore qu'en ce domaine l’homme, sans son secours ne peut arriver à la certitude. Elle seule est la garante de l'origine divine des Ecritures, de leur conservation intégrale. Elle seule en est la dépositaire, la dispensatrice, l'interprète inspirée.

Que feront alors les pauvres consciences qui cherchent la certitude de la vie éternelle s'il n'y a que des hommes, comme eux exposés à l'erreur, pour la.leur donner? (liv. I, chap. vu, sect. 1).

Mais cette Eglise qui se met ainsi à la place du Christ, qu'est-elle? Elle repose sur la doctrine des prophètes et des apôtres (Ephés If, 20). L'Écri- {ure avait donc son autorité avant que l'Église existât. L'Église ne saurait la lui octroyer. En recevant l'Écriture elle ne la rendait pas authentique. Elle l'acceptait parce qu'elle l’a reconnaissait venue de Dieu (liv. f, chap. vu, sect. 11).

Ce n’est pas l'homme, ce n’est pas l'Église, ce ne ‘sont pas nos raisonnements qui peuvent créer en nous le sentiment ferme et inébranlable que l'Écriture vient de Dieu. Dieu seul le peut. Il le fait par son

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Esprit. C'est cet Esprit, présent en notre âme, qui nous assure que Dieu parle en l'Écriture. C’est ce même Esprit qui parlait par les prophètes et les apôtres. Il nous certifie qu’ils ont mis en avant ses seules révélations. « Si nous voulons bien pourvoir aux consciences, à ce qu’elles ne soyent point tracassées sans cesse de doutes et legeretez, qu’elles ne chancellent point et n'hésitent point à tous scrupules, iles requis que la persuasion que nous avons dile soit prinse plus haut que de raisons humaines où iugements ou coniectures; assavoir du tesmoignage secret du Sainct Esprit » (iv. I, chap. vis, sect. 1v).

Cette illumination de l'Esprit crée en nous une certilude supérieure à tout jugement. Ce n’est pas un état d'âme passager, une illusion d'un moment, bientôt regrettée. Ce n'est pas non plus le fait d’une crédulité ignorante et superstitieuse que les lumières de l’observation attentive et de l'étude détruiraient. C’est une intuition immédiate et permanente produite par une révélation d'en haut. Nous affirmons que l’Écriture vient de Dieu comme si nous y voyions son essence (iv. 1, chap. vu, sect. v,. |

Cette expérience tous les fidèles la font. C’est un phénomène des plus certains, mais qu'aucune langue humaine ne peut traduire {liv. 1, chap. vit, sect. v).

L'Ecriture, d’ailleurs, n'est rien, absolument rien, sans cette action mystérieuse de l'Esprit en l’âme du

chrétien. Elle est lettre morte, sans nul effet (liv. I, chap. vu, sect. v'et Liv. IIF, chap. r, sect. 1v).

Cet Esprit éclaire notre entendement. Son œuvre est seulement complète quand il a scellé en nos cœurs cette vérité enfin perçue. « 1l est le maistre intérieur par le moyen duquel la promesse du salut entre en nous, et transperce nos âmes : autrement elle ne feroit que battre Pair, ou sonner à noz oreilles... 1} est la c'ef par laquelle les trésors du royaume de Dieu nous sont ouverts : son illumination peut estre nommée La veue de nos âmes » (liv. ILE, chap. 1, sect. 1v)... Il faut que l’entendement de l’homme soit d’ailleurs illuminé et le cœur confermé devant que (latin : guo, pour que) la parolle de Dieu obtienne pleine foy en nous » (Hiv. IH, chap. 11, sect. vu). ;

Dès lors rien ne saurait ébranler la foi des chrétiens à l’origine divine des Ecritures.

SECTION II

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