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DÉCOMPOSITION DE LA VOIX HUMAINE

La déclamation théâtrale étant une imitation de la déclamation naturelle , on se contentera de définir seulement celle*ci:

C'est une affection ou modifiéartîon que la voix reçoit lorsque nous sommes émus de quelque passion , et qui annonce cette émotion à ceux qui nous écoutent , de la même manière que la disposition des traits de notre visage l'annonce à ceux qui nous regardent.

Cette expression de nos sentimens est d toutes les langues , et pour tâcher d'en con naitre la nature , il faut décomposer la voi humaine et la considérer sous divers aspects =^

i^ Comme un simple son, tel que le cri à^ts enfans ;

2® Comme un son articulé , tel qu'il est dan^ la parole;

S"" Dans le chant qui ajoute à la parole, la modulation et la vérité des tons ;

4^ Dans la déclamation qui paraît dépendre d'une nouvelle modification dans le son et dans la substance même de la voix ; modification différente de celle du chant et de celle de la parole , puisqu'elle peut s'unir à l'une et à l'autre , ou en être retranchée.

La voix considérée comme un son simple est produite par l'air chassé des poumons , qui sort du larynx par la fente de la glotte , et il est encore augmenté par les vibrations des fibres qui tapissent l'intérieur de la bouche et le canal du nez.

La voix qui ne serait qu'un simple cri , reçoit en sortant de la bouche deux espèces de modifications qui la rendent articulée et font ce qu'on nomme la parole. ,

Les modifications de la première espèce produisent les voyelles, qui dans la prononcia—

MANUEL THÉÂTRAL. J^^t

lion dépendent d'une disposition fixe et permanente de la langue, des lèvres et des dents; ces organes modifient par leur position l'air sonore qui sort de la bouche et , sans diminuer sa vitesse , changent la nature du son.

Comme cette situation des organes de la bouche propre à former les voyelles est permanente , les sons voyelles sont susceptibles d'une durée plus ou moins longue, et peuvent recevoir tous les degrés d'élévation ou d'abaissement possibles ; ils sont même les seuls qui les reçoivent , et toutes les variétés , soit d'accens , soit dans la prouonci&tiop simple , soit d'intonation musicale dans le chant , ne peu-, vent tomber que sur les voyelles.

Les modifications de la deuxième espèce sont celles que reçoivent les voyelles par ce mouvement subit et instantaué des organes mobiles de la voix , c'est-à-dire de la langue vers le palais ou vers les dents, çt par celui des lèvres..

Ces mouvemens produisent les consonnes qui ne sont que de simples modifications des voyelles , et toujours en les précédant.

C'est l'assemblage des voyellçs et des consonnes mêlées , suivant un certain ordre , qui constitue la parole ou la voix articulée.

La déclamation , comme nous l'avons déjà dit , est une afiection ou modification qiii ar-

47^ MANUEL THEATKAL^

rive à notre voix , lorsque passant d'nfi é{ tranquille à un état agité , notre âme est i^ttin^ ^^ par quelque passion ou par quelque gcntimti^^ vif.

Ces changemens de la voix sont învoloi^ii. taires , c'est-à-dire qu'ils accompagnent nécesr^ sairement les émotions naturelles, et celtes q^ie nous venons à nous procurer par l'art, eu nouf^ pénétrant d'une situation par la fbrcç du tâisonne ment seul.

La question se réduit donc ' maintenant â savoir :

1*" Si ces changemens de voix expressifs des passions consistent seulement dans les dSKrens degrés d'élévation et d'abaissement de la voix, et si, en passant d'un ton à un autre, elle marche par une progression successive , et continue comme dans les accens ou intonations prosodiques du discours ordinaire , ou si elle marche par sauts comme dans le chant.

2° S'il serait possible d'exprimer par des signes ou notes , ces changemens expressifr des passions ►

L'opinion commune de ceux qui ont parlé de la déclamation suppose que ces inflexions sont du genre des intonations musicales , daitf lesquelles la voix procède dans des intervalles harmoniques, et qu'il est très-possible de les

exprimer par les notes ordinaires de là musijue , dont il faudrait tout au plus changer la i^aleur , mais dont on conserverait la proportion et le rapport.

C'est le sentiment de Fabbé Dubos qui a traité cette question avec plus d'étendue que de précision. U suppose que la déclamation naturelle a des tons fixes et suit une marche déterminée.

Avant M. Dodart on n'avait jamais pensé au mouvement du larynx dans le chant » à cette ondulation du corps même de la voix ; la découverte que M. Ferrein a faite depuis de rubans membraneux dans la production du son et des tons , fait voir qu'il reste des clwses à prouver sur les sujets qui semblent épuisés,

La déclamation , sous le rapport de la voix seulement , est une modification de la voix distincte du son simple de la parole et du chant ; ces diflférenles modifications se réunissent sans s'altérer.

La seconde question est Celle de savoir s'il lirait possible d'exprimer par des signes ou notes ces inflexions expressives des passions.

Quand on supposerait avec l'abbé Dubos que ces inflexions consistent dans les dîfierens degrés d'élévation et d'abaissement de là voix , dans son renflement et Sa diminution , dans sa rapidité et sa lenteur , enfin , dans les r^pos

placés entre les membres des phrases , on ne pourrait pas encore se servir des notes musicales.

Il reste une question de fait à examiner , savoir si les anciens ont eu des notes pour leur déclamation.

Arisioxène dit qu'il y a un chant du discours qui naît de la différence des accens.

Denjfs ft Haljfcarnasse nous apprend que chez les Grecs, l'élévation de la voix dans l'ao-^ cent aigu et son abaissement dans le grave étaient d'une quinte entière , et que dans l'ac-^ cent circonflexe, composé des deux autres, la voix parcourait deux fois la même quinte ea montant et en descendant sur la même syllabe.

Comme il n'y avait dans la langue grecque aucun mot qui n'eût son accent, ces élévations et ces abaissemens continuels d'une quinte devaient rendre cette prononciation assez châa-^ tante. Les Latins (Cic. orat. 67, Quint. 1. 9. ) avaient , ainsi que les Grecs , les accens aigus, graves et circonflexes, et ils y joignaient encore d'autres signes propres à marquer le* longues, les brèves, les repos, les suspensions, l'accélération, etc. Ce sont ces notes de la prononciation dont parlent les grammairiens des siècles postérieurs, qu'on a prises pour celles de la déclamation.

La parole s'écrit, le chant se note; mais la déclamation expressive de Pâme ne se prescrit point ; nous n'y sommes conduits que par l'émotion qu'excitent en nous les passions qui nous agitent. Les acteurs ne mettent de vérité dans leur jeu qu'autant qu'ils excitent en nous une partie de ces émotions.

Ce serait un recueil bien intéressant que celui dés particularités et des principaux traits qui ont distingué la voix des orateurs et des comédiens les plus célèbres^ et qui paraissent offrir des rapports plus ou moins marqués avec le caractère physique et moral de chacun d'eux.

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