‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 115 sur 131 · PRINCIPES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

PRINCIPES GÉNÉRAUX

U est essentiel de prendre sa voix dans le médium ^ c'est-à-dire le milieu, dans les sons compris entre les plus bas et les plus élevés ; en un mot , de parler sa voix , parce qu'on ne prononce jamais bien, on n'articule jamais avec l'étendue et la rondeut nécessaires; on n'est jamais maître de soi, ni de ses intonations , que quand on a de la force. Or, on n'a de la force que lorsqu'on n'est point gêné. Si vous êtes gêné , vous enflez votre voix , vous la forcez , vous vous faites iine voix factice ; dès lors plus de sensibilité, plus d'intonations,

plus de vérité ; vous perdez l'accent de Fàme qui peut seul émouvoir le spectateur.

Ne pas élever, mais appuyer sa voix.

Il faut soutenir sa voix à la fin des phrases; si on la laisse tomber en approchant du repos, ce défaut fait souvent perdre le sens de toute la période , et n'obligcât-il qu'à en deviner la fin, il ne fatiguerait pas moins Tauditeur.

11 en est de la voix comme d'un instrument dont le travail et l'exercice peuvent seuls en<^ seigner à tirer tout le parti possible.

Il est essentiel d'exercer sa voix âsLns un endroit assez vaste , pour que le son ne rentre pas dans la poitrine , ce qui fait perdre la respiration , et peut altérer à la longue la qualité de la voix.

La voix de Lekain était d'abord glapissante f: à force de travail et d'imitation , il la rendit si flexible , qu'aucun ton ne lui était étranger.

En principe général ^ il faut toujours tirer sa voix de la poitrine.

La poitrine doit être le moteur de la voix> la bouche Vexécuieur j le gosier doit être nul dans l'action , et ne doit servir qu« de passage^ aux sons.

Les cas dans lesquels on est obligé d'entrer dans de grandes fureurs ou imprécations j etc.>

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font exception ; car alors une voix déchirée peut produire un grand efiet.

La voix bornée , faible et obscure peut , par le moyen d'un exercice long et constant , acquérir de rétendue , de la force et de la clarté , moyennant qu'on observe, dans le cours de cet exercice, de ne jamais la forcer.

Il faut s'étudier à donner de la rondeur à sa voix.

La voix étouffée et la déclamation triste s'opposent au vrai.

Pour n'être point embarrassé du dernier mot d'une phrase, appujez sur le mot qui précède.

Il est bon d'avoir habituellement dans sa tête et dans sa mémoire les voix qui nous plaisent le plus , et qui sont les plus analogues à notre manière.

Mademoiselle Clairon prenait sa voix dans le milieu, tantôt doucement, tantôt avec force, et toujours de manière à la diriger à son gré; surtout elle la modérait souvent , ce qui faisait beaucoup briller le moindre éclat qu'elle venait à lui donner. Elle allait lentement , ce qui contribue en même temps à fournir à l'esprît les idées, la grâce, la pureté et la noblesse dit ityle.

L'avocat Linguet ne pouvait composer cjtie pendant les deux nuits qui précédaient le jtHir

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OÙ il devait parler; cette fermentation remuait ses idées, et en s'échauSant ainsi, sa voixj gagnait.

Cette méthode pourrait convenir plutôt à quelques orateurs , qu'à un comédien qui paraît très-souvent en public; mais dans une grande occasion il pourrait en faire Fessai*

Selon le caractère ou l'état de son person-. nage , le comédien doit avoir une voix douce, forte, majestueuse, pathétique, imposante, faible, grêle, aiguë, aigre, haute, basse ^ plaintive , mourante , cassée , usée , éteinte, enrouée, harmonieuse, sonore , bonne, belle , rude, articulée, inarticulée, discordante, flàtée, sourde , pleine , caverneuse , sépulcrale , firatche, commune, familière , flexible, entrecoupée, grande, nette, juste, emphatique, etc.

La voix, ainsi que le visage, aune physionomie en mouvement et une physionomie en repos , des signes pour Témotion et des caractères pour le sentiment.

Le rapport de la voix avec le caractère est un des plus sensibles ; les organes de la respiration et ceux de la reproduction étant liés par une étroite sympathie , il est évident que l'état intérieur et profond des uns doit arriver aux autres , comme d'un foyer plus ou moins actif.

Les beaux effets de voix dépendent évidemment de la réaction des organes reproducteurs sur la respiration , pendant le temps de chaleur et d'exaltation des organes.

Il y a des voix que Tart ne peut jamais former à l'expression du sentiment , qui sont toujours aigres , mordantes , ironiques. Une actrice célèbre présentait cette disposition : son organe exercé^ agréable^ avait toutes les touches , toutes les cordes , excepté celles de la véritable sensibilité j c'était mademoiselle Raucourt.

Ce qui constitue la perfection de tout instrument quel qu'il soit , qui est fait pour l'oreille , tel que la voix , le langage , les înstrumens de musique , c'est la réunion de la douceur et de lajbrce dans une proportion suffisante; ce sont les voyelles qui font la douceur des langues , ce sont les consonnes qui en font la force.

Les différentes articulations de voix , dit Gicéron , sont à l'éloquence ce que les ombres sont à la peinture . Cet orateur qui tenait des Grecs ce principe , nous apprend qu'ils étaient extrêmement jaloux delà gloire de bien parler, et qu'ils prenaient des précautions infinies pour se former la voix.

Avant que de paraître en public , les ora-

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tears déclamaient assis pendant plusieurs années. Au moment de prononcer quelque chose, ils développaient méthodiquement leur voix en la faisant sortir peu à peu , en lui donnant l'essor comme par degrés ; ils se tenaient même couchés durant cet exercice. Quand la voix était sortie , restant toujours dans la même posture , ils en repliaient , pour ainsi dire , les organes , en respirant sur le ton le plus haut où ils fussent montés en déclamant , et ainsi successivement sur tous les autres tons , jusqu'à ce qu'ils fussent enfin parvenus au ton le plus bas , d*oiT ils étaient partis.

Les orateurs romains flattaient l'auditeor par l'éclat de leur voix , par leurs gestes pleins d'art , et par l'air majestueux de leur extérieur. On leur faisait souvent grâce de la solidité des raisons en faveur des agrémens du débit ; ik parlaient aux yeux, et la raison ébranlée cédait quelquefois à leurs efforts.

L'acteur tragique doit avoir la voix forte, majestueuse et pathétique elle doit maîtriser l'attention et imprimer le respect.

jGhez les acteurs de l'antiquité , l'art de former et de renforcer leur organe , était poussé en quelque sorte jusqu'au scrupule de la superstition; et l'art de l'entretenir et de le soîr gner était devenu une branche de la sôence

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curative. P/me, dans son histoire naturelle , Fait mention d'une vingtaine de plantes connues comme des spécifiques pour y réussir.

L'empereur Néron fut l'inventeur d'un nouveau procédé pour ajouter au volume de la voix un degré de force qu'elle acquiert encore de plus en déclamant aussi haut que possible, avec une plaque de plomb sur la poitrine; outre cela, Néron employait pour ménager sa voix certaines drogues en quantité.

Ce n'est point la force de la voix qui fait le m, c'est la façon de porter le son, et surtout la fréquente rechute aux intervalles de même espè^^e.

La voix de Lekain était une taille un peu voilée^ et c'est peut-être la voix la plus favorable au genre tragique , non pas en chantant , mais en déclamant; elle est plus aisée à attendrir qu'une voix sonore et timbrée ' surtout si on connaît l'art de soutenir ses finales , et d'empêcher que les grandes explosions ne vous arrachent une espèce de sifilement désagréable à l'oreille.

Larive avait un concordant fort beau et

I 11 faudrait réunir les deux genres pour se servir de chacun d'eux suivant les cas.

bien timbré , mais il n'est pas parvenu à s'eu rendre entièrement le maître.

La voix de mademoiselle Gaussin, si tendre, si délicieuse , si pénétrante, était aussi un peu voilée.

Les charmes de la voix peuvent tenir lieu de plusieurs avantages.

Les acteurs qui, dans la comédie, représentent des personnes de condition, n'ont pas besoin d'une voix majestueuse; mais on veut qu'ils l'aient noble.

Un parler gracieux agit directement sur le cœur.

La voix étant forcée ou trop tendue, on n'a que deux moyens d'exécution : toujours même inflexion et même force j on n'a qu'un cri et point de variété. Il faut tendre et détendre sa voix à volonté.

La corde sonne selon qu'elle est touchée.

Quand vous avez à prononcer une période qui désire une grande contention on élévation de voix , vous devez modérer et ménager votre, voix en celles qui précèdent; Roscius et ^opus; les meilleurs acteurs qu'aient eu les Romains» en agissaient ainsi. En étudiant et travaillant sa voix , il ne faut pas s'occuper d'un vain son^ mais de tout ce qui peut donner de l'AJCEà ce son.

MANUEL THÉAT»AC^ 4^^^

Quand on n'est ;pus mahr^ iie'sa voixvqtfbn s'çipporte , Içi voîx monte toujours, car jelle'es^ toujours plus disposée à monter ^'àdeseenn d^e; on recommence plus hqut , qu on a déjà commencé l'autre phrase, eil'on n'a plus assea de moyens pour finir sur le même ton.

Une voix basse, bien entendue, produit beaucoup d'effets , témoin Talma, dans ce vçrsda rôle d'Egiste d'Agaojemuon^ tragédie de !^. Lemercler (act. 4 se. 1").

....Songe a nos dangers, à notrîe amour ; Adieu ! ' ' ^

Mademoiselle Vestris ayai|; la voix jLçèsrr agréable en chambre, malaelle ne l'a v^it . .pqifii assez forte sur le théâtre. < , ; \.u-r:

Les grands coups que ppuyent frappeF<)W orateur, un acteur, une ^çtr^pe, dépe^djCçif absolument de la force de la voii^ eij^fii^lg beauté de l'organe ^ c'est cette voix pleine et sonore qui û fait particulièrement la reputa^ lion de mademoiselle Clairon rVou,s avez l)eau concevoir avec justesse , sentir avec torce, comment rendrez-vous ce que vous concevez, ce que vous sentez, si un organe frêle ,èt inflexible se refuse à suivre les inflexions de votre âme. On n'est plus étoiirié dé' tous les pénibles efforts, de ces exercices continuels que simposa Démosthènes pour se fortifier la

voix et pour la maîtriser , quand on a remarqué qu'avec une voix sensible et touchante, un prédicateur en chaire est sûr d'émouvoir en débitant les plus grandes pauvretés j nous sommes plus machines que nous ne croyons.

Il peut exister quant à la voix une déclamation pittoresque et expressive en même temps; la voix est propre à l'une etàrautre,car elle peut désigner, et l'objet qui excite le sentiment, et ce sentiment même selon les modifications particulières. Ici l'expression et la peinture peuvent également être liées intimement , ou se trouver en opposition ; et lorsque la voix peint , cela arrive aussi par ces deux motifs , savoir , ou à cause de la vivacité de la représentation de la chose même, ou à cause de l'intention qu'on a de réveiller dans l'esprit d'autrui une idée plus intuitive.

Rien de plus circonscrit en apparence que l'échelle des ^ sons que la voix humaine peut parcourir, depuis les tons les plus bas jusqu'aux tons les plus élevés ; mais dans cet éspaœ étroit il n'est aucun caractère qu'elle ne puisse prendre, aucun sentiment qu'elle ne puisse exprimer. Quant au trop d'élévation de la voix » elle vient d'une mauvaise habitude de vouloir , à force de crier , dominer et imposer

MANUEL THEàXRAJL. ^9$

!a nécessité d'ajouter foi à ce que Ton dit, ou de vouloir se faire écouter.'

Justement, moins on crie, plus le public est attentif; ordinairement les grands moment de silence, au spectacle, ont lieu lorsque Facteur parle bas et simplement.

Que votre voix soit un instrument flexible > dont les modulations enchantent quelquefois et s'iaflfaiblissent tout à coup avec art, màifcf avec Fart de la vraie nature j qu^^elles parais^ sent un instant insignifiantes, pour en<^hanter de nouveau, et pour produire encore de plus délicieux effets.

Mademoiselle Duchesnoy a bien connu te principe.

Quand Facteur se sera assuré, par un exercice continuel, de la souplesse de son organe y il s'occupera de la valeur des expressions.

Ce qui contraint lie corps gêne Forgaae et te dénature ^ il n'y a plus d'abandon ; un organe contraint ne peut intéresser.

La voix de tête se corrige en parlant dôuce-^ ment^ en s'écoutant prononcer, et en posant la^ main sur sa poitrine , afin de sentir par ce. moyen si la voix en sort.

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VOYELLE, OONSONNE.

Voyelle. Lettre gui a un son parfait d'ellemême et sans être jointe cl une auti'e.

La voix humaine comprend deux sortes d'élémens, le son etrarticulation.

l^'écriture qui peint la parole par àts signes que l'on nomme lettre , doit donc comprendre pareillement deux sortes de lettres; les une» doivent être les signes représentatifs des sons, les autres doivent être les signes représentatif des articulations; d'où Xes.vojeUes et les consonnes.

Consonne. Lettre de V alphabet qui n*a nul . son par elle-même et qiûon ne peut prononcer quêtant jointe à quelque voyelle.

Les Grecs avaient observé comment, lorsque les syllabes longues et brèves étaient:, combinées entr'eDes , il en résultait uiae déclamation plus ou moins éclatante, plus oii^ moins rapide , ou plus ou moins entraînante . De là leurs efforts pour distribuer dans leurs paroles la mélodie et la cadence qui préparenc la persuasion\

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