THEATRE EN GÉNÉRAL
Chez les nations les plus anciennes, chez les plus policées , comme chez les plus sauvages, on a trouvé des spectacles 5 partout rhomme a senti le besoin de créer des jeux et des fêtes, qui parlant vivement à Timagina^ tion, fussent en même temps des liens puissans propres à adoucir les mœurs et à inspirer les grandes actions, puisqu'ils rapprochent les citoyens et leur donnent des exemples sublimes.
Les Grecs et les Romains unissaient au goût des spectacles la plus grande magnificence. Leurs théâtres étaient de vastes enceintes accompagnées de portiques, de galeries couvertes et de quinconces. Plus de soixante mille spectateurs occupaient les différens étages de ces salles immenses; et pour épurer et rafraîchir l'air , le luxe avait même imaginé des jets d'eau de senteur , qui serpentant à travers les statues dont le sommej; était garnie s'épanchaient de toutes parts eu forme de rosée.
Aucun édifice de ce genre n'égala le théâtre de TEdile jEmilius Scaurus. Il était composé de trois ordres d'architecture , et soutenu par trois cent soixante colonnes , dont les plus élevées étaient de bois doré, celles du milieu de cristal de roche ^ et les dernières de marbre de Crète , toutes de trente-huit pieds d'élévation. Dans les intervalles étaient rangées àts statues de bronze au nombre de trois mille; tout l'édifice contenait quatre- vingt mille speetateurs. Les tapisseries, les tableaux, les décorations qui ornaient ce théâtre, étaient si précieux , qu'étant devenu quelque temps après sa construction la proie d'un incendie, on en estima la perte à cent millions de sesterces, équivalant à douze millions de notre monnaie.
Curion fit aussi construire deux grands théâtres en bois, si ingénieusement imaginés, qu'en les faisant mouvoir sur des pivots^ on déplaçait à volonté, et la scène et les spectateurs; invention qui tient du prodige, et qu'il est difficile de se représenter.
Pline affirme que le gendre de Syllafit placer trois mille statues sur un seul théâtre.
Certes, si l'on rapprochait de ces monumens magnifiques, les édifices qui chez nous sont destinés aux mêmes représentions , combien nous trouverions ceux-ci petits et mesquins. «H est
Trai, dit le baron de Grinim, que dans Athènes et dans Rome, le peuple assistait au spectade en corps; en se rendant au théâtre, il satisfesail à un devoir. Dans les gouvernemens modernes et chrétiens , où les mœurs sont plus corrompues, une partie des docteurs de la science absurde regarde la fréquentation des théâtres comme un crime. »
Les anciens consacraient aux jeux scéniques les sommes immenses. La représentation de rois tragédies de Sophocle coûta plus aux. ■^.théniens que la guerre du Péloponèse. Les ilomains affectèrent aussi des fonds énormes pour contruire des amphithéâtres et même pour payer les acteurs. Roscius avait un revenu annuel de 76,000 livres. Jules César donna 5o,ooo livres à Labienus pour engager ce poète à jouer lui-même dans une pièce de sa composition, -^sopus, contemporain de Cicéron, laissa en mourant, à son fils, une succession de 2,5oo,ooo liv. qu'il avait amassées k jouer la comédie.
Ces exemples prouvent quelle importance on attachait aux spectacles dans l'antiquité , et combien les acteurs y étaient honorés et récompensés ; mais les temps ne sont plus les mêmes, et il faut se bien pénétrerdes changemens que les révolutions successives ont,appor-
donc au nombre des grands hommes reconn pour avoir été disciples de Melpomène et Thalie. »
Il faut convenir que, bien vu et bien traitié ^ l'art dramatique rend l'instruction générale , répand dans l'esprit du citoyfiaa des principo^ utiles, cultive la raison publique toujours tro^' négligée , ramène enfia les hommes à ces idée^^ simples , claires , intelligibles , qui sont le^^ meilleures de toutes , c'est-à-dire aux première^^ et faciles notions de la vraie morale et de saine politique.
Le moyen le plus actif et le plus promp d'armer invinciblement les forces de la raiso: humaine y et de jeter tout à coup sur un peu pie une grande masse de lumières , est à cou sûr le théâtre; c'est là qu'une éloquence simple et lumineuse peut réveiller en un instao une nation assoupie ; c'est là que la pensé majestueuse d'un seul homme enflamme to les âmes par une commotion électrique.
Le théâtre est des mœurs l'école aimable et sâre : C'est là que nos travers reçoivent leur censure i C'est là que des héros revivent les grands cœurs $ C'est là que Ton apprend à répandre des pleurs , Doux tribut qu'on accorde à Fhumanité sainte^ O temple des beaux arts! ô respectable enceinte > Où tous les citoyens , dans un noble loisir» Vont trouver la morale en cherchant le plaisir l Tq peax des préjugés affronter Panathèméi
l3'un misanthrope amer tu démens le système ; I^ans ton sein la raison^ si rebutante ailleurs, l^ivertit les humains pour les rendre meilleurs.
( Discours sur les sj^ectacles , par M. François de Neufchâteau. )
4r II faut être ennemi de sa patrie , disait Vollire, pour condamner les spectacles ; et quand i philosophie s'y joint , la superstition est ientôt écrasée. Je regarde, ajoutait ce grand tomme , la tragédie et la comédie comme des
eçons de raison^ de vertu et de bienséance
» Les dévots disent que le théâtre est une aeuvre de démon. /Si cela est , le démon est fort aimable- car, de tous les plaisirs de l'âme, je tiens que le premier est la tragédie bien jouée. » \
Ce n'est pas que l'art dramatique n'ait pu entraîner avec lui quelques abus : les meilleures choses en sont susceptibles ; mais plusieurs cas particuliers ne détruisent pas le bien général, et, à tout prendre, quand il s'agit de réparer , il n'est jamais trop tard. Par exemple, on peut remarquer dans certaines pièces, et même dans celles qui ne sont pas les plus médiocres , une tendance à ridiculiser les classes , au lieu de ne s'attacher qu'à corriger les vices en général. Cette observation n'est ^as faite par tout le monde , car elle échappe même aux intéressés. Au théâtre, le comte, le marquis, sont légers, sémillans, tandis que le bourgeois
est presque toujours plat et ridicule. Dai telle pièce, rofficier donne des croquignol au marchand, et cependant le parterre où ij se trouve beaucoup de marchands^ n'en :rn pas moins de toutes ses forces. Tout récemm^z?/ encore, au Théâtre-Français, dans une clés meilleures pièces nouvelles, on se moque aus$/ des boutiquiers du faubourg Saint- Denis • c'était un dimanche j des boutiquiers y étaient*, et les boutiquiers d'applaudir.
Cette tolérance de la part de ceux mêmes qui sont joués, ne peut excuser les attaques personnelles qu'on se permet contre les classes ou contre les individus, parce que, s'il en était autrement , l'art dramatique , au lieu d'être un moyen de rapprochement et d'union, serait un sujet de division et de haine.
Nous terminerons cet aperçu en répétant que, puisque des princes de l'Eglise , des souverains, et surtout des papes, se sont occupés spécialement des théâtres , en consacrant à leur érection des sommes immenses, et en encourageant les auteurs et les comédiens , c'est qu'ils ont donc considéré les uns et les autres connue nécessaires à la prospérité de leurs Etats. Enfin les spectacles , par l'affluence des étrangers qu'ils attirent , les débouchés qu'ils offrent au commerce et à l'industrie, les moyens
MJINUEL THÉATRA.L. 496
d'existence qu'y trouvent une infini té de gens , et par l'influence qu'ils exercent sur les mœurs , les spectacles , disons-nous , sont indispensa* blés à une grande nation. Sans l'établissement des théâtres et des comédiens, la France pourrait-elle montrer, avec tant d'orgueil, G^rneille, Racine , Molière, Voltaire, et une infinité de poètes du premier ordre ; l'Angleterre, Shakespeare , Johnson, Congre ve , Drydein , Rowe, Murphi, Colman; l'Italie, Alfieri, Riccoboni , Métastase ^ Goldoni ; FAHemagne , Kotzbue, Schiller, Goethe, Wieland , etc., etc.; alors les progrès des sciences n'auraient aucun élan, et les nations seraient encore dans la stupeur, et réduites à des combats de- taureaux et de bêtes féroces , ou à des processions obscènes et scandaleuses.
(JtJiv sJï>ùakfte ew tj\
X/CUUX^,
On a déjà dit que les premières pièces qui furent représentées en France avaient été tirées de l'ancien et du nouveau testament. Ce mélange bizarre du sacré et du profane subsista long-temps; mais on en reconnut enfin l'abus, et les confrères de la passion cédèrent leur privilège à une autre troupe qui , sous le nom à'enfans sans souci, jouait de petites
pièces et avait un chef ou directeur. C^est 9 cette époque (i548) que cette société acheta l'hôtel de Bourgogne et y fit construis un théâtre.
U y a loin des mystères, des soties^ des rruh ralîtésj des Jarces y aux pièces de Corneille, et cet intervalle n'a été rempli que par un ^tit nombre d'ouvrages dont le seul mérite est d'avoir fait faire quelques pas au bon sens et aux principes. La protection du cardinal de Richelieu contribua puissamment à tirer le théâtre de cette espèce d'enfance où il végétait. «f Ce ministre, dit le duc de la Vrillière , crut avec raison augmenter Téclat de sa renommée, en encourageant les sciences et surtout les talens dramatiques ; et cette protection échaufià le génie des poètes. »
L'auteur du Cid et de Cinna avait donné à la tragédie française une supériorité marquée sur les productions du même genre chez nos voisins , et l'admirable Racine y mit le comble ; Molière nous assura le même triomphe dans la comédie. Jamais poète n'a su mieux que lui remplir le précepte qui veut que la comédie instruise en amusant. Il connut tous les secrets de son art , étudia profondément , non-seulement les ouvrages des grands comiques de l'antiquité , mais encore ceux des au-
leurs italiens et espagnols, et il fut supérieur à eux tous. Ce Molière que la France compte avec orgueil parmi les hommes les plus célèbres du grand siècle, ce Molière fut comédien. Une profession que n'a pas dédaignée un telmaître ne saurait avilir; 'elle est consacrée par le génie.
Le théâtre paraissait n'avoir plus rien à acquérir; il lui manquait cependant encore un de ses plus beaux ornemens; il lui manquait ce génie fécond et sublime, qui embrassa tous les genres , ce colosse au pied duquel viennent s'agiter, ramper et mourir quelques insectes qu'on n'aperçoit qu'à l'alue du microscope.
Après Voltaire, beaucoup d'autres auteurs ont ajouté de nouveaux lauriers à la couronne de Melpomène comme à celle de Thalie , et occupent une place distinguée sur le Parnasse.
Corneille , Molière , Racine et Voltaire ont fait des ouvrages pour tous les siècles et pour tous les hommes. 11 n'en est pas de même de la plupart de nos auteurs modernes. Ils semblent ne travailler que pour leur époque.
Le goût des spectacles est beaucoup plus répandu chez les Français que chez toute autre nation. On en voit la preuve dans cette foide de théâtres qui existent à Paris et dans nos grandes villes. Ce penchant naturel pour un
50O MANUEL XHÉATRAX.
13 Théâtre de Louvoîs.
1 5 Théâtre des Amis des Arts, ci-deyant Mo* lière .
14 Théâtre du Marais.
i5 Théâtre du Palais.
16 Théâtre des jeunes Artistes.
17 Théâtre de Lazzari. ^
18 Théâtre sans Prétention.
19 Théâtre des Délassemens comiques.
20 Théâtre du Lycée dramatique.
2 1 Théâtre de l'Opéra Bouffon.
22 Théâtre des Victoires nationales.
L'établissement de tous ces théâtres eut lieu
par suite d'un décret de l'assemblée constituante , rendu le 19 janvier 1791 , et qui consacra la liberté des théâtres , en fixant les droits d'auteurs.
Ce décret fut provoqué par une pétition lue à la barre de l'assemblée nationale, au nom des auteurs dramatiques , par La Harpe.
Ainsi Von put jouer tout et partout.
En août 1 807 ^ un décret impérial réduisit le nombre des théâtres à 8.
En 1812 , un autre décret daté de Moscou, régla l'organisation des théâtres; l'époque et le lieu où ce décret fut rendu sont remarquables et donnent assez à réfléchir. En 181791e nombre fut limité à 1 1.
MANUEL THÉÂTRAL. 5oi
Enfin aujourd'hui 00 compte dans la capitale les 1 2, théâtres suivant r^
I Le Théâtre-Français. >
3 L'Académie Royale de musique.
5 L^Opéra-Italien.
4 L'Opéra-Comique.
5 L'Odéon.
6 Le Gymnase-Dramatique,
7 Le Vaudeville.
8 Les Variétés* g La Gaîté.
10 L' Ambigu-Comique.
1 1 La Porte Saint-Martin. .
12 Le Cyrque-Olympique.
II y a en outre le petit théâtre de M. Comte, 3t quatre autres théâtres d'Elèves, situés aux portes de Paris.
De toutes 'les capitales^ de PEurope, Paris îst celle qui renferme le plus de spectacles. On s'en convaincra par lerelevé suivant r^
Londres renferme 5 théâtres publics. ,
Vienne. 5
Berlin. 2:
Pétersbourg. 3
Madrid. 2
Naples. 3, j
Amsterdam. 2 . [
JNos salles dont quelquesHoaes sont élégantes
et {xeiates avec goût, pèchent caj^dduBl par la distribution : en général on y voit et on j entend mal. Elles semblent construites moins pour la commodité des spectateurs , que d'après les vues d'un sordide intérêt qui calcule rigoureusement combien la gêne où Ton met chacun d'eux peut ajouter à la recette. U n'est peut-être aucune salle , sans en excepter les plus célèbres, qui soit construite d'après les lois de l'acoustique et dont le luxe et les ornemens inutiles ne détruisent pas tout Teffet de l'action qui doit être représentée sur là scène.
Il y a en Italie plusieurs salles immenses dans lesquelles un soupir même est entende; mais l'art de les construire avec cette perfection n'est pas arrivé jusqu^à noua»
Une observation à faire, c'est queF^xtérieiur de nos théâtres ne donne pas en général'ine grande idée de leur magnificence^ I1& sooX presque tous entourés d'échoppes oja de baïQr ques, qui, non-seulement affectent péniblement la vue , mais encore gênent la cÎTCulation; on peut faire tous les jours la même remarque à l'égard des monumens publics , non-seulement à Paris, mais encore dans toute la France, et particulièrement à l'égard des églises. Ces temples du Seigneur ne devraient-i-ils paiS , encore plus que les autres édifices, être entière-
MAI^TÙËL *HËÀtBÀt. 5o5
ïtiént isolés et présenter vtn aspect imposatit et digne de leur Saint objet?
Nous avons dit, à?n'*îôâimencèiiietit de cet ouvrage , que la subvéntioli^jf^rélevée pour leS pauvres sur les recettes des théâtres de 1ë capitale, s'élevait à plus de 700,000 fr. Entoiciles détails t
D'après un relevé du iicflnbrë dès |>laces dans chacun des douze théâtres de Paris, on peut évaluer à dix mille au moins par jour les spectateurs payahs, ce qui prodtiit 20,000 fr. par jouf ( tatri moyeh5,6oo,ooof. pstrftiois, 7,îoô,ooof.pàtan; et attendu qii^il se donne aumoitis i65 tiotiveaûlés par an , répartie^ etitre les dou:Èé théâtres , en né mettant les droits d^antéur qu'au douzième, c'est 600,000 fr. qu'ils touchent par année pour Paris , ce qui revient à 1,644 fr. par an pour chaque pièce ( taux commun ).
A TAcadémie royale de musique, il peut te^ nir igoo personnes. -^^ Au Thféâtre-Françai^^ 1 800. — A l'Opéra-Catei^Oy r 700 . — ^A l'Odéonv 1800- — A l'0|)éra-ltalien(sa)le Louvois), î5ool -^Au Gymnase,' i3oo,-^ Au Vaudeville, i5o^. — Aux Variétés, 1200.— A la Gaieté, i3oo»— î- A l'Ambigu, f5oo.-^A kPorie-Saint-Martin, 1 800 . — Au Cirque de Fraïicbnï, i a 00 .^ — Total^ j8,ioo.
Si ces calculs sont exacts , les pauvret per-
5o4 MANUEL THÉATKAX.
çoiy eut, chaque aunée,à Paris, sur les receltes des théâtres, une somme de 7210,000 fr.. Quels nobles plaisirs que ceux qui concourent d'une manière si efficace au soulagement de l'infortune et du malheur !
Il a été parlé, dans le cours du Manuel, des principaux spectacles. Qu'il nous soit permis ici de dire quelques mots sur la Comédie-Française.
Rien ne doit plus effrayer que la décadence du Théâtre -Français. Ce théâtre, le premier du monde, a droit plus que tout autre à la sollicitude du Gouvernement et à l'intérêt public. L'établissement de TOpéra-Comique a porté la première atteinte, sinon à la gloire, du moins au succès, quant aux recettes, de la tragédie et
de la comédie. Le mélodrame a porté le second coup ; car maintenant on va rarement aux Français pour la pièce, on y va pour l'acteur qui joue : c'est bien ce qui annonce la décadence du goût en fait de spectacle; et que ne doit-on pas craindre de cette disposition da public, quand on voit un mélodrame avoir plus de représentations que la meilleure de nos pièces modernes. Il est donc instant de remédier à un mal dont les progrès sont si .visibles ; et le meilleur moyen pour y parvenir, est d'abord de confier la direction de la<C6-
«j^die-Fratiçaise à im.adinuufllrateur fennë et échméy en second lieu, de «-attacher à for^ qier des sujets dJign6S:d^.re{»ié6e»terno6;çhe£^ dSfliPUTre. Le premier de;Ce8 "^mn^ est4é)à rem- ^ par la .nomination de. M. Taylor; j quant SXk: secofid , nou^ verrons pkis loin à Farticle Conserwf^oire , comment, il pourrait «e téstr tiser«- . ■;"• ' ' . ■ • ^' '.■ ■•
On a voulu,, dws riutérêtdeil^arti établir
wiexx>ncurrencef en créant un second Théâtre- FiQq^ça^^iSansf nous permettre de )iiger cette qiM^tion, nous nous contenterons de dire qUé lasi &its n'ont pas tout-rà-fi^t répondu a Tattente des auteurs de: cette taesore. €Sepëndant Futilité d'un second théâtre a été reconnue par des écrivains distingués. Lingnet, Cailhaifa^ M* Xicmercier , etc. , ont insisté sur Furgence dexette insritutioti; et Ont démontré qu'elle ne pQjttvait être que favorable am,progri^ des sâences et des Iii^ très, exciter une noble émulation, et tourner à l'avantage du public.
Dans un *ouvrage qui vient de paraître * ,= et où l'on trouve des traits fins, et henrçùx v^s à. des pensées justes et quel^efo^s .profondes, l'auteur dit positivement que l'art dramatique ne peut plus se coii$erTer en France
* L'Observateur au 19** siècle , fn Û^ Sàmt/^êÊf tu PariSi 1825. ... ' ,'. ■ ...... ,îr; .
5o6 MAVTTEL THÉÂTRAL.
qu'à une seule condition : tous les théâtres her^ métiquement fermés pendant plusieurs ùlméèi. La mesure , comme il le dit lui-même , est uù peu acerbe , et nous sommes loin de paftagèir l'opinion de Tauteur sur l'efiicacité dû fémède qu'il propose; d'ailleurs ^ lors même «{ué nôils serions d'accord avec lui sur les résulAts, nous croirions toujours qu'un tel projet ne pourrait être praticable dans l'exécution. La fotilâ qui, tous les soirs, assiège les portes de nos spectacles, est la meilleure preuve de leui^iiidîipéilsa— ble nécessité ; et en outre , trop de periâOftMs sont intéressées au maintien et à la prospérité du théâtre , pour qu'on adopte un6 mesure <{m compromettrait si essentiellement leur existence
\yOcabte6 K^\A4XÀM'e^ti9.,
U Angleterre j V Allemagne j Y Italie , VEli^ pagne j sont remplies de théâtres de toute c|^ pèce. L'art du comédien y est encouragé ; sOû talent y est récompensé parbeaucouji d'argent et de considération personnelle.
En Allemagne , dans tout le nord, le comédien est pensionné directement par les souverains, et vit familièrement avec les courtîsiaui*. ARome,ei dans toute l'Italie, les appoiutemens des chanteurs et des chanteuses sont excessife';
MANUEL THÉÂTRAL. Boj
ceux qai se contentent de déclamer imt des appointemens moins forts , mais ils consertent au moins tous les droits de citoyen.
L'Espagne est de toute TEurope moderne la contrée oii la comédie est la plus pauvre en tous sens. Les acteurs sont eh iaussi gt^and nombre et aussi mauvais que les pièces. "'• - •
Quant à l'Angleterre, c'est le pajai^is des comédiens. Les lauriers dont on les coùrohhè sont d'or, et n'en sont pas moins honorables^
L'Angleterre n'a eu son théâtre que posté-;rieurement à ses voisins. 11 commença comtne en France > en Italie et en Espagne, par des mystères qui étaient joués quelquefois par des ecclésiastiques , et il ne reçut une véritable existence que lorsque Shakespeare , le Çor^ neille de l'Angleterre, eut produit ses chefsd'œuvre.
Shakespeare, Johnson , Addîson , Dryden^ Wycherley^ Ottv^ay, Garridk, Shéridan, etc., seront toujours illustres^ dans les fastes du théâtre anglais, i '
Chez les Anglais , le parterre est en amphithéâtre. Les hommes et les femmes y sont assis
5o8 MANUEL THÉÂTRAL.
ensemble. Il n'y a qu'au rang de loges, et audessus des galeries avec des gradins où le peuple va se placer.
Tout ce que l'imagination peut inventer de plus horrible et de plus féroce fait la matière des tragédies anglaises. La scène est ordinairement ensanglantée ; il arrive souvent que la pièce finit par le massacre des acteurs principaux. Si les pièces anglaises sont chargées de beaucoup d'incidens et d'événemens tragiques, c'est qu'il faut remuer bien puissamment ce peuple , qui étant d^un caractère rêveur et distrait , prendrait sans cela peu d'intérêt à la pièce.
Les comédies anglaises sont pour la plupai*! obscènes dans Faction et le dialogue >mais elles offrent souvent une peinture très^vive des ridicules et des vices. Les intrigues y sont presque toujours compliquées»
Une différence frappante entre le théâtre anglais et le théâtre français^ c'est que sur le premier on fait courir les spectateurs après les événemens; surTautre, c'est souvent le contraire; ce qui n'est peut-être ni plus naturel , ni plus raisonnable.
Sur les théâtres de Londres , le nôblè est presque toujours enflé, et le comique presque toujours bas.
MàT^UEL THÉATRAl^. SOQ
La pierre de touche des acteurs anglais , le sublime de la déclamation ^ c'est l'art de mourir. Tous les comédiens doivent y faire un cours de blessures et d'agonie.
Le coup de balai est un préliminaire indispensable dans toutes les pièces anglaises ; le proscenium étant toujours couvert avant le lever du rideau des débris de l'appétit de Vupper galerj^ dont le pit ( parterre ) reçoit aussi quelques échantillons.
Le souffleur n'est point visible ; il y en a ordinairement autant que d'acteurs j ils se placent dans les coulisses parallèlement à l'acteur.
Les décors changent ordinairement à chaque acte, et alors c'est à vue. Quelquefois dans un entr'acte on baisse un rideau vert de gaze pour faire reposer un instant les acteurs.
Lorsqu'un acteur aimé entre en scène dans quelque moment ou situation que ce soit , il est applaudi et obligé de venir saluer, et ensuite de recommencer son entrée.
Les annonces de spectacle se font tous les soirs devant la toile sur Tavant-scène; il y a deux porles latérales qui servent aux comédiens pour cela.
Les accessoires sont faibles.
5 10 MANUEL THÉITRAL.
En Angleten^e» l'état de comédien honore et enrichit beaucoup plus que dans toutes les autres nations. Garrick, mistrissSiddons re-* posent à Westminter à côté de Charles II et de Malborough.
Le théâtre de Dublin a été jeté dans un désordre comj^et à l'une des dernières représentations de la Bataille de Waterloo. Xin gentleman^ placé au balcon, s'est levé tout à coup, enbraih dissant un large poignard d'une mam et une épée de l'autre. Des officiers de paix sont allés le désarmer. U s'est rassis assez tranquillement, et s'est mis à manger des oranges. Quand rae* teur qui représentait le duc de Wellington a paru, il a fait ï'ouler successivement deux oran* ges à ses pieds , en l'invitant à se rafraîchir. Bientôt après, apercevant Bonaparte , il sauta sur la scène , en disant qu'il voulait voir de près ce gaillard-là ( Thatfallow, ) Il lui a offert du tabac; l'acteur a pris la tabatière , qui était d'or , et l'a mise dans sa poche , ce qui a excité des cris de joie dans le parterre. Cet original se mêlait au dialogue , et il allait créer pour lui un rôle dans la pièce , quand les officiers de paix sont venus le prendre et l'ont reconduit à sa place ; alors il a ôté son habit et sa veste pour mieux écouter ^ et s'est montré fort paisible jusqu'à la fin du spectacle.
MANUEL THÉATKAi» 5lï
En Espagne, les théâtres sont presque carrés. Us ont trois étages avec des. loges au premier et au second rang. Au-dessous , est un amphithéâtre garni de haucs j c'est là que se p][açent les femmes. Daas la loge en face du théâtre > il y a toujours un intendant de police.
Le juge royal assiste aussi à ce spectacle g^vec trois archers derrière lui. Il se place, ou sur le théâtre , ou dans une deà deux loges qui lui sont destinées , aux côtés delà porte qui est vis-à-vis du théâtre. Les personnes qui ne veulent point être vues , se mettent aux secondes loges , sur la même ligne ; dans l'enfoncement il y a un endroit desjipé.aux moines. On est assis dans le parterre sur des gradins. Il y a en outre un autre endroit nommé Pacioy où il y a des bancs.
Les Espagnols composèrent plutôt que les autres nations policées de l'Europe des. poëmes dramatiques où l'on remarque quelque méthode. On fait remonter l'époque de ce théâtre au milieu du i5™® siècle. Leurs pièces étaient d'abord de petites pièces satiriques. Depuis, rétonnante fécondité de leurs poètes donna à
5l2' MANUEL THEATRAL.
ce peuple le plaisir de la variété. Lopès de Vega a , lui seul , à ce qu'on prétend , composé plus de 1 ,5oo pièces.
Dans les drames espagnols , on trouve quelquefois de ces beautés de détail , qui sont les fruits d'une imagination échauffée. Au reste» les Français n'ont point dédaigné d'aller puiser à cette source. Rotrou , Corneille j Molière ont beaucoup emprunté des pièces espagnoles.
Les auto - sacramentaux sont des drames pieux qu'on représente en certain temps de Tannée, principalement le jour du saint sacrement.
On ne sera peut-être pas fâché de connaître ces actes sacramentaux. Voici l'un de ceux qui étaient le plus fréquemment représentés en Espagne ; il est de Caldéron , et a pour titre : VAuto Sacramental de las plantas. Les acteurs sont ; l'Épine , le Mûrier , le Cèdre , l'Amandier , le Chêne , l'Olivier , l'Epi , la Vigne et le Laurier. Deux anges entrent en scène , et adressant la parole à toutes les plantes , leur déclarent qu'une d'entr'elles doit produire un fruit doux et admirable. Ils les invitent à un combat divin , pour mériter une couronne que l'un de ces anges tient à la main , et qu'il va déposer d'un côté du tliéâtre. Ils leur donnent
MANUEL THÉÂTRAL. 5l5
la faculié de parler, et ils s'en vont. Les arbres parlent , et sont 'dans l'admiration.
Le Cèdre arrive avec un bâton à la main , en forme de croix. Tons les autres interlocuteurs sont aussi surpris ide le voir, que s'ils ne l'eussent jamais vu. Il fait un long disc<>tfrs allégorique sur la création du raond/^i, de l'homme, des animaux et des végétaux : il leur dit que , puisque les animaux qui habitent la mer , la terre et les airs , connaissent un. roi , les arbres en doivent avoir un aussi ; il ajoute qu'il ne se vante point de mériter cette prééminence , mais qu'il sera le juge de celui qui la méritera, et il sort.
Les plantes , qui restent sur la scène ^ sont choquées qu'un arbre étranger s'arroge le droit d'être leur arbitre ; elles font valoir les attributs que les hommes leur accordent , et par lesquels chacune prétend l'emporter sur les autres. '
Dians une scène qui suit , le Cèdre propose h chaque plante de présenter un placet, et de déduire leurs titres; ce qui s'exécute. Ensuite il reparaît, tenant devant lui une croix , dont les bras sont entrelacés de feuilles de cèdre , de cyprès et de palmier. Les plantes se partagent pour et contre la prétendue violence que le Cèdre leur fait , en se nommant leur arbitre.
5l4 MANUEL THEATRAL.
L'Épine éclate de colère , lui demande qui il est , et sur ce qu'il refuse même de dire son nom , elle s'irrite et dit qu'elle seule su&a •pour arracher et détruire un arbre qiii n'est point connu dans le pays , et qui veut les tyranniser. Elle s'approche de lui et l'embrasse i le Cèdre s'écrie qu'elle lui déchire le corps. En cet instant on voit du sang sortir de la croix : toutes les plantes en frémissent; le Cèdre dit qu'il arrosera de ce sang toute la terre. TEpi et la Vigne s'approchent de la croix pour le recevoir. Le Cèdre , voyant leur humilité , et tenant toujours la croix devant lui , s'exprinè ainsi : Puisque , devenus humbles et compatissant , vous recevez tous les deux mon corps et mon sang , c'est en vous seuls que dès aujourd'hui mon corps et mon sang deviendront un trésor divin.
L'Épine , toujours ensanglantée , se désespère , et voyant toutes les plantes fuir à son aspect, elle fait une grande lamentation. La croix paraît en l'air. Quelques-unes des plantes demandent au Cèdre de déclarer celle quimérite la couronne; le Cèdre dit que c'est l'humanité qui l'obtiendra, et il nomme l'Épi et la Vigne. La pièce finit ainsi par une pensée qui a rapport au mystère de l'Eucharistie , condition essentielle aux fitctes sacramentaux.
MANUEL THÉÂTRAL. 5l5
Ces sortes de drames étaient précèdes d'un prologue , auquel on donnait Tépithète de Sacramental^ et on y ajoutait un titre qui semblait n'avoir jamais de rapport à la Fête-Dieu, qui en était pourtant le seul objet, par exemple, le prologue sacramental du Fou. Au commencement de ce prologue , on entend dans la coulisse des gens qui crient : Prenez garde" au fou qui s'est échappé ! courons , courons après ! Le fou paraît ensuite , disant à ceux qui crient après lui de ne point s'inquiéter, qu'il n'est pas ce qu'il était auparavant ; que le plaisir d'être témoin de la fête l'a fait sortir, et en moins de deux cents petits vers , il fait l'énumération de tous les prodiges de l'Ancien- Testament, et des mystères du Nouveau. lien est de même du Prologue sacramental du Paysan^ des Equivoques ^ etc., qui promettent par leur début tout le contraire de ce qui se trouve à la fin.
On appelle Gracioso y dans la comédie espagnole, l'acteur qui joue le principal rôle comique. Ce personnage approche beaucoup de celui d'arlequin.
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5l6 MANUEL THÉÂTRAL.
D^ THl^ATRES DB MADRID.
Madrid a deux salles de spectacle qui n'offrent dans toutes leurs parties que deaf édifices mesquins , dont les dégagemens sont en si petit nombre et si étroits , qu'il faut une heure pour entrer et une heure pour sortir.
Hors quelques pièces de Calderon, de ïx)pez, de Moreto ^ de Solis , et quelques tragédies de Voltaire, de Racine, traduites en espagnol, on ne représente que des farces. ,
Le spectacle dure ordinairement trois heures , pendant lesquelles Lopez et Calderon font faire aux comédiens le tour du monde , souvent même le globe est trop petit j lés iictnces et les acteurs alors partent pour le "ciel pu . pour l'enfer j en ramènent des saints , des dîar bles , des apôtres , et reviennent avec eiix danser , chanter, rire , pleurer , se battre et finir la pièce.
.. Les entr'açtes sont égayés, pa^ dés touaailles j charges assez, plaisantes et fort. Iqbrir ques : ce sont à tous momens. des bais^er?^ pris, savourés , avec une volupté singulière.
On est assis aupai^^rre, et on y cau$e comme'«dans la rue .
Les actrices sont très-jolies.
MANUEL THÉÂTRAL. ''BV]
Aucun costume quelcoiMjue; les comédiens sont sur le théâtre comme chez eux. Souvent Tanerède est en veste, Orosmane en redingot , Zaïre en bonnet de nuitj Bajazet ^'a point de turban.
Le magasin ne fournit que les perruques , les gants , les bottes fortas ,. les mQus|;Qchçs;0t les manteaux.
Il y a très-peu d'actriceéi : ^es hommes reoçiplissent quelquefois les rôles de femmes. Souvent une heure se passe avant; que la toile se lève, parce que la duègne, la reinç, la soubrette ou Tamoureuse n'a pas encore la barbe faite.
Le parterre et les loges sont inexorables; on. siffle à tout rompre. La garde menace, crie^ frappe en vain^ quelquefois^ lasse de crier, de frapper, elle siffle comme les autres.
Un jour , depuis le commencement de la pièce jusqu'à la jfin , tous les acteurs furent si*fflés , hors un seul , fort mauvais pourtant , mais fort vieux, que sûrement on ne siffla point par attention pour son âge.
5l8 MANUEL THEATRAL.
Les théâtres en Italie ont communément quatre rangs de loges , outre un autre rang qui fait l'enceinte du parterre. On voit même à Venise un théâtre à sept rangs de loges. Celui de Parme n'a point de loges , mais seulement des gradins en amphithéâtre. A Venise, on peut aller masqué aii spectacle. Il y a ordinairement huit théâtres ouverts, quatre pour les comédies et quatre pour les opéra : les spectacles dans presque toutes les villes d'ItaUe sont tumultueux. Les Italiens crient de toutes leurs forces vi^a^ lorsqu'ils sont contens de l'acteur ; si c'est le contraire , ils crient 'va dentro j en l'accablant d'injures. A Gènes, à Lucques , à Florence , il y a plus de police. Comme dans plusieurs villes la comédie se joue en plein jour, on y voit régner pins de décence. A Rome , les femmes ne montent point sur le théâtre , depuis la défense qui leur en fut faite par Innocent XI ; leurs rôles sont remplis par de jeunes garçons habillés en femmes.
En Italie , comme ailleurs , la comédie eut une origine très - grossière. Elle consistait d'abord dans des farces indécentes qu'on représentait au coin des rues. A ces farces succé-
MAIVUEL THéATBAL. ÔlQ
dèrent les mystères qiiî s'établirent à Rome vers la fin du i3"® siècle. Ces comédies pieuses étaient accompagnées de pièces profanes et licencieuses , mal conduites et plus mal dialoguées. Bibiéna , Machiavel et TArioste ont mieux conduit leurs pièces , mais ont imité la licence des anciens dans le dialogue et dans l'action de leurs comédies. Enfin , des personnes d'esprit et de goût opposèrent à cet abus des traductions de nos meilleures pièces , et en composèrent eux-mêmes dans le goût des anciens. Métastase , Goldoni et Alfieri occupent les plus belles pages du théâtre italien.
Il y a un genre singulier que nous avons reçu en France j c'est une espèce dlntrigue mise en action , dont le dialogue est rempli sur-le-champ par l'acteur^ Cette espèce de comédie tire son principal mérite de l'enjouement qui en fait l'âme.
C'est en Italie qu'est le véritable règne de l'opéra. Il y a eu des tempsoù l'on en a joué tous les jours sur six théâtres à la fois. Le premier, suivant Riccoboni , parut à Venise en 1657- Autrefois ce spectacle était accompagné d'un superbe appareil de machines et de décorations 5 mais aujourd'hui les premières sont négligées : on donne toute l'attention à celte dernière partie.
520 mahuel théâtral.
' Dans les grandes villes de l'Allemagne, certains corps de métiers sont en possession, depuis un temps immémorial , de jouer des farces dans leurs processions. On appelait/'Ao^ îiasques , ces sociétés d'ouvriers et de poètes en même temps. Au milieu dû i6™« siècle, un d'eux, nommé Hannsachs ^ cordonnier de profession y composa un grand nombre de drames allemands. H avait un génie si prodigieusement fécond, que ses pièces forment àes volumes in-folio. On prétend qu'il a fait près de 6,000 pièces en tout genre , depuis i5i4 jusqu'en 1567. L'usage des pièces latines s'introduisit dans les écoles publiques. Enfin, en 16:26 , une troupe de comédiens hollandais, et à leur imitation une troupe de comédiens allemands, s'établirent à Hambourg , où par leur jeu et par leurs pièces , ils changèrent tellement le goût , que la confrérie des maîtres poètes n'osa plus reparaître.
Le genre dramatique allemand est encore aujourd'hui dans le mauvais goût de l'ancieù théâtre hollandais y les sujets de leurs pièces sont trop souvent repoussans. Cependant Schlegcl , Lcessing , Goethe , Schiller , I£B[and et
Rotzebue ont produit des «ouvrages qui font honneur au génie allemand.
Les spectateurs se plaisent à voir de temps eh temps les traductions qu'on leur donne des pièces françaises , italiennes , àngtai.sès et espagnoles. Leurs comédiens oiit aussi des canevas italiens , traduits en leur langue ^ quMIs jouent sans être préparés comme les Italiens.
Les comédiens allemands sont pour l'ordinaire acteurs et auteurs. Si un particulier composait une pièce, il n'en retirerait aucun ho-^ noraire, et il serait obligé d'en faire présent à un acteur ou à une actrice. Le comédien auteur au contraire prélève un certain droit pour lui et ses héritiers , qui lui appartient toutes les fois que la pièce se joue.
On n'imprime point les pièces nouvelles, parce que l'impression, suivant le droit germanique , ôteraît la possession de la pièce aux particuliers pour la donner au public.
En Allemagne l'état de comédien est honorable , et cette profession n'empêche point de posséder des charges publiques et importantes dans l'Etat.
522 MANUEL THÉATBAI..
Ce théâtre doit son origine à une associàr^ lion de beaux esprits , comme celle des troubadours de Provence. Le Miimr de V amour est la plus ancienne pièce du théâtre hollandais ; elle fut imprimée en i56i à Harlem. Dans les anciennes pièces dramatiques, on représeutait naturellement les actions des hommes. Dans une de ces pièces, Mardochée fait le tour dn théâtre sur sa mule ; Aman est pendu sur la scène. On introduit dans une autre pièce un prince qui , étant condamné à mourir , est accompagné de deux prêtres pour le confesser; Tun habillé enévêque , l'autre en cardinal. Les poètes hollandais , pour se conformer au goût des spectateurs qui aiment l'extraordinaire etle merveilleux , ont quelquefois rempli la çcène de choses extravagantes. Dans la tragédie de Circé^ un compagnon d'Ulysse est amené devant cette magicienne pour être condamné. Le lion est le président ^ le singe, le greffier; l'ours, le bourreau; on pend le malheureux sur la scène, et ses membres tombent l'un après l'autre dans un puits qui est au-dessous de la potence. Enfin , à la prière d'Ulysse , Circé ressuscite le pendu , et le fait sortir sain et en- ' tier du puits.
En 1620, Pierre Corneille Hoof donna une forme plus régulière au théâtre hollandais. Aujourd'hui nos meilleures pièces y sont représentées.
Les acteurs sont presque tous tirés de la classe des bourgeois et des bourgeoises; et ce qui paraîtra peut-être singulier , c'est qu'une actrice est obligée d'avoir les mœurs les plus pures , autrement personne ne jouerait avec elle.
Le théâtre d'Amsterdam et l'Opéra de Bruxelles passent pour les deux plus belles salles de l'Europe.
M. le baron de Holberg est le premier qui ait fait représenter des comédies danoises ; il y en a plusieurs qui sont estimées. On a commencé à traduire en notre langue les pièces de ce théâtre; il en a paru une bonne en 1746. Les Danois ne font point de tragédies ; leurs comédies sont pour la plupart en prose : ils ont d'assez bons acteurs. La profession de comédien n'est point, parmi ce peuple^ flétrie par la religion ni par les lois. Il y a à Copenhague une troupe de comédiens français pensionnés du roi de Danemarck.
La salle de spectacle est construite avec intelligence. Les loges sont bien distribuées , et
5i4 MANUEL THÉÂTRAL.
les machines faites avec beaucoup de dépense, mais avec simplicité.
Les Chinois n'ont rien emprunté des Grecs et des Romains ; mais ils ont inventé uoe espèce de tragédie et de comédie.
tf Les Chinois , dit Âcosta , ont des théâtrjss vastes, fort agréables, des habits magnifiques pour les acteurs, et des comédies dont la représentation dujre dix ou douze jours de suijie, en y comprenant les nuits, jusqu'à ce. queies acteurs et les spectateurs, las de se succéder éternellement en allant boire et manger , dormir et continuer la pièce, ou assister au spectacle sans que rien y soit interrompu, sef eôr rent enfin comme de concert, ^u reste « les sujets de leurs pièces sont tour-à-fait màraui, et relevés par les exemples des philosophes «et des héros de l'antiquité chinoise. * '.
M. Rochette a donné une note fort cùrieoAei extraite de la relation de lord M^iCartne^ 9 1^ décrit en ces termes les représentations 4râldf^ tiques auxquelles il assista eu ChiÂe*
Ces représentations consistaient en uoe grande variété de sujets tragiques et. coaûquies* Plusieurs pièces furent jouées successivement, quoique sans liaison apparente entr'elles.jiie
sujet des unes était historique , et celui des autres de pure imâjginaliôii. Les personnages ré* citaient , chantaient ou parlaient tour à tour sans aucu!i accompagnement de musique. L'action abondait en batailles , en meurtres , et offrait tous les accidcns ordinaires dès drames. Ce spectacle fut terminé par la grande panio-^ mime, qui d'après les applaudissemens qu'elle excite, est 5 je le présume , considérée comme un chef-d'œuvre d'invention et d'esprit. Autant que je pus en comprendre le sujet , il s'agissait (iii mariage de l'Océan et de la Terre. Cette dernière étale ses richesses et ses diverses productions , telles que des dragons , des éléphans , des tigres , des aigles , des autruches , des chênes , des pins et d'autres arbres de différentes espèces. L'Océan ne reste pas eh arrière, et il verse sur le théâtre tous les trésors de son empire sous la figure de baleities , de dauphins , de tortues et autres animaux marins;, accompagnés de vaisseaux , de rochers, de coquillages , d'épongés, de coraux ,dotitles rôlesétaient remplis en perfection pair des acteurs déguisés. Ces régimenî^ de terre et dé iner, après avoir séparément , ef dans-une procession cirijulaire , défilé pendant uaiemps conisidérable , se réunirent enfin y etiie Itomant en uq seul corps , > s'avancèrent v«m le front du théâtre.