‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 117 sur 131 · DU CONSERVATOIRE ROYAL DE MUSIQUE · texte numérisé non relu

DU CONSERVATOIRE ROYAL DE MUSIQUE

BT DR DiCLlMATlOR.

Le 3 janvier 1784, une école royale de chant , de danse et de déclamation fut fôfidée à l'instigation du baron de Breteuil. L'ouverture eut lieu le i^"" avril suivant, et M. Oosïec en fut le premier directeur. Gél^ étâbUiSiteitibilft avait pour objet de perfectiotiiiei^ leb^dkpOrifÀ tions qu'annonçaient les jeûties persOnlll9ift{liiMf le théiltre lyrique. Leur éducation était êtÂgnée; on leur enseignait le chant, laiBi£iiqa6 instrumentale , la danse et la dédatnatioti^^ '

En 1 786 , on créa une école spéciale dé déclamation, par les soins du duc de 'ïkuràs ; te acteurs Mole, Dugazon ef Fleuty en"fàFètti les professeurs.

C'est dans cette école que se sont développés les talens de notre grand tragédien , ainsi que de beaucoup d'acteurs de mérite; malheureusement elle ne s'est pas soutenue.

Le Conservatoire , quoi qu'en disent les critiques, est l'institution I9 plus propre à former des sujets dignes de représenter nos che&d'œuvre dramatiques . L'utilité de cet établissement est démontrée , et l'on ne doit que louer

Tadminislrateur éclairé qui le dirige^ et le zèle et les talens distingués de tous les professeurs.

Ceux de la déclamation sont maintenant MM. Saint-Prix i, Baptiste aîné, Lafon et Michelot.

Les répétiteurs sont MM. Gossard et PrOr-

VOStk

De grands acteurs ont senti lô besoin d'un pareil établissement. On trouve dans les mémoires de Lekain la note suivante : «r Le 4 septembre 1756, Lekain fait un mémoire tendant à faire établir une école de ' déclamation , dont le titre était ainsi conçu : Mémoire précis tendant à constater la nécessité d'établir une Ecole roj aie pour jr faire des élèves qui puissent exercer l'art de la déclamation dans le tron giquey et s'instruire des moyens qui forment le bon acteur comique, »

Dans un passage des mémoires de Bachaumont, ou lit : <f 27 juin 1774 ^ Lekain et Préville viennent d'obtenir un privilège pour une Ecole de déclamation dont ils seront nommés professeurs.^

En résumé ce n'est point l'Institution royale qu'il faut attaquer; car elle a peuplé nos orchestres d'excellens musiciens, et nos théâtres de sujets distingués; mais peut-être le mode d'enseignement et le régime intérieurne sont-

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ils pas à Tabri de la critique. Qest ce qui va faire Tobjel des réflexions suivantes.

La première question que nous oserons adresser à l'autorité , et qui se rattache essentiellement à la prospérité de l'art du théâtre en France , est celle-ci :

Pourquoi l'administration étend-elle particulièrement sa sollicitude^ au Conservatoire royal , sur les élèves de la musique vocale et instrumentale , plutôt que sur les élèves de la déclamation tragique et comique? Les Dufresne , les Baron , les Lekain , les Mole , les Larive, les Saint-Prix, les Fleurjr , les Talma, les Clairon , les Dumesnil , les Raucourc , les. Contât, les Duchesnoy, les Mars, n'ont-ils pas contribué aussi puissamment à l'illustratioii de la scène française que les célèbres compositeurs et chanteurs de nos deux théâtres lyri^ ques? Chaque artiste célèbre dans Tart du théâtre en général, n'est-il pas susoeptiUe d'obtenir des encouragemens et des récom-f penses ? Pourquoi existe-t-il des pensions à Picole royale pour les élèves de la musique, et n'en existe-t-il point pour ceux de déclamation?

On a prétendu que les bons musiciens et les bons chanteurs sont beaucoup plus rares que les bons comédiens , et que, pour cette raison, il faut davantage les encourager. Nous ne

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sommes jpas de cette opinioti ; èi (Faittêurs , quand même elle serait jnsmi ne pOinmiii^CHa pas attribuer cette conséquence à Fespèee d'à^baildon où on laisse les élèves de déclamàtîén?

En effet y tons les sujets remarquables deft* deux théâtres lyriques de la natioii sàrtenc dii GonserVatqire ^ tandis que preisque tous lés pre« miers sujets de notre Théâtre Français onir plutôt été formés par des maîtres particuliers, que par les cours seuls de l'école de dédamatiaîi^ qui généralement ont toujours été négligés et peu encouragés.

JVous pensons d'abord qil'en. général les hommes de lettres seraient: plu$ p'Opres à Ibi^ mer des comédiens^ <|tie les comédiens 6^4 mêmes; oti du moins Qu'ils devraient concoucir avec les comédiens à former des élères;^ Cepen* dant on sait que notre premier tragédien a; été formé par un artiste oomi^uB^dàtt» toute l'acception du mot , Dugazon } ■ SainiJRrtt •14$' fut par Pré ville ^maiâ Ton sait aussi que not^ Puchesnoy eut pour maître Lé^ooré.

Xia quei^liôn reste donc indéeisé j Daaîs e^kr" peut donner lieu à de longs nisourfieiiieM; qui ne sauraient trouver leur plaée ici : iiëu^ pourrons en parler dans tm dtttré tetii^s; - - '

Revenons à l'établissement qiii déti^itVoé^; coper màintenani à remj^aeer lei tàteixs^ Èidtpè^' rieurs que nous sommes metiMséiS de |lè!M}M. ^'

Jusqu'à présent personne ne se présente ott ne s'annonce positivement pour recueillir cet héritage.

Les leçons , car on ne peut pas dire les études , que suivent à l'école de déclamation les élèves qui s'y trouvent admis, sont insuffisantes pour former un sujet remarquable. Voici ordinairement la marche suivie : un aspirant se présente : s'il annonce un peu de chaleur et d'intelligence , on lui fait apprendre et répéter trois ou quatre rôles ; ensuite il va se fiaire moquer de lui chez Doyen ou autres théâtres de société, et dans les petits théâtres de la banlieue; après quoi il se fait entendre (m Théâtre-Français ou à l'Odéon. Enfin, il débute à l'un ou à l'autre et y répète les trois ou quatre rôles qui lui ont été serinés pendant deux ans dans ses classes ; et que voit -on presque toujours? Un homme sans habitude de la scène , sans tenue , sans articulation , et cepeiH dant on nous a offert l'élite des élèves de la déclamation. Cet élève part en province * obtient quelques succès , revient à Paris pour jouer des conlidens ou pour se distinguer dans le mélodrame , et par conséquent il reste mé* diocre toute sa vie. Voici l'histoire de la JïluS: grande partie des élèves des deux sexes du Conservatoire de déclamation ; car si l'on veut se donner la peine de faire le dépouillement

des registres de cette école, on pourra s -assurer qu'elle a fourni autant d'interprètes à MM. Victor, Caignez, Guilbert-de-Pixérécôurt', etc. , qu'à Molière et à Racine.

Est-ce donc là le but de l'institution- d'une école royale de déclamation ?

Mais que faudrait-il donc pour qiiè cet établissement atteignit son but , c'est-à-dire poiir qu'il alimentât convenablement le Hié&tre- Français , et le second qui devrait exister ? ' ■

U faudrait que tous letf sujets qui se présentent avec des dispoâitiolis remarquables dans les deux genres, fussent de suite pensionnés et retenus par le Groùvemement pour Mredés c études convenables ; nous disons études.

Il faudrait qu'il existât plusieurs classas; seulement préparatoires^ particulièrement une de prononciation et de correction , des /défauts d'articulation, tels que Je grasseyement/, Je susseyement , etc. , etc., et les acceiM de. province ; tous ces défauts soùt totaiementincompatibles avec l'état de comédien, àr quelque genre qu'on se destine; et c'est .pORÎti^ifCBieat la dernière étude dont on s'occupe au GcHi;»»vatoire. i i • . . ;'

Il faudrait en outre que les clâsseSfdé languie française , d'escrjinie et de maintien >da corps , qui existent maintenant ^ : fussent : aiittjwkent;

organisées, et ne fussent aussi suivies d'abord que préparatoirement par les élèves seuls qui auraient été jugés dignes d'être un jour comédiens.

Ensuite les élèves qui auraient suivi avec succès toutes ces classes, et surtout la première, seraient alors admis aux classes de déclamation spéciale^,

Mais il n'en est pas ainsi actuellement; car en premier lieu la classe la plus importante, celle de la prononciation , n'existe pas , et les trois dernières sont suivies par les élèves quand bon leur semble , concurremment avec toutes les autres classes , sans ordre ni méthode. U résulte de là qu'il n'y a point de fixité dans leurs travaux.

La bibliothèque d'une école de déclamation devrait contenir tous les ouvrages qui ont paru sur l'art du comédien , ou du moins les plus importans; mais il n'en est pas ainsi dans ce moment .

Revenons au point de l'enseignement le plus important, il ce qu'il faudrait d'abord eu* seigner.

Nous le répétons , la première étude du comédien doit être celle d'une articulation pure, exempte de la moindre tache,, et ce travail doit être fait seul et antérieuremefit à

tout autre, depuis que les cobiédkofteixîsteiit) on u*a peut-être )aniab pensé àoeta:: oa a travaillé à M donnaB de la voix , à la, fortifiter ; mais les maîtres et les éïè^ n'ont jamais songé à rarticulatipn ppiitive,"et il résulte .de.ççl oubli que nous n'avons pas un seul £^^ théâtre à Paris , pu il^pt'j ait quelques acteurs avec des défauts de prononciation.

Cela devrait-il se voir ^u premier .duéâtre du moijde? qu'on juge par conséquent des théâtres secondaires!

Tous ces défauts attafqués dan$ teùr origix^e auraient été corrigés, si on les eut attaqués constamment et vigoureusement.

Nous l'avons déjà dit, iln'y apà^^jdç^.défiaut? dont, avec un travail opiniâtre, on tie puisse se cprrîgerj surtout ceux qui tiennent à ï'^rtiGiiilation; et il est certain que ces défauts i;Luisent à la chaleur et aux élans <le la Sensibilité.

Mais un tel travail exigeirait d^ la part dci^ professeurs une patiénice et une démcfnstr^tfioki minutieuse , tout à fait inpompatibleâ ay^c leurs talens supérieurs.

U faudrait donc créer xxsit dassd ^péemb et préparatoire ; et après que l'élève aorisit àCfltm dans cette classe une attièiâatkm patë et vam diction correcte , il irait se kitt kéltiêt par

(les maîtres plus habiles aux secrets de Part et profiter de leurs excellentes leçons.

L'établissement de cette classe est d'autant plus essentiel , qu'il ne sort pas de l'Ecole royale un seul élève qui n'ait quelque défaut d'articulation plus ou moins grand ; et il est certain que cette classe préparatoire serait presque aussi utile aux élèves des théâtres lyriques qu'à ceux du Théâtre-Français.

Nous savons bien que la perfection n'est pas le partage de l'espèce humaine j mais on n'est pas blâmable cependant pour chercher à en approcher ; et si quelques-uns y sont parvenus , il n'y a pas de raison pour que d'autres ne réussissent pas aussi.

Encore un des vices de l'enseignement à la déclamation spéciale : ce sont toujours les mêmes rôles que l'on fait étudier à tous les élèves , c'est-à-dire que les jeunes premières ne sortent pas d'Iphigénie , d'Aricie et . de Junie i les grandes princesses , de Zaïre , d'Andromaque ou de Phèdre ; les reines , de Clytemnestre , d'Agrippine ; les jeunes premiers , d'Hyppolite et d'Egyste ; les premiers rôles, d'Ores te et d'Achille; les rois, d'Agagemnon ou du vieil Horace.

En comédie, le Tartuffe^ le Misanthivpe et

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V École des Maris ^ font tous les frais des études, sans quelquefois pouB cela être souvent mieux compris par les élèves.

Nous soumettons ces observations à l'autorité, convaincu que,pEOtectrice éclairée des beaux ^rts , elle ne dédaignera pas d'apprécier ce qui pourra mériter son attention.

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