‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 54 sur 131 · GLOIRE · texte numérisé non relu

GLOIRE

^moiir (tune éclatante réputation^ On ne doit pas être surpris si nous parlons *ci (le la gloire ; tous les artistes doivent i'envir ^^ger comme le but de leurs travaux j elle est *^fin des beaux arts. Garrick et.Lekain ont acquis des noms glorieux , et Talma est sans couiredit un grand homme. Oui , si l'on songe

ai4 MANXJEL THÉÂTRAL.

k toutes les qualités qu'il faut qu'un acteur sublime réunisse , aux profondes connaissances qu'il doit avoir , aux recherches extraordinaires qu'il a dû faire , aux sentimens héroïques qu'il a dû concevoir , enfin s'il a parfaitement représenté un héros : Talma est sans doute un grand homme.

Quiconque veut la gloire passionnément est sûr de l'obtenir, ou du moins en approcher de bien près. Mais il faut vouloir tous les jours et à toute heure :

Une Tolonté ferme enfante des miracles.

Un homme qui a été maréchal de France et grand général \ employait tous les matins un quart d'heure à se dire : « Je veux être maréchal de France et grand général. »

Un grand homme de l'antiquité auquel on demandait comment il avait pu faire de si étonnantes choses en peu de temps, répondit: C*e$t en cherchant toujours.

Dans quelque art que ce soit , quiconque veut fermement s'y distinguer, le peut , parce qu'alors il emploie précisément tous les moyens les plus propres à parvenir à son but. Mais

' M. de Belle-Isle.

MANUEL THÊATRAX. ai 5

c'est surtout dans l'art du théâtre, dit mademoiselle Clairon, qu'il faut compter les minutes^ si l'oii veut s'y faire remarquer.

Rien n'élève l'àme et ne la dispose à; la, gloire comme les idées de force , de courage .y de supériorité et de triomphe. JLies grands capitaines sont au premier rang parnii les gça^s hommes , et les plus célèbres poètes ont ohanié.

les combats.

La vraie gloire est ennemie de l'indolence j elle veut des âmes ardentes , impétueuses ; elle veut non-seulement des êtres passionnés, mais ôncore des êtres idolâtres. ^ ,

Le désir de la gloire n'est point différent de cet instinct que toutes les créatures ont pour leur conservation. Il semble que nous augmentons notre être , lorsque nous pouvons le porter daps la mémoire des autres = : c'efsi; une nouvelle vie que nous acquérons et- qui nous devient aussi précieuse que cellç <fue nous avons reçue du ciel.

Mais comme tous les hommes ne sont pas également attachés à la vie , ils ne sont pas taus aussi également sensibles à la gloire. Cette noble passion est bien toujours gravée dans leur cœur ^ mais l'imagination et l'éducation la modifient de mille manières.

Cette différence , qui se trouve d'homme à

2l6 MANUEL THEATRAL.

homme , se fait encore plus sentir de peuple à peuple.

On peut poser pour vérité que dans chaque étdt, le désir de la gloire croit avec la liberté des sujets et diminue avec elle. La gloire n'est jamais compagne de la servitude.

On se souviendra toujours que Voltaire, quelque temps avant de quitter Paris, y fit représenter Rome saui^ée sur un théâtre qu'il avait élevé dans sa maison. Il jouait le rôle de Cicéron , qui certainement lui appartenait* Dans cette représentation mémorable , c'était un bien beau et bien intéressant spectacle que Voltaire représentant ce personnage , surtout lorsqu'il récitait ces vers :

Romaîus , j'aime la gloire , etc.

et comme Tont dit ingénieusement les éditeurs de Kehl : « On nei savait si ce noble aveu venait d'échapper à l'âme de Cicéron ou à celle de Voltaire. >»

Page 1