GRACE
agrément dans les personnes ou dans les choses ; ce qui plaît.,
La grâce se forme et réside dans les attitudes et dans le maintien ; elle se manifeste dans les actions et les mouvemens du corps : du naturel, de l'aisance , de la simplicité , une harmonie parfaite, un dégagement absolu de tout ce
MANUEL THÉÂTRAL. alQ
qui est superflu ou gêné , voilà le caractère de la grâce.
Il n'y a point de grâce sans liberté , de beau langage sans assurance, et même sans quel-* que audace.
Il faut joindre la grâce à la force.
Il n'y a ni chaleur , ni grâce sans facilité , et l'aaeur dont le rôle lui coûte ne jouera jamais bien.
Les mouvemens les plus simples sont ceux qui sont les plus susceptibles de grâce.
Examinez les enfans dont les mouvemens de fâme sont si simples , les membres si dociles et ^ souples , il en résulte , une unité d'action et une franchise qui plaisent. La simplicité et la franchise des mouvemens de l'âme contribuent tellement à produire les grâces , que les passions indécises ou trop compliquées les font rarement naître. La naïveté , la curiosité ingéïiue, le désir de plaire , la joie spontanée , le regret , les plaintes , et les larmes mêmes qu'occasionne un objet chéri ^ sont susceptibles de grâce , parce que tous ces mouvemens sont simples. ,
La grâte est un don de 1^ nature : aussi les actrices qui ne la possèdent point et qui cherchent à l'acquérir , sont-elles minaudières et
quelquefois même ridicules en voulant Fîmiter.
C'est ici qu'il faut répéter qu'on ne doit point forcer la nature , quand il s'agit d'un don que tout le travail possible ne saurait faire ac* quérir.
GRATIS (des spectacles ).
Représentations offertes au public sans rétribution.
Que les comédiens ne croient pas qu'il faille se négliger, parce qu'ils jouent devant ce qu'on appelle vulgairement le peuple ; mais qui n'est cependant qu'une partie du peuple , et qui juge plus sainement qu'on ne pense. Ce n'est pas que nous voulions appliquer ici le proverbe Voœ populi , dox Dei; puisque nous , nous entendons par le mot peuple toute la nation; il y a peu de distinction à faire.
On peut juger d'après les représentations gratis que dans tous ces spectacles, ce qu'il y a de bon et de vrai est apprécié , et souvent même bien apprécié. On y voit les sentimens généreux , les sentimens nobles , les sentimens nationaux saisis et applaudis avec transportiez \t^ comédiens sont certainement à même de
prendre de bons avis de rapprobatîon ou de rimprobation de ces spectateurs cependant inaccoutumés à les voir et à les entendre. On a vu aussi cette partie du peuple applaudir et siffler avec discernement , et bien juger une pièce nouvelle. On peut même dire que c'est dans ces représentations qu'on doit chercher à connaître positivement l'esprit de la nation ; elles sont plus importantes qu'on ne pense à étudier , pour ceux qui la gouvernent.