GRIMACES
Contorsions du s^is âge faites par affectation ou par habitude,
U y a des acteurs , qui en voulant se rendre pathétiques, ne sont que grimaciers.
tfl y a anssi des actrices qui en voulant jouer i ingénues, ne font que des grimaces.
L'expression des sensations, dit J.-J, Rousseau, est dans les grimaces , et l'expression des sentimens est dans les regards.
Ce jugement n'est peut-être pas positivement exact ; mais il fait du moins sentir combien les acteurs doivent se garder d'une expression forcée ; car lorsqu'ils veulent exprimer ce ^'ilsne sentent pas , ils ne font que des grimaces, et si l'on doit au théâtre tolérer les
grimaces , ce n'est absolument que dans le très-bas comique et dans les pièces bouffonnes des petits théâtres.
Voici au surplus la théorie abrégée de l'art de grimacer , ou de se contourner méthodiquement la figure. Nous la tenons d'un physiologiste du quinzième siècle.
Il existe dans cette art grotesque sept préceptes généraux : ^
1 o Grimace simple : Mine riante et gracieuse, yeux arrondis , traits rapetisses.
2° Double : Mine moitié riante , et moitié affligée , ou même efîrayée ; quelques cris par intervalles.
5"* Laborieuse : Mine refrognée , nez enflé, joues tremblantes.
4» Douloureuse : Yeux gros et mouvans , joues gonfflées; lèvres agitées , des^gémissa^ mens.
5o Bruyante : Yeux fermés , bouche largement ouverte, langue saillante; des cris, du rire et des pleurs.
6^ Silencieuse : Yeux fixes , bouche faisant la moue , joues creuses , mine alongée.
70 Compliquée : Interminable , réunion de presque toutes les précédentes. Rire inextinguible , douleur que rien ne peut calmer, cris renaissans, développement de tous les moyens.
MANUEL THÉÂTRAL. a 35
Cette dernière grimace ne s'emploie qu'àPextrcmité et qu'au moment où la bourbonnaise est réduite au trépas.
On pourrait en général reprocher aux acteurs lyriques l'affectation qu'ils mettent sou- Tent dans, leur chant j affectation qui parfois dégénère en grimaces. On pourrait aussi faire le même reproche aux artistes musiciens , sur le violon et sur la flûte lorsqu'ils exécutent ; et des talens qu'on applaudit tous les jours n'en seraient certainement pas moins remarquables, s'ils ne donnaient lieu quelquefois à l'observation que nous venons de faire.