‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 59 sur 131 · ILLUSION THEATRALE · texte numérisé non relu

ILLUSION THEATRALE

Concours des apparences qui peui^ent serv^ ^ à tromper le spectateur.

Le comble de Fart est de ne point paraîtra ^ réciter les pensées d'un autre ; mais bien d dire les siennes; il faut toujours avoir Tair d créer ce que Ton dit.

Le personnage seul nous plaît et nous étonne , Tout le charme est détruit si l'on voit la personne.

Il faut que l'acteur ait ce foyer de sensibUité intérieure et profonde, dont les explosion^ ioRX tout-à-coup évanouir jusqu'aux app^rç^çes du txavail , et complètent l'illusioi;!. •

Le moyen de produire et d'entretenir l'illusion est de ressembler à ce qu'on imite , At s^ identifier totdlemem avec le personnage q^^Qù veut représenter j de faire des pensées de Taiir teur les siennes propres , d'éprouver sur-le-champ et à volonté toutes les affections doat l'àme humaine est susceptible. Cependant danus les arts d'imitation , la seule vraisemjbJiwce

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Femporte quelquefois sur la vérièé ; et nonseidemejbt on ne leur demande pas la réalité , mais on ne veut pas même que la feinte en soit la trop exacte ressemblance.

La vérité réelle , si Ton peut s'exprimer ainsi, détruit l'illusion. Par exemple ; un homme effectivement ivre^ et dont la situation serait connue du public , ne plairait pas dans fe rôle d'un homme ivre f mais limitation de cet état physique , soignée et fidèle dans tous ses détails , est une de celles qui plaît le plus au spectateur. %

La nature à mille détails qui seraient virais , qui rendraient même Timitation plus vraisem- Mable , et qu'il faut pourtant éloigner , parce fi*ils manquent d'agrément ou d'intérêt , ou de décence , et que nous cherchons au théâtre dans l'imitation en général une nature curieuse ^ exquise et intéressante.

Le secret du génie n'est donc pas d'asservir, mais d'animer son imitation ; car plus l'illusion est vive et forte , plus elle agit sur l'âme , et par conséquent moins elle laisse de liberté à la réflexion et de prise à la vérité. On ne va pas au théâtre pour s'affliger de bonne foi ; ce ^i arriverait si on allait Coùtemp!ér la nature lilême * mais on est bien aise de voir comment on s^y pi-endra pour imiter cette nature. En un

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lïifOt y nous y allons pour être trompés ; non pas de manière à oublier l'imitation, rait-on du plaisir à voir Zaïre , si en son du théâtre on avait effectwement à déplo^^^ la mort de trois personnes. Cette réflexion p^ ^ faire sentir jusqu'où s'établit la nuance de ^ vérité dans l'illusion théâtrale. (Voy. Imite^' tion et VéritéS)

Des différentes circonstances^ qui &u théâtr^'^ nuisent à V illusion ou la détruisent*

Quelques acteurs paraissent craindre que 1^ public né^enne pour leur sentiment personnel^ celui qu'ils veulent imiter; chez les actrices qui remplissent les rôles d'ingénues on peut quelquefois faire cette remarque;

— Le temps que les acteurs mettent ordinairement au théâtre pour écrire une lettre ou un billet est toujours trop court , et souvent même on présente un morceau de papier tout blanc ;

— Se pencher vers la rampe pour lire, ce qui conséquemment rappelle au spectateur qu'il est nuit dans des circonstances où il ne doit pas le croire ;

— Les actrices qui, en se relevant d'un fauteuil où elles étaient assises , rajustent par un double mouvement des mains sur les hanches.

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eiir robe qui a été froissée et qui ne dessine plus aussi bien la t^ej

— Les acteurs qui , après s'être mis à genoux, essuient leur vêtement en se relevant. Dtos le drame surtout , cela n'est rien moins qu'héroïque ;

— Les acteurs qui , en entrant en scène ou cpii, après avoir retiré leur chapeau devant une femme , arrangent leurs cheveux. Cela ne peut être permis qu'à ceux qui représentent les fats et qui imitent les ridicules du monde j autrement c^est t:e qu'on doit classer dans les petitesses théâtrales.

Des défauts d'illusion viennent encore de la part des poètes qui , dans certains passages , font dire aux acteurs : J^ous rougissez , vous pâlissez^ vos cheveux se hérissent , etc. Le contraire arrivant malgré tout le talent des acteurs , prouve au public que ce îsont autant de mensonges .

A propos de l'illusion relative à la personne des acteurs , on sait que Louis XIV ne recevait pas de comédiens qu'ils n'eussent de la taille et une figure noble. On voit parmi les acteurs actuels en général trop peu d'hommes bienfaitjsj ce qui ne dispose pas l'étranger à concevoir une idée avantageuse de notre goût pour le beau ; quand il voit de petites statures repré-

senler ce qu'il y a de plus imposant et de ïrf«^^ fameux dans l'histoire dy peuples , il pre une idée défavorable du pbysique de la nation et la reporte malgré lui dans sa patrie.

La vanité des acteurs de petite taille et de petit physique, favorise la réception, d'acteors encore plus petits, parce que ceux-là s'ima- ^nent, parce moyen de comparaison,^ devoir parsiitre plus grands.

Alexandre ^ dira-t-on pour justifier le nain tragique , était petit et portait le col penché : nou9 t'aurions admiré de son vivant avee sa taille exiguë. . . . mais mort^ nous exigeons ^'il prenne une stature ^ un front , un port et un geste qui répondent au conquérant dont le nom f emplit l'Univers.

Quant à l'illusion relative aux décoratioii^ , on remarque qu'excepté à l'Opéra , leur symétrie est souvent choquante. Ce sont presque toujours une toile au fond et des coulisses rangées méthodiquement de chaque côté. On voit cependant quelques salons ou autres ap^ partemens qui sont entièrement fermés. Dans ce cas , l'illusion est plus complète.

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Faculté dé créer* des idées , de trousser et rassembler des images.

Le cœur sent , Pesprlt conçoit , Timagina- " tipn enfante. Une îmaginatioù forte et mobile €st nécessaire au comédien; c'est par elle çu'il se transporte dans les temps , les lieux les plus ^joi^és ; qu'il se revêt de tous les caractères j qu il se remplît de foutes les sensations dont le coeur humain est susceptible , et qu'il s'élève enfin jusqu'ànx vertus les plus sublimes qui font le;s grands tommes.

Matîs Fartiour dti merveilleux ftotûpé qiiel- 4jtlëfoîs les sens ; l'imagination abusée tieift Souvelit feu du goût , du tact , de ïa vue et de rbtiîe. Ceist pourquoi il est essentiel de se prémunir contre ses écarts , qui trop souvent foïit étti)ltér les règles et ks cîOnvetiancèiSi

L'imagination de Miltoù était extraordîitbXié ; elle était dans sa plus grande activité 4Îëptdsfe ïûoîsde septembre jusqu'à Féquiiiôxe âxx prîntétnps j et l'on assure que ses trois filles àVaîéût coutume de chantei* et déjouer dep(Iusiéuts înstrumens pour exciter en lui cette itisjiîfation pfesqtie dîme dont il pâfaît sôtttent atlimé.

IMITATIOir.

Ressemblance ; suwre un exemple p modèle.

<§{mif (tfîon , ^onfref(tfon, idéfaut.)

C'est contrefaire que de chercher à resse hier à tel ou tel acteur , à prendre sa manie mais c'est imiter la nature <jue de l'étudier d tous les hommes.

La fureur d'imiter efface les caractères i tinctifs dont chaque esprit était marqué.

Nous naissons tous originaux, et nous m rons tous copies ; cependant la nature ne i point deux âmes semblables, comme elle fait point deux visages qui se ressemblent solument.

L'imitation est destructive du yrai ta|i La nature veut que l'homme se servemoyens qu'elle lui a donnés. On perd ce qç a de génie en voulant prendre celui d'un au

L'imitation servile est plus commune théâtre que dans tous les autres arts j OB^ frappé des effets d'un grand talent ; il a applaudi dans tel ou tel endroit, on veut 1'^ aussi , on s'attache à recueillir ses intonatic

«l Von croit hériter de son talent même en saisissant ses inflexions et ses gestes.

Cette erreur est la perte de beaucoup de gens destinés à réussir par eux-mêmes, s'ils ne s'étaient astreints à cette imitation.

On voit que tout leur travail consiste à s*écouter, et qu'ils sont enchantés d'eux quand leur mémoire fidèle rend à leurs propres oreilles les sons qu'ils ont retenus. Mais l'acteur, en imitant, ne prend absolument que les défauts de l'imité. Il fait ce qu'on appelle en terme technique ^a charge-, il le contrefait, et contrefaire dans ce cas c'est rendre ridicule,

Voire premier maître est surtout votre cœur. Soyez toujours vous-même aux yeux du spectateur; Le désîr d'imiter vous cache un précipice.

Franchissez l'heureux terme où le prix vous attend. Libre on perce la nue ; on rampe en imitant, fl en est qui sans cesse , au balcon du théâtre , A-dmirant un actçur^dont on est idolâtre , Copistes de son jeu , singes de ses défauts , fauches imitateurs des accens les plus faux , Se sont fait une longue et puérile étude , ^e ses gestes d'emprunt , de ses tons d'habitude ; *'tqui, sans vérité , sans grâce , sans chaleur , Sous le talent d'un autre ont étouffé le leur.

Tous les artistes en général devraient renoncer à imiter servilement et surtout sans choix les monumens de l'antiquité.

Tel objet est choquant dans la réalité y Qui plaît au spectateur s'il est bien imité.

i) n'est point de serpent , point de monstre odieux Qui y par l'art imité, ne puisse plaire aux jeux.

L'homme ne sautait rien créer. C'esÈ droit, c'est un privilège que Pêtre deii ê s'est réservé à lui seul. Le pouvoir de FhoA se réduit à imiter; c'est là son étude , ^ ùàl e^ son art. Depuis le moment de sa nàîsâdl jusqu'à celui de sa mort , il n'agit que yàlf i tation.

L'imitateur sans génie, copie servilenaM il se traîne sur les traces de son maître j i sait point s'initier au sujet; il n'y met ni < leur, ûî intérêt; il se borne enfin à dess: trait pour trait. •

L'homme de génie imite aussi , mais en écolier. Ses imitations ne sont paii; lifi semblage de pièces rapportées ; il refond matériaux , et par une disposition adroite en forme un tout homogène; cette rô] duction paraît si neuve, si différetîtè d! compositâon vulgaire , qu'elle passe pOtjtf ginale , et qu'on la regarde comme une iny^ttfV

Le baron de Grimm, dans sa Coftéè^

dance^ tome 4 > s'exprime ainsi sur rimitation : K \a copie exacte de la vérité seraitrelle sans attrait , et n'y aurait-il que l'adresse de mentir avec le plus de vérité possible , sans pourtant faire oublier qu'on ment , qui fît le charme de l'imitation? ou bien est^l de Tessence du copiste et de sa touche lourde et grossière de tout flétrir ? et n'y a-t-il que l'imitateur qui , créant à l'exemple de la nature, sache conserver à chaque chose sa grâce et sa fraîcheur ? L'un et l'autre pourraient bien être. D'oïl autre côté , la confidence du mensonge , ctaj)lie entre l'artiste et son spectateur, donne aux ouvrages de l'art , cet attrait secret et pilant qui séduit et qui enchante ; et ce n'est point la chose elle-même qu'on désire voir ; mais l'imitation la plus vraie et la plus heu^ reuse de cette chose , sans quoi il faudrait envoyer une belle statue de Vénus de l'atelier de " Praxitèle à celui d'Apelles, pour lui donner des Garnations et les vives couleurs de la déesse de la beauté j car enfin il n'est pas douteux qu'une statue coloriée ne soit pas plus près de la natiiife qu'un bloc de marbre blanc qui ne lient la vie que du génie du statuaire.

» On fait bien de représenter nos spectacles aux lumières, parce que le-jour aftificiel est déjà un commencement d'imitation.

* C'est un mensonge adroit, fin, délicat, que nous cherchons dans les ouvrages de Tart qui établissent entre nous et l'imitateur une communication secrète de sentimens et d'idées, et qui nous prouvent que l'artiste a senti le côté original, le côté précieux de la chose iiïiitée.

» Ainsi, lorsque nous voyons des critiques JU'^ dicieux faire un si grand cas de la vérité dans les imitations , il faut savoir attacher à ce terme sa juste valeur. Un homme ordinaire entre dans une taverne, et n'y voit qu'une troupe de paysans qui boivent; mais David Téni^rs aperçoit vingt traits originaux et plaisans qu'il sait faire valoir sur la toile.

» Pour réussir , là vérité de l'imitation ne suffit pas toujours. On peut être vrai et ennuyer ; l'artiste habile cherchera encore à acquérir la science de ce qui plaît , et qui souvent n'est pas seulement indépendante de la vérité, mais absolument contraire et opposée à la vérité. Cette science est le fruit de l'étude profonde de notre nature 5 et c'est la vérité de l'imitation combinée avec l'expérience de ce qui plaît, qui fait, dans les arts, les succès durables. Ainsi nous avons vu, chez tous les peuples tant soit peu policés, des représentations tragiques, parce qu'il est dans la nature de l'homme d'ai-

MANUEL THÉÂTRAL. sSq

mer à s'attendrir à Timage des malheurs dé son espèce ; mais ces tragédies étaient toujours mêlées de scènes comiques et de bouffonneries, parce qu'il est aussi dans la nature de Thomme de ne vouloir pas s'affliger long- temps; la douleur réelle n^est durable que parce qu'elle est involon taire. Rien n'est plus contraire à la vérité de l'imitation , que ce mélange monstrueux de sérieux et de bouffonnerie'; et cependant il a toujours réussi chez toutes les nations; en France même où le goût s'est épuré d'après les raisonnemens les plus sévères , où la représentation tragique n'a voulu souffrir aueuû alliage , il a cependant fallu jouer une force après la tragédie de Rodogune ou d^Andromaqiie , afin d'affaiblir l'impression douloureuse que l'assemblée avait éprouvée^ et de faire rire ceux qui venaient de frémir et de pleurer. »

En principe , ce n'est pas assez que l'émotion soit forte , il faut encore qu'elle soit agréable. Ce principe est reçu en poésie , en peinture ,

* C'est le propre du mélodrame , où dans le moment le plus pathétique de Paciion , le niais obligé fait pouffer de f're. Aussi sort-ou peut-être moins affligé delà représentation d'un mélodrame , quoiqu'on ait été fortement ému , <juecle celle d'une tragédie , où Pâme a pu être continuell^eat oppressée.

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en sculpture /^On sait que la règle constantedâff anciens était de ne jamais permettre à la dcHir leur d'altérer les traits de la beauté. Le gladiateur mourant , la Mobée , le Laocoon en sont des exemples. Ce n'est pas qu'une expression convulsive dans les traits du visage n'eût été bien plus effrayante , mais la peine qu'elle aurait faite n'eût pas été mêlée de plaisir. Les Grecs prenaient le même soin de donner » dans la tragédie , aux passions les plus violentes , soit dans l'action , soit dans le langage^ tout le charme de ^expression ; la force même avait son élégance.

Les spectacles les plus atroces ne ^ont choquans que quand , à force de vouloir approcher de la vérité , on fait oublier que c'est une re-» présentation.

De même , il est désagréable au spectateur de voir au théâtre un rôle de vieux ou de vieille 3 représenté par un acteur effectivement âgé. On pe veut au théâtre que l'imitatioa de la nature , non la nature même.

Dans les décorations , qui contribuent essentiellement à la beauté d'un spectacle, essayez de substituer la réalité à la représenta* tion , placez de véritables arbres au lieu de la toile, vous verrez le plaisir s'éclipser avec 1^ apparences de l'illusion ; il n'y a p^ JMfir

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qu'aux ridioules chevaux de carton qu'on ne préfère à des chevaux vivans , parce que dans ces temples de Fart ce ne sont que des productions de l'art que l'on cherche , la difficulté étonne; d'après ce principe , il est aisé de décider jusqu^où il est permis aux artistes de porter leur hardiesse dans les copies de la natwe, et quels spectacles on peut risquer sur les théâtres comme sur la toile : ce sont ceux o& le spectateur sait que ce qui est exposé à m yeux est un fruit de l'art , où il n'est pas eu danger de s'abuser, et de confondre ce qui est une erreur de l'optique avec les réalités delà nature.

La règle est universelle pour tous les arts. Si le musicien qui saisit un accent de la douleur le faisait élancer de la bouche de l'acteur^ sans préliminaire , sans qu'on en ait vu la * cause, sans qu'on en ait deviné le moment, on serait révolté , onise boucherait les oreilles. La pitié , et une pitié douloureuse , prendrait alors la place de la joie , comme elle le fait dans les tristes et trop fréquens sacrifices offerts par la législation au maintien de l'ordre. Observez le peupleiqui y court avec avidité; vous lui voyez l'extéRrieur de la curiosité satis« jEaite et du plaisir jusqu'au dernier momeut 9 parce que jusque là c'est un spectacle qui l'é-

meut; mais à l'instant fatal il est accablé; tom Jes cœurs se déchirent et tous les yeux se mouillent , parce qu'on sent que ce n'est plu£ une représentation.

cr S^il est vrai^ continue Grimm , que pins on est près de la nature , plus on est sûr de plaire , il faut convenir que les Anglais , dam leurs pièces de théâtre , ont une grande supériorité sur nous

» Ce sont les momens de caractère et de paa sion qu'il faut avoir le talent de choisir , quelque classe d'hommes qu'on veuille faire parler ces momens les rendent toujours intéressans , mais , faute de choix , on tombe dans Pmsi* pidité et dans la monotonie. Yoilà pourquoi les harengères de Vadé vous fatiguent et vous enn,uient à la mort; elles parlent toutes le même langage; elles se ressemblent toutes ; aulieuque de huit ou de dix filles publiques qu'il y a dans l'opéra anglais intitulé les Gueux , il n'y en a pas une qui n'ait son caractère , ses traits ^ ses intérêts, qui luiôtent toute ressemblance avec se& camarades.

» Cet opéra des Gueux, de M. Gay, a eu un succès étonnant en Angleterre. Vous vous y trouvez dans la plus mauvaise compagnie du monde. Les personnages sont des voleurs, des fripons , des geôliers , dès filles publiques , etc^

MANUEL THÉATKAL. 1245

Malgré tout cela on s'y plait et Ton a de la peine aies quitter; c'est qu'il n'y a rien de plus vrai dans le monde. On n'a pas besoin de comparer nos opéra-comiques les plus vantés à ces pièces anglaises, pour sentir combien nous sommes éloignés du naturel et du vrai. »

Parmi les gestes physiologiques, ils'en trouve beaucoup qui n'obéissent nullement à la libre volonté de l'âme-, elle ne peut les retenir quand le sentiment les commande, ni les feindre avec art ^[uand le sentiment réel n'existe pas.

Les larmes de la tristesse, la pâleur de la crainte et la rougeur de la honte ou de la pudeur sont de ce genre. Comme on ne doit pas exiger l'impossible , on dispense le comédien de ces changemens involontaires , et l'on est satisfait s'il réussit à imiter facilement celles qui sont ,vo* Icmtaires , mais encore il faut qu'il lé fasse avec prudence; car la fureur qui s'arrache les che* veux d'une manière effroyable, qui fait grir macer tout le visage , qui hurle jusqu'à ce que les muscles se gonflent successivement et que ksang extravasé enflamme les yeux; une telle foreur peut être de la plus exacte vérité dans *ft nature, piais elle serait sans contredit dégoûlaiite dans l'imitation.

Il existe un seul moyen de produire dans la ^^chine certaines émotions involontaires ;

mais ce moyen n'est pas au pouvoir de tom -1^ mond^. Tout le secret consiste dans une int^Bgination très-ardente que chaque artiste dc^^t avoir > et dans Part de Texercer dans la reprt^duction rapide et forte d'images touchantes > en l'habituant aussi à se pénétrer entièremeKiMt de l'objet qui doit l'occuper. (Voyez Illusions -) Alors , sans notre volonté , sans notre inte »vention, ces phénomènes ont lieu d'eux-mêm^^, comme dans les situations véritables.

n serait possible de se former certaines dîs- }K>sitions corporelles et une certaine habile "fté par de semblables impressions de rimaginati<3ii répétées souvent; ^i les pleureuses qu'on voyait aux funérailles des anciens , pleurer tel qui ne les intéressait en aucune manière , se blent confirmer cette idée. Cependant le seil de s'échaufier l'imagination jusqu'au po que ses images produisent i^ne impression ég^^**^ à celle de la réalité, est dangereux j' Pactes qui possède cet art doit , avant que de s' bandonner à l'impétuosité de son imi tion, examiner scrupuleusement s'il pouctf^^^^ en maîtriser les écarts. Cest lorsque , s"«^*^' vant l'expression de Shakespeare .( Hamt^^^^ acte 3 , scène 5), il sait se modérer au mili^^^ du torrent et de la tempête , et pour ainsi ds- ^^^ de l'océan des passions , pour remplir les c<

venances de son art, qu'il est véritablement ua homme de génie.

B n'aura peut-être pas l'occasion d'imiter la témérité de cet ancien acteur appelé PoliiSj çai , dans Electre , portait l'iffne ou étaient renfermées les: cendres de son prc^re fils.

i A propos, de l'imitation de^ Titubécillité et de la frfponnerie, Lavater rapporte l'extrait suivant d'une dissertation d'un auteur allemand :

« Un imbécille ne réussira jamais à prendre ^ne nUne spirituelle; s^\{\e pouvait, il cesserait <l*être imbécille.

*v Un honnête homme ne pan^iendm jfimai^ éprendre la mine d'un fripon: s'il k po^v^ajlt^ il ^tiendrait fripon. ». ,,

Lavater répond: «Tôuti cela est adî^iirable) ^ l'exception de la dernière ptopositioA, ; cpeifr ^Oïine n'est as^ezc homme de bien; pour que , ^^ns de certaines xicconstances,. il ne puisse avenir fripon , du. moin3 j.e n'y vois point ^'impossibilité physiqjoe. Un hofinête homme ^st Organisé de manière qu'il pourrait êtne tenté ^e commettre une friponnerie.

» La possibilité de la mine existe donc tout ^ussi bien que la possibilité de la chose , et l'on fîoit pouvoir imiter ou contrefaire la mine d'un "fripon, sans que pour cela on le devienne. Il

en est tout autrement , à mon avis , de la po -^9. sibilité d'imiter la mine d'un homme de bie-znn. Celui-ci pourra , sans difficulté , prendre la mine d'un méchant ; mais il ne sera pas aisé Eumu scélérat de se donner l'air d'un honnête hoEHame; tout comme malheureusement il en co^te beaucoup moins pour cfé venir méchant qmse pour devenir honnête homme.

» Le meilleur des hommes peut déchoir jusqu'au dernier degré, mais il ne peut pas montrer aussi haut qu'il le voudrait. Il est physiquement possible que le sage tombe en démence» et que l'homme de bien devienne méchant; mais il faudrait un miracle pour qu'un idiot devînt un philosophé , ou le scélérat un homx»© vertueux. Une peau d'albâtre peut se xioirciï et se rider ; mais un nègre aura beau se larc^ » il ne blanchira jamais. »

Parlons maintenant de l'imitation des moi^"* vemens physiques naturels les plus siinples^ > et qui s'offrent tous les jours à nos yeux, exemples que nous allons citer ne sont pris chez des comédiens.

Un jeune peintre appelé Touzé, élève l'Académie , était célèbre à Paris , par le talent ^^^ d'imiter et de contrefaire, qu'il possédait au ^ suprême degré; non-seulement il contrefesait ^ toutes sortes de personnages et de caractères,

ec un talent qui ne laissait rien à désir, mais il imitait encore à lui tout smil une Uection de bruits et de phénomènes physi- Les. Qn le plaçait au milieu d'un salon , der-r are un paravent , et l'on entendait toi^t un Sâim de religieuses allant à matines ^ on les itendait se lever , se réunir , descendre des )mdors dans l'église, chanter l'office, faire

procession, rentrer dans le couvent et se sperser dans leurs cellules. On distinguait tge, le caractère, l'humeur, les infirmités de lacune des nonnes . La matinée de village ^ le manche, était encore plus surprenante; pn se >livait transporté dans l'intérieur d'un inége rustique , on assistait au lever du ménage

de la ménagère , à leurs fonctions matina-

} on les accompagnait à l'écurie , à la basseur , dans la rue , à la messe ; on entendait sermon ; on les suivait dans le presbytère ;

devinait le caractère du cur^; de sa gouyernte, de son chien même, qui ne jappait .pas tnjne un chien de paysan. Tout cela était me vérité surprenante ; ce Touzé observait

plus petites nuances avec une justesse qui ufond.

En 1781 , il existait^ à Paris , trois hommes ués d'un talent singulier. Ils imitaient parlement ce que personne ne songe ordinaire*

ment à imiter, comme le bruit léger d'une mo che qui yole et bourdonne , d'une porte ({ui ferme et de la clef qui tombe^ d'un pot qui casse , d'une étoffe qu'on déchire « etc.

Lorsqu'on a vu ces mimes, on a peine à COi prendre comment l'art a pu arriver à ce poi de perfection.

Une remarque générale et assez sîngnUèt c'est que presque tous ces gens qui imites pour contrefaire , avec tant dlntelligence et finesse , en ont eux-mêmes très-peu quand cessent d'être le personnage qu*ils ont cïio et qui vous a amusé , tant ils deviennent i sipides et tristes parce qu'ils ne sont p] qu'eux.

En général^ plus l'organisation est délie! et vibratile , et plus elle se rapproche de cei tendance à l'imitation; les têtes faibles > tell que les femmea, en général , sont plutôt suscc tibles d'éprouver cette tendance. Chez elles^ ] traits du visage^ les membres^ le diaphragme jusqu'aux fibres du cœur , semblent prendre ton et le rhy thme de tout ce qui les envîroni]

Tous les arts d'imitation ont un côté rela aux mœurs ; mais surtout celui de la peintm

L'engouement pour tel acteur cesse, quan^ a été suffisamment parodié*

MANUEL THÉÂTRAL. :24g

TUOSTTÉL

lui:

Violence^ vivacité , emportement.

L'impétuosité avec tout son fracas est bien plus près du ridicule que de la dignité. Il est i&s sentimens fort élevés qui ne paraissent jamais plus que dans la tranquillité de Tâme.

mPRÊGATION.

Malédiction; dernière crise du sentiment le plus violent auquel le cœur de Vhomme puisse être entraîné.

Quand ce sentiment a épuisé tout ce que Kndignation, la colère , la rage ou la fureur peuvent lui suggérer de reproches ou de menaces, reconnaissant en quelque sorte FinsufiSsance de ces moyens et ne pouvant les excéder , il appelle à son secours tout ce qui existe dans la nature pour Tinléresser à sa vengeance ; dans ce dernier effort il rassemble sur la tête de l'objet de ses fureurs tous les maux possibles.

On sent dès lors quelle doit être la force , fénergie et la véhémence des intonations qui conviennent à ce mouvement dei'àme.

Tout ce que la rage impuissante peut causer de désordre , de frémissement et d'agitation

:25o MAI^UEL THÉÂTRAL*

dans les tons de la voix humaine convient s cette situation extrême. C'est la fureur dan. tout son abandon, c'est l'explosion d'une yen geance d'autant plus violente que les moyen lui manquent d'en suivre les effets terribles.

Les imprécations les plus énergiques qp soient au théâtre sont celles de CamiUe dan les Horaces^di! Athalie y de Médée et de DidoE Il est à remarquer que les poètes les ont plut* placées dans la bouche des femmes; car !■ imprécations sont ordinairement les signes c la faiblesse.

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