ACTION
Moiwement.
L'action consiste dans trois choses : la mémoire , la voix , le geste, qui tous trois se cultivent par l'exemple , la réflexion , la pratique.
La sensibilité est le principe de toute action.
L'action pourrait être appelée l'éloquence du corps.
Beaucoup d'inégalité dans la voix et dans le geste , c'est là ce qui rend l'action si puissante; inégalité , doit être entendue ici pour contraste» . •
5o MANUEL THÉÂTRAL.
L'immobilité daus tout le corps rend l'action froide et ennuyeuse; la trop grande agi*ts^tion offus(jue.
Des mouvemens égaux , gradués et paisible! touchent Tâme ; des mouvemens yiolens , inr terrompus , inégaux l'effrayent » et font céder l'auditeur.
Si l'on veut émouvoir trop tôt , on n'émeut point.
he spectateur doit voir d'un même coup 4'oçîl, les yeux, la bouche et la main de l'acteur agir de concert et lui dire la mèmje choise chacun à isa manière.
Avoir l'action vraie , c'est la rendre absolument conforme à ce que ferait ou devrait faire le personnage dafls chacune des circonstances où l'auteur le fait passer successivement.
La difficulté d'pbserver toutes les nuances qui constituent la vérité de l'action se fait particulièrement sentir dans les situations /mplexes , celles oii le personnage est obligé de satisfaire en même tçmps à des intérêts opposés.
L'action des Grecs et des Romains était tien plus violente que la nôtre ; ils battaient du pied , ils se frappaient même le front. Ciçéron nous représente un orateur qui se jette sx^x la partie qu'il défend et qui déchire ses habits ,
MANUEL THÉA^TRÀL. 5l
pour montrer aux juges les plaies qu'il avait reçues au service de la république. Voila i^ue action véhémente ; mais cette action est résearvée pour les choses extraordinaires.
En des Jiommes négligés , se voix quelquefois une éloquence d'action dont on ne saurait rendre raison , et qui cependant entraîne.
L'action estfâme de la pantomime; mais il faut s'observer, car on se laisse emporter dans l'action plus aisément qu'on ne s'y modère.
Le commencement ne demande ordinairement pas de véhémence , l'auditoire est alors attentif. Ce principe est toujours mis en pratique par notre célèbre tragédien.
Pour déterminer facilement les autres hommes avec les seuls instrumens naturels , il fa\it de bonne heure donner de la force et de la «ouplesse à sa voix , à son regard , à sa phy- «ionomie , enfin à toute son action^.
Les tableaux et les mouvemens tirés de la famille sont les meilleurs , parce qu'ils devienœnt communs dans une assemblé^ nombreuse.
11 faut ordinairement rassembler toute la inrce de l'action dans la poitrine et la physionomie plutôt que dams les bras.
Une continuelle attention à la scène est une qualité précieuse pour un acteur; elle reijid son jeu si plein et si lié, qu'elle seule, soute-
nue d'une médiocre intelligence , a fait quelquefois une très-grande réputation à des comédiens très-défectueux d'ailleurs.
La distraction , au contraire , est un isi grand défaut , que le seul air préoccupé rend un acteur insupportable.