AFFECTATION
Défaut opposé au simple et au naturel.
Chassons loin de nos jeux ces tragiques pagodes, Qui , marchant par ressort^ et toujours se guindant , Soupirent avec art , pleurent en minaudant.
Tout ce qui approche de l'excès devient affectation, paraît désagréable et donne de la contrainte.
De tous les défauts TafFectation est celui qui peut se contracter le plus aisément ; et ce qui est outré est presque toujours froid.
Il faut jouer le sentiment et non les mots.
Toutes le» fois qu'on parle du ciel , le regarder c'est affectation (à moins^qu'on ne joue quelque tartufe ) , de même (j(ue de poser continuellement la main sur son cœur en le nommant ou en parlant d'amour. Il faut laisser aux acteurs italiens cette puérile exactitude du geste à la chose y qui , pour exprimer la sensi-
bilité , ne manquent jamais de s'appliquer fortement la main sur la poitrine , comme si efiectivement il était question du cœur physique en cette occasion.
La pompe et la force dans l'expression sont insoutenables , surtout lorsque le sentiment est faible et le langage commun ; nous ne voulons pas qu'un acteur nous étonne par ses propres idées , nous demandons qu'il rende fidèlement la pensée de l'auteur.
Rien de plus insupportable que les acteurs qui veulent tout faire valoir dans un rôle , au lieu de faire attention que les grands coups de maître au théâtre sont toujours amenés par qaelques sacrifices , et qu'enfin le véritable art consiste à négliger certains détails pour appuyer d^avantage sur d'autres.
On pourrait reprocher à presque tous nos danseurs actuels l'affectation avec laquelle ils terminent leurs pas ; leurs dernières poses semblent vraiment dire au public : voilà qui est beau, applaudissez! Pourquoi donc ne cher- } chent-ils pas à joindre la simplicité à la grâce, et le naturel à la noblesse ?
54 MANUEL THÉATKAL.