‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 69 sur 131 · OPÉRA · texte numérisé non relu

OPÉRA

Drame lyrique ; lieu ou l'on représente ce 8'^nre de pièces,

11 faut se rendre à ce palais magique , Où les beaux vers, la danse , la musique , L'art de tromper les jeux par les couleurs , L'art plus heureux de séduire les cœurs , De cent plaisirs font un plaisir unique.

L'opéra a dû sa naissance en France au cardinal Mazarin; ce prélat, digne émule du cardinal Bertrand de Bibiena , employa tout son ^îrédit à propager les théâtres lyriques , dont ^xi sait que les papes ont été les premiers di-

3o4 MANUEL THÉÂTRiX.

recteurs. Nous avons, au commencemei cet ouvrage, parlé du privilège accordé abbé (l'abbé Perriii) , et qui passa ensuil musicien LuUi ; c'est de cette dernière ép que datent les beaux jours de notre opéÉ

Les ballets , les décorations , la pompd traie sont en grande partie les principatiS jets qu'on vient admirer à l'Opéra. La jBm en parlant du goût qu'on a en général ce genre de spectacle , s'exprime ainsi t *

« C'est prendre le change et cultive mauvais goût que de dire , comme on Pa que la machine n'est qu'un amusement fans et qui ne convient qu'aux mariomii Elle augmente et embellit la fiction , sOui dans les spectateurs , cette douce illusion est tout le plaisir du théâtre, où elle jeti core le merveilleux. Il ne faut poiiri vols, ni de chars , ni de changemeni Bérénices et à Pénélope ' , il en faut aux 0| et le propre de ce spectacle est de tenir I prits, les yeux et les oreilles dans un conl enchantement. »

On peut affirmer, malgré les critiquies. notre grand Opéra est un spectacle u

» Tragédies du temps.

MANUEL THEATRAL. SoS

dans le monde; et on pei^t s'en persuado^j^ en lui comparant^ ^ans prévention, les théâtres du même genre chez l'étranger.

Pettt-être pourrait-on reprocher à l'Académie royale de musique d'oublier son titre , en laissant la danse prévaloir sur la scène fyriçue; ce reproche toutefois pourrait être affaibli par le goût même du public, qui court avec empressement à la représentation d'un ballet , et n'apporte ordinairement qu'une froide admiration à celles des chefs-d'œuvre des Gluck et des Sacchini. C'est ainsi que l'on voit, dans certaines villes de France^ le public écouter le ballet et regarder la comédie*

On doit trouver à l'Opéra trois genres dis-^ ^^ïicts réunis : d'abord la tragédie lyrique pror Pi'ement dlte^ ensuite l'opéra de genre et le **^et d'action j ce dernier ne devrait pas en- ^athir la scène à l'exclusion des deux autres.

Voici tme observation qui s'adresse aux aé-*

^^^urs lyriques en général ; elle est relative à l'ex-'

pression de leur jeu et de leur chant : il y a dans

^€^s opéra séria des rôles qui exigent autant de

Noblesse et de pathétique que les grands rôles

tragiques 5 et les principes qui s'appliquent à

<ieux-ci doivent naturellement servir de règles

^ux premiers. Il faut donc que les chanteurs

se pénètrent de la nécessité d'être acteurs, et

5o6 MANUEL THÉÂTRAL.

se perfectionnent dans l'action théâtrale, ans bien que dans Faction musicale. Mesdam* Branchu et Pasta ont prouvé qu'on pouya réussir à la fois dans Tune et l'autre.

Quant au chant dans les opéra, les acteur à qui l'on reproche des imperfections , se i jettent ordinairement sur Faccompagnemei souvent trop fort des musiciens; ceux-ci, i leur côté , disent que ce sont les acteurs qii par leurs cris , les obligent à en agir ainsi.

On peut faire, à cet égard, une remarqi qui paraîtra singulière, c'est que l'orchest de l'Opéra est composé d'artistes trop sup rieurs dans leur genre , et que conséquen ment chacun d'eux , étant maître sur son in trument , peut cependant avec un jeu paifi en particulier nuire à l'harmonie générale.

]N[ous ferons une dernière observation Si l'illusion résultant des décorations à l'Opén c'est qu'à ce théâtre où elle est beaucoup pi nécessaire qu'à tout autre , elle est quelqudEc sacrifiée dans les changemens à vue , où le tr vail des machines et le bruit des trappes des poulies viennent détruire le charme c spectateur.

JIÀNUEL THÉÂTRAL. 5o7

OPJÊHA-COOUQIUE .

{jrehre de pièce (patient le milieu entre Topera et le r>audeviUe. Théâtre où Von représente ces sortes de pièces.

Voltaire écrivait en 1769-^ « d'opera-comîque n'est autre chose que la foire renforcée, » S'il vivait maintenant, il tiendrait sans doute un langage tout contraire; car on peut reprocher à ropéra-comique de n'être point en générai assez comique; certaines pièces nouvelles en fournissent la preuve.

il est à craindre que le mélodrame, qui a déjà porté une rude atteinte à notre premier théâtre , ne vienne aussi régner sur la scène de Topéra-comique ; ce qui serait d'autant plus déplorable, que ce théâtre étant en quelque sorte le favori du public , pourrait finir parcorrompre son goût , lorsqu'au contraire tous les speciacles doivent tendre à épurer ce goût.

3o8 MANUEI. THÉÂTRAL.

PAHTOl

ir I

Langage de V action, art de parler aux yeui

La pantomime est la langue universelk elle se fait entendre d'un bout du monde l'autre, du sauvage et de l'homme policé : pan que la physionomie , les gestes et tous les mon vemens du corps ont leur éloquence » et qi cette éloquence est la plus naturelle.

Pantomime, comme l'indique l'étymologi de ce mot , signifie imitateur de toutes choseï

Il est des circonstances où l'idée seulemei rendue par le geste , produit une impressio plus vive que celle que pourraient prodaii les paroles.

£n étudiant dans la législation et l'histCMi les eflfets de la langue des signes , on se cm vaincra qu'on frappe plus généralement « plus fortement en s'adressant aux yeux qu'ac autres sens et principalement à l'ouie.

Pylades et Bathyie apportèrent à Rome a genre inconnu qui joignait un mérite réel ac attraits de la nouveauté ; ils déployaient, dax leurs gestes seuls , toutes les ressources de Vu loquence. On raconte des prodiges de cet. imitation muette de la nature. ^

Dans le geste de lady Macbeth , qui , som

MAlMUfiL THÉA^TRAL. Sog

nambule , croit voir du sang sur ses mains , les frotte pour l'efFacer et croit toujours le voir; quelle eflfray ante expression de remords ! quelle pantomime! elle dit plus qu'un long discours.

L'acteur dait toujours intéresser^ même en

gardant le silence. Son extérieur doit annoncer,

avant qu'il parle, ce qu'il va dire. Le suj>li|ne

de l'art est d'être deviné par un jeu muet, des

uns et des autres; enfin c'est de faire j^e^rler

son silence. Cette manière de s'exprimer eat

^a science de tout acteur qui se trouve /sqr 1^

*cèue. Rien de ce qui s'y passe ne doit lui être

étranger. En Angleterre^ mistriss Siddons^

*^€an , Kemble ; en Allemagne , Iffland et

••^ckoff ont donné la plus grande importance

^U. jeu de leur physionomie. Jîïous avpu^ déjà

Pî^rlé, à ce sujet, de nos grands acteurs fran* «aïs.

TÎGJCiM^ s'exerçait à représenter, parlapan^ ^C^mime seule, la même phrase ou le même fait ^Vie C/ceVo/i déclamait.

L'acteur vulgaire joue de la voix, du geste;

-^^ grand comédien joue de la physionomie; il

^st véritablement peintre çt grand peintre ; il

Connaît tous les signes y toutes les nuances des

affections humaines ;, sains se mouvoir , sans

^parler, il peut à volonté les exprimer, et faire

5lO MANUEL THÉÂTRAL.

passer dans l'âme des spectateurs les ïmpre s ions les plus variées.

Ganick surtout a excellé dans ce langage i lencieux , dans ce jeu muet, dans ce déyelo pement volontaire des symptômes des passioi On raconte de lui une anecdote qui prouve ji qu'à quel point de perfection il était parvei dans cet art :

« A une représentation du roi Léar, Garri porta à un tel degré de sublimité le patné que , que deux hommes , placés au milieu ^ parterre, poussèrent des hurlemens et se mei trirent le visage. Ces deux hommes étaic deux chefs de tribus sauvages , qu'un capital de vaisseau de la compagnie des Indes ay amenés avec lui. Les cris des deux insulai valurent pour Garrick autant que les appk dissemens de l'assemblée entière. »

Tous les traité , toutes les parties du visi sont ordinairement aussi mobiles et aussi ex ces chez les différens acteurs remarquables, diversité des emplois occasionne même des riétés frappantes dans leur physionomie j c' ce qu'on appelle changer de masque. Cette < pression nous vient du théâtre des 'Grecs Eschyle avait introduit l'usage parmi les i teurs de changer de masque à chaque situati nouvelle .

MANUEL THÉÂTRAL. 3ll

Avec la pantomime, uu mot, qui u'est qu'un mot, devient une chose. L'expression visible a tant d'tempire, qu'elle peut détruire même les effets des paroles, et changer le oui en non et le non en oui.

C'est surtout en amour qu'elle exerce toute sa puissance; c'est toujours elle qui est chargée de la première déclaration , et c'est alors que l'amour est véritablement éloquent.

L'objet qu'on expose aux yeux ébranle l'iïïïagination , excite la curiosité ; tout l'esprit ^st dans l'attente de ce qu'on va dire , et souvent cet objet a tout dit; la parole quelquefois gâte ce qui a besoin seulement d'être senti.

Un auteur crée son personnage en parole; le comédien le crée en action.

Pour considérer les physionomies imitées sous leur véritable point de vue, il faut les regarder comme une langue naturelle parlée pa.T tous les hommes, mais susceptible, comme tous les autres langages , de se perfectionner par la culture , et de présenter une foule de différences , depuis les grimaces et les gesticulations du sauvage, jusqu'à l'élégance, la pré- ^^sion, la variété d'un Rôscius ou d'un Pylades, d Un Garrick ou d'un Préville. i

Des impressions vives "et rapides, une or-, Stylisation mobile et même un peu disposée

Si a MANUEL THÉÂTRAL.

au spasme , à rimitation gesticulante et an ton automatique , suffisent quelquefois pour rendre un simple sauvage capable d'imiter un grand nombre de physionomies.

Les sauvages de la Nouvelle - Galle» ont conservé, par une espèce de tradition mimique^ l'histoire de tout ce qui les a frappés dans leurs nouvelles relations avec les Européens , depuis le gouverneur Phlips.

Cassidore appelle les pantomimes anciens, des hommes dont les mains disertes avaient pour ainsi dire une langue au bout de chaque: doigt; ces pantomimes étaient parvenus à établir des nuances dans leur langage muet, et à faire distinguer les expressions propres et les expressions figurées.

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