‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 74 sur 131 · PERFECTION · texte numérisé non relu

PERFECTION

Qualité surnaturelle attachée à ce qui est ^^^n par excellence, .

La perfection absolue dans les arts , comme

dans toutes les choses humaines, n'existe poinc il n'y a qu'une perfection relative. L'homm perfectionne dans ce sens , mais il ne parfisL pas ; . d'ailleurs les facultés humaines sont trc3 bornées pour pouvoir arriver à ce degré d'ea cellence qui n'appartient qu'à la Divimté* Nov roulons dans un cercle de connaissances teHe ment étroit, que déjà tout a été dit et bit; û faut refaire et redire d'une manière nouvelle» mais on ne fera ni on ne dira rien de neuf.

Dans les arts comme dans les grandes enbe* prises, le moyen le plus sûr d'atteindre an degré de perfection où l'esprit humain puisM espérer de monter, c'est d'avoir toujours pré sent à ridée ce mot d'Apelle, cetemitati pingo. En travaillant pour la postérité , on travailk pour sa propre gloire.

On entend tous les jours répéter , à propa de grands talens : il estparfaitj inimitable. Pa là on peut décourager le mérite naissant ou ; naître , qui , en s'entendant citer sans cesse nito perfection désespérante, s'effraye et reeuh devant les moyens à employer pour y parvenir D'ailleurs il n'est pas difficile dé prouver l'aboi des superlatifs en fait d'art. Ouvrez les journailx du temps des Lekain , des Dangeville , des Dumesnil , vous trouverez les mêmes épi thètes parfait , inimitable , accolées à leurs

Mars la« ont, gurpas«é«> Il feudrait co»aaîtr^ l'avamt pour proioncer d'uwe manière auasi ^sqIu^. Si o^,e^te^d par iuiniitable ce qui ne pourra îamai$ être pa^faitemeut copié, imité, le qiot peut êtr^ç juste; mais si Ton veut dire qu'il e^t impossible d'arriver au mêm^ degré da supériorité, le n^ot p'^&t plus juste; il ^ peut très-bie» que d'autres acteurs obtiennent ïine réputation égala et même plus grande en- <îore, en suivant une route diffère^ dans les ^ême$ genres. ^

Lamanie des vieillards e$t d'exalter san^c^sse 1^ |)assé au?: dépens du présent; celle de nos cri- ^tjoes actuels , de ne trouver bon que le pré«- ^^^nt , et de désespérer trop de Taireniar.

PHTSIONOJUnS.

Ensemble des traits duvisajge.

Cest la beauté théâtrale , surtout dans la tragédie.

Rien n'est plus difficile qm de démontrer ^me vérité positive en physionomie.

On e»tend par physionomie imitée , le jeu volontaire , l'action calculée des traits du visage, et la combinaison étudiée etdevenue feciie par l^habimded^ tous les mouvemens du corps. Il y a pour d^aque disposition d'esprit une

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physionomie ou un certain mouvement des muscles du visage, comme dans l'attention simple, Tattention excitée par le désir, l'attention avec étonnement, la mé4itation, le [i^^ recueillement, la curiosité, la surprise ^ etc. ;>L

Une physionomie n'est jamais plus intéressante , que quand on y distingue une affection céleste en opposition avec une passion;, par exemple, la pudeur combattant l'amour.

Les mouvemens fréquemment répétés lais' sent des impressions si profondes, que souvent elles ressemblent à celles de la nature. Par exemple , un commerce fréquent et des liaisons intimes entre deux personnes , les assimilent, tellement , que non-seulement leurs humeur^ se moulent l'une sur l'autre, mais que leur phy^ — sionomie même et leur son de voix contrac^ — tent une certaine analogie.

Lavater remarque qu'il existe une différence entre le visage de l'homme de société et cel»^* del'acteur célèbre. Il ne faudrait cependant paff 9 suivant nous , qu'on fût à même de faire cett^ remarque; carie comédien habile doit prendra toutes les physionomies possibles , et ne pas e'M^ conserver une distincte de celle des autres honunes.

Lavater et le docteur Gall j ugent les hommes 9 le premier par les traits de la physionomie ,

le second par les protubérances du cràne« Ces dîfiërens systèmes, quoique très-philosophiques et très-profonds , ne peuvent pas être côusîdérés comme infaillibles. Quant au système de Lavater, on voit tous les jours les physionomies les plus ingrates , et même les plus ignobles, qui n'annoncent aucune espèce de talent , appartenir cependant à des hommes d'un înériteéminent. Sans parler du temps présent, si nous nous reportons à l'antiquité, nous voyons la physionomie du plus grand des sages ie là Grèce, et celle de Tingénieux Esope, tt'offrir que des traits communs et même reponssans. Nous avouerons cependant que le ystèmede Lavater peut être adopté en partie, ïUiis que les exceptions sont grandes , et qu'il ^e faut pas trop légèrement chercher à eh faire application.

Le système du docteur Gall est plus hardi, ïiis savant et plus profond. Il se lance dans ^ ténèbres de la nature, et cherche à les éclair- ^ : il y parvient souvent; mais à combien erreurs ce merveilleux système ne peut-il ïs entraîner? Que de circonstances , que d'é- 'ïiemens fortuits dans la vie changent les préfères inclinations des hommes ! Combien d'ê- ^s nés vertueux sont devenus criminels ; et ^Xûbien d'autres, au contraire, après la vie la

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plus déréglée, sont devenus des modèles c vertus et de pieté !

On a vu des exemples frappans de chance mens de physionomie , qui ont été la suite m l'étude et de la contemplation des grands m< dèles , ou de la persévérance dans les grandi idées. Si l'on comparait les portraits ressea ^ns du général en chef de l'armée d'Italie du premier cpnsul de la république française et de Napoléon, empereur , on ne reconnaîtrai certainement pas le même individu dans toute ces têtes d'un caractère si différent. Il est certaii que les circonstances extraordinaires qui en préparé successivement la carrière de ce grau homme , ont dû nécessairement apporter à i physionomie des changemens remarquableifl^ qi ont suivi, pour ainsi dire, le déployemeut pE( gressif de ses immenses facultés et de sou é^i nante élévation.

Chez notre premier tragédien, c'esi sans doi te la contemplation des modèles de l'antiqiutii c'est l'étude approfondie des passions, c^st V dentification constante avec les grands persoi nages des siècles passés, qui lui ont donné ceH physionomie noble , expressive , énergique p. i qui n'était rien moins qu'héroïque dans sa pr mière jeunesse , s'il faut en croire du moins u portraits de cette époque; physionomie àm» h

MANUEL THÉÂ^TRÀI.. 34 1

(juelle on aurait cherché en y aiii le premier ac^ Xeur du siècle. Mais le feu sacré existait , le géxiie , guidé par le goût et le sentiment du vrai l>eaa, a pour ainsi dire vaincu la nature.

On Toit donc qu'il n'est pas impossible à un comédien d'imprimer à sa physionomie, sinoa ^ cachet entièrement neuf, au moins un caractère bien supérieur à celui qu'il a reçu de ^a nature , si toutefois ce comédien possède les jualités inhérentes aux grandes idées, et qui «eviles peuvent donner le véritable talent.

PLEURSt

Gouttes (Teau qui tombent des yeux lorsque ^ <hne est vwemerU éinue efiprinùipahmeiu dans douleur.

Selon les philosophes , ordinairement une ooleur et une joie simples ne font pas verser ^e larmes. Pour les faire couler , il faut que les ^décs agréables commencent à se mêler avec des Xdées désagréables , ou vice versa.

L'acteur doit bie» se garder de s'exciter aux larmes; mais aussi il ne doit pas faire le moindre eâG3rt j|pur les arrêter, si elles viennent naturellement.

Lorsqu^on veut pleurer par force, l'oa fait des grimaces qui choquent ou font rire; aais

54^ MANITEL TEÉKrHkL

lorsqu'on pleure sans le vouloir , il arrive ra^^ rement que l'expression de la physionomie dS. plaise.

Ceux qui s'étudient trop à pleurer, nesontp^s entièrement pénétrés de ce qu'ils disent; car lorsque c'est l'âme qui parle , les larmes n'ont pas besoin des opérations de la machine pour couler ,

Pour m'arracher des pleurs , il faut que tous pleuriez.

La bouche ne doit en général prendre d^ mouvement que pour rire; car ceux qui, dans les momens d'affliction, baissent les deux coins de la bouche pour pleurer, montrent un visage fort laid et fort désagréable '.

Pourquoi faire mine de pleurer en prononçant le mot pleurs ? pure affectation.

Le plus beau triomphe d'un acteur est Cfslui où le spectateur oppressé, cédant tout-à-fieût à — l'illusion, ne peut résister à l'émotion qu'il éprouve , et donne un libre cours à ses larmes.. Celte démonstration est plus flatteuse pour l'acteur que les plus bruyans applaudissemens.

La qualité, l'abondance des larmes dépen< dent de la nature des divers sentiiq^ns qui le^^

> Mais dans les momens d'ironie , de mépris , de colèr^^ de rage et de désespoir y l'expression de la bouche, le griqw-* cément de dents produisent beaucoup d'effet.

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ont couler : les larmes de la joie, de Tatieudrisiement sont douces, et n'irritent point les^pardes qu'elles mouillent; les larmes du désespoir, de la rage , sont brûlantes et excitent dans les parties sur lesquelles elles coulent , une impression vive et quelquefois douloureuse.

Le don des larmes ne suppose pas toujours le discernement qui doit les diriger; il faut sentir, en répandant des larmes,, jusqu'où Von en doit verser. Il y a bien plus de grâce et noblesse à en répandre peu , que d'en verser un torrent , ^i n'exprimerait que faiblesse ou lâcheté. Originairement on fait trop pleurer nos héros et ^ïirtoutnos héroïnes de théâtre ; de même qu'un ^^Ul mot placé dans le discours produira quelî^^fois plus d'effet qu'une affluence de paro- ^^s 5 qijielques pleurs ou un soupir peindront **^^euxla douleur que des larmes éternelles qui ^^ génèrent en bassesse et n'inspirent presque ^^Vijours que du mépris.

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